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DE L* AUTORITÉ DES ÉVANGILES

quatre Evangiles comme le fondement de leur religion. Et combien cet accord n'est-il pas frappant ! En effet, il ne s'agit point de livres qui ne tiennent à rien, qui n'aient aucune liaison avec les dogmes religieux, avec les règles des mœurs, et qui, par là même, n'inspirent aux chrétiens qu'un médiocre intérêt ; il ne s'agit point de livres relégués dans le cabinet de quelques curieux, feuilletés seulement d'un petit nombre d'amateurs, et qui n'aient pas une très-grande publicité ; il ne s'agit point de livres connus seulement par quelques rumeurs faibles et vagues, accrédités uniquement chez les classes ignorantes du peuple. Mais, quand on rappelle nos Evangiles, on rappelle des livres qui sont la source de la religion d'un grand nombre de nations ; qui, par leur importance même, ont dû constamment éveiller l'attention du inonde chrétien, se trouver dans les mains des classes éclairées de la so* ciété, devenir perpétuellement la règle des pasteurs des églises, être dans tous les temps discutés, examinés avec le plus grand soin et la plus grande sévérité. Comment se ferait-il que, sur de tels livres, le monde chrétien tout entier se fût laissé abuser jusqu'à ce jour, et que, même dès les premiers âges plus rapprochés des faits, tant de peuples si opposés de moeurs, de langage, de climat, se fussent accordés à regarder comme venant des apôtres des ouvrages qui réellement n'en venaient pas ?

Les incrédules sont forcés d'avouer que déjà, dans le cours du second siècle, les Evangiles que nous avons en* core, ont été connus, cités, révérés, comme étant sortis de la main même des premiers disciples de Jésus; c'est un fait dont nous pouvons citer des témoins irrécusables. Le premier sera saint Justin ; d'abord philosophe Platonicien, il embrassa le christianisme à l'ftge de trente ans. Né au commencement du second siècle, il avait vu, non pas les apôtres, mais leurs disciples immédiats. Vers l'an cent cinquante, il présenta une Apologie pour les chré-

410 M L'AUTORITi DBS iVANGILtt,

tiens aux empereurs romakis Antonin-le«Pieux, Maro« Aurèle et Vérus, au sénat et au peuple. Il nous apprend, que Tusage des églises chrétiennes était de lire dans leurs assemblées ces écrits des apôtres qu'on nomme Evan-^ giles; et dans cette Apologie, comme dans une autre plus courte, il en cite une foule de passages que nous y lisons encore. Le second témoin, c'est le savant évoque de Lyon, saint Irénée, qui de TOrient était passé dans les Gaules, qui avait été disciple de saint Polyoarpe, lequel Tavait été lui->môme de Tapôtre saint Jean ; son seul té^ moignage est d'un poids immense : or, dans son ouvrage contre les hérésies (1), il dit expressément qu'il n'y a ni plus ni moins de quatre Evangiles, et ce sont précisément nos quatre évangéiistes qu'il cite par leurs propres noms. Cette chaîne de témoignages sur la foi du second siècle se continue par TertuUien, Clément d'Alexandrie, Origène, ces hommes si doctes et si habiles. Maintenant, Messieurs, je vous le demande, qui feut-il croire sur l'an-* tiquité et l'origine de nos Evangiles, ou bien d'un vain critique du dix-huitième siècle qui élève des doutes frivoles, ou bien de ces églises chrétiennes, qui, dès le second siècle, professaient le respect le plus profond pour nos Evangiles, comme remontant aux apôtres eux-mêmes? Je vous prie de remarquer que l'Orient et l'Occident, l'Asie-Mineure, la Grèce, TEgypte, l'Italie avaient reçu immédiatement la foi des premiers fondateurs du christianisme : or, qui pouvait mieux connaître ce qui regardait les apôtres, que les églises fondées par eux ? et si, dès le second siècle , tant de peuples divers attribuaient nos Evangiles aux apôtres , d'où venait leur accord « sinon du témoignage unanime de leurs prédécesseurs? C'est le second anneau d'une chaîne, qiii, par le premier, tient au berceau môme du christianisme. L'héritage des pères lavait

(i) Adv. HoBT. lib. m, cap. i et ii, n. S.

]» l'àI]torit£ d«s £yAiiGii<«i. 411

été recueilli par les enfants; il ^it manifeste que la croyanoe si ferme, si universelle» et en même temps ai incontestiible du second sièole sur nos Evangiles, suppose la croyanoe du premier.

