LES HIRACLCS EN GÉNÉRAL
que Ton peut apprendre de ceux qui Tont vu ; et c'est ce qui faisait dire à Origène , en parlant de Jésus-Christ (i) : a Je conviens que, si la multitude était capable d'étude, » le raisonnement pourrait être la route de la vérité; » mais, si les besoins de la vie et la faiblesse humaine » rendent ce moyen impraticable, en pourrait-on imagi- » ner un plus sûr que celui que Jésus a choisi. »
Enfin, moyen très-efBcace et très-puissant sur Tesprit des peuples. Qui pourrait se défendre de Fimpression des miracles, et de leur empire sur les esprits? On dit que tous les hommes ont du goût pour le merveilleux , que trop souvent les peuples se sont laissé abuser par des hommes à prodiges ; mais si c'est une raison pour nous d'élre difficiles et sévères dans Texamen, c'est aussi une preuve du penchant que la nature nous donne à croire à ceux qui opèrent des miracles. Nous sentons que celui qui se dit envoyé de Dieu, qui parle en son nom , et qui , pour le prouver, commande à la nature, a reçu sa mission de Dieu même. Ici les principes qui nous dirigent sont puisés dans les idées les plus pures que la raison nous donne de la Divinité. Dieu , nous dit-elle , est la bonté, la vérité, la sainteté, la sagesse même. Mais seraitil le Dieu bon, s'il faisait servir sa puissance à précipiter dans Terreur sa créature qu'il aime; serait-il saint et vrai sll faisait servir sa puissance à accréditer le mensonge ou le vice? serait-il le Dieu sage, s'il faisait servir sa puissance à démentir ses autres perfections , sa véracité et sa sainteté? Je veux qu'il existe des esprits malfaisants, supérieurs à l'homme, ennemis de son bonheur, occupés à le tromper et à le séduire; jamais ce ne seront que des créatures subordonnées au Créateur, qui sait enchaîner ou borner leur malice comme il lui plaît , qui ne permettrait pas que nous fussions tentés au delà
(Ij Canton Cels, lib. J.
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46 nos forces, et qui nous fournirait le moyen de reconnaître leurs pièges et d'y échapper. Un homme, je le suppose, s'élève au milieu de nous, il se dit l'envoyé de Dieu pour nous faire un commandement en son nom : je suis, je le suppose encore , frappé de la sagesse de ses discours , de la beauté de sa doctrine , dé la pureté de sa conduite ; mais enfin il se peut que ce soit un enthousiaste habile, un homme abusé par ses propres pensées : nous lui refusons notre foi. Alors que fait*il pour vaincre notre résistance ? Il appelle Dieu lui-même en témoignage de sa mission, et voilà qu'au nom du Dieu qu'il invoque, un mort ressuscite : pourrions*nous nous empêcher de voir dans ce miracle, la preuve éclatante de la mission de celui qui l'opère, ses lettres authentiques de créance auprès des peuples, et pourrions-nous nous défendre de révérer en lui l'ambassadeur du Très-Haut?
Mais, si nous n'avons pas été témoins des miracles, comment pourrons-nous en être certains? Par les mêmes voies qui constatent pour nous les faits naturels, par le témoignage : c'est la quatrième et dernière proposition.
