‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religionChapitre 5 sur 48 · PAI^ LA FOI DU GENRE HUMAIN · texte numérisé non relu

PAI^ LA FOI DU GENRE HUMAIN

Li'bst une cbose bien frappanld sans doute , aux yeux d'un vrai philosophe , que Tacoord du genre humain à professer Feitistenoe de la Divinité , à lui rendre un culte et des hommages d'adoration et de dépendance : accord aussi ancien, aussi universel, aussi durable que le monde; accord qui embrasse les savants' comme le vulgaire, les nations les plus polies comme les plus sauvages. Oui, tout ce que les siècles ont produit de plus beaux génies, d'hommes plus éminents en savoir comme en vertus, ont ici pensé comme le peuple : on ne doit excepter que quelques personnages singuliers, qui ont paru de loin en loin pour troubler de leur voix sinistre ce concert de toute la terre, et qui semblent être dans Tordre' moral, ce que sont dans le monde physique ces productions bizarres que Ton voit sortir des lois ordinaires de la nature, L'athée se fait gloire de se roidir contre la croyance du monde entier; ingénieux à se dérober à la lumière, ou à Tobscupcir par ses sopbisin^s , il se fait une sorte de triomphe d'être seul contre le genre humain. Si, voua lut parlez de l'universalité de cette crQyance religieuse , il tâchera de ▼ous découvrir dans un coin du monde quelque peuplade bien stupide, dans laquelle on ne voie, a'il est possible, aucune trace de cette doctrine ; si vous présentes cette croyance unanime de tout le genre humain comme la voix de la natqre, de la raison et de la vérité, il n'y verra que Teffet da rigQorance et de la crédulité ; et plutôt que de penser ici coaime le peuple, il aimerait mieux ne voir

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dans le sens commun, qu'un préjugé populaire. Enfin, si le pressant de s'expliquer, vous lui demandez d*où a pi venir, parmi les hommes, une croyance aussi universelle aussi ancienne, aussi enracinée que celle de Dieu ; il vou dira qu'elle est l'effet de l'imagination égarée par la peur ou de la politique des législateurs. Suivons Fathéism* dans tous ces détours. Oui, c'est la foi du genre humaii qu'il y a un Dieu, première vérité ; cette croyance vien de la nature et de la plus pure raison ; seconde vérité rien de plus frivole que ce que l'athée imagine pour l'ex pliquer, troisième vérité : c'est tout le sujet de cett< Conférence.

La croyance du monde entier est un fait, et les faits ru se prouvent point par des conjectures, mais par des témoignages. Les annales du monde, les monuments histo riques de tous les genres, les relations des voyageurs voilà ce qu'il faut ici consulter» et voilà aussi ce qui \i nous apprendre que les nations et les siècles , le mond< ancien et le nouveau, sont unanimes dans la croyance d< la Divinité. Nous pourrions d'abord interpeller les impies et leur demander de nous citer une seule contrée de h terre, dont il fût possible, je ne dis pas de conjecturer mais de démontrer qu'elle a été ou qu'elle est athée, pri vée de toute idée, même la plus grossière, d'une divinité quelconque. Jusqu'ici leurs efforts en ce genre ont éU vains, leurs prétentions ont été démenties; et l'impuissance même où ils sont de citer un seul peuple entièrement plongé dans l'athéisme, prouverait assez qu'i n'existe pas : tout ceci va être mis dans le plus gram jour. Et d'abord quelle a été la croyance de l'antiquité?

