‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 2)Chapitre 17 sur 60 · DE NOS ERREURS · texte numérisé non relu

DE NOS ERREURS

puisse pas lout voir avec la même clarté ; et il ne doit pas méconnoitre la vérité, parce qu'elle est enveloppée de quelques nuages : une règle fondamentale du raisonnement , c'est de ne pas abandonner une proposition bien établie, pour quelques difficultés dont on ne verroit pas clairement la solution. La raison a son intempérance comme le cœur, et le sage se tient également en garde contre cette double sensualité. Des exemples vont rendre sensible ma pensée. Qu'il existe de la mati( re, un monde corporel bois de nous, c'est le cri du bon sens , et la foi de tout le genre bumain; nous sommes entraînés à le croire par un penchant irrésistible ; et dire que cet univers pourroit bien n'être qu'une fantasmagorie perpétuelle, est une opinion folle, contre laquelle réclamera toujours un gentiment plus fort que tous les sopbismes. Cependant qu'est-il arrivé1 Malcliianchc est venu , qui a dit que Dieu étoit assez puissant pour affecter nos

âmes, comme s'il} avoit réellement des corps, quand

même il n'y en aurait pas , et pour nous fine ('prouver Mtos eux les sensations que nous éprouvons pâteux : cl il a conclu que l'existence de la matière n'étoil | démontrée par la seule raison. Barcley, allant plus loin encore, a observé que les qualités les plus essentielles de la matière n'avoient rien de fixe; que retendue du même corps paraît tantôt plus grande et tantôt plus petite ; qu'ainsi c'est une qualité qui BMSte uniquement dans notre esprit, comme les visions d'un songe : et il a décidé que la matière étoit impossible. Pourquoi ces doctes folies? Parce que ces deux métaphysiciens ont trop écouté la subtilité d'un

esprit fécond en argi :ns, qu'ils se sont tVartés «le

m m 11 1: . qui n'est pas si commun ; et quittant ainsi le pays de la irérité , ils ont erré dans la région des chimères.

Autre exemple : li raison, le sentiment, la foi du genre humain, L'univers entier, tout nous parle d'une inti Lligeni e suprême. Hais qa d'être? quelle est sa nature? comment occoi semble les perfections divines ? Ici on veut | L'impénétrable, comprendre l'incompréhensible; et l'on fini de subtiliser, pai étouffer le bon

sens . 1 1 pai aQei tei de i jouissois tranquillement des clartés du -"le il : j'en

Les douces influences, lorsqui loul i coup je m'obstine à regarde] fixement son disque étmeelant; mes yeux sont trop (bibles pour en soutenir l'éclat, il m'offusque, il m'av< ugle de ses ray< ma fureur impuissante . j'insulte i sa lumière; image de l'athée, qui blasphème la haute majesté dont le

I la immense accable sa foibli

M us voi< i . Messieurs . ce qu'il importe surtout de bien comprendre. En vain on m'avertit de me tenir en garde . . nb e li - illusions di s si os et de l'imagination, contre l'obus des mots et 1< équivoques <lu l.m,;.i;,. -. ru \ un j'aurai étudié tous les procédés de l'analyse et de La synthèse, appris à mettre del'ordic et de L'enchaînement dans nus idi es, à In i i sconséquences aux principes, et à démélei les vices qui se

d ins li i u onnemenl . en vain j'aurai médité Aristote . Dcscat tes . Lo< ke et Çondillac : tout me soivu.i (!i rien, -i . égaré par Les paasioni , je les

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mets à la place de la raison : elles ont une logique insidieuse , qui rend inutiles toutes les règles de la logique ordinaire. Le dernier siècle a été l'époque de l'analyse, et n'en a pas moins été l'époque des plus monstrueuses erreurs ; c'est que la vérité , pour être sentie , ne demande pas moins de droiture dans le creiir que de lumières dansl'espril : et à quoi servent les lumières sans la bonne foi? Ou a dit que l'orateur est un homme de bien qui possède le talent de la parole, et l'on peut dire que le logicien est un homme de bien qui possède le talent de raisonner avec justesse. Oui , les passions sont comme un nuage qui obscurcit l'intelligence , et qui se place entre la raison et la vérité ; elles troublent et agitent l'ame, lui font perdre cette attention soutenue, cette impartialité sévère, cette rectitude inflexible, qui écarte l'illusion et l'erreur. La cupidité , l'orgueil , la volupté, voilà la triple source de la plupart des travers et des faux jugeincns des hommes, dans les choses les plus importantes de la vie.

