‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religionChapitre 4 sur 48 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

JjB pr0inier begoin comnae le premier bien de rhonune, c'est la vérité; oui, vérité dans la religion, qui, en nous donnant des idées bautës et pures de la Divinité, nous apprend à lui repdre des hommages dignes d'elle ; vérit^ dans la morale, qui trace leurs devoirs à toutes les con** ditions, sans rigorisme comme sans mollesse } vérité dan^ la politique, qiii, en rendant l'autorité plus juste et les sujets plus soumis, sauve les gouvernements des passions de la multitude, et la multitude de la tyrannie des goun vemements; vprité dansles tribunaux, qui fait p(iHr le vioe, rassure rinnooence, et amène le triomphe de la justice j vérité dans l'éducation, qui mettant en accord les door trines et la conduite, foit que les instituteurs ne sont pas moins les modèles que les n^attres de Tenfiince et de la jeunesse ; vérité dans les lettres e\ les arts, qui les pré'»* serve de la contagion du meuvaip goût, des faux orne-i ments comnoe des fausses pensées; vérité dans le com^ merce de la vie, qui, en bannissant la feaude et Pimposn ture, fait la sûreté commune; vérité en tout, vérité. avant tout : voilà au fond cef|ue cherche, par les désire secrets de son cœur, le genre humain tout entier : tant les peu-r pies ont compris que la vérité est utile, et que le mensonge est nuisible 1 .

Et en effet, lorsque les véritable^ doctrines sont uni-* versellement enseignées, qu'elles ont pénétré dans les cœurs, qu'elles animent toutes le& classes de la société) si elles n'arrêtent pas tous les désordres, elles auront du moins l'avantage d'en arrêter un grand ntttnbre; elles

seront fécondes en sentiments généreux, en actions vertueuses, et Ton comprendra que la vérité est pour le corps social un principe de vie. Que si, au contraire, Teireur sur des choses capitales vient à dominer dans les esprits, surtout dans ceux qui sont appelés à servir de guides et de modèles, elle les égarera, les jettera dans "de fausses routes; et en corrompant les pensées, les sentiments et les actions, elle deviendra un principe de dissolution et de mort.

Depuis un siècle surtout, quel choc d'opinions opposées parmi nous! que de systèmes renversés par d'autres systèmes! que de paradoxes révoltants! Et l'histoire religieuse, politique et littéraire de la France, qu'est-elle autre chose, depuis cent ans, que l'histoire du combat de toutes les erreurs contre toutes les vérités? combat soutenu d'abord par la plume, et plus' tard par le glaive, et dont l'issue fut pour un temps la destruction apparente de la religion et de la monarchie. Ce qu'il faut bien remarquer, c'est que tous les combattants, le sectaire comme l'orthodoxe, le sophiste comme le philosophe, l'impie comme le chrétien, le démagogue comme le défenseur du trône, tous faisaient profession de marcher sous les drapeaux de la vérité ; et ceux qui étaient armés contre elle se seraient regardés comme vaincus, s'ils eussent reconnu qu'ils étaient enrôlés sous les bannières du men« 3onge.

Mais comment se fait-il qu'avec cet amour secret de la vérité, qui est dans le cœur de tous, l'erreur soit si répandue, et qu'elle égare si souvent le savant môme comme le peuple? Ne serait-il pas possible de remonter aux causes de nos erreurs, de bien les connaître, pour se dérober à leur influence? En signalant les écueils contre lesquels va se briser la raison humaine, on ne préviendrait pas sans doute tous les naufrages ; mais peut-être on lui en épargnerait beaucoup : c'est dans cette pensée et

cette espérance , que j'ai conçu le dessein de vous entretenir aujourd'hui des causes ordinaires de nos erreurs.

Ces causes sont la faiblesse de la raison, Tignorance, le demi-savoir, la science même, la fausse application des divers principes de vérité, la préoccupation, Texcessive curiosité, les passions.

Je dis d'abord la faiblesse de la raison. Placé, pour ainsi dire, entre Tètre et le néant, Tfaonime, par ses facultés, présente bien des traits de ressemblance avec son divin auteur; mais en même temps il se ressent des imperfections et de la misère de tout ce qui est créé. Il est intelligent, mais son intelligence est bornée ; s*il n'est pas dans rimpuissance absolue de saisir tonte vérité, il ne lui est pas donné de tout voir et de tout connaître ; en vain son orgueil murmure contre les limites de sa raison, il ne saurait les renverser, aussi incapable de se donner une intelligence infinie, que de se donner un corps immortel: et s'il est fini, est-il étrange qu'il soit faillible? Aussi es^il des erreurs qui sont une suite naturelle de l'infirmité de notre esprit; l'aveu que nous en faisons, doit, non pas nous jeter dans un lâche découragement, mais nous inspirer une juste défiance de nous-mêmes.

