‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 2)Chapitre 18 sur 60 · PAR LA FOI DU GENRE HUMAIN · texte numérisé non relu

PAR LA FOI DU GENRE HUMAIN

Vj'est une chose bien frappante sans cloute, aux yeux d'un vrai philosophe , que l'accord du genre humain à professer l'existence de la Divinité, à lui rendre un culte et des hommages d'adoration et de dépendance : accord aussi ancien , aussi universel , aussi durable que le monde ; accord qui embrasse les savans comme le vulgaire , les nations les plus polies comme les plus sauvages. Oui , tout ce que les siècles ont produit de plus 1 eaux génies , d'hommes pins éniinens en savoir comme en vertus, ont ici pense comme le peuple : on ne doit excepter que quelques personnages singuliers, qui ont paru de loin en loin pour troubler de leur voix siuistn ce concert de toute la terre, et qui semblent être dans l'ordre moral , ce que sont dans le monde physique ces productions bizarres que l'on voit sortir des lois ordinaires île la nature. L'athée se fait gloire de se roidir contre la croyance du inonde entier; ingénieux à se dérober à la lumière, ou à l'obscurcir par ses sopbismes, il Si fait une sorte de triomphe d'être seul contre le g' nr- humain. Si vous lui parlez de l'universalité de cette croyance religieuse , il tâchera de

gO bixntnci ne Dito

vous découvrir ilans un coin du monde quelque peuplade bien stupide, dans laquelle on m voie, s'il est possible . aucune trai e de 1 1 tte dot ti ine . si vous présentez cette croyance unanime de tout le genre humain comme la voix de la nature, de h raison 1 t de l.i vérité, il u'\ verra que l'effet de l'ignorance et de la crédulité; el plutôt que de penseï ï » i comme le peupli , il .iiniiTf.it mieux ne voii d ins le sens cominuii. qu'un préjuge populaire. Enfin, ! cl. s'expliquei . vous lui demandez d'où a pu venir, parmi les hommes, une ernvance aussi univr aussi ancienne, .ussi enracinée que cille de Dieu; il vous dii i qu'elle > ~i l'eflï l de l'imagination égarée par la peur , ou de la politique des législati ai s. Suivons l'athéisme dans tous ces détours. Oui . c'est la foi du genre humain qu'il y a un Dieu, première vérité; cette croyance vient de la nature et de Lr plus pore raison, seconde vérité; rien de plus frivole "que ce que l'athée imagine poux l' explique! . troisième vérité : c'est tout le sujet de cette Conférence.

La croyance du monde entier est un (ait, elles faiu ne se prout ent point pai d pardi si I annales du m inde . '

numens historiques de i"ii* les genres , les relations des voyageurs; voilà ce qu'il t ;it ici consulter . et ussi ce qui va nous apprendre que les nations et les siècles, le monde ancien et le nouveau, sonl unanimes dans la croyant e de la Dh Lnité. Nous pourrions d'abord interpeller les impies , et leur d<^mander •' nouscitei une seule contrée de la terre,

PROUVÉE PAR LA fOl DU GENRE HUMAIN. SI

dont il fût possible , je ne dis pas de conjecturer , mais de démontrer qu'elle a été ou qu'elle est athée, privée de toute idée , même la plus grossière , d'une divinité quelconque. Jusqu'ici leurs efforts en ce genre ont été vains , leurs prétentions ont été démenties; et l'impuissance même où ils sont de citer un seul peuple entièrement plongé dans l'athéisme, prouveroit assez qu'il n'existe pas : tout ceci va être mis dans le plus grand jour. Et d'abord quelle a été la i royance de l'antiquité?

Remontez dans les âges les plus reculés ; parcourez les peuples , qui , dans les temps anciens , ont habité le globe , les plus policés comme les plus barbares ; en trouverez-vous un seul qui n'ait été imbu d'une connoissance plus ou moins développée de la Divinité? Phéniciens , Chaldéens, Egyptiens, Perses, Indiens, Grecs, Romains, tout est ici d'accord. Les temps fabuleux sont remplis de l'histoire des dieux et des demi-dieux; dans les philosophes, les historiens, les poètes, les orateurs de la Grèce ou de Rome, qu'on nous a mis en main dès nos plus jeunes années, que voit-on autre chose que des traces bien inarquées de la foi de toutes les nations1 Que signifie ut les autels, les temples, les sacrifices , les fêtes religieuses , les statues des dieux , les hymnes sacrées, I ip ithéo es , l'Elysée et le Ténare? Tout cela n'at-il pas une liaison manifeste avec le dogme de la Divinité i "Jetez les yeux sur la face de la terre, ► disoit Plut.iiqcie (1), vous pourrez y trouver des

(l) Cuut Colot. H/leur.