I ! ■ upidité. De toutes les passions, c'est la plus aveugle, la plus féconde en opinions erronées commi actions injustes ; j'en appelle à l'expérience. Je Suppose que nous soyons interrogés, consultés, sur mu- affaire à laquelle nous sommes étrangers , et qui ne touche aucunement a nos intérêts : nous verrons l( me «Iles sont , sans préjugés , sans passion q le nous émettrons, s'il n'est pas inbillibli du moins inspiré par l'amour sincère di la ■ igit-il d'une chose qui nous inté- ..n, es portés naturellement à faire peu-

72 'nu les Cil

, h, i la balani e i n notn I tveui ; i""i- d<

pieux > trouva di | u textes que notre im igi nation

nous présente comme des raisons : di là cette maxime

devenue populaire . que oui ne >l"it être juge 'lin- sa

propre cause. En cette matière, nous voyons .iiv;-

incnt des réalités dans desimpies apparences, et nous

unissons pai nous endonnii dans des illusions, qui

seroient de bonne foi si elles aroient une source plus

pure que L'intérêt personni 1.

Pi pourquoi toutes ces qui relli itissent

les tribunaux ? pourquoi tant de procès intentés pu la mauvaise l"i ".i soutenus par *-l * • qu'il est des questions délicates sui lesquelles 1. - plus doctes ri les plus intègres peuvent être p si l.i . upidilé ne mettoil pas un bandi m -'t\ 1 s \. u* des parties Intéressées, avouons que l'on verrait «lis— parottre la plupart des différends qui déchirent ou ruinent les familles. En vain dans une <)iexacte, solide, lumineusi . vous établisses le bon droit; tout le monde sera convaincu, excepté celui me vous combattrez : puni lui l'ët idi ni e -i perdu ses clai tésj L'intérêt « si comme un miroir trompeur, qui grossit n"s droits à nos yeux . el rapetisse ceux de nos semblables. L'homme s'identiGe en quelque sorte avec ce qu'il possède , il mut existei dans I il jouit; ce n'est que pai uni sorte de déchirement qu'il peul s'en séparer .ils,- fait mille prétextes pont les retenir : et voilà . oinmc l'intéi ê( i nis-,-. , ,. quelque sorte cette règle d'équité et de vérité que nous tenons de la nature.

In antre ennemi bien dangereux de la

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l'orgueil : l'homme s'aime naturellement lui-même ; sentiment légitime ou plutôt nécessaire , mais qui dégénère aisément en excès : de là cette tendresse aveugle pour les opinions et les productions de son esprit ; ces illusions qui nous font voir des beautés là où tout le monde voit des défauts , et des traits de haine et d'envie dans les réflexions de la censure la plus douce et la plus raisonnable. Par orgueil , on veut dominer les esprits, et leur commander ses pensées ; on méprise les lumières d'autrui , l'autorité des sages et de l'expérience , et l'on aime mieux s'égarer en marchant seul , que de suivre les routes tracées par la sagesse ! Par orgueil , on veut , avant tout , se faire un nom et se distinguer de la foule; on est moins touché de l'amour de la vérité , que de celui de la renommée, et de brillans mensonges deviennent chers, du moment qu'ils peuvent conduire à la célébrité. C'est l'orgueil qui invente les paradoxes , qui les propage et les défend avec une indomptable opiniâtreté ; c'esl de li qu'< -t venu l'esprit de secte et de parti, qui a si souvent rempli le monde de dissensions et de querelles sanglantes. Dans l'origine, ce n'est quelquefois qu'une opinion hasardée, un écart téméraire ; si la vérité n'est pas vengée, le novateur en triomphe, et son audace s'accroît par le succès. Trouve-t-clle des défenseurs, l'audace s'irrite par les obstacles; on craint d'avouer ses torts ; on s'obstine dans le mal , et l'on prend pour force d'esprit ce qui n'est que foiune erreur amène une autre erreur, un abîme entraîne un autre abîme , rominc parlent les livres saints ; ce qui n'étoit d'abord qu'un point obscur dans i. 4

