‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religionChapitre 39 sur 48 · DES MIRACLES ÉVANGÉLIQ13ES · texte numérisé non relu

DES MIRACLES ÉVANGÉLIQ13ES

taines, mais qui touchant à Torigine même de ces faits, aient eu tous les moyens de les connaître? Hé bien, nous avons à vous citer huit auteurs différents, dont cinq témoins oculaires et les autres contemporains. Ce sont les auteurs dont les écrits composent le nouveau Testament. Saint Matthieu, saint Jean, saint Pierre, saint Jacques et saint Jude avaient été du nombre des douze api^lres, attachés à la personne de Jésus-Christ, témoins assidus de ses vertus et de ses prodiges; saint Marc, saint Luc et saint Paul vivaient à Tépoque même où s'opéraient ces miracles. Vainement on voudrait contester l'antiquité de leurs divers ouvrages; déjà, dans notre dernier discours, nous avons établi et vengé celle des (fuatre Evangiles, et il serait également facile de prouver entre autres celle du livre des Actes et des Epitres de saint Paul

Maintenant, Messieurs, voyez avec quelle confiance, avec quel ton d'assurance et de conviction parlent les évangélistes. Ils nomment les villes, les bourgs, les familles, les personnes qui ont été les témoins ou même Tobjet de ces miracles ; ils ne cherchent point à donner aux Juifs des preuves de ce qu'ils avancent, ils en appellent hautement à la foi publique, à la connaissance qu'en avait toute la nation. Les apôtres ne racontent pas des faits anciens, arrivés au milieu de générations qui n'étaient plus ; mais ils se donnent pour historiens d'événements qui se sont passés sous les yeux de ces mêmes Juifs qui les entendent : et quelle n'eût pas été l'inipudence, ou plutôt la folie des apôtres, d'appeler la nation Juive en témoignage de ce qu'elle n'avait jamais vu 1 Jésus -Christ n'était pas un personnage ignoré, qui eût vécu dans des temps éloignés, et sur lequel il fût aisé d'inventer des fables ; Jésus avait parcouru les villes, les bourgs et les villages de la Judée; il avait enseigné dans le temple, conversé avec les princes des prêtres et les docteurs de la loi;

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le peuple t'avait suivi en foule sur la mootagne, dans le désert ; ce qu'il y avait de plus distingué dans la nation avait pu le voir et l'entendre, comme la multitude. Eh quoi! ce Jésus que tout le monde connaissait, n'avait réellement ni ressuscité Lazare, ni rendu la vue à l'aveugle-né, ni multiplié les pains, ni guéri par un pouvoir tout divin cette foule de malades qui s'étaient trouvés sur son passage; et toutefois les apôtres auraient pris à témoin de ces merveilles une multitude de personnes encore vivantes? et saint Pierre, devant la voix au milieu d'une assemblée de Juifs, aurait osé s'écrier; m Israélites, » écoutez ce que J'ai à vous dire : vous savez que Jésus » de Nazareth a été un personnage que Dieu a rendu cé- » lèbre par les miracles qu'il a faits au milieu de vous ; » Jernm Nazarenum^ virum approbatum à Deo in vobts, virtutibm, et prodigiis, et signis quœ fecit Deus per illum in medio vestrî, sicut et vos scitis (4). Si ce n'était là qu'une imposture, combien n'eût-elle pas été grossière, et facile à découvrir? Saint Pierre pouvait-il espérer de persuader aux Juifs qu'ils savaient ce qu'ils ne savaient pas, qu'ils avaient vu ce qu'ils n'avaient pas vu? Oui, la risée publique aurait fait justice du récit des écrivains sacrés, s'ils n'avaient raconté que des fables impertinentes; ils auraient été bafoués, contredits par ceuxmémes que, dans leur folie, ils auraient osé prendre à témoin : et c'est ainsi que leur qualité d'auteurs contemporains donne une force invincible à leur témoignage.

Voulez-vous dès historiens qui donnent les preuves les plus frappantes de sincérité et de bonne foi dans leurs écrits? Hé bien, Messieurs, lisez nos évangélistes; voyez combien leur récit est simple et naïf; chez eux, point de réflexions étudiées, point de faste de paroles ; tout y res-

' (1) Act. n. M.