Remontez dans les âges les plus reculés ; parcourez le

peuples, qui, dans les temps anciens, ont habité le globe

les plus policés comme les plus barbares; en trouverez-

' vous un seul- qui n'ait été imbu d'une connaissance plu

PROOYÉE PAR LÀ FOI P\i GI^NRE HUMAIN. 69

OU moins développée de la Divinité t Phéniciens, Chair déens, Egyptiens, Perses,^ Indiens, Grecs, Romains, tout est ici d'accord. Les teipps fabuleux sont remplis de Thistoire des dieux et des demi-dieux ; dans les philosophes, les historiens, les poètes, les orateurs de la Grèce ou de Rome, qu'on nous a mis en main dès nos plus jeunes années, que voit-on autre chose que des traces bien mar-quées de la foi de toutes les nations? Que signifient les autels, les temples, les sacrifices, les fêtes religieuses, les statues des dieux, les hymnes sacrées, les apothéoses, TËlysée et le Ténare? Tout cela n'a-t-il pas une liaison manifeste avec le dogme de. la Divinité? a. Jetez les yeux sur D la face de la terre, disait Plutarquje (1), vous pourrez y » trouver des villes sans fortifications, sans lettres, san^ D magistrature régulière; des peuples san^ habitations » distinctes , sans professions fixes , sans propriété de » biens, sans Fusage des monnaies, et dans Tignorance 1) universelle des beaux arts : mais vous ne trouverez » nulle part une ville sans connaissance de la Divinité. » On sait que Cicéron (1) et Sénèque (2) ont tenu le m0me langage.

Voilà des témoignages bien positifs de ce qu'il y a de plus grave et de plus savant dans l'antiquité. Que sont quelques passages obscurs, équivoques, de certains écrivains, sur le. prétendu athéisme de certains peuples dont le nom est à peine connu ? Il faut le remarqueii*, messieurs : un peuple, sans être coupable d'athéisme proprement dit, peut en paraître suspect, soit parce que, dans ses mœurs impies et féroces, il viole toutes les lois divines et humaines révérées des autres peuples ; soit que, dans sa vie errante et son indépendance sauvage, il ne laisse pas apercevoir des traces bien marquées de culte et

(1) Cont, Col<4, Spicur, — (3) Gicer. TiMOul. Quœst, Uh. I, n. 13. — (8) Senec. E^t, 117.

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de religion publique; soit quMl méprise le culte de quelque divinité chère à ses voisins ; soit que, reconnaissant une divinité suprême/ il ne Tadore pas, ou quMl n'adore que des dieux subalternes, comme on Ta observé chez quelques peuples sauvages. Ainsi, dans les Juifs, si distingués du monde idolâtre par leur religion, Pline ne voyait que d'insignes contempteurs des dieux (1). Ainsi, dans son discours pour Fonleius (2), Cicéron, entraîné par l'intérêt de sa cause, traite les Gaulois comme des impies, sans foi, sans probité, se plaît à rappeler leur expédition contre Delphes; et pourtant César, qui sans doute les connaissait bien, nous les peint comme une nation extrêmement religieuse : Natio est omnis ndmodum dedita religiontàus (3). Ainsi les premiers chrétiens, parce qu'ils avaient en horreur les dieux de l'Empire, étaient accusés d'être des sacrilèges et des athées. N'allons donc pas, sur quelques vagues allégations , accuser un peuple d'athéisme. Oui, la foi à la Divinité était si universelle chez les anciens, que Lucrèce félicite Epicure, son maître, d'avoir été le premier qui eût osé lutter contre le genre humain, et lever la tête au milieu des peuples courbés, di^ sait-il, sous le joug de la superstition (4).

Ce n'est pas tout, Messieurs ; encore que les anciens aient été plongés dans des superstitions ridicules et monstrueuses, quMls aient peuplé la terre et les cieux d'une foule de divinités chimériques : la connaissance d'un Être suprême, d'un Dieu souverain, maître des autres dieux, comme des hommes, était répandue parmi les sages, et même parmi la multitude, beaucoup plus qu'on ne le pense communément.

Je fais observer d'abord, que les Juifs adoraient le Dieu

(1) Gens contumelià numinum insignis. Hist. nol. lib. XIII, cap. IV. ^ (2) Pro Fonteio. n. 20 et seq.— (3) De BelL GalL lib. VI, n. 16. — (4) De Rerum nat. lib. I, vers. 63 et seq.

