IMMORTALITÉ I)E I
présage el quel] entimenl d'une vi< à Tenir Pi ir-
quoi en effet cette i irvivreà
nous-mêraes, d'éti i ni* i notre nom dans la mémoire <1< nos ■ 11,1 i mine le
garant et comme le guerrier. Le savant vent aller a L'immortalité par ses ouvrages, le guerriei par ses sxploits, et le villageois voudroit vivre du mou le souvenir tle ses enfin- : il s'afflige de l'i bientôt peut-être il sera oublié; il voudroil i :
attacher son nom an bâtiment qu'il achève, .i lai lire qu'il a planté , au tei rain ingrat qu'il a su rendre fertile. Mais voy< i sui tout dans l> s bomnu s fan anioni- iinmen . qui s'étend i la pos-
térité la (.lus rei il fe , . i ■• i ■ | ùt il leurs grandes >t belles actions fei ml l'entretien <!•• tous li Igi •. Pourquoi cela, -,
«lu je ne sais ■ ] i ux-sgémes i
gloire dans les si» i les futui s ?
Dans ; , et avec raison,
1 h ir pour leur
patrie ; 1 1 si l'ano est iminorlclli . comment on peut sacriGei la vie présente : mais, si
tout se I le i m tu» Ile est le
bien suprême. La \ i est d'un prix infini, comparée au néant . \ i\ re si roil doni ! i souveraine loi ; mourir pour sis sem] labiés s< i"i; m t inconséquence. <'ui , L'homme n'affronte la mon. que parce qu'il j \"it le . une seconde vii . Ici le sentiment entraîne la raison, inêmi dansecluiqui serait inatérialisU d'opinion. En mourant poui votre ]>a\~ . vous is . i i .- .. la gloire, lui dirai-je; mais i mort, voue
IMMORTALITÉ CE l'aME. 273
n'êtes pas plus que la statue ou la toile peinte qui pourra vous représenter , que vous importent les chants do poète, les éloges de l'orateur., ou les récits de l'histoire? Caton, qui n'étoit pas animé par ces motifs purs que le christianisme inspire, étoit de bonne foi quand il disoit : « Je n'eusse jamais entrepris tant >• de travaux civils et militaires, si j'avoiscru que ma » gloire dut finir avec ma vie... Mais je ne sais com- >• ment mon esprit , s'élevant au-dessus de lui-même, « sembloit croire que c'étoil en sortant de ceite vie » qu'il commençoit de vivre (1). >■ Voilà , Messieurs., comme cet amour de la gloire , dont les hommes célèbres ctoient possédés , a voit sa racine dans l'espoir d'une vie qui devoit commencer à la mort. I ne troisième considération en faveur de l'immortalité de lame , je la puise dans ses désirs : je m'explique. Né sensible, l'homme désire le bonheur, et y tend comme vers son dernier terme; et s'il ne le trouve pas sur la terre, ne faut-il pas qu'il le trouve dans une vie meilleure? Donnons à ces idées le développement convenable. Je vous invite, Messieurs, à descendre au fond devos cœurs, pour y écouta , dans le sileuce des sens el de l'imagination, la voix delà vérité; 'i chacun «le vous dira volontiers avec moi : Mon aine éprouve je ucsaisqui I désii d'être heureuse, que rien de terrestre ne peu! satisfaire. Je cherche avec inquiétude quelque chose que les créatures ne peuvent med nner; je cours après une ombre toujours [lOimuivie et toujours fugitive; plus d'une fois je
fl) Oie. de Senprl. n. li.
