P30UVÉE PAR LA FOI DU GENRE HUMAIN
de ses regards qui font trembler la terre : mais ces expressions ne sont pour nous , que des images dont nous aimons à revêtir les perfections divines ; nous sommes loin d'y attacher les idées grossières du spinosisme ., de faire de la Divinité un être corporel, ayant les dimensions divisibles de la matière , et ne faisant qu'un avec cet univers physique : et voilà pourtant ce que supposent l'auteur du Dictionnaire et son continuateur. Ainsi ils inscriront sur leurs tablettes d'ignominie saint Jean l'Evangéliste , parce qu'il dit que Dieu est la lumière qui éclaire l'homme; saint Paul , parce qu'il rappelle que nous avons dans Dieu l'être et la vie ; Newton , parce qu'il développe la même pensée. Vous sentez d'ailleurs qu'en tronquant, dénaturant , détachant les passages d'un écrivain ; en recueillant tous les bruits vagues , toutes les anecdotes hasardées, toutes les paroles peu mesurées, il n'est pas d'adorateur de la Divinité qu'on ne puisse travestir en athée : c'est là cependant l'indigne stratagème avec lequel on jette des soupçons d'athéisme sur saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostômc , Descarte? , Pascal , Bossuet , Fénelon et tant d'autres. Il e^t ( m ieux d'entendre à ce sujet les aveux de l'auteur des Supplément. Voici ses propres paroles (1) : « On nous reproche d'avoir nommé bien des per- » sonnrs trop légèrement sur des témoignages vagues, » sur des passages trop peu concluans , sur une re- ■ sommée incertaine. Sans doute nous aurions tort, • s'il s'agîssoit d'une accusation; mais, prétendant
(t) Premier Supplément, pag. i
92 l'existence iie dieu
• faire leur éloge, on ne h obligé i une
u si grande circonspection.» Cet aveu est n ûl . i omaoc vous voyez ;.c' est dire ingénument qui li Dictionnaire a été i omposé sans exactitude . i ouune pour avoir Le plaisir d'enfler la liste des athées. Tout r, ! sieurs , est bien digne de risée et de piti' M comment le cœur d'un honnête homme peut-il fendre ici de quelque mouvement d'indignation comment ne passe livrer à quelqui - réflexions douloui eu iremens d'un siècle ou d
vains ont cru pouvoir, avec une sorte de gloire mettre au jour de pareilles extravagances ? Quelle indignité de troubler ainsi la cendre de ce qu'il y a eu de plus illustre parmi les hommes , et de croire honorer les plus sincères adorateurs de la Divinit<"T prêtant une opinion qu'ils repoussoient ave< liorreur .' On le voit bien, l'athéi se fait peur à lui-même; il cherche à se rassurer contre les clameurs d'une ron- . il croit entendre contre lui le tri de l'univers, et dans ses alarmes , il sembli secours et vouloir associer j ses monstrueuses pensées les plus ,,' ands noms des D
firoi, il s'égare, sa raison s'obscurcit; et voilà que sans preuves, contre l'éi idence . i ontre la foi de l'histoire , contre le témoignage manifeste de leui> mu-, etmalgré leurs vertus appuyées sur leur croyance, Les plus : lés adorateurs de la Divinité sont I mes en ithées. Nous étions donc réservés .1 eue les témoins de tous les excès ensemble : tant l'espritd'impiété peut enfanter de maux sur la terre! 11 fjJlok que la mémoire des grands hommes f:it outj
prouvée pah la roi do genre humai». 93
même temps qu'on violoit leurs sépulcres. Mais en vérité je ne sais ce qui doit nous révolter davantage , ou de ces violateurs sacrilèges des tombeaux , qui exbumoient des restes augustes , pour les livrer aux insultes d'une populace effrénée ; ou de ces profanateurs du génie et de la vertu , qui semblent évoquer en quelque sorte les Bossuet et les Fénelon , pour les couvrir de l'opprobre de leur exécrable atbéisme.
Maintenant que la croyance universelle du genre humain touchant l'existence de Dieu est établie , je demande quelle en est la source : vient-elle des préjugés et des passions , ou vient-elle de la nature et de la raison? Telle est la question qu'il faut éclaircir.
Quelle est donc , me dis-je à moi-même , cette doctrine qui a devancé tous les temps connus par l'histoire, subjugué les sages comme le peuple , triomphé de toutes les révolutions qui ont bouleversé la face de la terre ; qui se trouve chez la horde sauvage comme chez la nation civilisée , et brille au milieu de la barbarie comme au milieu des siècles éclairés? Oui , que les mœurs changent , que les lois soient aboliel , que les empires périssent, elle demeure immobile au milieu des ruines et des vicissitudes des choses humaines. Que les passions se soulèvent contre elle, que L'ignorance L'obscurcisse, que L'impie l'attaque par des sophismes , rien ne détruira, son empire; i lie le I' ra même sentir d'autant plus, qu'on L'outragera davantage. Malheur à la nation qui la perdrait devue! tout Les maux ensemble foudroient sur elle. Les peuples peuvent bien être opposés de
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mœurs et de langage , séparés par des mers immenses, divisés par des rivalités sanglantes; ma il est un peint mu lequel ils se réunis en! tous, la croyance d'un Dieu. Ils pourront Lieu varier sur l'idée qu'ils s'en forment , sut les hommagi 9 qu'ils lui n adi ut , les rites sacrés du 1 ulte qu'ils pratiquent , n ces formes diverses le fond d< la doctrine reste tt>»jours. D'où viennent doni 1 1 tte unité, cette antiquité, cette universalité et cette immutabilité de di parmi tant de peuples divisés sur tout le reste? Ou est donc la puissance qui a pu 1 acharner am-i les nations et les siècles à la aême croyance! Pourquoi ce concert unanime de louanges envers la Divinité? Comment se fait-il cpje partout l'homme soit aussi nalurellement religieux , qu'il est naturellement raisonnable? Vu effet constant , universel , demande une cause constante . unive» lie : et comment ne pas reconnoitre ici la vni\ de la natun' et de la vérité , qui a retenti dans l'univers et s'i t fait entendre à tous les cœurs .'
Non , je n'ai pas besoin de discuter les motifs qui ont entraîné le genre humain dans cette croyance : que ce soit le sentiment , ou la raison , ou L cle de la nature . ou toutes ces chosi ensemble fortifiées par l'éducation] il importe peu de le savoir. Ne faut-il pas que ces motifs tiennent parleurs racines au fond même de ne. ne être . qu'ils aient un fondement secret dans la pure vérité, qu'ils soient inséparables de notre nature, pour avoir ainsi subjugué lotis les hommes? 11 ne s'agit point ici d'une opinion spéculative, indifférents, abandonnée ans disputes