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unique, le Créateur du ciel et de la terre ; et Ton sait que leurs livres sacrés ont célébré sa grandeur et sa gloire dans une poésie toute divine, qui âdace celle des Grecs et des Romains. Or il est impossible que leur commerce avec les autres nations n'y ait pas plus ou moins répandu la connaissance du Dieu véritable, et ne lui ait pas fait des adorateurs. Quand Saiomon monte sur le trône, le roi de Tyr rend grâces au Seigneur Dieu de ce qu'il donne à David un successeur digne de. lui ; Cyrus voit dans ses victoires un bienfait du Dieu du ciel; Darius, Artaxercès, Assuérus, lui ont rendu hommage : et quel est donc le Dieu par lequel les sages de la cour de Pharaon s'avouent vaincus, lorsqu'ils disent : La main de Dieu est ici?

Je fais observer encore, que les philosophes les plus renommés de l'antiquité croyaient en ce Dieu suprême, et que lors même que, par crainte ou par politique, ils révéraient les dieux populaires et nationaux, ils reconnaissaient la grandeur prédominante de celui qui avait présidé à la formation de cet univers. Si quelques-uns, tels que Démocrite et Epicure, voulaient apprendre à tout expliquer par des mouvements fortuits et mécaniques, à se passer de la cause intelligente ; les autres, tels que Platon et Cicéron, en sentaient, en prouvaient la nécessité : et la nature même de leur querelle fait voir combien la croyance de FÊtrc intelligent , et sagQ ordonnateur du monde» était universellement reconnue. Aussi Lactance (i), si versé dans ces matières, n'hésitait pas à dire, il y a quatorze siècles, que cette doctrine avait été celle de toutes les écoles, de tous ceux qui, avant Epicure, étaient regardés comme les princes de la philosophie. L'apôtre saint Paul leur reproche moins d'avoir méconnu la Divinité, que de ne l'avoir pas glorifiée comme ils le devaient. Il est vrai, le Dieu créateur, qui a tiré l'univers

(1) Divin. JnstU, Hb. Il, cap. i.

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du néant, qui a sur la matière un souverain empire ; esprit pur, qui étend sa providence jusqu'à la moindre de nos actions, qui doit en être le juge après en avoir été le témoin, qui réserve dans la vie future des châtiments au vice et des récompenses S là vertu : ce Dieu, le seul véritable, et qui est celui des chrétiens, n'a pas été connu dans les écoles de Rome et d'Athènes aussi parfaitement qu'il l'est aujourd'hui ; et voilà pourquoi avancer que les chrétiens ont emprunté des païens leur connaîssande de la Divinité serait l'assertion la plus mensongère. Mais fautil donc voir l'athéisme là où Ton ne voit pas toute la pureté de la doctrine chrétienne ? Suivant saint Augustiti (1), l'opinion la plus commune parmi les savants païens, c'est

Sue Dieu est l'âme du monde; idée trop grossière, et ont il serait facile d'abuser : mais par là ils entendaient rétre intelligent, qui, par sa puissance, par les conseils de sa sagesse et de sa prévoyance, anime et gouverne le monde, comme l'âme gouverne le corps. Le plus docte des Romains, Varron , disait que ceux-là ont bien compris la nature de Dieu, qui l'ont représenté comme une âme qui gouverne le monde par le mouvement et la raison (2). Certes, mettre crûment Sénèque (;t Cicéron au rang des athées, parce qu'ils n'auront pas été assez purs dans leur doctrine, assez exacts dans leur langage, serait une manière de raisonner aussi absurde en logique, qu'injuste envers ces illustres personnages.

Observons enfin, que les poètes et les orateurs ont célébré la puissance de ce Dieu, régulateur suprême de cet univers et des choses humaines : c'est le langage d'Homère, d'Hésiode, d'Horace, de Virgile, d'Ovide, et de bien d'autres encore. On sait combien Homère s'est montré sublime , en faisant dire à Jupiter ^ parlant aux habitants de l'Olympe : « Attachez une chaîne d'or à la voûte

(1) De CivitateDei, lib. IV, cap. xii. — (2) Ihid. cap. îxxi.

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D céleste ; que tons les dieux et les déesses suspendus à » cette chaîne unissent leurs efforts ; jamais ils ne pour- » ront entraîner vers la terre le souverain Jupiter. Moi, » j'enlèverai, si je le veux, la chaîne et les dieux, et la » terre et les mers ; j'attacherai ensuite la chaîne au som- » met de TOlympe, et tout y demeurera suspendu: tant » mon pouvoir surpasse celui des hommes et des dieux (1) ?

