DE L^ AUTORITÉ DES ÉVANGILES
les Evangiles sont le code sacré, la règle inviolable de sa foi, de sa morale et de son culte. Mais ce que le chrétien adore et révère, n'est trop souvent pour Fincrédule qu'un objet de dérision et de mépris, peut-être même de haine profonde; et c'est depuis Torigine du christianisme, que Jésus-Christ avec sa croix et ses mystères, que PÊvangile avec ses préceptes, ont révolté Torgueil de l'esprit et la corruption du cœur, soulevé tous les préjugés et toutes les passions du genre humain. Dans les premiers âges de TEglise chrétienne, Tobstination du Juif charnel et grossier, Tamour de Tidolâtre pour un culte commode et voluptueux, Torgueil dédaigneux des sophistes, la politique ombrageuse et sanguinaire des Césars, la superstition alarmée des prêtres des faux dieux, voilà les ennemis que la. religion eut à combattre. Dans les âges suivants, lorsqu'elle eut triomphé avec Constantin, Torgueil et la volupté lui suscitèrent des ennemis jusque parmi ses enfants. Le novateur dénatura sa doctrine , l'indiiférent la bannit de sa pensée, l'incrédule en fit l'objet de ses railleries, le libertin qui lisait sa condamnation dans nos livres sacrés, eût voulu, dans son dépit, en déchirer les pages. Toutefois, depuis dix-sept siècles, le nom de Jésus-Christ était révéré sur' la terre, de ceux mêmes qui n'étaient pas ses disciples ; du moins on voyait en lui un personnage extraordinaire, digne des hommages des peuples par ses vertus; et dans son Évangile on voyait un livre admirable par la simplicité, la lumière, la peifection de ses maximes : il n'y a pas jusqu'à Mahomet, qui n'en ait parlé dans les sentiments et les termes de la vénération la plus profonde. Il était réservé aux jours mauvais du dernier siècle, de produire des chrétiens apostats, qui ont indignement travesti nos livres saints, contesté leur antiquité, vomi contre la personne même de Jésus-Christ les insultes les plus brutales et les plus abjectes, et qui ont eu le sens tellement renversé, qu'ils ont fini par
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mettre en problème jusqu'à son existence. C'est à ranimer sur tous ces points notre croyance, à la venger des attaques de ses ennemis, que nous allons consacrer plusieurs discours. Nous commencerons par discuter, touchant Tautorité des Evangiles , les trois questions suivantes : Jésus- Christ a-t-il paru dans la Judée à Tépoque marquée par nos Evangiles t première question. Nos Evangiles ontils été véritablement écrits par les auteurs contemporains dont ils portent le nom, par saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean ? seconde question. Ces Evangiles sont-ils parvenus jusqu'à nous sans aucune altération notable dans le fond même des choses? troisième question. Tel est le plan et le partage de ce premier discours sur l'autorité des Evangiles.
Qu'il ait paru dans la Judée, il y a dix-huit siècles, un personnage extraordinaire, nommé Jésus de Nazareth, remarquable par la sainteté de sa doctrine, plus remarquable encore par la sainteté de sa vie, et que la haine des Juifs fit mourir sur une croix, sous le règne de l'empereur Tibère : c'est un fait attesté par la croyance la plus antique, la plus constante et la plus universelle ; par une suite non interrompue de témoignages écrits, qui se succèdent et se soutiennent mutuellement depuis Torigine; par Tautorité même des ennemis les plus acharnés du nom chrétien, je veux dire les Jui& et les païens. Aussi Texistence réelle de Jésus, à l'époque où la place l'histoire évangélique, est-elle mieux prouvée que l'existence d'aucun des plus fameux personnages de l'antiquité, tels que Socrate, Alexandre ou César, dont personne ne doute ; et ne voir dans Jésus qu'un être fabuleux, ne serait pas seulement le comble de l'impiété aux yeux du chrétien, mais le comble dé la démence aux yeux d'un homme sensé.
