‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 2)Chapitre 38 sur 60 · U PROVIDENCE DA.NS L ORDRE MORAL · texte numérisé non relu

U PROVIDENCE DA.NS L ORDRE MORAL

nité étoit indifférente à ce qui se passe sur la terre. Au temps du paganisme , les hommes égaies avoient pai tagé le monde moral , comme le inonde physique, entre plusieurs divinités tutélaires; ils avoient des dieux nationaux et des dieux domestiques, des dieux pour la naissance >i des dieux pour les funérailles, pour la paix et pour la guerre, comme ils en avoient pour les astres, les mers, les moissons, les fleurs, les fruits, les bois, les fontaines. Ce n'étoit là sans qu'un amas d'erreurs grossières ; niais du milieu de ces superstitions sortoit toujours la foi don Dieu présent à tout , présidant à tout , réglant tout par.ses suprêmes volontés. Tous les législateurs, tous les Mais sages, les plus illustres philosophes de l'an-

paîenne, les écoles les plus célèbres , telles que celles de Pythagore et de Platon , ont professé le dogme d'un Dieu modérateur suprême des choses humaines; et Epicure fut regardé généralement comme un impie, pour avoir méconnu la Providence. •• La premièn vérité dont il importe que les peuples » soient bien convaincus, a dit Gicéron flj , c'ï que i les dieux sont les maîtres et Ls modérateurs de » toutes choses, que tout est dirigé par eux, qu'ils ■ roient les sentimens et les ai lions des hommes , et • qu'ils discernent les hommes de bien d'avec lis •> méchans. ■ On jaii que dans son fameux Panégyrique de Traj in , Pline-le-Jeuiie commence par rcconnottre «pu c'csi la Divinité qui avoil donné cet l< ut prince à la terre : Principem nostrum cliriiu-

tùulum.

I' !r: 1,1, Il .n 7.

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Si j'écoute la saine raison, elli le Dieu

souverainement âge doit avoii créé l'b< u me pour une fin , et l'y 1 m e tendi

lui , que le Di u ju te . ii I llibl ■ <:r des

bosi . m saurait voir du menu- œil, < '. celui qui viole ses devoirs avec audace, et celui qui 1 s remplit avec fidélité ; que le Dieu bon n\ stpa pour ses créatures; qu'il aime dans elles et les elons qu'il a <l lijjué leur di , le Dieu

tout-puissant n'est pas semblable a 11 l'action est bornée ainsi que les lumières, nuis qu'il embrasse, voit il fait tout d'une simple vue, qu'on ne doit pas eiaindie qu'il soit toi:. me ai i ablé sous le

poids du gouvernement du monde, et embarrassé dans l'immense variété des détails. Il a dit, et tout a

été l'ait ; il veut , 1 1 tout s'i lécute. Or. lions de la Divinité, de sa sagesse, di sa just sa bouté, de sa puissance, et ne pas i j ire, i s"n action sur l'espèce h unaini . c'est-a-dire, . sa providence dans l'ordre moral, ce serait le plus i onséquent de tous Mais qu'importe de croire en Dieu.

reléguée au fond de l'Olympe, qui auioit des. yeux pour ne pas voir, et des oreilles poui ne jus entendre . si vous désarmez sa jr. vous le représentez comme un père sans bonté, comme un monarque sans puissance, comme un juge sans équité .' \ ous nom de Dieu.

tous les effets de l'athéisme, lu Dieu ctran conduite îles hommes est pour eux comme s'il n'étoit os donc qu'un Dieu sous providence est un

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monstre fo;\,é par les passions en délire , impatientes de porta- un joug qui les importune; c'est là un athéisme pratique, moins conséquent , et tout aussi fécond en suites funestes que l'athéisme d'opinion.

C'est doue la voix de la raison, le cri du genre humain tout entier, qu'il y a une Providence : aussi je crois devoir aujourd'hui m 'attacher bien moins à développer les preuves de cette précieuse doctrine, qu'à dissiper les ténèbres dont les sophistes cherchent à la couvrir. Notre intention n'est pas de dissimuler 1. s difficultés; nous les exposerons avec franchise. Souvent les fausses doctrines contribuent à faire ressortir la véritable, comme les ténèbres donnent plus d'éclat .1 la lumière. Ainsi, venger des attaques de l'incrédulité la Providence considérée dans l'ordre moral , tel est le but île cette Conférence.