C'en est assez, dans un discours de la nature des nôtres, pour faire voir que la connaissance du vrai Dieu, si elle était altérée, n'était pas éteinte dans l'esprit de ce que l'antiquité païenne a eu de plus savant et de plus habile : elle ne Tétait pas même parmi le peuple. Le crime des idolâtres était de ne pas rendre au Dieu véritable un culte saint et pur, de prostituer les honneurs divins en les adres* santà des génies malfaisants, à des divinités subalternes et mensongères, de s'imaginer que la pierre et le bois façonné par le ciseau, qu'un animal, une plante, renfermaient quelque divinité cachée. Mais, du milieu de cet amas de superstitions et de la fange des vices, le peuple s'élevait de temps en temps à Tidée de la suprême majesté d'un Dieu, je ne dis pas unique, mais supérieure tous les autres dieux. Les apologistes de la religion ea ont fait autrefois la remarque; je me borne à citer saint Cyprien. Dans son traité De la Vanité des idoles, il remarque que le vulgaire confesse quelquefois le vrai Dieu, lorsque par un mouvement naturel, il s'écrie : Dieu ! Dieu le voit ; je le recommande à Dieu : ô JDens I Deus videt; Deo commendo. Oui, souvent, en parlant de la Divinité, on excluait la pluralité, on la nommait simplement Dieu ; et c'est là ce que Tertullien, dans son Apologétique (1), appelle énergiquement le témoignage d'une ftme naturellement chrétienne.

Des peuples de l'antiquité païenne passons aux peu-

(1) Iliad, lib. Vm. - (2) Apoîoj, cap. xvn.

lit L*C\ttTEKCti De dieu

pies dés &ges modernes. Sans doute , on lie ôontestera pas la croyance des nations européennes qui se sont formées , depuis quatorze cents ans , des débris de Tempire romain ; on sait aussi que les peuples Juifs , Chrétiens , Musulmans , idolâtres , répandus sur la surface du globe, dont religieux, et que toute religion porte sur un sentiment plus ou moins pur de la Divinité. Mais que dironsnoiis des peuples découverts dans les trois derniers siècles 1 Jusqu^où n'a pas pénétré Taudace des navigateurs T Quels monts inaccessibles, quelles forêts profondes n'ont pas été visitées par le zèle des missionnaires ? Hé bien ! sur quelle terre ftouvelle ont abordé les Européens, où la connaissance de la Divinité ne se trouvât point avant eux T Non, ce n*est pas Colomb qui Ta portée en Amérique , ni Magellan aux tles des Larrons.

Je sais bien que des voyageurs , trop hardis h prononcer sur ce qu'ils n'avaient eu ni le temps ni les moyens d'obserVer , avaient jeté des soupçons d'athéisme sur les habitants des tles Antilles , sur les Brésiliens , les Canadiens , les Hurons , les Souriquois , les Hottentots ; nos Sceptiques, nos athées en triomphaient. Bayle, Helvétius, aimaient à s'en prévaloir : triomphe ignominieux, comme Je le dirai bientôt , ne fût-il pas imaginaire 1 Qu'est-il arrivé? C'est que ces premières relations très-hasardées ont été formellement démenties par des relations subséquentes, plus fidèles et plus circonstanciées; et si l'on n'aperçoit parmi ces peuples que des linéaments informes de religion, si leur croyance est très-grossière, du moins elle n'est pas un problème^ Pour n'en citer ici qu'un exemple entre plusieurs autres , on avait douté quelque temps de la religion des Otaïliens : hé bien ! Cook et après lui Vancouvert ont reconilil leurs dogmes et leurs cérémonies religieuses.