Quand nous opposons aux ennemis de la révélation des événements miraculeux consignés dans nos livres saints, qu'ont-ils à répondre? En contester la possibilité, c'est, nous l'avons établi , ne pas reconnaître Dieu pour auteur et conservateur de la nature, c'est se précipiter dans l'athéisme. Il ne reste aux déistes qu'une ressource ; c'est de contester la réalité des prodiges que nous leur présentons comme le titre éclatant de la mission divine de Hoise et de Jésus-Christ. Divisés d'opinions , les uns ont avancé qu'on ne pouvait jamais être pleinement certain des faits qu'on n'avait pas vus de ses yeux ; les autres , que si le témoignage pouvait nous donner une entière certitude des faits naturels , il ne pouvait nous la donner 9iir des bits surnaturels, sur des miracles; double asscr-
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tion également fiiusfte. Déjà nous aavontf à quoi noui en tenir sur la première; discutons te seconde*
Je vous prie de bien le remarquer ; il ne s^agil pas de considérer le miracle dans la cause qui le produit, mais dans son existence même : le témoignage ne tombe pas sur la manière invisible et surnaturelle dont le prodige a été opéré, mais sur le résultat existant et mis sous les yeux. Si un mort ressuscitait , l'action secrète du Tout* Puissant échapperait à mes regards ; mais qu'un mort soit dans la tombe, ou qu'il soit de nouveau vivant sous mes yeux, c'est toujours un objet sensible que je puis voir et toucher. En ce genre, comme d^ns tout le reste, il peut se trouver des fourberies ; nuis tout n'est pas imposture, il est des morts qui sont bien morts : et qui de vous n'en a pas fait trop souvent la cruelle expérience? Si te résurrection est possible, elle peut arriver par la toute-puis* sance divine; si elle peut arriver, elle peut avoir des témoins, ces témoins peuvent te raconter; et ici, comme dans tous les faits, tout se réduit à savoir si leur témoi* gnage est irrécusable, s'il est révolu de tous les caractères qui en garantissent la fidélité. En vain on dira qu'il est contraire à Texpérience qu'un mort ressuscite, qu'il est physiquement certain qu'il n'est pas ressuscité. Que signifie ce langage ? On ne prétend pas que cette résurrec» tion soit l'effet des lois de la nature, mais une dérogation à ces lois, opérée par Fauteur même de ces lois. Il est physiquement certain qu'elle n'est pas arrivée, tant qu'il a plu à Dieu de ne pas intervertir Tordre accoutumé de la nature : mais ce qui est impossible aux forces de te nature, est facile à Dieu ; celui qui a donné la première vie , peut en donner une seconde. Encore une fois, tout se ré* duit à savoir si la chose est aiTivée.
Qu'a donc prétendu l'auteur des Penséeê pkiloiophi* ques, qnand il a dit : ce Tout Paris viendrait me dire qu*un n mort est ressuscité à Passy, je n'en croirais rien; il eat
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n plul possible que tout Paris le trompe» qu'il ne Test p qu'un mort ressuscite) » Ce n'est là qu'un sophisme, qu'un langage équivoque. Sans doute il n'est pas possible qu'un mort recouvre la vie par les seules forces de la nature. Sans doute il est possible que tout Paris adopte des bruits vagues et confus, qu'une fausse nouvelle s'y ré-^ pande et s'y accrédite universellement, qu'ainsi tout Paris se trompe. Mais il faut supposer des témoins dans un cas où, après l'examen le plus réflécbi, il est évident qu'ils n'ont pas été trompés et qu'ils ne sont pas trompeurs. Je suppose, par exemple, que trois cents personnes de cette capitale se rendent dans un village voisin ; on les mène sur les boi*ds d'un tombeau où git un cadavre déjà tombé en pourriture; il est bien constant que c'est là un véri* table mort : je suppose qu'à la voix d'un homme, qui se dit envoyé de Dieu, il sorte du tombeau; que ce nouveau Lazare soit rendu à sa famille, que les trois cents témoins puissent le voir et le toucher; qu'il persévère dans cet état d'homme vivant, et faisant toutes ses fonctions ordinaires : je suppose qu'ensuite tous ces témoins, qui sont très^opposés d'âge, d'intérêt, de passions, d'éducation, de naissance, attestent constamment, uniformémrat, la réa-* lité du prodige ; ce serait une folie de ne pas y croire : car, si vous dites qu'ils se trompent, il faut dire qu'ils sont tous maniaques^ tous possédés à la fois du même délire; que tous, par la môme illusion, ont cru voir ce qu'ils ne voyaient pas, toucher ce qu'ils ne touchaient pas. Dès lors toutes les lois de la nature auraient été renversées, il y aurait autant de miracles que d'individus ; et voilà comment, pour vouloir rejeter le miracle unique de la résurrection, on est forcé d'admettre trois cents mira<* des,. tout autant que de témoins; c'est^^à-dire que, pour ne pas être croyant , on tombe dans le dernier excès de crédulitér Que le miracle soit nouveau, qu'il soit ancien, peu importe dané la questim présente. Le témoignage