‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religionChapitre 35 sur 48 · DE l'autohité des ëtangiles · texte numérisé non relu

DE l'autohité des ëtangiles

fâmes sectaires du troisième siècle, nommés Manichéens, faisant un mélange monstrueux du christianisme et de Pidolâtrie, auront confondu dans leur culte insensé le Christ et le soleil ; des calomniateurs obscurs auront accusé les chrétiens d'adorer le soleil , parce qu'ils se réunissaient pour les exercices de leur culte le Jour même que les Latins appelaient \ejour du soleil, comme on lés accusait aussi de se nourrir dans leurs mystères secrets de la chair d'un enfant , parce qu'ils y recevaient la divine Eucharistie; des esprits singuliers auront remarqué quelque froide analogie entre certains points des mystères du Christ et quelques constellations : et dès lors la croyance la plus antique, la plus invariable, la plus universelle du monde chrétien, sera comptée pour rien ! et nos monuments historiques, qui remontent d'âge en âge au berceau même du christianisme, devront s'eflfacer devant les plus folles imaginations, et Jésus-Christ ne sera plus que le soleil, et les apôtres qui ont fondé sa religion ne seront plus que les signes du zodiaque ! Fut-il jamais plus pitoyable excès? Ainsi les premiers propagateurs du christianisme, qui proposaient à Timitation des peuples la charité, la douceur, la patience, la sainteté de Jésus-Christ, ne prétendaient prêcher que les vertus du soleil ! Ainsi ces martyrs généreux, qui donnaient leur sang pour la foi de Jésus-Christ, mouraient pour Tamour du soleil ! Ainsi ces pasteurs, ces docteurs, ces apologistes, qui combattaient ridolâtrie, qui enseignaient Tunité d'un Dieu, créateur du soleil et des astres, qui rejetaient comme impie tout hommage qui ne s'adressait pas à ce seul Dieu véritable, travaillaient néanmoins et s'exposaient à mourir pour établir le culte idolâtrique du soleil! Et vous aussi, ô grand Paul, lorsque, dans ces Epîtres adressées aux villes les plus florissantes de l'empire Romain, vous prêchiez si hautement Jésus-Christ mourant sur la croix pour le salut du monde, vous n'entendiez prêcher que la reli-

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gion du soleil! honte! ô délire de la raison humaine! Gémissons sur ces énormes égarements ; ou plutôt ne fautil pas féliciter le christianisme de ce que ses ennemis ont été réduits, de nos jours^ à Tattaquer par les plus étranges puérilités?

J'ai invoqué, en second lieu, le témoignage de la nation Juive. On sait que, dès les premiers âges surtout du christianisme, il s'éleva des querelles très-vives entre les Juifs et les chrétiens : or il est inouï que jamais les premiers aient contesté le fait même de Texistence de Jésus. Ils ont bien pu le traiter de magicien, le calomnier et le charger d'injures ; mais là se bornent leurs attaques, et ces atta* ques mômes supposent son existence. Voyez encore comme leurs monuments s'accordent à nous Tattester. Quel témoin que le célèbre Josèphe, auteur contemporain! Je consens à ne pas me prévaloir d'un passage de cet historien, devenu si fameux par les querelles des critiques modernes; mais il en est un, tiré de ses Antiquités Judaïques (1), qu'on ne saurait raisonnablement contester, et qui suffit au dessem que nous avons d'établir l'existence réelle de Jésus. Josèphe nous y apprend que le grand-prétre Ânanus assembla un conseil devant lequel il cita Jacques, frère (2) de Jésus qu'on appelait Christ, ainsi que quelques autres, et qu'il les fit condamner à être lapidés, comme coupables d'avoir violé et transgressé la loi. Dira-t-on que Jacques, cité devant le tribunal des Juifs, était une constellation, parante du soleil? Dans le système que je combats tout est grossièrement absurde. On voit bien par leur Talmud, ouvrage qui date du second siècle^

(1; Ant%q, lib. XX, cap. ix, n. i.

(i) Les Juifs appelaient /Hres les cousins-germains et autres proches parents. On pourrait en citer des ez<;niples, s*il était nécessaire ; mais tous les interprètes de TÉcriture sont d'accord sur ce point.