Ainsi les athées n'ont pas la triste consolation d'avoir pu découvrir un seul peuple assez détiaturé pour être

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sans Dieu. Au reste , noUB pourrions bien impunément leur abandonner ces hordes sauvages qui n'ont d'humain que la figure ; il serait digne d'une telle cause , d'avoir pour patrons les habitants des forêts^ ce qu'il y a de plus abject et de plus dégradé dans notre espèce» Depuis quand fiiut*il juger des sentiments de l'homme^'après des êtres qui n'en ont conservé que le nom? Voudrait-on apprécier son intelligence par celle des insensés que la police renferme dans des lieux de sûreté ? Et quand Buffon fai* sait une si sublime peinture de l'homme, de la beauté de ses formes et de ses traits, avait-on le droit de lui opposer les individus qui sont d'une conformation bizarre et difforme? Que si nous invoquons le témoignage des sauvages , c'est d*abord parce qu'il était contesté $ c'est ensuite pour faire voir que la croyance d'un Dieu est si conforme î la naturo raisonnable, qu'elle a pénétré jusqu'au sein de la plus profonde ignorance et de la férocité même.

Nos impies d'Europe ont été chercher des alliés aux extrémités de TOrient, à la Chine ; ils ont avancé que les lettrés Chinois étaient une société d'athées. Encore que cette autorité ne soit pas très-^imposante , discutons un tnoment le fait. Que parmi les beaux esprits de Pékin il y en ait qui fassent profession d'athéisme, comme parmi ceux de notre Europe, cela peut être ; mais que le corps des lettrés soit athée , je demande qu'on m'en cite des preuves irréfragables. Si quelques missionnaires en ont fait autant d'athées , ce n'est pas Topinion qu'en ont eue le plus grand nombre de ceux qui se sont rendus très^ habiles dans la langue chinoise , par une étude constante et par leur commerce avec les principaux lettrés. Voici ce que dit à ce sujet un très-savant missionnaire, le Père Parennin , dans une lettre à M. de Mairan , directeur de r Académie des sciences (i). « Il m'a toujours paru que

(1) De t>ékiû, sotis la daie du il août 1730. tettf'es édifiantes $t CiirtetWM, êdit. de 1781, tom,XXI, pag. 493.

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» ceux qui ont accusé les lettrés Chinois d'athéisme^ n*ont » eu d'autre raison de l'assurer dans le public, que lin- D térét de la cause qu'ils avaient à soutenir.*... Je n'ai )) point vu encore de Chinois qui fût athée dans la prati- » que... Je puis ajouter que le nombre est très- petit de » ceux qui ont voulu paraître athées ; et si quelques-uns » ont tâché, dans leurs livres, d'expliquer tout physiqueii ment, sans avoir recours à un Etre suprême, auteur de » toutes choses , ils se plaignent que leurs sentiments , » loin d*étre suivis , sont abandonnés des lettrés. » Nous observerons, Messieurs , que ces lettrés offrent des sacrifices à ce qu'ils appellent l'esprit du ciel : or il serait trop absurde d'adresser des vœux et des hommages au néant, à un être sans vie et sans intelligence^ et c'est là du moins une notion confuse de la Divinité.

Faut-il , en passant , dire un mot de certain Diction^ naire des Athées, et de ses Suppléments, dans lesquels se trouvent inscrits les plus beaux génies de tous les âges , h commencer par saint Augustin et à finir par Bossuet ? Voulez-vous savoir, Messieurs, à quoi se réduisent ces rapsodies? Nous disons tous les jours que Dieu est partout, qu'il remplit de sa présence le ciel et la terre, que par lui tout vit et respire, qu'il est la lumière des esprits; nous parlons de sa parole féconde , de son bras qui lance le tonnerre, de ses regards qui font trembler la terre : mais ces expressions ne sont pour nous , que des images dont nous aimons à revêtir les perfections divines ; nous sommes loin d'y attacher les idées grossières du spinosisme , de faire de la Divinité un être corporel , ayant les dimensions divisibles de la matière, et ne faisant qu'ua avec cet univers physique : et voilà pourtant ce que supposent l'auteur du Dictionnaire et son continuateur. Ainsi ils inscriront sur leurs tablettes d'ignominie saint Jean l'Ëvangéliste, parce qu'il dit que Dieu est la lumière qui éclaire l'homme ; saint Paul, parce qu'il rappelle que nous avons dans Dieu l'être et la vie ; Newton, parce qu'il

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