Je crois entendre un disciple d'Epicure ou deB tyle élever ici la voix, et me dire : On doit juger de la cause par les effets; et s'il est permis de s'exprimer <n langage ordinaire, à l'œuvre on connoit l'ouvrier. Or , dans ce inonde moral, ou sont les traits d'une bonté , d'une sagesse, d'une justice infinie, qui préside aiu destinées humaines? Sous un Dieu juste, pourquoi parmi les hommes cette distribution inégale des qualités de l'esprit et du corps , des rangs et des conditions, des biens et des maux? n'est-ce pas une partialité , que d'accorder à l'un ce qui est refusé à l'autre? Sous un Dieu lion , pourquoi ces peines, ces souffrances qui font de la terre un séjour de larmes? Sous un Dieu qui est l.l s.i , nul. le même, pourquoi ces désordres, ces vices, ces crimes

1 jG LA PB0ML1

qui souillent la face des nal

Si I » I . h n' i pat vi ulu l'empéV bei , qu

' i si . le roulant, il ne L'a pu, que >! pui sani 1 re, si le inal n'étoit qu'un 1 cideut qui ne tioulilàt pas l'harmonie tic L'ensemble; histoire des hommes est constamment celle de leurs vices et île leurs calamités : trop souvent même ou y voit que le sort de l'homme Je Lieu est plie que celui du méchant. Quoi de plus indigne de l'Etre

; verainement parfait qui gouvernerait le n

urs de la Providence, qu'avez-vous à répondre? Tel est. Messieurs, le langage du bel-esprit égaré par L'orgueil et le Libertin

Ainsi premièrement , l'inégalité soit des dcordés à l'homme pai le Créateur, soit desi :

des conditions dans la société; secondement . Les maux et les souffrant i - qui ous rendent malheureux . troisièmement, les désordres et les vices qui souillent IV q>èi l humaine , voil > i - que 1 <>n présente comme inconciliable avec la Providence. Toutes ces plaintes s'évanouissent , s'il est vrai que cette vie n'est qu'un i une vie meilleure, et qu il existe un momie a venir, où sera complètement réparé tout peut, avec quelque apparence <!e raison, noua choquel dans Le momie présent. Mais, avant de nous élevei à cette haute considération, qui est la dernière solution de toute difficulté, discutons les plaintes qu'on m ni de lormei contre la Providence, et taisons voir qu'elles sont quelquefois entièrement injustes, et toujours du moins exa

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En premier lieu , ce qui choque certains incrédules cL i;;rins ou irréfléchis, c'est de voir avec quelle inégalité les dons naturels , les rangs et les conditions sont répartis parmi les hommes. On voudroit donc que tous les hommes naquissent avec le même degné de force dans le tempérament . de beauté dans les formes du corps, de lumière dans L'esprit , de jouissance des biens de la fortune. Mais pourquoi la Divinité , maîtresse de ses dons, seroit-elle, dans leur distribution, assujétie à cette rigoureuse uniformité? Quel droit avons-nous à ce que l'Etre souverain , indépendant de ses créatures, prenne pour mesure et pour règle de ses faveurs l'étendue de nos désirs? et ne peut-il pas les répandre avec plus de libéralité sur les uns, sans pour cela être injuste envers les autres? Prenons garde de nous faire de fausses notions de la justice. Sans doute, si Dieu ne vous accorde pas ce qui vous est dû , s'il se montre envers vous inûdèle à ses promesses , s'il ne vous traite pas suivant vos mérites, alors vos droits sont violés et vos plaintes vmt légitimes. Mais quand nous étions encore dans inl , le Créateur nous devoit-ildc nous m tirer? g'étoit-3 engagé, en înxi^ appelant J la vie, à nous

> on degré fixe et déterminé de perfection et de bonheur? étoit-il lié avec nous par un pacte dont nous ayons le droit de réclamer la fidèle exécution? Loin dl ,nute pensée. Je vous prie

■ 1< remarquer, Messieurs; souverainement- • heureux en lui-même, Dieu n'avoit pas besoin de mi dehorj, il étoît parfaitement libn de nous donoei l'être, ou de nous laisser dans