Oui, Messieurs, vous supposeriez réunis dans la même personne l'esprit le plus pénétrant, le cœur le plus droit, le savoir le plus vaste, vous n'auriez jamais qu'un homme, un être dont les facultés sont limitées : il a bien le pouvoir de rapprocher les objets, de les comparer, de les apprécier, pour éviter l'erreur dans ses jugements; maist ce pouvoir, qui fait sa noble prérogative, décèle en même temps sa faiblesse. Si vous en exceptez certaines véritéâ premières, qui brillent à l'esprit de leur lumière propre, comme le soleil brille aux yeux de l'éclat de ses rayons^ l'homme ne voit pas les objets d'une simple et pleine vue : dans la plupart de ses connaissances, ce n'est que par c)es rapprochei»eats multipliés, par des efforts péni^

SO SLR LES CAUSES DP KpS E^iREURS,

bles, par de longs ciippuits de raisonnements»^ qu'il acrive enfin à la vérité : or, dans ce travail, il su$( de quelque inattention, d'un iQomént d'oubli et de sommail de sa rî^json, pour que l'erreur se glisse comme h son insu dans les résultats. Non, le génie, la bonne foi; ne suffirent pas pour garantir toujours de Tillusion; i) n'est pas plus doqné à rbomme de se mettre à Tabri de toute erreur, que de vivre exempt de toute faute. Quel e^t le savant eritiqiie, si exact si attentif qu'il ait été, qui ne ^e soit trompé quelquefois dans les détails de ses récita bistoriquecî? Quel est le magistrat» fût-il le plus éclairé, le plus conscieq? pieux, qui, parvenu au terme d'une honorable ce^rrière, puisse se répondre d'avojr toujours prononcé suivant la rigoureuse équité? En tout, Tbomme est condamné h payer tribut à la faiblesse de sa nature : c'est un mal qu'on ne saurait guérir entièreme^$ le seul remède qu'on puisse y apporter, c'est de travailler à s'éclairer tous les jours davantage sur le$ cboses qu'on est obligé de savoir, h fortifier sa raison par la réflei^ion et l'expériepce, à se mettre en gai^e contre toute illusion^ Disons au reste, pour la consolation de la faible humanité, que les erreurs vraiment involontaires ne sont pas criminelles aux yeux delà souveraine justice.

Non-seulement l'esprit est borné dans les cboses qu'il connaît, et sujet à s'en former des idées inexactes, in* complètes, fausses î mais combien n'en est-il pas quil ignore entièrement ! La science est comme un champ imr mense que le ciel livre à nos soins et h nos travaux ; dans quelques-unes de »es parties, il donne des fruits sans euU ture; dans la plupart, l'homme ne le féconde qu'à la sueur de son front, et jamais un seul homme ne pourra le défricher tout entier. Or, comment juger sainement de ce qu'on ne connaît pas H Voyez le peuple : il ignore les ressorts secrets de la nature, les lois physiques qui entrer tiennent l'harmonie du monde, les causes des phénonaèae^

célestes et des mepveWes qui frappent ses regards $ il n'a fait aucune élude qui puisse Fécl^irer sur oes matières i ici il peut être aisément le jouet (les sens et de riaiagîiyiT tion : il pourra bien inventer des eauses bizarres de ce qu'il voit ; de là des opinions ridicules ou méa)e snperstir tieusea : or, Messieurs, combien de beaui^ esprits qui sont peuple dans leur manière de juger, et qui prqnpneent suf ce qu'ils ignorent 1 Les hommes universels ne sont pa9 communs ; un grand poète peut ignorer les peerets des hautes sciences, un géomètre demeure asseï étrange^ |t 1^ connaissance du cœur humain ; et si Ton yeiit s'élançeç au delà de la sphère de ses connaissances, est-ril étonnant qu'on s'égare ? Que chacun ne juge que de ce qu'il saU bien, qu'il ait la sagesse de suspendre son jugement dann l6% choses incertaines; et le plus grand nombre des fausses opinions disparaîtront. Ceci conduit à une troisièine canse de nos erreurs, le demi-savoir.

Rien de plus commun que de rencontrer des esprits qui se contentent des aperçus les plus superflcials et les plus vagues, qui eQIeùrent tout, n'appt*ofondissent rien, et sont d'autant plus tranchants et plus fifik'matifs dani leurs décisions, qu'ils devraient être plus réservée et plus modestes. Une des plus incurables manies de ceux qui s^ piquent de science et de belresprit, c'est de vouloir i^trf universels et de s'épiger en docteurs, mémo dans les ma-r tières sur lesquelles ils n'ont que des demi*oonnaissanqes i c'est de là qu'est venu, depuis un siècle, ce débordement de systèmes en matière de morale, de politique, d'éduf^ation, capables de bouleverser le monde entier : voilà ceu3( dont parle Pascal (i), a qui ont quelque teinture de sqience, » font les entendus, troublent le monde, et jugent de » tout, plus mal que tous les autres. » Une ignorance sensée vaut mieux qu'un vain savoir i l'homme qui n'est que