7i st ii

le ,'„•! , est ai -.i i nu ig< mire qui recèle des

foudres , et des tern] N ncr ces

esprits andacieru | u les maximes d'une raison saine et modérée, l< - laire plier sous le poids de l'autorité, les contenu |' n li crainte de toul bonlevi reei dans le monde religieux et politique; vous ne mr leur orgueil intraitable : pour on Fénelon on trouve cent pebell Oui, il ; its pos-

sédés d'un orgueil satanique , qui mettroient le inonde en feu pour faire prévaloir leurs opinions. Leibniz nous dit quelque part, qu'il en a connu de œ < ii au tel e j <i< qu'il avoit pressenti , non-, l'avons éprouvé.

Enfin , Messieurs , je dois vous d( couvrir m niëre souri e d • 'lu cœur , et pai là même

de l'esprit. Il est une passion douce en appai cruelle en réalité , qui s'insinue dans 1' me ] les sens et la datte pour la tyranniser, qui en adorateurs sans les satisfaire, et fait payer par de longues amertumes les courts plaisirs qu'elle donne; i i. passion que l'on célèbre sur les théâtres comme dans les romans, qui entre dans l> s poèmi - 1. s plus sérieux comme dans les plus lég rs, que li marbre et la toile reproduisent sans cesse; qui pour -'.lune, prend toutes les Ici m. s . se montrant quelqui fi les dehors les plus effrontés , .1 quelquefois aussi se parant du voile même de la modestie : je veux parler de ce penchant si vif pour tout ce qui flatte 1

de l'amour îles plaisirs sensuels , «le la volupi !

i empire, que le plus beau triomphe di l'Evangile . c'est d'abattre ses autels ; que par .lie sur-

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tout l'idolâtrie règne encore dans les mœurs , et que les hommes consentiroient peut-être à voir briser le reste de leurs idoles , si on leur permettait de brûler de l'encens en son honneur. Trop souvent elle est l'écueil de notre ministère ; si nous nous élevons contre elle , la jeunesse paroit ne pas nous entendre ; ici nos paroles lui semblent d'une rudesse barbare. Mais faut-il pour cela cesser de la combattre, d'en montrer les dangers , et de la signaler comme une cause de nos erreurs ?

Les païens eux-mêmes en avoient déploré les suite:-' funestes ; témoin Cicéron , qui , répondant au reproche qu'on pouvoit faire à la vieillesse d'être inhabile aux plaisirs, s'écrie (1) : « O heureux privi- » lége de notre âge , de nous affranchir de ce qu'il y » a de plus vicieux dans la jeunesse! Ecoutez donc, » ô bons jeunes gens, un ancien discours d'Architas » de Tarcnte , l'un des premiers et des plus grands ■> personnages île son temps. Il n'y a pas dans la na- » turc, disoit-il , de passion plus funeste à l'homme, » que la volupté du corps ; il n'est aucun plaisir où » il se porte avec plus d'impétuosité et de frénésie : » de 1A les trahisons , le renversement des Etats , les ■ intelligences criminelles avec l'ennemi; point de » forfait auquel ne pousse cette funeste passion : en- > nemie de la raison, elle corrompt le jugement, • offusque- lis veux de l'esprit, et ne peut s'allier avec » la vert". "