Mais n'avon^-nous rien à produire de ce premier siè-* cle ? Messieurs, il ne nous en reste qu'un petit nombre d'écrits, et je ferai à ce sujet une observation qui vous paraîtra sans doute fort naturelle. Dans Torigine du dhti^ stianisnie, il s'agissait surtout de le propager par la pré<<^ dication, bien plus que de composer des ouvrages. C'est au milieu de tous les genres de traverses et de périls, que les chefs des églises naissantes exerçaient leur divin mi» n^tàre. Les livres sont le fruit du temps et du loisir : ne soyons donc pas étonnés que le premier siècle ait été moins fécond que les suivants ; mais ce qui nous en resta rend suffisamment témoignage à nos Evangiles. Nous avons deux letti^es de saint Clément de Rome ; plusieurs de saint Ignace, évéque d'Antioche ; une de saint Poly-^ carpe, évéque de Smyrne et disciple de saint Jean ; VEr* pitre qui porte le nom de saint Barnabe, et qui est, sinon de lui, du moins d'un écrivain apostolique ; le livre du Pasteur par Hermas ; enfin quelques fragments de Pa* pias, évéque d'Hiérapolis, qui nous ont été conservés par Eusèbe (1). Ce dernier nomme saint Marc et saint Mat« thieu comme ayant écrit les actions et les discours de Jé*« sus-<Chri8t. Quant aux autres écrivains du premier siècle, ils ont fait ce que font encore tous les jours les auteurs ascétiques et les orateurs chrétiens, qui citent de mé« moire les livres saints, sans indiquer ni le livre particulier, ni le chapitre, ni Técrivain sacré od ils ont puisé, et se bornent à dire : // est écrit; le Seigneur a dit, ou comme dit l'Evangile : mais, ce qu'il faut bien remar* quer, nos apologistes ont extrait de ces divers auteurs du

(1) Jl¥»l. j?ciol#i. lib. III, oap. uxix.

4H DK l'autorité DBS ÉVANGILES.

siècle des apôttes un grand nombre de passages que nous lisons encore dans nos Evangiles, ou qui font une allusion manifeste au texte évangélique.

Que dira-t-on pour affaiblir cette antique croyance des églises primitives, cette suite de témoignages, qui, commençant au premier siècle, se développent avec tant d'é^ clat et de foii'ce dans le second et dans les suivants ? Voudrait-on se rejeter vaguement sur T ignorance et la crédulité prétendues de ces premiers âges ? Messieurs, cette vague accusation fera le sujet d'un discours particulier , je me borne aujourd'hui à quelques réflexions courtes, mais sufiSsantes. Savez-vous ce qu'étaient, dans les églises primitives, un grand nombre de leurs pasteurs, de leurs pontifes, de leurs docteurs? C'étaient des Juifs ou des païens éclairés qui avaient embrassé le christianisme, et qui, avant de quitter la religion de leurs pères, avaient eu à lutter contre les préjugés de Tesprit ou les passions du cœur : or, leur témoignage est d'autant plus irrécusable sur Tauthenticité de nos Evangiles, qu'ils avaient intérêt à l'examiner davantage, et qu'ils touchaient d'ailleurs à l'origine même des choses. Nous avons en main les ouvrages de beaucoup de ces chrétiens des trois premiers siècles, ouvrages qui décèlent si bien le savoir de leurs auteurs, ainsi que la beauté de leur génie. Dira-t-on encore que les chrétiens ne doivent pas être écoutés au sujet de leurs livres sacrés, qu'ils sont suspects dans leur propre cause ? Mais depuis quand, dans tout ce qui regarde les lois, les mœurs , la religion , l'histoire d'un peuple, s'est-on avisé de compter pour rien le ténioignage de ce peuple Y Est-ce donc ainsi que l'on raisonnerait, si l'on n'était égaré par la haine ouverte ou secrète que l'on a jurée au christianisme? Dans l'histoire de l'ancienne Grèce, combien de choses qui ne sont connues que par des auteurs Grecs, et dont néanmoins on ne doute pas! Chez le peuple Romain, combien d^événements que

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nous croyons sur la foi des seuls historiens Latins I Ecouterait-on un étranger, qui, sur des faits mémorables de notre histoire nationale, mépriserait tous nos monuinentSy toutes nos traditions les plus suivies et les mieux liées, SOUS le beau prétexte que les Français ne doivent point être écoutés dans ce qui concerne leur histoire?