2"^ IMMORTALITÉ DE l'aME.
soupire malgré moi de dégoût et d'ennui , je voudrou un plaisir par , fixe, permanent; je comprends que le bonbi ur se trouve dans on cœur dont tous les désirs sont rem| li-. Mais ce repos, où le trouver? quel i i le mortel qui jamais t'a goûté sur la terre? qu'il vienne ilonc nous en
ses palais superbes, de ses jardins délicieux richesse de ses trésors . «le l'éclat de sa fdi l'abondance des plaisirs, Salomon avoue qu'. pas heureux : et pourquoi ne l'est-il pas? C'est que son oreille ne se rassasie jamais d'entendre, ni son oeil de voii , ni son eeurdedésii adre a conquis
l'univers, la terre s'est lue devant lui : lié lien. Alexandre est plutôt fatigué que îassasié île gL ire . il soupire, il pleure au milieu des trophées du monde vaincu légoûté de la puissance, va se ren-
fermer dans l'île de C iprée . il i lu r< he dans le raffinement de la débauche ce qu'il n'a pu trouver dans la grandeur : Tibère sera trompé . le bonheur n'ha- I itéra point avec lui dan. le séjour de sei infamies ; il sentira sa misèl e , et sera foi ce d'en faire l'aveu devant le monde entier (3), Quels exemples mémoral néant des ehoscs humaines, et de leur insul pour nous rendre heureux! Je les ai rappel
I lire sentir quelle est l'avidité c!u cœur humain , it comment sur la terre il ae voit frustré de ses espérances.
Maintenant je me replie sur moi-même , et je nie
(î) Eccles. i. S : ii. io. ci
dis : Je désire d'être heureux ; c'est le besoin le plus impérieux de mon ame ; c'est le penchant nécessaire de ma nature. Ce désir , ce n'est pas moi qui me le suis donné , je ne suis pas le maître de m'en déj ouiller; je l'ai reçu de Dieu avec l'être et la vie. Si Dieu luimême me l'a donné , si tel est le but où il me fait tendre sans cesse , ne faut-il pas que tôt ou tard i.' m'y fasse parvenir? Seroit-il le Dieu de vérité, s'il me tiompoit dans les désirs qu'il m'inspire, s'il me marquent le ternie en me laissant dans l'impuissance de l'atteindre ; et si ce bonheur , pour lequel je sens qu'il m'a fait , n'existe pas pour moi sur la terre , ne faut-il pas que Dieu l'ait placé au-delà du tombeau? Dans la nature entière , tout marche à ses Cns : le soleil et les astres , par leurs mouvemens réguliers, remplissent toute leur destinée ; les animaux remplissent la leur en obéissant à leur instinct merveilleux. L'homme , dans cette chaîne immense des cires, seroit-il le seul à ne pas remplir la sienne? et la Providence l'auroitelle condamné à courir sans cesse après la fin de sa nature, sans y parvenir jamais? Ayons de plus justes, de plus consolantes idées des desseins du Créatew , et de L'excellence de la nature humaine. La croyance universelle du genre humain me fournit une dernière considération. C'est un fait attesté par les annales des peuples anciens et des modernes, que la croyance de la vie future a toujours été celle du monde ei icr. La superstition, les vices, l'igno- . ont bien pu la di pp. id r; les ophi Iti s ont bien pu la combattre : mais elle est restée toujours dominante au milieu de toutes l i nations de la terre. De
270 noioKTAurl
[uclquei t - ' 1 1 1 ■ • i . , ' ■ Ile «lins
/antiquité , que ms son
traité de V Amitié, de fain puis
noratcui-s qui av.n jours,
que tout finit au tombeau ; je suis bien plus frappé >. de l'autorité i . de < .11, de i
» des pi illustres qui ont él
■ l'ornement de la Grèce, el surtout de celui qui fut
■ déclaré le plus sa l).« Dans une de ses
. Sénèque fait I s n^it
de L'immortalité de nos âmes, le consentement unidi -. bommi s n'a pas peu d'cmpii
~~ nique
que le sont les chrdi tns : je n'ai eu dautiv l
. iter comme l 1 1 foi de
l'antiquité. Dans les auteurs qui ont <Viit sur rettr matière, vous trouveriez recueillis les pas*. plus positifs sur la foi des peuples ani iens , Egyptiens, Cbaldéens, Indiens, Grecs, Romains, G mains. Pour ne parler que . lont l'antique
i royani e peut nous int :rcsscr dai fais, nous appi enons de '■ \
anunoientlei lerriers, et les exhortaient
à braver les périls, par l'espoir de l'immi I I
sentiment, dit encore Lucain •! , qu'ils pui-
it. n. .'i. — ) i Mb. VI.— (4 pka .:.