Et comment une passion, qui met ainsi le dés-

( i) Ue Scncct: caji. *ni •

7o MR LES • Al -F -

ordre dans toutes les foi ultés de l'ame . ae seroît-eOc

]-as an grand obstacle ■ I * con sanci de 1 1 vérité)

n'empêcheroitrelle pas de la goûter, d'en avouej hauh mi ni L s sé\ r< - maximes? Dans l'ivresse . dans le tumulte des plaisirs, la voix de l> Mgi

entendre; L'imagination <lu voluptueux colore, embelli) i e qu'il y a de plus criminel jetl

tout se dénature . tout i hange de i : le l>l i

s'appelle un penchant, le discours licencieux nu Ladinage, la persévérance dans une passion folle une b roïqu Sd lit ce qui plaît au cœur est justifié par l'espi n : tout i <■ q iil aime de\ ii nt .'i ses yeux ! it sure', a dit saint Augustin : Quodcumque placet , tanctum est.

Je viens, Messieurs, de toucher bien des chose* il. m le cours de cette discussion; chacun aura pu s'appliqui i ce qui lui convient : |< m— tre en estr-il plus d'un parmi vous, qui en sortira disposé à rereîiir sur certaines opinions d'indépendance commode , don) il n'ovoit pas bien démêlé jusqu'ici les i tuses si ri tes, i être dans la suite pins attentif dans -. , rev chen hes . 1 1 moins pré» ipité dans ses ju peut-être à ce discours, que la Providence, qi ses voies mystérieuses sous le voile d s moyens humains , attendoit ce jeune homme dont L'ame 54 débat entre li vérité qui l'éclairé et Le plaisir qui l'attire. Augustin n'avoit que dix-neul ans lorsqu'il i it pour la première fois an ouvi ige de Cicéron que nous n'avons plus, «i «lui avoit pour litre Hortauim . c'était une exhortation à la sagesse. Il nous apprend 1 que

(1) Co»./'«S. Ull. 111 , C.ip. IT.

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cette lecture changea ses affections, lui inspira d'autres pensées , et lui donna un désir ardent île connoitre cette sagesse immortelle; ce fut là comme un germe déposé dans un cœur plein de droiture , et qui , développé par un secours divin, devoit produire un jour des fruits si précieux et si abondans. Pourquoi la vérité n'auroit-elle pas sur vous le même empire? Elle est ancienne sans avoir vieilli ; elle est éternelle comme Dieu même , qui en est la source. Si elle brille devant vous , ne détournez pas vos regards ; si elle vous cherche , ne la fuyez pas ; c'est pour votre bonheur qu'elle veut triompher de vous : la honte, est de lui résister ; la gloire , c'est d'être vaincu par elle. Des maîtres habiles vous dirigeront dans la carrière des lettres et des sciences , et je crois qu'en cette matière votre ardeur pour connoitre la vérité ne se ralentira point ; mais, dans les choses morales et religieuses , celles qui sont le vrai fondement de toutes les vertus , aurez-vous la même ardeur pour la vérité? Noue devoir, c'est de la dire ; le vôtre, c'est de l'entendre. D est écrit que les leircs du prc'lre seront les dépositaires de la science, et qu'on cherchera dans ses dùcours la règle et la loi (1) : malheur à moi , si je lui prêtois des rigueurs qu'elle n'a pas ; mais aussi loin de moi toute molle condescendance, qui nie feroit dissimuler ses droits et sa sévérité! Il est aisé, Messieurs, d'aimer la vérité' qui nous flatte, ou qui nous in- (mit sans nous imposer des devoirs ; mais sachons l'aimer alors inéme qu'elle nous condamne,

Hakcli. ». ;.

78 RLR I.F.5 CACSES DE .NOS Lr U

et que nos penchans ne sont pas d'accord avec elle. Tenez donc, xl< nez nous entendre avec un

amour sincère de la rente, avec le désir à rendre .'< sis impressions , avec le courage rie la suivre et de porter son joiij; , lors même qu'il paroit moins doux à la nature : venez ici avec ces heureuse* dispositions de l'esprit et du cœur ; et vous -• et vous en deviendrez meilleurs, et nous aorona la consolation de sentir que cette chaire n'est pas appelée en vain la chaire de la vérité.

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