MIRACLES ÉVANGÉLIQUES
Oi Ton demande aux chrétiens quels sont les titres de leur foi en Jésus-Christ, à son Evangile , à sa doctrine, h ses promesses, ils peuvent avec confiance en produire de bien éclatants , de bien capables de faire sur les esprits une impression vive et profonde. Notre dessein n'est pas d'exposer ces titres dans toute leur étendue jamais, si quelque chose d'abord peut nous attacher à la religion de Jésus-Christ , c'est assurément l'éclat tout divin des merveilles qui se multipliaient sous ses pas» et qui décelaient en lui f je ne dis pas un sage , mais l'envoyé même de Dieu, venu pour éclairer l'univers, et réformer la croyance, les mœurs, le culte du genre humain. Les miracles consignés dans nos Evangiles, voilà un des monuments éternels de la mission divine de Jésus ; et quand le chrétien n'en aurait pas d'autres , sa foi serait suffisamment éclairée et raisonnable. Qu'on fasse retentir à son oreille les noms de superstition et de crédulité; qu'on rappelle, si l'on veut, les faux prodiges que présentent les annales des peuples divers , et que l'on ose établir d'indignes parallèles entre Jésus-Christ et des imposteurs fameux, le chrétien s'affligera de tout ce vain bruit de railleries et d'arguments ; mais , s'il est instruit des preuves de sa religion , sa foi n'en sera pas ébranlée. Pour lui , des plaisanteries, fussent-elles encore plus ingénieuses et plus piquantes que celles des incrédules, ne sont pas des
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raisons. H sait qu'entre la faiblesse d^un esprit crédule et Forgueil d'un esprit opiniâtre , il se trouve un juste et sage milieu ; qu'il est des règles d'une critique sévère sans être pointilleuse , pour discerner les histoires fidèles , des récits fabuleux ; que les faux prodiges ne détruisent pas plus les miracles réels, qu'une monnaie fausse ne détruit la véritable, ou qu'un sophisme ne détruit la saine raison. Et quand on se rappelle que tout ce qu'il y a eu de plus beaux génies sur la terre, depuis dix*huit siècles, de personnages plus éminents en savoir comme en vertu , de plus profondément versés dans les langues et les antiqui^ tés, a cru très-sincèrement à la réalité des miracles évangéliques ; on sent qu'on peut y croire sans être pour cela un esprit faible , et l'on se console aisément du vague et commode reproche de crédulité.
Déjà , Messieurs , dans un premier discours sur les miracles en général , nous en avons établi la possibilité et l'autorité ; déjà nous avons exposé les moyens de les dis* cerner d'avec les faits naturels , et d'en constater l'existence avec certitude : et si nous avons réussi à dissiper les vains préjugés qu'on a répandus de nos jours^ sur cette matière , nous eiftrerons avec bien plus de facilité dans la discussion que nous allons entamer. N'oublions rien de ce qui regarde les miracles évangéliques , ne dissimulons pas les attaques de l'incrédulité ; que la vérité triomphe par les efforts mêmes que fait le mensonge pour l'obscurcir. Ici l'on peut diviser les incrédules en deux classes ; les uns on tâché d'éluder la force et l'autorité des miracles évangéliques ; les autres ont combattu jusqu'à leur existence. Ceux-ci ont dit que ces miracles n'étaient pas appuyés sur des témoignages hors de tout soupçon et propres à entraîner l'assentiment des hommes éclairés; les autres ont dit qu'il fallait peut-être n'y voir que des effets surprenants, extraordinaires de la nature ou de l'industrie humaine ; qu on ne pouvait pas d'ailleurs savoir s'ils
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étaient Touvrage de la Divinité ou de quelque agent intermédiaire entre Dieu et rhomme , ennemi de la vérité et de la vertu ; et que, dans tous les cas, Jésus paraissait les avoir opérés, bien moins pour établir sa mission et sa doctrine^ que pour soulager les malheureux. Voilà^ Mes* sieurs, à quoi peuvent se réduire toutes les attaques des incrédules anciens ou modernes contre lés miracles de Jésus-Christ. Pour les combattre , nous allons établir les deux propositions suivantes : la première , qu'on ne peut raisonnablement contester Texistence des miracles évan^ géliques ; la seconde , qu'on ne peut en aucune manière en décliner Tautorité. Rien de plus certain , rien de plus décisif en faveur de la religion; tel est le plan et le par* tage de ce discours.