On demande en faveur de l'antiquité de nos Evangiles d^autres témoignages que ceux des peuples chrétiens : on n'a pas le droit d'en exiger ; mais nous avons de quoi satisfaire ce désir, tout capricieux, tout injuste qu'il est. Dès les premiers temps, les livres de la loi nouvelle eurent pour ennemis, et des Juifs qui portaient aux disciples de Jésus-Christ la haine qu'ils avaient portée à leur maître, et des sophistes païens qui s'armaient contre les chrétiens de toutes les ressources que pouvaient leur fournir l'esprit et le savoir. Or, ont-ils jamais accusé les chrétiens de ré* vérer, comme étant sortis des mains mêmes des apôtres, les ouvrages d'un vil faussaire? Non, jamais semblable accusation ne leur fut intentée. Quels ennemis plus habiles, plus rusés de la religion chrétienne, que Celse, Porphyre et Julien ? Ils connaissaient fort bien nos Evangiles, ils en tiraient des arguments contre le christianisme, ils se raillaient de la doctrine qu'ils enseignent; mais il est inoui qu'ils aient élev^ sur leur origine le doute le plus léger. Quel intérêt toutefois n'avaient-ils pas à les présenter comme fabriqués par un imposteur ! C'était là le vrai moyen de saper le christianisme par ses fondements, et d'en couvrir les sectateurs d'opprobre et de mépris, en les montrant comme un troupeau d'hommes abusés par la plus honteuse crédulité. On sait que l'empereur Julien avait été élevé dans le christianisme; il en connaissait l'histoire et les livres : hé bien, il a formellement avoué que nos Evangiles étaient l'ouvrage des apôtres dont ils portent encore le nom ; on le voit par la manière dont il prétendait combattre la divinité de Jésus-Christ. Il disait

414 os l'actoutA m (t^ous.

que ni saint MaUbien, ni saint Mare, ni saint Luc n*en afaient parlé, et que saint Jean était le premier qui eût osé en fiiire mention (i). L'ai^ment de cetemperear sa* pbiste était mao¥ais, sans doute; mais son témoignage n*eo est pas moins précieux dans la question qui nous occupe. Voilà donc nos quatre évangélistes expressément nommés par Julien TÂpostat. H est glorieux, il est consolant pour les chrétiens, de voir les titres les plus augustes, les plus authentiques de leur religion, le devenir en quelque sorte davantage par les aveux de leurs ennemis ; et lorsque les incrédules les.plus &meux et les plus savants du second, du troisième et du quatrième siècle, bien plus près que nous de Torigine des faits, environnés de toutes les lumières qui peuvent les éclairer, ont reconnu l'antiquité de nos Evangiles^ il sied bien à quelques mécréants du dix-buitième siècle de s'armer contre elle des vétilles d'une critique pointilleuse, qu'ils rougiraient d'appliquer à tout autre genre d'ouvrages !

Enfin, Messieurs, et c'est la troisième preuve de l'au* tbenticité de nos Evangiles, poiut de milieu sur cette ma« tière : ou nos Evangiles sont réellement sortis de la main même des apôtres dont ils portent le nom, ou bien ils ont été fabriqués par un faussaire qui les a publiés et fait recevoir sous le faux nom des apôtres : or, cette dernière supposition est entièrement chimérique. Â quelle époque en effet voudriez-vous faire remonter cette imposture Y Est-ce au temps des apôtres, ou bien après leur morti Je vous laisse la choix. Voulez-vous la placer durant la vie même des apôtres? Mais n'auraient-ils pas réclamé contre le faussaire ? mais la fraude n'aurait*elle pas été découverte aussitôt que tramée ? mais un cri universel d'indignation ne Taurait-il pas repoussée dans les ténèbres 1 Eh quoi 1 ces apôtres si intrépides pour la gloire da

(1) s. Cyrili. Alexandr, cmtr, Julian. lib. X; Op. tom. yi, p. 327.