Iô8 m nova»

nous un bienfait puri ini al gratuit , que i i itei , et qui ous tenons d I • Créateui 1 étoit le maître de m- pas nous

donm i l'i ... . il L'étoit pat là m

di r dans un degré pins < :i moins p u tain di nous des êtres plus ou moins lii (acuités du corps et de L'espril 'm lien

de murmure] poui les dons qu'il

bien plutôt le bénirpoiu ceui qu'il nous accorde. Qu'un magistrat, qui par état est également redevable à tous, néglige les intérêts du pauvre pour ne s'occuper que de ceux «le l'homme puissant : voilà rme partialité, une odieuse acception de p. i Om- le ii' ne ri fuse <)e payer à l'ouvrier le ai

■ ^uems, voilà encore une criante iniquité. Mais ici rien de semblable. Le Créateur n'étoit point lie? par une convention avec nous; i! ne nous devoil rien, pas même l'existeni donc l'injustice, de traiter inégalement des i I

qui lien n'étoit Jii .' tféconnoître un bienlkii parce qu'on en désire un plus grand, auquel on n'a pas le droit de prétendre, qu'est-ce autre chose qu'une véritable ingratitude?

pouvons ilii ■ me ri-

gourcu lans le monde moral : Youdries-

, dans le monde matéi ici, tout lui égalerai m

Ije.iu ; que, 'lins les trois règnes de la nature, tous

9 dont ils se composent fussent uniformi tous les rocbi rs fussent de marbre. tous le^ inunaiu des lions, tous les élémeosdu feu

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droit cette admirable variété, un des plus beaux oruetnens de l'univers, dans laquelle éclatent d'une manière si vive l'intelligence , la puissance , l'inépuisable fécondité de sou auteur? Or d'où vient qu'il n'y auroit pas la même diversité dans le monde intellectuel et moral? Non , ne demandez pas que tous les capitaines soient desTurenne, tous les philosophes des Descartes, tous les orateurs des Bossuet , tous les savans des Newton. Avec votre rigide uniformité, on serait tenté de croire que Dieu a été borné dans ses | ou (Luis sa puissance, qu'il n'a pas été libre

dans ses opérations, qu'il a été entravé par une insurmontable nécessité. La variété décèle la liberté, et ce pouvoir saus bornes qui se joue dans le monde des intelligences, Comme dans celui des êtres cofporels.

Vous ne voyez jamais que les inconvéniens de ce plan d'inégalité ; mais voyez aussi qu« ls en sont les avantages; combien, par ses suites et ses effets, il est glorieux au Créateur, et glorieux à l'homme; comme la Divinité fait merveilleusement servir la pauvreté et la richesse, l'ignorance et le génie, la foiblesse et la force, à l'harmonie de ses ouvrages ; connue elle sait maintenir toujours au milieu de nous cette étonnante diversité de goûts, de talens, de professions, qui se rappoitcnt à tous les besoins, et qui, par des i 00 même si contraires, concourent

au même but, a la conservation des sociétés humaines! Vous admirez dans l'homme la générosité, le courage, la modestie : tonte, ces qualités, vous les trouvez glorieuses pour lui; niais, dans le Système de

1G0 u providence

parfait '*-ur

éclat. Il est beau de \ oii le i i( li accourir li pau ins la richesse dans les uns

,i le besoin dans les autres, que deriendroit la libéralité? Il est beau de voir le pu ladéfen» dul ibl . 1 1 .s'il le faut, se sacriGci poui lui ; mais . m 1 1 puisa un e et 1 1 foible se . q viendrait cette protection généreuse? C'est dans les privations que se montre la patience, comme la mo-

> late 'I mis 1 1 supéi ioi ilé comme L s vertus qui honorent le plus l'humanité tiennent à ce plan d'inégalité , qui d'ahord humilie l'orgueil de ceux qui ne se trouvent pas au p