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pire la candeur et rinnocence; ils ne dissimulent pas leurs propres fautes : et le zèle indiscret des uns, les prétentions ambitieuses des autres, Tignorance et la grossièreté de tous, la lâcheté qui les disperse, le reniement de saint Pierre; rien de ce qu'il y a d'humiliant pour eux n'est passé sous silence. Leur accord sur le fond àef^ choses prouve qu'ils ont puisé la vérité dans une source commune, et les diversités qu'on peut remarquer dans leurs récits nous garantissent qu'il n'y a pas eu de fraude concertée. Quel historien ne cherche à exalter ses héros, ne s'indigne des injustices qu'ils éprouvent, ne s'emporte contre leurs ennemis? Dans nos évangélistes, nul fiel, nul emportement, nul trait de courroux^ rien qui sente la haine ou l'emphase. Us racontent les douleurs et les soufifrances de leur maître avec la même simplicité que ses miracles; en même temps qu'ils le peignent comme revêtu d'une force toute divine, ils le représentent avec toutes les faiblesses de l'humanité ; l'histoire de la scène épouvantable de son crucifiement est dans ces seules paroles : Là ils le crucifièrent 11 y a, dans leur ton et dans leur langage, un je ne sais quoi de si simple et de si vrai, que le mensonge ne saurait le contrefaire. En les lisant, le cœur jfie conçoit aucun soupçon de fraude, pas même d'exagération; il se sent entraîné; c'est l'attrait puissant de la vertu et de l'ingénuité dont on ne peut se défendre. En vain on nous dirait que les évangélistes ont affecté la simplicité et la candeur, pour mieux séduire; l'affectation se ferait sentir par quelque endroit : et quels seraient donc les traits caractéristiques de la vérité, si l'imposture, sans se démentir jamais, pouvait les copier avec tant de fidélité? Je le sais, l'histoire évangélique peut ne rien dire au cœur des sophistes desséché par le matérialisme, ni au goût faux et dépravé du bel-esprit; mais elle parlait au cœur de Jean-Jacques, quand elle lui arrachait cet hommage si souvent cité, et si véri- I. 2:^

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table ( 4 ) : g J'avoue que la majesté des Ecritures » m'étotine ; la sainteté de TEvangile parle à mm cœur. » Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe;

» qu'ils sont petits près de celui-là î Dirons-nous que

D l'histoire de TEvangile est inventée à plaisir? Ce n'est » pas ainsi qu'on invente; et les faits de Socrate, dont » personne ne doute, sont bien moins attestés que ceux » de Jésus-Christ. Au foud, c'est reculer la difficulté sans » la détruire; il serait plus inconcevable que plusieurs » hommes d'accord eussent fabriqué ce livre, qu'il ne

» Test qu'un seul en ait fourni le sujet; et l'Evan-

» gile a des caractères dé vérité si grands, si frappants, » si parfaitement inimitables, que l'inventeur en serait » plus étonnant que le héros. »

Mais voici quelque chose de plus admirable encore, qui est unique dans les annales du genre humain; et qui va mettre la sincérité des apôtres dans un jour incomparable. Nos écrivains sacrés ne se bornent point à publier les faits dont ils ont connaissance ; ils bravent tous les dangers, s'exposent à tous les outrages, à tous les tourments ; ils se feront même égorger, s'il le faut, pour attester la vérité des faits qu'ils racontent : et quel est l'historien de l'antiquité païenne, qui soit mort en témoignage des événements qu'il rapporte dans ses écrits? Ici, Messieurs, sentons toute la force d'un témoignage scellé du sang de ceux mêmes qui le rendent, et ne croyons pas le décliner par quelques parallèles irréfléchis. Que des hommes élevés, nourris dans des opinions qui sont fausses, puissent les croire très-véritables; que, dans cette persuasion, ils sacrifient tout pour elles, même la vie, cela peut être, si l'on veut : alors le mensonge^ qu'ils croient être la vérité, a sur leur cœur tous les droits et tout l'empire de la vérité elle-même. Mais qu'un certain nombre

(1) Emile Uvre IV,

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d'hommes inventent des faits entièrement faux ; qu'ensuite ils les donnent pour vrais, au péril môme de leur vie; qu'ils se laissent égorger pour attester qu'ils ont vu ce qu'ils n'ont pas vu, qu'ils ont entendu ce qu'ils n'ont pas entendu, c'est là un genre de frénésie entièrement inoui. Les apôtres, comme le dit Bossuet (i), ne sont pas des hommes prévenus qui meurent pour dos sentiments qu'ils ont sucés avec le lait ; ce ne sont point des spéculatifs qui font leurs idoles de leurs opi* nions, et les défendent aux dépens de leur vie. Les apôtres ne nous disent pas : Nous avons pensé, nous avons médité, nous avons conclu ; leurs pensées pourraient être fausses, leurs méditations mal fondées, leurs conséquences mal déduites et défectueuses : ils nous disent : Nous avons vu^ nous avons om, nous avons touché de nos mains (2). Voilà pourquoi il reste dans toute sa force, le mot célèbre de Pascal à ce sujet, que les incrédules ont fait semblant de ne pas comprendre. Pascal n'a pas dit précisément : Je crois volontiers des hommes qui meurent pour leurs opinions; mais il a dit : a Je crois volontiers les histoires dont les témoins se » font égorger (3)/» Reconnaissons donc, Messieurs, que les écrivains du nouveau Testament étaient animés de Tamour de la vérité; que, par leur simplicité, leur accord, le courage qu'ils ont de mourir pour les faits miraculeux dont ils se disent les témoins oculaires, ils donnent des preuves de sincérité qu'on cherche en vain dans les historiens de l'antiquité profane.

Et de quel droit viendrait-on nous faire observer, que les miracles de Jésus ne sont racontés que par ses seuls disciples? Que nous importe, si leur témoignage est irrécusable, s'ils ont tous les caractères qu'on exige des écri-

(i) Panégyr, (le saint ^ndré, !•' point. — (2) I Joan. i, 1. — (3) Penséts, art xxviii, n. 71.

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