Si pourtant, par une audace plus qu'humaine, des es-
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prito fidlament témmires osaient âerer ici les noages de leur scepticasme, nous entrerons dans qodqnes détaib pour mieax les confondre ; noos ferons voir, en invoquant les témoignages les (dus irréensablesy combien il sont accablés delà foi publique de l'univers entier. Oui, nations chrétiennes, nation juive, nations pidennes, tont est d*acoord pour attester unanimement Fexistence de Jésus au commencement de Tère vulgaire.
Je dis nations chrétiennes. On sait bien que, dans tous les ftges, les peuples chrétiens ont fait professicm de ré^ vérer Jésus comme leur fondateur. Il y a dii<-huit siècles que la religion chrétienne est professée sur la terre ; avant cette époque, elle n'existait pas; le nom même de cbré^ tien n'était pas connu ; cette religion a en ses commen* céments et son auteur : or, en remontant de siècle en siècle jusqu'à 8<hi berceau, il est impossible de ne pas aboutir à Jésus-Christ. La dénomination seule de chrétien atteste notre origine, car chrétien veut dire sectateur du Christ. A commencer par le premier siècle de notre ère, n'avons-nous pas une suite d'ouvrages dont l'antiquité est généralement avouée, qui sans cesse nous ramènent à Jésus-Christ? et toutes les parties dont la religion se com« pose, nos mystères, notre culte, nos fêtes, tout ne va* t-il pas retentir à la pierre fondamentale de l'édifice, qui est Jésus-Christ t Nous avons en main les quatre Evangiles, le livre des Actes, les Epiires de saint Paul, et plu* sieurs autres écrits dont le recueil c(»npose le nouveau Testament. Je n'examine pas encore si tous ces ouvrages sont réellement de ceux à qui on les attribue; mais tou<* jours est-^n forcé d'avouer qu'ils datent de l'origine du christianisme, et qu'ils ont été composés par quelques* uns des premiers sectateurs du Christ : or, tous ces écrits nous parient de Jésus-Christ, de sa vie, de ses actions, de ses discours, de sa mort, d'une manière tellement positive, tellement circonstanciée, qu'il suffit de les lire pour
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voir combien il serait extravagant de penser que tout cela fbt purement allégorique. Nous avons aussi en main plusieurs écrits du premier siècle de T Eglise chrétienne, des lettres de saint Clément de Rome, de saint Ignace évêque d'Antioche, de saint Polycarpe évêque de Smyrne et disciple de Tapôtre saint Jean. Je n'examine pas ce qu'il faut penser du fond de la doctrine enseignée, et dés faits particuliers racontés dans ces lettres : mais toujours est-il vrai qu'elles sont sorties des mains des plus anciens sectateurs du Christ, et que toutes nous le présentent comme le fondateur même de notre religion. Il serait facile de faire voir que cette suite de témoignages se continue, dans le second siècle, par saint Justin, Tertullien, Clément d'Alexandrie, ces hommes éminents en talents et en savoir, qui, du sein du paganisme où ils étaient nés, étaient passés dans celui du christianisme. Faites disparaître Jésus-Christ, et tout s'écroule dans la religion chrétienne ; avec lui, tout s'explique et s'enchaîne. Oui, je le répète, toutes les histoires, tous les monuments, toutes les traditions, toutes les croyances, toutes les solennités religieuses des peuples chrétiens remontent à Jésus* Christ ; et ne pas reconnaître Jésus-Christ pour auteur de notre religion sainte, serait mille fois plus absurde que de ne pas reconnaître Mahomet pour auteur de la supersti-* tion qui porte son nom.
Je sais que, par des rapprochements bizarres et forcés, par des passages tronqués, des suppositions arbitraires, et des réticences affectées qui ressemblent à des mensonges, on peut tout obscurcir; et d'erreur en erreur, de chimère en chimère, en venir jusqu'à dire que les chrétiens n'ont pas connu jusqu'ici leur religion, et que les premiers sectateurs du christianisme ne prétendaient adorer dans Jésus-Christ que le soleil. Mais je sais aussi qu'avec de semblables manières de procéder, il n'est pas de folie qu'on ne puisse répandre. Eh quoi! Messieurs, d'in-