(I) fituiéeSf art nix,n, i.

sensé connaît sa faiblesse, se Favoue à iai-méme, et s*en défie ; le demi-savant, déjà très-vain de ce qu'il sait, s'arroge un savoir qu'il n'a pas, et n'a ni la sage retenue que le bon sens inspire, ni la lumière que donne une science profonde ; il suit les vaines lueurs de son esprit, il s'égare. Non, le plus ignorant n'est pas celui qui ne sait pas, c'est celui qui faussement croit savoir; de là naissent les plus ridicules et les plus funestes prétentions. Quoi ! Messieurs^ je n'aurai qu'aune légère teinture des lettres humaines, et je m'arrogerai le droit de juger les anciens et les modernes, comme pourrait le faire le littérateur le plus pro^ fond ! Je serai à peine initié à l'étude des lois, et je me croirai un jurisconsulte aussi habile que Domat et d'A^ guesseau ! Ou est ici le bon sens? Je ressemble à celui qui, placé au pied de la montagne, croirait jouir d'un horizon aussi vaste que celui qui en occuperait le sommet. Maintenant jugez vous-mêmes de ce qu'il faut penser de ces esprits téméraires, qui ne connaissent la religion que par de faux portraits; qui, vains de quelques vieux arguments qu'ils croient une découverte, se permettent de combattre le christianisme, et s'exposent à le calomnier sans le savoir. Comment, avec une connaissance légère de la religion, de ses fondements, de sa doctrine, de son histoire, ose-t-on prononcer contre elle en faveur de l'incrédulité? Dans les affaires qui intéressent Thonneur, la vie, la fortune, voudrait-on se conduire avec cette pitoyable légèreté?

Une quatrième cause d'erreurs, c'est quelquefois la science elle-même. Heureux en général ceux dont la mémoire, enrichie par de longues études, est devenue comme une mine inépuisable d'où ils peuvent tirer des trésors toujours nouveaux ! Lorsque Térudition est dirîgée par un jugement sûr, par un esprit d'une trempe supérieure, il ne peut en sortir qu'une œuvre du plus grand prix; mais aussi, pour des esprits faibles , l'érudition pourrait être

une charge dont ils seraient comme accablés. C'est peu qn'un amas de connaissances, si Tesprit n'est pas assez fort pour les porter, assez pénétrant pour tout discerner et tout apprécier : alors les matériaux existent, mais ^a^ ehitecte manque pour les mettre en œuvre. La science sans jugement Yie servira qu'à égarer celui qui la possède ; offusqué, ébloui par mille lueurs opposées, il ne saura pas discerner la véritable. Aussi, de même qu'on a vu de savants grammairiens n'être que des écrivains médiocres, on a vu de très-grands érudits n'être que de faibles critiques, et donner dans de puériles erreurs : leur jugement n'était pas à la mesure de leur mémoire ; engagés dans les détours d'un dédale sans fm, ils n'avaient pas le ftl conducteur pour les diriger. C'est par là qu'on explique comment le fameux Père Hardouin, un des hommes les plus savants qui aient jamais existé, a donné dans des écarts qui n'ont excité que la risée et la pitié; en cela imité, surpassé même par quelques érudits de nos joura, qui, au sujet du divin fondateur du christianisme, sont tombés dans des égarements plus ridicules encore, et malheureusement bien plus funestes.

Je viens à une cinquième cause de nos erreurs, la fausse application des principes de vérité. L'esprit humain s'exerce sur divers genres de connaissances ; le monde intellectuel et physique est de son domaine; partout il cherche la vérité, et il ne croit la posséder que lorsqu'il se sent éclairé d'une lumière si pénétrante, si vive, qu'il lui est impossible de s'en défendre : c'est dans cette conviction intime et profonde de l'esprit, que je trouve pour lui la certitude. Hais, il faut bien le remarquer, chaque genre de connaissance a son genre particulier de preuves ; je m'explique. Qu'un enfant doive aimer sa mère , qu'il existe en Italie une ville appelée Rome, que dans le cercle la circonférence soit le triple du diamètre, ce sont là trois choses également certaines pour nous. Dire qu'il est

M ^DR iBS CAUSES DS HOS SREEUKS.

