‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religionChapitre 24 sur 48 · LES MIBACLCS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LES MIBACLCS EN GÉNÉRAL

voir certaines règles toujours observées, d'après lesquelles on voit les êtres se conserver et se perpétuer, Tordre et la marche de Tunivers rester les mêmes. Or, ces règles, c'est ce que nous appelons les lois de la nature. Je n'ignore pas que, dans le discours ordinaire, on présente la nature comme la législatrice des êtres qui composent ce iftonde : mais, ou l'on ne s'entend pas, ou bien il faut entendre par nature, ainsi que le dit Bossuet (1), « une » sagesse profonde, qui développe avec ordre, et selon de » Justes règles, tous les mouvements que nous voyons. » Oui, quiconque n'est pas athée souscrira volontiers à la belle définition que Buffon donne de la nature, en l'appelant a le système des lois établies par le Créateur pour D Texistence des choses et la succession des êtres. » Mais, si ces lois sont l'ouvrage de Dieu, comment contester à Dieu le droit et le pouvoir de les suspendre? Rendons la chose sensible par un exemple particulier. De la semence confiée à la terre on voit une plante naître, croître et mûrir; et cela par l'action lente, successive de certains agents naturels, tels, je le suppose, que la terre, l'eau et le feu; voilà le cours ordinaire des choses : or, c'est Dieu qui a donné à ces agents naturels la force de pro« duire de tels effets dans une certaine succession de temps. Mais ce qu'il produit par l'action successive des causes naturelles, ne peut- il pas le produire sans elles, et dans un instant ? et si cela arrivait, ce serait pourtant un vrai miracle. Dira-t-on qu'en donnant un tel pouvoir à ses créatures, Dieu s'en est dépouillé lui-même ; ou bien qu'il s'est imposé la loi inviolable de ne jamais produire sans elles les effets qu'il produit par elles ? Tout cela est absurde. Il est visible que celui qui a été assez puissant pour créer ces agents, est à plus forte raison assez puissant pour s'en passer, quand il lui plaît.

{V Connaissance de Dieu et de soi-mém^. chap. iv.

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Sans cloute les lois de la nature sont sages', puisqu'elles sont Touvrage de la sagesse même ; elles sont très-bien adaptées aux fins que Dieu se propose. Mais Dieu ne peut-il pas avoir des raisons de la plus haute sagesse d'y déroger quelquefois , et de manifester par ce moyen ses volontés suprêmes ? La nature matérielle n'existe que pour la nature intelligente. Les créatures raisonnables , capables de connaîti^e et d'adorer la Providence , sont Tobjet principal de ses soins et de ses pensées; elles sont la plus noble, la plus essentielle partie de Tunivers ; et soit pour les instruire quand elles s'égarent , soit pour les récompenser quand elles sont fidèles , soit pour les chfttier quand elles sont rebelles, pourquoi Dieu ne pourrait-il pas suspendre quelquefois Tordre accoutumé des choses physiques? Malheureusement les merveilles de la nature , par 1 habitude même où nous sommes d'en jouir , ne font sur nous qu'une impression légère : familiarisés avec elles , nous les voyons avec indifférence ; elles sont tombées dans une sorte d'avilissement (1). En vain Tunivers étale à nos yeux ses ravissantes beautés, en vain toutes les créatures nous invitent de concert à rendre gloire à leur auteiu*; notre cœur appesanti esta peine touché de ce spectacle. Il était digne de la sagesse et de la bonté de Dieu , de faire éclater de temps en temps sa présence , par des traits capables de tirer Thomme de son indifférence et de sa léthargie. Que des grains de blé semés dans la terre se convertissent en moissons abondantes qui nourrissent des peuples entiers, voilà certes une étonnante merveille de cette bonté souveraine attentive à nos besoins : toutefois, comme elle est ordinaire , à peine en prenons-nous occasion de tourner nos regards vers le Père céleste , et de le remercier d'un si grand bienfait. Hais si, au milieu d'une famine cruelle

(1) Assiduitate yiluenint. S. Aug. Tract, xxiv inJoannf n. 1.

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