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que les Juifs ont continué contre Jésus-Christ les accu-sations de leurs pares; mais on voit aussi qu'ils n*ont jamais eu la pensée de contester son existence. Les tradi* tions, sur ce point si facile à connaître^ étaient trop constantes et trop uniformes.

Que dirai-je des nations païonnes ! Ecoutes leurs écrivains les plus rapprochés de rorigine des choses : c^est Tacite, qui, dans ses Annales (1), vous dit que le nom de chrétien vient de Christ, qui, sous le règne de Tibère, Ponce-Piiate étant gouverneur de la Judée, fut condamné au supplice. C'est Pline-Ie-Jeune, qui, dans sa lettre à Trajan, lui apprend que Tusage des chrétiens était de s'assembler un Jour marqué, pour chanter des cantiques en ll3onneur du Christ. C'est Lucien de Samothrace, qui a paru sous Trajan : dans son histoire de la mort d'un philosophe nommé Pérégrin, il nous dit que ce dernier avait appris dans la Judée la doctrine des chrétiens, et il ajoute par moquerie: a Ces gens adorent ce grand homme » qui a été crucifié dans la Palestine, parce qu'il a été le » premier qui ait enseigné aux hommes cette religion, d C'est Lampride, qui, dans la vie de l'empereur Alexandre- Sévère, nous apprend que ce prince avait coutume tous les matins d'honorer le Christ, et que même il avait voulu lui faire bâtir un temple. Ce sont enfin Celse, ennemi subtil et savant des chrétiens ; Porphyre, philosophe habile, au jugement de saint Augustin; Julien, dont tout le monde connaît l'esprit et la malice ; Hiéroclès, magistrat pa!en, qui nous est connu par Eu^èbe. On sait que ces quatre derniers ont employé contre la religion chrétienne tout ce qu'ils avaient d'esprit et de talent ; mais jamais ils n'ont eu la pensée d'attaque^ le fait même de l'existence de Jésus-Christ. Voilà donc toutes les nations, tous les siècles, tous les écrivains les plus graves, les plus rap^

. (1) ^nnal. lib. XY, cap. XLiy.

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proches de Forigine du fait, unanimement d'accord sur l'existence de Jésus^-Christ dans la Judée, et sur sa qua-) lité de fondateur du christianisme. Quelle impudence, quel défaut de( logique n'y aurait-il pas à mettre en pa-rallèle avec cet ensemble irrésistible de preuves histori* ques, quelques traditions populaires sur certains personnages de la fable ; traditions qui n'ont ni suite, ni liaison, ni appui dans le témoignage d'auteurs contemporains, ou dans la conviction des homneies éclairés ? Ce serait vouloir comparer les ténèbres à la lumière, prétendre qu'il n'est point d'histoire véritable, parce qu'il existe des récits fabuleux. Oui, tous les faits de l'antiquité pourraient être contestés avec fondement, que celui que nous établissons en ce moment demeurerait inébranlable. Mais pourquoi nous arrêter à prouver ce qui est plus éclatant que le soleil ? On eût donc voulu bannir en quelque sorte de la société chrétienne Jésus-Christ qui en est le fondateur, comme on eût voulu bannir de l'univers le grand Dieu qui l'a créé. Les erreurs se tiennent comme les vérités ; une fois qu'on est tombé dans les ténèbres de l'athéisme, l'intelligence s'obscurcit, le goût de la vérité s'éteint, peu à peu on se familiarise avec ce qu'il y a de plus bizarre, l'esprit perd insensiblement toute pudeur ; violant jusqu'aux bienséances du mensonge, on finit par débiter sans aucune retenue, et presque sans s'en apercevoir, les plus folles erreurs ; et les malheureux qui arrivent à ce degré de cynisme, sont les seuls h ne pas rougir de leur monstrueuse singularité.

Mais où se trouve l'histoire de Jésus-Christ ? Dans nos Evangiles. Mais ces Evangiles ont ils été réellement composés par ses apôtres et ses disciples, saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, dont ils portent les noms, ou, pour parler le langage de~ la critique, nos Evangiles sont-ils authentiques ? C'est ma seconde question.

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