certain que la circonférence égale trois fois le diamètre , mais qu'il est seulement vraisemblable que Rome existe, ^i probable qu'un fils doit aimer sa mère, serait une proposition révoltante, et que repousserait le sens commun. Sur ces trois choses notre conviction est la même : la certitude est une, mais les moyens de la faire naître dans Tàme sont différents. On ne prouve pas le devoir de la piété filiale par le calcul, ni Texistence de la ville de Rome par le sentiment, i^i les rapports du diamètre h la circonférence par le témoignage humain. Prenons garde de transporter dans un genre de connaissances le genre de preuves qui lui est étranger; ne ohepehons pas les procéh dés géométriques dans les objets qui n'en sont pas sus* ceptibles. Tout le monde croit à l'existence de Henri IV , de Charlemagne ou de César, aussi fermement que Fon peut croire à qne proposition d'Euclide ; et pourtant ce n'est point par des démonstrations géométriques qu'on acquiert la conviction de ces faits bistoriqueç. Pascal a remarqué (1) que la géométrie se fonde sur des principes d'une évidence palpable, et qu'il est des choses plus dé* liées, plus délicates^ qui se sentent plutôt qu'elles ne se voient , et qu'il serait ridicule de traiter géométriquement. Toutes les fois qu'un algébriste voudra appliquer sa science aux choses de sentiment, de goût, d'autorité, à la morale, à l'histoire ; l'homme de lettres, le vrai critique, se moquera de ses vaines théories, comme lui* même aurait droit de se moquer de celui qui voudrait résoudre ses problèmes d'après les règles de la morale : même, pour le remarquer en passant, toutes les sciences humaines portent sur une première science, celle des principes, ou 1^ métaphysique. C'est par des vérités antérieures, dont le sentiment est dans tous les esprits, qu'on arrive aux vérités géométriques 3 la certitude de

(i) PfMées, art. xxxi* n. t.

gUR LBS GàUSBS os NOS Bllil£U||fi. 55

oelles-^ci suppose la certitude de celles-là : e( voilà pouisquoi ceux qui opt pu dire qu'il n'y avait de certain que les mathématiques, n'ont su ce qu'ils disaient.

Nous voici à la sixième cauaa de nos erreurs, la préoccupation^ Il est des personnes tellenoent dominée^ par certaines idées qui leur sont propres, et qui, à leurs yeux, sont une découverte, qu'elles deviennent cqmnie inacceaaibles à tout autre genre de pensées : leurs facultés en sout absorbées; on dirait qu'il ne leur r^ste, pour toute autre chose, ni intelligence, ni sentiment; c'est une espèce de fascination d'esprit. Leur arrive-t-rii de s'occuper de matières autres que celles qui sont l'objet ei^clusif de leurs affections ; elles sont distraites, inappliquées, incarpables de saisir certains rapports plus cachés, certaines nuances plus délicates, qu'il importe toutefois d'apercevoir : delà résultent des notions imparfaites, source de faux jugements. A cette préoccupation se lie l'esprit de système; et jusqu^oii ne peut-il pas égarer la raison ! Dans la rcr cherche des causes secondes qui régissant le n^onde physique et moral, le savant aime à se faire des théories gér nérales ; il lui arrive de s'en créer une avant d'avoir réuni un assez grand nombre d'observations bien constatées; il s'y attache, il y place sa gloire, il en devient infatué : dans cette disposition d'esprit, il ne voit que ce qui le fa*vorise; il compte pour rien tout ce qui le contrarie; il accommode les faits à son système, et noa son systènie aux faits. L'expérience, les monuments, le raisonnement, il fout que tout plie devant ses idées chéries : de là sont venus tant de rêves politiques, qui devaient faire le bon«heur du monde, et qui en ont été l'épouvante et le fléau ; de là tous ces romans de la nature , qu'on donnait pour son histoire.

Il fout bien le remarquer, Measieurs, les dojets qui fixent nos regards se présentent soua déférentes foce^; et une des plus grandes fautes que Ton puisse commettre*

c^est de ne pas les envisager toutes avec une sérieuse attention : c'est de leur ensemble que dépend le jugement que Ton doit porter.

Dans les choses humaines, dans ce qui regarde les formes de gouvernement, les institutions, les lois, lés affaires de la vie civile, il n'est rien qui n'ait ses avantages, il n'est rien qui n'ait ses inconvénients : celui qui n'envisage que les avantages, s'expose à prendre le parti le plus funeste; celui qui ne voit que les inconvénients, abandonnera peut-être le parti le plus utile. Que doit faire l'homme sage, pour bien clioisir? Peser dans la balance de l'équité et les inconvénients et les avantages, sans se laisser ni intimider par les premiers, ni éblouir par les seconds ; et c'est alors qu'il pourra se décider avec quelque sécurité.

Donnons quelques exemples decesdiversespréoccupations d'esprit. Un publiciste aura remarqué l'influence des climats sur le tempérament, les organes, les habitudes physiques 9 et par là même sur le caractère, les mœurs et les lois ; frappé de cette idée, il cherche à l'approfondir, il finit par l'ériger en système : dans ses préoccupations, il ne voit pas ou ne veut pas voir jusqu'à quel point la religion, l'éducation, la politique, le commerce, la conquête, peuvent modifier, altérer, effacer ces dispositions premières: et il voudra tout expliquer, les vertus comme les vices des peuples, par les climats; le voilà tombé dans un excès ; et une chose qui, renfermée dans de justes bornes, était une vérité, poussée trop loin, n'est plus qu'un paradoxe.