SS |*'àUT0R1T& BSS £VAN61LSS. 41 &

leur maître, qui pour sa doctrine bravaient tous les dan* gerSy les souffrances et la mort, auraient gardé un lâche silence sur une imposture grossière, qui tombait d'elle* même par un simple désayeu l Tout cela est absurde. Ainsi on est forcé de placer la fabrication de nos Evangiles après la mort des apôtres. Mais déjà nous avons vu qu'au temps de saint Justin,, vers le milieu du second siècle, c'était Tusage dans tout le monde chrétien de lire nos Evangiles dans les assemblées religieuses, usage qui suppose que bien auparavant ils étaient connus et rêvé* rés. Si donc ils furent imaginés par un faussaire, cela dut arriver vers les commencements du second siècle. Mais les disciples immédiats de Tapôtre saint Jean, mais les dis* ciples des autres apôtres vivaient encpre à cette époque ; mais les églises qu'ils avaient formées, les évéques qu'ils avaient laissés après eux, les païens éclairés de toutes les classes qu'ils avaient convertis, étaient répandus partout* Avec quelle force ils se seraient élevés contre Timposteur qui aurait voulu débiter, accréditer sous le nom des apô^ très, leurs maîtres et leurs fondateurs, des livres de sa composition! On lui aurait dit ;>Nous avons vu lesapô* très, nous connaissons leurs actions et leur doctrine; nos églises ont été fondées par eux : il est inoui qu'ils aient laissé des écrits; par quel privilège en seriez-vous seul dé* positaire? où sont vos preuves? où sont vos titres? Ailes ^ nous respectons trop ces hommes divins, à qui nous de« vons la lumière de la foi, le bonheur de conn^Utre Dieu et la vérité , pour que , sur votre parole, nous adoptions, comme sortis de leurs mains, des livres qui nous sont en« tièrement inconnus. Ainsi, Messieurs, l'imposture eût été repoussée ; et loin de surprendre la foi des chrétiens , la honte d'une pareille entreprise serait retombée sur ses auteurs.

Ce n'est pas que, dans ces premiers âges, on n'ait vu paraître de faux évangiles; et ceci va donner lieu à des

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éclaircissements qui ne serviront qu'à répandre un nouveau jour de vérité sur la cause que nous défendons. Dans ces premiers temps, quelques pieux fidèles, par un empressement louable, mais qui* pouvait avoir des abus, se plaisaient à composer eux-mêmes des ' relations de tout ce qu'ils avaient appris touchant Jésus-Christ et ses apôtres, leur doctrine, leurs discours, leurs actions, leur vie tout entière. Ces écrits, sans avoir l'autorité de ceux des apôtres, pouvaient être respectables et mériter d'être cités avec éloge ; de ce nombre était, Ëusèbe nous l'apprend (1), l'Evangile des Hébreux : aussi a-t-on cru que saint Ignace martyr en avait cité un passage dans une de ses épitres, non comme d'un livre laissé par un apôtre, mais comme d'un livre pieux. Ne voit-on pas nos écrivains et nos orateurs chrétiens citer des passages tirés même des auteurs profanes, à l'exemple de saint Paul qui cita aux païens de son temps quelques maximes des poètes Aratus, Epiménide et Euripide? Outre ces livres, fruit d'un zèle trop empressé peut-être, il en est qui furent mis au jour par des novateurs mal intentionnés, et dans le dessein d'accréditer leurs erreurs. Mais voit-on que ces hommes téméraires aient réussi à persuader aux églises répandues dans les diverses contrées delà terre, de recevoir, comme venant des apôtres, des écrits qui n*éiaient pas leur ouvrage? Non, Messieurs, toujours il y a eu des faussaires» comme il y a eu des hommes vicieux ; mais toujours aussi il y a eu des règles de critique, comme des règles de vertu. Dans les églises primitives, il n'en est pas une qui ait rejeté un seul de nos Evangiles, tandis que les évangiles faux n'ont eu pour eux que quelques sectaires et leurs partisans. Les faux évangiles, fruit de l'erreur, de l'ignorance, ou d'une piété peu éclairée, sont tombés dans l'oubli j on n'a jamais pu réussir à les faire passer pour

(1) Uht, eccles. lib. III, cap. xxv, xxvii, etc.

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véritables ; les églises fondées par les apôtres, leurs pas* leurs, leurs docteurs, ont repoussé ces livres avec indignation et mépris. Le zèle qu'ont mis ces églises à écarter les faux évangiles, nous est un sûr garant que ceux qu'elles nous on transmis comme authentiques, le sont en effet; nous pouvons tranquillement nous reposer sur le soin qu'elles ont eu d'en faire le discernement : leur critique, saintement éclairée et sévère, fut comme le crible qui conserve le bon grain et rejette la paille légère.