82 LEMSTEHCE DE M

. villes sans fortifications, sans lettres, sans magis- » nature régulière ; des peuples sans habitations ■ distinctes, sans professioas fixes , sans prop . biens, Ban monnoies, et dans l'igno-

» rance universelle des beaux arts : mais vous ne » trouverez nulle part une ville sans counoasance de » la Divinité. » On sait que Cicérun 1 S ont tenu le même lu

Voilà des témoignages bien positif;, de ce qu'il y i de plus grave et de plus savant dans L'antiquité. Que sont quelques passages obscurs , équivoques, tains écrivains, sur le prétendu athéisme de cerl uns peuples dont le nom est à peine connu1 II fuit le remarquer, Messieurs : un peuple, sans être coupable d'athéisme proprement dit , peut en paroitre soit parce que, 'dans ses mœurs impies et féroces, il viole toutes les l<>is divines et humaines révérées des autres peuples; soit que, dans sa vie errant' indépendance sauvage, il ne laisse pas apercevoir des traces bien marquées de culte et de religion publique ; soit qu'il méprise le culte de quelque divinité ■ ses voisins; soit que, reconuoissant une divinité suprême , il ne L'adore pas , ou q il n'adore que îles dieux subalternes, comme on l'a observé cha quelques peuples sauvages Ainsi , dans les Juifs, si distingués du monde idolâtre par leur rcligû b, Pline ne voyoit que d'insignes contempteurs des dn Ainsi , dans son discours pour Fonums i , Gcéton .

(l) Cirer. Tuscul. Quœst. )ih. I , n. i.V Epiil. ii" • contumclià tiumiuwu in>ii;iiis. But.

val. lib. \III, cap, iv. — vi, Pn> FrmUi». n. 20 et seq.

PBOCVÉE PAB LA TOI DC GE\ItE UXSUr.Y. 83

entraîné par l'intérêt de sa cause , traite les Gaulois comme des impies , sans foi , sans probité , se plaît à rappeler leur expédition contre Delphes; et pourtant César, qui sans doute les connoissoit bien , nous les peint comme une nation extrêmement religieuse : Natio est omnis admodum dedita religion il/us (1). Ainsi les premiers chrétiens, parce qu'ils avoient en horreur les dieux de l'Empire, étoient accusés d'être des sacrilèges et des athées. N'allons donc pas, sur quelques vagues allégations, accuser un peuple d'athéisme Oui , la foi à la Divinité étoit si universelle chez les anciens, que Lucrèce félicite Epicure , son maître, d'avoir été le premier qui eût osé lutter contre le genre humain , et lever la tête au milieu des peuples courbés , disoit-il , sous le joug de la superstition (2).

Ce n'est pas tout , Messieurs ; encore que les anciens aient été plongés dans des superstitions ridicules et monstrueuses, qu'ils aient peuplé la terre et les cieux d'une foide de divinités chimériques; la connoissance d'un Etre suprême , d'un Dieu souverain, maître des autres dieux comme de- hommes, étoit répandue parmi les sages , et même parmi la multitude , beaucoup plus qu'on ne le pense communément.

Je fais observer d'abord, que les Juifs adoroient le Dieu unique;, le Créateur du ciel et de la terre; et l'on sait que leurs livres sacrés ont célébré sa gran-

't)D»DcU.Call lil>. VI, n. iG. — '■*) De Hcrum nai. lib. I, ver». G3 et vr|.

M l'liistence de nrr.o

«leur et sa gloire dans une poé ie toute divine, qui efface celle des Grecs et di • Romain». Oi il i-t impossible que leur commerce iva L autres nations n'y ail pas plus ou moins répandu la conuoissance du Dieu véritable, et ne lui ait pas fait des adorateurs. Quand Salomon monte sur le trône, le roi de Tji rend grâces au Seigneur Dieu de ce qu'il à David unsuccessem digne de lui; Gyms voil dans ses •> h toires un bienfait du Dieu du ciel ; Darius, Artazercës, Assuérus, lui ont rendu hommage : et quel est donc li Dieu par lequel Ls sages de la cour de Pharaon s'avou .u vaincus, lorsqu'ils disent : La main île Dieu est ici?

Ji (aïs observer encore, que les philosophes les

plut reno m s A, l'antiquité croyoient en ce Dieu

suprême, et que lors même que, par crainte ou par politique, il-, révéroien les dieux populaires et nationaux, ils reconnoissoient la grandeur pr nante de celui qui avoit présidé à la formation de cet univers. Si quelques-uns, tels que Démocrite et lpicure, vouloient apprendre à tout expliquer pai des mouvemens f«>i mits et mécaniques . .i se passi , ,l, 1 1 ..ni-, intelligent les autres , tels que Platon et (3céron . en sentoient , en prouvoient li néo ~~a< :ii la nature même de leur querelle f.iit voir combien la - de l'Eu e intelligi m. . i -. ur du

monde, étoit universellement reconnue. Kv tance i . si versé dans ces i itières , n'hésitait pas à dire , il y a quatorze siècles , que cette doctrine avoit

(l) DM», fnslil. lil>. II. r.ip. i.

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