Vutsi la plainte tirée <le I - indi-

vidus et «Us conditions est sans rondement. Jr sais bien que à dite d ma I -

tions semble résulter une grandi inégalité de 1 hi m

c t il infortune. On dirait, au | remù r coup-d'ceil, que tout est bien pour 1rs uns, que mut csi mal pour les autres; et voila ce qui révolte le plus. Ici encore. Messieurs, : ition : Liop souvent

i h i II. i li s apparences nous trompent 1 1 un i,iii iiimi ■ garent la raison, i ; nous prenons poux

des réalités nos fantaisies et nos caprici . Déchu

.lin couvre les diverses conditions de la vie humaine, que verrons-nous? C st que ceoo dont nous sommes tentés d'envier la brillante i!' sont souvent moins heureux que nous D état , tout nous paraît dur ; dans les états où nous ne sommes pas . tout ii"iis paraît beau : nous en les fleurs, nous n'en sentons pas les épines; !'

DANS l'ordre uobal, 161

nation abusée rêve un changement d'état , qui peutêtre , s'il étoit réalisé , feroit notre malheur. I . e des plus incurables maladies de l'esprit humain est d'être mécontent de ce qu'il a , et jaloux de ce qu'il n'a pas ; moins heureux de ce qu'il possède , que tourmenté de ce qu'il désire. Il y a long-temps que le poète romain a déploré cette inconstance (1). L'homme du monde envie au solitaire son repos , et quelquefois le solitaire regrette le bruit et le tumulte du monde ; si le laboureur voit ses moissons détruites par la tempête, il soupire après le sort des habitans de nos cités. Ainsi l'on s'agite de toutes les manières, jour être ce qu'on n'est pas. Toutefois, si nous étions de bonne foi , nous conviendrions que les choses sont disposées, tempérées de telle sorte, qu'il y a dans le bonheur des hommes moins d'inégalité qu'on ne le pense. 11 ne s'agit pas de courir ici après des chimères, et de nous consoler avrc des suppositions arbitraires : je ne dirai pas qu'il existe une compensation rigoureuse dans les destinées humaines, et (pic. pour tous les individus, la mesure des biens (i 'I maux est exactement la même; mais je dirai que la différent e es! moins grande qu'on ne pourrait le croire d'abord. Pour en citer quelques exemple .. h- p iiivm- , il est vrai, est privé des jouissances du riche, mais n'est-il pas plus exempt îles inquiétudes et des tonrmens de l'ambition? Il ne se rassasie point I un.- table somptueuse, mais le travail assaisonne les mets gros iers qui I'- nourrissent, et

(1) llor.lt. Salir. I.

162 la pnovitit

il ne i onnoil p i • les mal » ■ 1 ï < i qt la mol-

1 ombien d'hommi t, i ondamnés aux lasl i i,i. mous de la grandeur, soupirent api

dom eurs de la vie privéi !N< voit-on pas qin Iquefois li , puissans de la terre se dépouiller avec joie «le la magnificen ■■ , pour ;;«>;"■ i • i des plaisirs tranquilles? Quel est celui dont le cœui ne s'épanonil pis à ces peintures d'une rie simple et frugale, loin di I in Mi il, g coui ^ ii '!'■> \ illes? Non . Il gloire n'es! pas le bonheur : la volupté dé ndeui ennui* .

la rei née fatigue. Vanité il m-> les plaisirs , vanité

dans les richesses, vanité dam la science : \

qu'a \ h le Sage il y a tiois raille arn. 't voila ce

que nous voyons ei e; ri c'est ainsi qu'an milieu

•le li ni s conditions inégales, 1rs hommes sont plus égaux qu'ils ne | troissent l'être. J'étais ilonc fondé à dire que la plainte tirée de l'inégalité des di humaines est b

Mais, dïra-t-on toujours, et ■ 'est ici la seconde dif- Qculté; encore qu'il y ait sui la terre moins dlnég dite qu'on ne le croit, ni esl l'ordn actuel • I> s • hoses, que riioninie est malheureux : li > i h igi ins . les mal idies , les revers l'accablent de toutes parts ; et sous n D i bon qui gouvernerait <e d urroit-il que

l'homme fiât si misérable .'

Tâchons d'abord d'appréi ier ■ ette nouvelle pi et de la réduire à sa juste valeur. Je conviens que

l'h e ne jouit pas sur la terre d'un bonheur pur 1 1

sans mélange ; mais l'homme , par 1A même qu'il est une créature, est borné dans toutes les parties i!u

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