Je me résume. Si je cherche une époque où un faussaire aurait pu tenter avec succès de fabriquer nos Evangiles, je n'en trouve point; si j'inferroge les ennemis naturels de ces livres, je les trouve favorables à leur antiquité ; si je consulte les traditions universelles des églises apostoliques, et les écrivainsqui ont paru depuis l'origine, inéme suffrage : donc l'authenticité de nos Evangiles est portée au plus haut degré de certitude historique. Qu'on prenne l'ouvrage que Ton voudra du siècle d'Auguste, et l'on verra que son authenticité, encore que personne n'en doute, n'est pas mieux appuyée que celle de nos Evangiles. Mais les avons-nous tels qu'ils sont sortis de la main des apôtres? que faut-il penser de leur intégrité? troisième et dernière question.

Que, durant le cours de dix-huit siècles, il ait pu se glisser quelque faute légère dans nos Evangiles par l'inattention et l'ignorance des copistes, j'y consens; que même on ait pu y introduire un ou plusieurs versets, je suis loin de l'avouer et de le reconnaître : mais avec les incrédules je n'ai pas besoin d'entrer dans cette discussion ; cela ne formerait pas un changement notable et substantiel. Tout ce que je prétends en ce nïoment, c'est que nos Evangiles n'ont jamais été altérés quant à la substance de la doctrine, de la morale et des faits : en sorte

Al 8 DB l'autorité bes^évàngiles.

que, pour le fond des choses, ils sont encore ce qu*ils étaient en sortant des mains des apôtres. Pour en demeurer convaincu, il suffit de quelques réflexions sur Torigine et sur la nature de ces livres sacrés. Les apôtres et les disciples de Jésus-Christ se répandent dans les diverses régions du monde connu : TOrient et FÔccident reçoivent leur doctrine; partout se forment des églises chrétiennes gouvernées par les pasteurs qu'ils y ont établis ; Jérusalem, Antioche, Alexandrie, Ephèse, Corinlhe, Rome, ont vu dans leur sein ces hommes prodigieux qui prétendent appeler Tunivers à la connaissance du Dieu véritable. La doctrine qu*ils ont prêchée, ils finissent par la consigner dans des écrits, et ces écrits se répandent dans toutes les églises. Toilà les livres où les pasteurs étudient la vie et la doctrine de Jésus-Christ, les livres qu'ils expliquent au peuple chrétien, et qu'ils mettent dans les mains des fidèles. Ces livres sont révérés comme divins, la religion ferait un cr]me d'y toucher; les conserver et les transmettre comme le dépôt le plus précieux, c'est le premier devoir des pontifes et des pasteurs : on leur porte un respect si profond, qu'on se croit obligé de mourir dans la persécution plutôt que de les livrer à la profonation des gentils. Hé bien, je suppose que, tandis que Funivers chrétien révère ces livres sacrés, un faussaire essaie de les corrompre et d'y glisser un point nouveau de doctrine, un précepte auparavant inconnu : je vous le demande, si Fahération eût été tentée, aurait-elle pu réussir? eût-on pu essayer de dénaturer un livre répandu par toute la terre, chez les nations diverses, sans que la falsification eût été remarquée? pouvait-elle être remarquée sans éveiller le zèle des pasteurs, des chrétiens fidèles, inviolable* ment attachés à ce qu'ils avaient reçu des âges précédents, et sans voir s'élever de toutes parts contre elle les plus vives réclamations?