NoTBE but en ce moment/MeBsieors, n'est pas de vous rappeler en détail les prodiges éclatants et nombreux que rapportent nos Evangiles ^ seulement nous en rappelle-^ rons ce qu'il importe d'avoir présent à l'esprit pour le sujet que nous traitons^ Sortant enfin de sa vie obscure et cachée, Jésus commence d'annoncer sa doctrine dans la Galilée , et d'une parole il rend la santé % une foule d'infirmes et de malades. Sa réputation se répand dans la Syrie ; on lui présente tout ce qu'il y a de personnes travaillées de diverses sortes de maux et de douleurs: il lea guérit subitement, sans efforts , comme sans préparation 4 S'il parcourt ensuite les villes et les bourgades de la Judée, mêmes prodiges opérés avec la même facilité ; Jui6, Samaritains, Chananéens même, tous ont part aux fevéurs de sa bonté toute-puissante. Ce sont des merveilles de tous les genres : d'un seul mot il apaise les tempêtes, res-* suscite les morts, rend la vue aux aveugles de naissance, guérit les paralytiques de trente ans , multiplie quelques pains, de manière à nourrir au moment même des troupes aonibreuses de peuple, et met en foi te toutes les maladies
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ctDi affligent rhumanité. Ce n^est là qu*une faible esquisse des merveilles qui accompagnent ses pas; mais II les opère avec une promptitude , une puissance , un succès , qui décèlent, comme il sera dit en son lieu, la main du maître même de la nature. Or, je prétends quMl n'est rien, dans Fhisloîre de l'antiquité, de plus certain que ces miracles de nos Evangiles. En effet, Messieurs, pour être pleinement assurés de faits que nous n^avons pas vus de nos yeux ; qui se sont passés loin de nous , ou dans les Ages précédents, que pouvons-nous demander? Voulonsnous que ces faits soient par eux-mêmes de la plus grande publicité, du plus grand intérêt, et très-remarquables par leurs conséquences et leurs résultats ; que ces faits nous soient racontés par des historiens contemporains , qui soient bien instruits et qui soient hors de tout soupçon d'imposture ? On ne peut rien exiger au delà ; et quel est l'événement de l'antiquité profane qui se présente avec des caractères plus frappants de vérité? Reprenons, et voyons si ces traits divers peuvent s'appliquer aux faits évangéliques.
D'abord on aime à supposer des faits très-publics, trèssensibles, qui se soient passés, non dans l'obscurité et les ombres de la nuit , mais à découvert, en plein jour, devant beaucoup de témoins de tout âge et de toute condition : alors leur publicité devient un garant contre la fraude et la surprise. Dans les lieux secrets et ténébreux l'imagination et les sens peuvent être égarés, séduits et prendre des apparences pour des réalités. Mais fut-il jamais rien de plus éclatant, de plus visible, de plus exposé à tous les regards, que les miracles évangéliques^ tels que ceux de Lazare, de Taveugle-né, du paralytique, de la multiplication des pains, de cette foule de malades guéris subitement, en tous lieux, au milieu des rues et des places publiques, des bourgades et des villes de la Judée ? Il ne fiiUait pat être un profond physicien pour voir tous ces
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faits, il ne fallait qu'avoir des yeux. Par leur nature , de pareils prodiges sont aussi visibles que tous les événements humains^ aussi sensibles que peut Tôtre notre réunion dans cette enceinte ; et certes nous n'avons pas besoin de connaître les lois de Foptique comme Newton, pour être certains que vous me voyez et que je vous vois.
On aime à supposer non des faits obscurs et d'un faible intérêt, qu'on admet ou qu'on rejette avec assez d'indifférence et de légèreté, mais bien plutôt des événements d'une haute importance ; alors ils excitent la curiosité publique, ils attirent les regards des personnes éclairées, et môme l'attention de l'autorité ; ils sont ainsi examinés, discutés avec le plus grand soin, et ne sont admis qu après les réflexions les plus sérieuses. Or, Messieurs, quoi de plus important que les miracles de Jésus-Christ ? Les Juifs attendent un Messie, un libérateur promis à leurs pères; le bruit de la prochaine apparition de je ne sais quel personnage extraordinaire qui devait sortir de la Judée s'était répandu jusque chez les païens : nous le voyons par Tacite et par Suétone, qui en font la mention la plus expresse (l).^Hé bien, au milieu de cette attente universelle, Jésus parait; il se donne pour celui qu'annonçaient d'anciens oracles ; il se dit envoyé du ciel pour les accomplir, pour établir un culte nouveau, pour abolir les anciens sacrifices; et en signe de la mission divine dont il se dit revêtu, il prétend faire des miracles. Est-il rien qui intéresse de plus près la religion des Juifs, le culte et les usages d'un peuple si opiniâtrement attaché aux lois, aux habitudes de ses pères? est-il rien qui doive exciter plus vivement l'attention, et des prêtres et des docteurs de la loi, et de tout le peuple?