Ce moraliste n^ envisage que la lettre et la rigueur de la loi; il voit les choses dans la spéculation, jamais dans la pratique ; il n'a aucun égard à la fragilité humaine; il ne tient aucun compte des circonstances d'âge, de tempérament, de surprise, qui, dans l'application, peuvent tempérer la règle : le voilà dans un rigorisme, qui, en

SLR L£S CAUSES D£ MOS BRREUaS. 57

décourageant le coupable , sera plus funeste peut-être que le relâchement.

D'où viennent tant d'étranges opinions sur le règne de Louis XIV, le plus beau de la monarchie, et qui égale , s'il ne les surpasse , les plus beaux âges de Tesprit hu«roain? C'est toujours de la même cause. Après les trou* blés d'une orageuse minorité, Louis enfin est roi, et il ne cessera plus de l'être jusqu'au tombeau. Quelle suite de mer^'eilles présente son règne ! Pour le bien de ses peuples, il protège la religion, perfectionne les lois, règle les principales branches de l'administration publique par des ordonnances qu'on admire encore, faitfkîurir les sciences, les lettres et les arts, étend le commerce, maintient en tout lieu la justice, l'ordre et la paix ; c'est sous ce règne que brillent ce que la France compte d'orateurs, de poètes, de savants, ie philosophes, de magistrats, de ca* pitaines, de pontifes plus illustres. Louis ajoute six provinces à son royaume, couvre ses frontières de places fortes, établit son petit-fils sur le trône d'Espagne , sou« tient dans sa vieillesse, avec une magnanimité rare, les efforts de l'Europe conjurée. Par ce prince, la gloire du nom français est portée jusqu'aux extrémités du monde, et la France exerce sur l'Europe une espèce de suprématie d'esprit et de talent, qui, après un siècle, et tant de désastres, se fait sentir encore. Quel règne I quels titres à l'admiration publique ! Ils n'ont pas été méconnus, ces titres, par des hommes dont l'hommage n'est pas suspect, mais qui avaient eux-mêmes trop de talent pour insulter au siècle du génie; je veux parler de Montesquieu , de Voltaire et de Frédéric. Mais aujourd'hui que fait un esprit préoccupé de nos idées modernes? Il fait un crime à Louis XIV de n'avoir pas régné d'après des formes et des vues qui n'étaient pas celles de son temps. Quelques écarts de politique, quelques erreurs d'ambition, des fautes personnelles qu'il a eu le courage de se reprocher lui*

58 Sltl LES CAUSES DE NOS BRitCUliS.

même; voilà ce que Ton considère uniquement, et ce qui donne lieu aux plus violentes déclamations. Hé ! Messieurs , il n'est pas de simple particulier, qui , dans la conduite de ses affaires domestiques, ne fasse quelque fSsiute ; et Ton voudrait qu'il n'y eût pas une seule taché dans un tègne de soixante ans de gloire et de prospérité ! Où est ici la justice ? et (}ue peuvent ati reste contre lui les clameurs de la médiocrité? Les Vains détracteurs passent, et la gloire reste. Louis a donné son nom ft son siècle pour jamais, et la postérité ne cessera de dire, le siècles de Louis XIV, comme, après deux mille ans, elle dit encore, le siècle d'Auguste. Je me sens heureux d'avoir eu celte occasion solentielle de venger la mémoire de Lduis XIV ; et je vois, à la manière dont mes paroles Viennent d'être accueillies, que vos cœurs sont français comme le mien. En septième lieu, Messieurs, je dois vous prémunir contre l'esprit de curiosité» Un très-grand défaut dans le raisonnement, c'est de le pousser trop loin. La marque d'un bon esprit est de savoir s'arrêter, et de mettre un frein â cette curiosité superbe qui voudrait s'élancer au delà des bornes. Avide de savoir, l'esprit s'irrite contre les obstacles opposés à sa faiblesse; Il veut les franchir; et si quelquefois son audace est heureuse, souvent aussi il se précipite dans les régions du mensonge. Sur la terre, il n'est pas donné à l'homme de jouir d'une lumière parfaite; nos connaissances sont mêlées de quelque obscurité. Quand l'esprit est frappé de preuves convaincantes et lumineuses, il doit s'en contenter, encore qu'il ne puisse pas tout voir avec la même clarté; et il ne doit pas méconnaître la vérité, parce qu'elle est enveloppée de quelques nuages : utie règle fondamentale du raisonnement, c'est de ne pas abandonner utie proposition bien établie , pour quelques difficultés dont on ne Verrait pas clairement la solution. La raison a son intempérance comme le cœur, et le sage se tient également en