Et comment concevoir le projet et le succès d'une fal-

î)E l'actorïtê des évangiles. 4:19

sification notable? Sans doute on ne dira pas qu'un faussaire pouvait être assez puissant pour s'emparer de tous les exemplaires de nos Evangiles disséminés sur la terre entière, pour les corrompre à son gré et les remettre ainsi falsifiés dans les mains du publfc : tout cela est évidemment impossible. Dira-t-on que la falsification a pu commencer par quelques exemplaires, et passer ensuite insensiblement dans tous les autres? Nouvelle chimère : il faudrait donc que tous les évoques, que tous les pasteurs, que tous les hommes instruits, que tous les fidèles, que toutes les églises grecques et latines eussent gardé le silence sur Fentreprise du faussaire, et que, malgré l'opposition de préjugés, d'éducation, de génie, de caractères, tous se fussent accordés unanimement à révérer, à consacrer la même imposture ! Cela n'est pas dans la nature. J'aimerais autant dire qu'un faussaire aurait pu, il y a quatorze siècles, altérer les exemplaires de l'Enéide répandus dans l'univers, de manière que, pour le fond des choses, elle ne fût pas celle qui est sortie des mains de Virgile. Remarquez même qu'il ne s'agit pas ici d'un seul livre, mais de quatre livres différents , composés par divers auteurs , publiés à diverses époques, et qui se trouvent pourtant d'accord pour la substance des choses ; en sorte qu'il aurait fallu non-seulement falsifier un Evangile, mais falsifier les quatre Evangiles à la fois^ ce qui accroît encore de beaucoup l'impossibilité d'une altération substantielle. On sait que quelques novateurs, pour rendre les Evangiles favorables à leurs vains systèmes, se permettaient de les ahérer ; mais on sait aussi combien ils excitèrent contre eux l'indignation des églises. Les docteurs chrétiens leur en faisaient un crime; on le voit par Origène (1), qui le reproche à Valentin et à Marcîon ; et par Tertullien (2), qui accuse ce dernier de plier FEvan-

(1) Comtra CeU, lib. II, n. 27. — (2) Comra Marcion. lib. IV, c. i.

A^O DE l'autorité des évangiles.

gîle à -ses folles opinions en le corrompant : Evangelium interpolando, suum fecit.

Certes, ce serait bien peu connaître Tesprit qui animait les églises primitives^ que de croire qu'elles fussent indifférentes à leurs livres sacrés;, elles étaient encore si profondément pénétrées de respect pour les ap6tres leurs fondateurs, et pour les écrits publiés par eux, que leur zèle s'alarmait de la moindre innovation. L'histoire nous atteste jusqu'où elles portaient leur délicatesse touchant la pureté du texte des Ecritures. Ainsi, dans le quatrième siècle, un évéque, nommé Tryphillus , qui avait la réputation d'être un homme éloquent, s étant permis, dans un sermon, de changer un mot de l'Evangile, qui ne lui paraissait pas noble, qu'arriva-t-il? C^est qu'un évéque de rUe de Chypre, nommé Spiridion, vénérable par ses vertus« se leva au milieu de l'assemblée, et parut indigné de cette altération pourtant si légère (1). Nous savons que saint Jérôme, qui fit une nouvelle traduction des Ecritures, excita d'abord de grandes rumeurs contre lui, parce qu'on craignait qu'elle ne troublât les fidèles accoutumés à la version jusqu'alors en usage : aussi nous apprenons de saint Augustin (2) qu'un évéque faisant lire dans son église la nouvelle version, il s'éleva parmi le peuple un grand tumulte à l'occasion de quelques mots différents de ceux qu'on avait coutume d'entendre depuis longtemps.

Traduits dans toutes les langues, répandus chez toutes les nations, mis dans les mains de toutes les classes des fidèles, le nombre des copies de nos Evangiles a dû se muilipiier prodigieusement ; de là cette multitude de variantes dans les textes évangéliques. Après trente ans de patience et de travaux, un docteur anglais en a recueilli

^ (l)Sozom. Hist, eccles. lib. I, cap. n. — (2) Epist. lxxi, ad Hief-on, n. S.

DE L^ACTORITÉ DES ÉYAI^GILES. 421

jusqu'à trente mille; mais, chose remarquable! dans cette grande quantité de variantes, il ne se trouve aucune différence essentielle ; elles tombent sur la construction des phrases et non sur les faits^ sur les mots et non sur les choses. On sait aussi que , dans certains manuscrits i on se donnait la liberté de rapprocher, de réunir les textes des quatre Evangiles; on transportait dans Tun ce qui était dans Tautre : mais prenez en main l'exemplaire le plus incorrect de tous, vous y trouverez le même fond de doctrine, de morale, d'événements, que dans Texemplaire le plus pur qu'on puisse découvrir. Les érudits prétendent qu'on a compté plus de vingt mille variantes dans les œuvres de Térencej cela n'empêche pas que ce qui nous en reste ne soit substantiellement conforme à ce qui est sorti immédiatement des mains de cet auteur : le grand nombre même d'exemplaires et de manuscrits qu'on a pu consulter, ont fourni le moyen de rétablir le texte dans toute sa pureté primitive; en sorte que c'est un des ouvrages de l'antiquité dont le texte soit le plus pur et le plus correct. Ainsi en est-il de nos Evangiles.

