LES* MIRACLES £N GÉNÉRAL
qui désole une grande cité, une poignée de grains se mul tipliait tout à coup au point de rassasier tout un peuple affamé, quels sentiments d'adoration ^ d*admiration , de reconnaissance pénétreraient tous, les cœurs ! Les miracles sont comme des coups d'autorité divine , qui rendent plus sensibles la main puissante et le gouvernement suprême du Maître des hommes et de la nature.
Sans doute encore , les lois de la nature doivent avoir un caractère de stabilité : eu Dieu il n>st ni caprice , ni imprévoyance. Rien ne donne une plus haute idée de sa puissance et de sa sagesse , que cette perpétuité de lois toujours les niénios , et toujours admir.ibles dans leurs effets. Les lois physiques cesseraient de Têlre, si elles étaient continuelltnient, universelhnient violées; Tordre et rharmonie du monde en seraient même troublés : mais des suspendrions passagères et rares de ces lois sont loin d'avoir ces inconvénients; elles ne servent qu'a faire éclater davantage Tindependance du Créateur, et à montrer plus vivement Tempire qu'il conserve sur son ouvrage. Une de leiiips en temps un mort ressuscite, le monde ne rouhra pas moins suivant sa mai-che accoutumée ; le soleil ne cessera pas pour ctla d' éclairer Tunivers, ni ia terre de se couvrir de fruits et de moissons , ni le reste du genre humain de naître, de vivre et de mourir suivant les lois ordinaires.
Sans doute enfin , Dieu est immuable ; il ne change pas, ses pensées sont éterneHes: niais combien n'est- il pas étrange de voir dans un miracle quelque chose de contraire a rimmutabiiité de Dieu ! Avant tous les temps. Dieu seul était, traçant le plan de cet univers, et préparant dans sa sagesse les lois qu'il devait lui donner; sa science infinie embrassait d'une seule pensée tous les événements qu'il ferait eclore dans la suite des temps. Lorsqu'il régla les lois de la nature , il régla aussi les exceptions qu'il voulait y apporter : la suspension de la loi
310 LES MiRÀCLES m génébàl.
entrait dans ses desseins. éternels , comme la loi ellemême ; Tune et l'autre ont été décrétées à la fois. C'était lorsque Dieu condamnait les hommes à mourir pour ne pas revivre ^ qu'il arrêtait que Lazare serait excepté , et qu'il sortirait vivant de son tombeau. Qu'un prince, en dictant une loi à ses sujets , prévoie un cas particulier dans lequel il déclare que sa loi n'aura pas son exécution ; dira-t-<on , le cas arrivant , que le prince est inconstant dans ses desseins ? Non, sans doute. L'application est sensible. Le même Dieu qui a réglé le cours de la nature, en a ordonné la suspension dans des circonstances qu'il a prévues et déterminées. Le miracle n'est que l'exécution de ses décrets; et si, après avoir été décrété , il n'arrivait pas, c'est précisément alors que Dieu ne serait pas immuable. Ainsi , de quelque côté qu'on envisage le miracle I il ne présente rien qui ne s'accorde parfaitement avec les attributs de la Divinité, avec sa puissance, sa sagesse, son immutabilité. Il n'y aura jamais que des athées qui aient la pensée d'en contester la possibilité ; et des athées ne sont pas, en ce genre, une autorité dont on puisse se prévaloir. Savez-vous ce que dit à ce sujet un écrivain qui ne doit point paraître suspect , J. J. Rousseau? Voici ses paroles, je n'y changerai rien. oDîeu peut-il faire des miracles? c'est-à-dire, peut- il déroger aux lois qu'il a établies ? Cette question sérieusement traitée serait impie , si elle n'était absurde ; ce serait faire trop d'honneur à celui qui la résoudrait négative-» » menti que de le punir ^ il faudrait renfermer (I). » Ce langage, comme vous voyez, n'est pas d'un écrivain très* tolérant ; si un théologien avait écrit ces paroles , on eût crié au fanatisme. Heureusement c'est le citoyen de Ge^ nève. Les miracles sont donc possibles; j'ajoute qu'on peut très-bien les discerner d'avec les fiiits naturels*
(i) Troisième, UHre de {a Montagne,