garde confiée celte double sensualité. Des exemples vont rendre sensible ma pensée. Qu'il existe de la thîttière, un monde corporel hors de nous, c'est le cri du bon sens, et la foi de tout le genre humain ; nous sômines entraînés à le croire par un pedëhànl irrésistible ; et dire que cet univers pourrait bien n'être qu'tine fantasmagorie pe^pétuelle, est une opitîion folle , contre laquelle réfclamera toujours un sentiment plus fort que toUs les sophismes. Cependatit qu'est-il arrivé? Malébratiche est Vend, qui a dit que Dieu était asse2 puissant pour afibcter nos âmes, comme s'il y avait réellettient des corps, quand même il n'y en aurait pas, et pour nolis faire éprouver sans eux les sensations que nous éprouvons par eux : et il a con-^ du que l'existence de la matière n'était pas démontrée parla seule raison. Barcley, allant plus loin encore^ a observé que les qualités les plus essentielles de la matière n'avaient rien de fixe ; que l'étendue du même corps paraît tantôt plus grande et tantôt plus petite ; qu'ainsi c'est une qualité qui existe uniquement dans nôtre esprit, comme les visions d'un songe : et il a décidé que la matière était impossible. Pourquoi ces doctes folies î Parce que ces deux métaphysiciens ont trop écoulé la subtilité d'un esprit flicond en argumîBtits, qu'ils se sont écartés de ce sens commun, qui n'est pas si commun; et quittant ainsi le pays de la vérité, ils ont erré dans la région des chimères.

Autre exemple : la raison, le sentiment, la foi du genre humain , l'univers entier, tout nous parle d'Une intelli^ gence suprême. Mais quelle est sa manière d'être î quelle est sa nature? comment accorder ensemble les perfections divines? Ici on veut pénétrer l'impénétrable, comprendre l'incompréhensible j et l'oti finit, à force de subtiliser, par étouffer le bon sens, et par afflecter de ne pas croire en Dieu. Je jouissais tranquillement deë clartés du soleil : j'en bénissais les douces influences^ lorsque tout à

coup je m'obstine à regarder fixement son disque élincelant; mes yeux sont trop faibles pour en soutenir l'éclat, il m'offusque , il m'aveugle de ses rayons : alors , dans ma fureur impuissante, j'insulte à sa lumière ; image de l'athée, qui blasphème la haute majesté dont le poids immense accable sa faiblesse.

Mais voici. Messieurs, ce qu'il importe surtout de bien comprendre. En vain on m'avertit de me tenir en garde contre les illusions des sens et de l'imagination, contre l'abus des mots et les équivoques du langage; en vain j'aurai étudié tous les procédés de l'analyse et de la synthèse, appris à mettre de l'ordre et de l'enchaînement dans mes idées, à lier les conséquences aux principes, et à démêler les vices qui se glissent dans le raisonnement ; en vain j'aurai médité Aristole, Descartes, Locke et Condillàc : tout cela ne me servira de rien, si, égaré par les passions, je les mets à la place de la raison.: elles ont une logique insidieuse, qui rend inutiles toutes les règles de la logique ordinaire. Le dernier siècle a été l'époque de l'analyse , et n'en a pas moins été l'époque des plus monstrueuses erreurs; c'est que la vérité, pour être sentie, ne demande pas moins de droiture dans le cœur que de lumières dans l'esprit : et à quoi servent les lumières sans la bonne foi? On a dit que l'orateur est un homme de bien qui possède le talent de la parole, et l'on peut dire que le logicien est un homme de bien qui possède le talent de raisonner avec justesse. Oui, les passions sont comme un nuage qui obscurcit l'intelligence, et qui se place entre la raison et la vérité; elles troublent et agitent Fâme, lui font perdre cette attention soutenue, cette impartialité sévère, cette rectitude inflexible, qui écarte l'illusion et Terreur. La cupidité, l'orgueil, la volupté, voilà la triple source de la plupart des travers et des faux jugements des hommes, dans les choses les plus importantes de la vie.

SLR LES CAUSES DE NOS ERREURS. Gl

Je dis la cupidité; De toutes les passions, c'est la plus aveugle, la plus féconde en opinions erronées comme en actions injustes; j'^n appelle à Texpérience. Je suppose que nous soyons interrogés, consultés, sur une affaire à laquelle nous sommes étrangers, et qui ne touche aucunemeht à nos ititéréts : nous verrons les choses comme elles sont, sans préjugés, sans passion ; et Tavis que nous émettlvons, s'il n'est pas infaillible^ sera du moins inspiré par l'amour sincère de la vérité. Mais s'agit-il d'une chose qui nous intéresse, noUs sommes portés naturellement à faire pencher la balance en notre faveur; tious devenons ingénieux à trouver des prétextes que notre imagination nous présente comme des raisons : de là cette maxime devenue populaire , que nul ne doit être juge dans sa propre cause. En cette tnatière, noué voyons aisément des réalités dans de simples apparences, et nous finissons par noiis endormir dans des illusions^ qlii seraient de bonne foi si elles avaient une source plus pure que Fintérét personnel.