Enfin, si les incrédules s'opiniâtrent encore à présen* ter nos Evangiles comme falsifiés, nous pouvons les acca-^ bler par une preuve de fait qui est sous nos yeux. On peut leur dire : Nous possédons un grand nombre d'ouvrages des Pères de l'Eglise des premiers siècles, et je ne sache pas qu'aucun incrédule ait eu la folle pensée de dire que tous ces écrits auraient bien pu être supposés ou falsifiés par un imposteur. C'est comme si Ton disait que tout ce qui nous reste des écrivains du siècle d'Auguste, orateurs, poètes, historiens, philosophes, pourrait bien avoir été composé ou corrompu par un faussaire ; cette idée ne serait pas un paradoxe, mais une extravagance. Hé bien, Messieurs, si vous parcouriez les écrivains de l'antiquité chrétienne, vous verriez que, dans

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leurs commentaires, dans leurs traités dogmatiques, dans leurs homélies, dans leurs livres de piété, ils ont transcrit en quelque sorte le nouveau Testament tout entier, vous y trouveriez le sens, et presque toujours les paroles même de nos Evangiles : en sorte que, si, par impossible, ces livres venaient à disparaître tout à coup , il serait aise de les refaire, en rassemblant les citations qui s'en trouvent éparses dans les auteurs ecclésiastiques des premiers siècles. Donc les exemplaires de nos Evangiles qu'on li* sait dans la plus haute antiquité étaient conformes aux exemplaires que nous avons encore ; donc, en passant à travers les siècles , ils n'ont souffert dans leur substance aucune altération.

Ainsi, lorsque je lis les Evangiles, je puis dire : Je tiens en main des livres composés, il y a dix-huit siècles, par les apôtres et les disciples de Jésus-Christ ; ces livres sont encore tels qu'ils sont sortis de leurs mains, et je connais leur doctrine aussi sûrement que si je l'apprenais de leur bouche; et tout cela, je le sais d'une manière bien plus certaine encore, que je ne sais que César a composé les Commentaires qui portent son nom. Qu'on ne vienne pas nous dire que ce sont pourtant des érudits qui ont contesté l'origine de nos Evangiles. Que sont quelques érudits de nos jours, qui, avec du savoir, pouvaient bien n'être que des esprits médiocres? que sont-ils devant cette multitude de beaux génies non moins savants qu'eux, et dont la profonde capacité, comme l'érudition, est consacrée par la vénération de la postérité? Ce sont des savants aussi, ou des hommes réputés tels, qui ont professé Tathéisme, et qui ont voulu apprendre au genre humain à se passer de Dieu ; faudra-t-il pour cela que nous soyons athées? Qu'importe l'érudition sans jugement? Elle est alors un poids qui accable; pour les esprits faibles, les trésors de la mémoire sont comme de riches matériaux dans les mains d'un architecte inhabile.

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Qui jamais fut plus savant que le Père Hardouin, et qui jamais avança des paradoxes plus révoltants? Il faut le dire, ce célèbre érudit a combattu Tantiquité de TEnéide par des réflexions critiques non moins embarrassantes et non moins subtiles que celles qu'on a opposées à l'antiquité de nos Evangiles ; cependant il ne fit pas un seul partisan dans le monde littéraire, tandis que nos apôtres d'incrédulité ont fait des disciples nombreux : pourquoi cela ? C*est que les passions humaines ont un intérêt manifeste à affaiblir, à détruire l'autorité des livres saints, et qu'après tout il nous importe peu qu'un cénobite du treizième siècle, comme le voulait Hardouin, ou que Virgile, comme le pense la terre entière , ait eu la gloire de chanter Enée et ses exploits. Messieurs, ce sont de mauvais juges que les passions : quand elles prononcent^ la vérité succombe toujours; mais leur triomphe est une ignominie : souvent même il n'est que passager. Malheur à nous, si la vérité était vaincue par nos résistances! Notre salut ne peut se trouver que dans ses victoires : espérons, pour notre repos et pour cehii des générations à venir, que la vérité prévaudra sur le mensonge, et qu'on la verra sortir plus brillante du choc même de contradictions : semblable à ces torches allumées qui ne jettent jamais de clarté plus vive que lorsqu'on les secoue et qu'on les agite avec plus de violence (1).

(1) Voyez la Réfutation de la Bible enfin expliquée, cbap. i.

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