On aime à supposer des faits qui ne soient pas détachés du reste de Thistoire, mais qui se lient à des événements
(1) Tacit. Hist. lib. V, cap. xiii. — Sueton. tti Vespm, cap. iv.
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subséquents, à des changements dans l'ordre religieux ou politique ; cVst alors surtout que Tintérét est porté au plus haut degré, que Texamen est plus sérieux et plus universel, et qu'on a plus de moyens de savoir la vérité. Or, Messieurs , les miracles de iésus^Christ ne se font-ils pas remarquer par leur liaison avec des événements qui en furent la suite et le résultat, et qui par là même en sont devenus comme une preuve incontesiable? Ce n'est ni réloquence, ni la force des armes, ni la volupté, qui ont fondé le christianisme ; c'est la croyance des miracles évangéliques annoncés dans Funivers. Voilà comme ils se lient à la révolution la plus étonnante, la plus univer* selle, la plus durable qu'ait vue le genre humain depuis son origine. Et qu*est-ce en effet que Tempire de Darius, celui d'Alexandre ou des Romains, devant le règne de Jésus-Christ, qui, par son étendue et sa durée, embrasse tous les siècles comme tous les peuples de la ferre? Sans doute il est daos l'antiquité une foule d'événements qui n'offrent pas tous ces earactères réunis, et que nous sommes néanmoins très-fondés à croire sur le témoignage de l'histoire ; mais, lorsque ceux qu'elle nous raconte sont aussi visibles, aussi publics, aussi importants que les mi* racles de nos Evangiles, on croit plus aisément, ce me semble, que ceux qui s'en disent les témoins n'ont pas été le jouet d'une vaine illusion, qu'ils ont pu s'en instruire avec la plus grande facilité ; et du côté de la nature des fiiits, la crilique la plus sévère, la plus exigeantei se trouve pleinement satisfaite.
Il est vrai, direz-vous, les miracles attribués à Jésus- Christ dans les Evangiles ont bien tous ces caractères d'intérêt et de publicité; mais qui nous en garantira la réalité? comment être assuré qu'ils n'ont pas été inventés par des imposteurs, publiés ensuite par eux, et adoptés chez des peuples superstitieux et crédules ? Ici, Messieurs, on peut défier Tincrédulité de produire des faits de l'an-
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tiquité appuyés sur des témoignages [plus irrécusables, que ceux qui établissent les faits évangéliques : en sorte qu'elle est forcée de ne rien croire dç ce qui a existé autrefois, ce qui est une folie ; ou bien , si elle est conséquente, de reconnaître la réalité des miracles de Jésus« Christ,
En effet, Messieurs, lorsque plusieurs historiens sont d'accord sur le fond des choses, lorsqu'ils ont été contemporains des événements qu'ils retracent, lorsque leur récit porte cette empreinte de vertu et de probité que l'imposture ne peut contrefaire, lorsque enfin leur témoignage est passé à la postérité sans essuyer de contradictions de la part de ceux-mômes qui ont dû le discuter avec le plus de sévérité, et avec le désir secret de le convaincre de mensonge, alors on est arrivé au plus haut degré de certitude historique. Souvenons-nous que l'autorité de l'histoire ne vient pas seulement des qualités personnelles de celui qui l'écrit, mais surtout du suffrage de tous ses contemporains ; en lisant un historien , c'est sa nation, c'est son siècle tout entier, que je crois entendre : et qui ne voit pas que, s'il était assez impudent pour vouloir tromper ses contemporains sur des faits très-éclatants, très-importants, très-connus, il s'élèverait contre lui un cri d'indignation qui retentirait dans la postérité, et le dénoncerait à tous les âges suivants, comme le plus insigne de tous les faussaires ? Ce n'est pas le lieu de développer ces règles de critique ; ceux qui sont versés dans ces matières savent bien qu'on ne peut pas en inventer de plus sévères , et qu'on est même loin d'exiger toutes ces conditions pour une foule de faits que tout le monde croit sur le témoignage d' autrui.
Venons à l'application.
Voulez-vous, pour attester les faits évangéliques, des historiens qui n'aient pas écrit longtemps après l'événement, d'après des rumeurs vagues et des traditions incer-