Et pourquoi toutes ces querellés dont retentissent les tribunaux? pourquoi tant de procès intentés par la mauvaise foi, ou soutenus par elle ? Je sais bien qu'il est des questions délicates sur lesquelles les plus doctes et les plus intègres peuvent être partagés ; mais, si la cupidité ne mettait pas un bandeau sur les yeux des parties intéressées , avouons que l'on verrait disparaître la plupart des différends qui déchirent ou ruinent les familles. En vain dans une discussion exacte, solide, lumineuse, vous établissez le bon droit; tout le monde sera convaincu, excepté celui que vous combattrez : pour lui l'évidence a perdu ses clartés; l'intérêt est comme un miroir trompeur, qui grossit nos droits à nos yeux, et rapetisse ceux de nos semblables. L'homme s'identifie en quelque sorte avec ce qu'il possède, il croit exister dans les objets dont il jouit ; ce n'est que par une sorte de déchirement qu'il

peut s'en séparer, il se fait mille prétextes pour les retenir : et voilà comme l'intérêt fausse, en quelque sorte, cette règle d'équité et de vérité que nous tenons de la nature.

Un autre ennemi bien dangereux de la vérité, c'est l'orgueil : l'homme s'aime naturellement lui-même; sentiment légitime ou plutôt nécessaire, mais qui dégénère aisément en excès : de là cette tendresse aveugle pour les opinions et les productions de son esprit ; ces illusions qui nous font voir des beautés là où tout le monde voit des défauts, et des traits de haine et d'envie dans les réflexions de la censure la plus douce et la plus raisonnable. Par orgueil, on veut dominer les esprits, et leur commander ses pensées; on méprise les lumières d'autrui, l'autorité des sages et de l'expérience , et Ton aime mieux s'égarer en marchant seul, que de suivre les routes tracées par la sagesse! Par orgueil, on veut, avant tout, se faire un nom et se distinguer de la foule ; on est moins touché do l'amour de la vérité, que de celui de la renommée, et de brillants mensonges deviennent chers, du moment qu'ils peuvent conduire à la célébrité. C'est l'orgueil qui invente les paradoxes, qui les propage et les défend avec une indomptable opiniâtreté; c'est de là qu'est venu l'esprit de secte et de parti qui a si souvent rempli le monde de dissensions et de querelles sanglantes. Dans l'origine, ce n'est quelquefois qu'une opinion hasardée, un écart téméraire; si la vérité n'est pas vengée, le novateur en triomphe, et son audace s'accroît par le succès. Trouve-t-elle des défenseurs, l'audace s'irrite par les obstacles; on craint d'avouer ses torts; on s'obstine dans le mal, et l'on prend pour force d'esprit ce qui n'est que faiblesse : une erreur amène une autre erreur, un abîme amène un autre abîme, comme parlent les livres saints; ce qui n'était d'abord qu'un point obscur dans le ciel, est devenu un nuage sombre qui recèle des fou-

dres, et des tempêtes^ N*espérez pas ramener ces esprits audacieux par les maximes d'une raison saine et modérée, les faire pKer sous le poids <le Tautorité^ les contenir par la crainte de tout bouleverser dans le monde religieux et politique; vous ne gagnerez rien sur leur orgueil intraitable : pour un Fénelon docile, on trouve cent rebelles. Oui, il est des esprits possédés d'un orgueil satanique, qui mettraient le monde en feu pour faire prévaloir leurs opinions. Leibniz nous dit quelque part, qu'il en a connu de ce caractère; et cequ*il avait pressenti, nous Favons éprouvé.

Enfin, Messieurs, je dois vous découvrir une dernière source des égarements du cœur, et par là même de Fesprit. Il est une passion douce en apparence, et cruelle en réalité, qui s'insinue dans l'ftme par tous les sens , et la flatte pour la tyranniser, qui enivre ses adorateurs sans les satisfaire, et fait payer par de longues amertumes les courts plaisirs qu'elle donne; une passion que l'on célèbre sur les théâtres comme dans les romans, qui entre dans les poèmes les plus sérieux comme dans les plus légers, que le marbre et la toile reproduisent sans cesse; qui, pour séduire, prend toutes les formes, se montrant quelquefois sous les dehors les plus efirontés, et quelquefois aussi se parant du voile même de la modestie : je veux parler de ce penchant si vif pour tout ce qui flatte le corps, de l'amour des plaisirs sensuels, de la volupté. Tel est son empire, que le plus beau triomphe de l'Evangile, c'est d'abattre ses autels ; que par elle surtout l'idolâtrie règne encore dans les mœurs, et que les hommes consentiraient peut-être à voir briser le reste de leurs idoles, si on leur permettait de brûler de l'encens en son honneur. Trop souvent elle est l'écueil de notre ministère : si nous nous élevons contre elle, la jeunesse paraît ne pas nous entendre; ici nos paroles lui semblent d'une rudesse barbare, liais faut-il pour cela cesser de la com-

battre, d'en montrer les dangers, et de la signaler comme une cause de nos erreurs ?

Les païens eux-mémeç en avaient déploré les suites funestes; témoin Cicéron, qui, répondant au reproche qu'on pouvait faire à la vieillesse d'être inhabile aux plaisirs, s'écrie (1) : a heureux privilège de notre âge, de ]» nous affranchir de ce qu'il y a de plus vicieux dans la » jeunesse ! Ecoutez donc, ô bons jeunes gens, un ancien D discours d'Ârchitas de Tarente, Tun des premiers et » des plus grands personnages de son temps. Il n'y a pas » dans la nature, disait-il, de passion plus funeste à s> l'homme, que la volupté du corps; il n'est aucun plaiiD sir où il se porte avec pliis d'impétuosité et de frénésie : » de là, les trahisons , le renversement dps Etats, les in- » telligences criminelles avec Tennemi ; point de forfait a auquel ne pousse cette funeste passion ; ennemie de la D raison, elle corrompt le jugement, offusque les yeux de D l'esprit, et ne peut s'allier avec la vertu, d

Et comment une passion, qui met ainsi le désordre dans toutes les facultés de l'âme , ne serait-elle pas un grand obstacle à la connaissance de la vérité, n'empéchcr rait-elle pas de la goûter, d'en avouer hautement les aé^ vères maximes? Dans l'ivresse, dans le tumulte des plaisirs, la voix 4e la sagesse ne se fait guère entendre; rimagination du voluptueux colore, embellit ce qu'il y a de plus criminel, et bientôt tout se dénature, tout change de nom : le libertinage s'appelle un penchant, le discours licencieux un badinage, la persévérance dans une passion folle une héroïque fidélité; ce qui pla!t au cœur est justifié par l'esprit : tout ce qu'il aime devient à ses yeux légitime et sacré, a dit saint Augustin : Quodcumque placet, sanatum est.

Je viens, Messieurs, de toucher bien des choses dans

. (i) De Senect, cap. xm.

SUR LES CAUSES DE NOS ERRRrDS. 65

le cours de cette discussion ; chacun aura pu s*app]iquer ce qui lui convient : peut-être en est-il plus d'un parmi vous, qui en sortira disposé à revenir sur certaines opinions d'indépendance commode , dont il n'avait pas bien démêlé jusqu'ici les causes secrètes, à être dans la suite plus attentif dans ses recherches, et moins précipité dans ses jugements : c'est peut-être à ce discours, que la Providence , qui cache ses voies mystérieuses sous le voile des moyens humains , attendait ce jeune homme dont l'àme se débat entre la vérité qui l'écIaire et le plaisir qui l'attire. Augustin n'avait que dix-neuf ans lorsqu'il lut pour la première fois un ouvrage de Cicéron que nous n'avons plus, et qui avait pour titre Hortensius; c'était une exhortation à la sagesse. Il nous apprend (1) que cette lecture changea ses affections , lui inspira d'autres pensées, et lui donna un désir ardent de connaître cette sagesse immortelle; ce fut là comme un germe déposé dans un cœur plein de droiture, et qui, développé par un secours divin , devait produire un jour des fruits si précieux et si abondants. Pourquoi la vérité n'aurait-elle pas sur vous le même empire? Elle est ancienne sans avoir vieilli ; elle est éternelle comme Dieu même^ qui en est la source. Si elle brille devant vous, ne détournez pas vos regards ; si elle vous cherche, ne la fuyez pas ; c'est pour votre bonheur qu'elle veut triompher de vous : la honte, est de lui résister; la gloire, c'est d'être vaincu par elle. Des maîtres habiles vous dirigeront dans la carrière des lettres et des sciences , et je crois qu'en cette matière votre ardeur pour connaître la vérité ne se ralentira point; mais, dans les choses morales et religieuses, celles qui sont le vrai fondement de toutes les vertus , aurez- vous la même ardeur pour la vérité? Notre devoir, c'est de la dire; le vôtre, c'est de l'entendre. Il est écrit que les lèvres

(i) Confess. \\b. lU, cap. jv.

du prêtre seront les dépositaires de la science, et qu'on cherchera dans ses discours la règle et la loi (1) : malheur à moi y si je lui prêtais des rigueurs qu'elle n'a pas; mais aussi loin de moi toute molle condescendance, qui me ferait dissimuler ses droits et sa sévérité! Il est aisé, Messieurs, d'aimer la vérité qui nous flatte^ ou qui nous instriiit sans nous imposer des devoirs; mais sachons Taimer alors même qu'elle nous condjimne , et que nos penchants ne sont pas d'accord avec elle. Venez donc. Messieurs , venez nous entendre avec un amour sincère de la vérité, avec le désir de vous rendre à sas impressions,, avec le courage de la suivra et de porter son joug, lors vfième qu'il parait moins doux à la nature : venez ici avec ces heureuses dispositions de l'esprit et du cœur; et vous serez éclairés, et vous en deviendrez meilleurs, et nous aurons la consolation de sentir que cette chaire n'est pas appelée en vain la chaire de la vérité.

(i) Malach. u, 7.

l'exïstencï; de dieu

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