IMMORTALITÉ DE l'aME. 277
sent l'ardeur impétueuse qui les fait courir à la mort ; suivant eux rien n'est plus lâche que d'épargner une vie qu'on ne perd pas sans retour. Voyez , au reste , cette croyance des peuples se manifester jusque dans leurs superstitions et leurs pratiques les plus ridicules. C'est elle en effet qu'indiquent les apothéoses, les rêveries de la métempsycose , l'Elysée et le Tartare de la mythologie, le jugement de ÎMinos et de Rhadamanllic, l'évocation des ombres, la crainte puérile des morts.
Quant aux peuples modernes , il suffit des relations des voyageurs qui ont visité les diverses parties du globe. La foi de L'immortalité étoit dans le Nouveau-Monde avant que Christophe Colomb y abordât. « Nous la trouvons établie d'un bout de l'Amé- » rique à l'autre , en certaines régions plus vague et « plus obscure, en d'autres plus développée et plus r parfaite, mais nulle part inconnue, » dit l'illustre Roberfson (1).
Or, Messieurs, qui ne scroit frappé de cet accord universel des nations et des siècles? Chose étrange! nos sens ne nous disent rien de notre existence future, de la permanence de nos aines après la mort du corps; à nos veux, l'homme paroît mourir tout entier comme la bête; rien au dehors qui atteste ici la différence ; l'expérience de tous les temps, l'observation de tous les jours, ne nous laissent apercevoir que de la matière , qu'une décomposition de parties. On voit l'homme naître, vivre, mourir comme le reste des
(l) /lUt. rie t Amérique , liv. IV.
278 IMM0HTAL1TÉ D£ l'
animaux : il semble que, d'aprè ■ < e qui frappe sans cesse nos regards , le genn . pencha
\ri j le malérialismi I !ct. D'où a donc pu
lui venir un" pensée aussi i straordinaiieque telle de l'immortalité de nos âmes? Comment, du mi ruines, des ravages du temps et de la mort, ce cri d'immortalité s'est-il fait entendre dans l'un N'en doutez pas, Messieurs, c'est que l'auteur de la nature en a placé le sentiment dans nos ai il y a placé l'intelligence et L'humanité , et q aussi impossible de nous l'arracher, que de nous priver de la raison et de La pensée.
Enfin, Messieurs, il est un témoignage constant, universel, irréfragable des sentimens, de l'espoir, de la croyance du genre humain , et qui fortifie singulièrement les considérations que je viens d'ei c'est le culte religieux des morts, connu le I entière, dans l'antiquité comme dans le tenu sent. Pourquoi ce respect pour leur dépouille? Ces tombeaux érigés en leur honneur, ces chants fui
tsà leur mémoire, tout cela se rapporte-t-il à une poussière insensible et vile? ou plutôt tout cela ne tient-il pas à cette peu- que les morts
ne sont pas induTérens .i ii" léun ignagi (d'affection, qu'ils sont comme les ténmins de nos larmes et de uts, tt que nous pouvons continuer d'entretenir une sorte de société touchante avec cette d'eux-mêmes qui vit encore?
Aux extrémités de l'Orient, il est un peuple q ii place sur les tombeaux diuerens mets pour la nourriture des morts; chei le Péruvien idolâtre, 1
IMMORTALITÉ DC l'aME. 279
mes et les enfans des Incas s'offraient à la mort pour honorer leurs funérailles , et les accompagner dans uu autre monde. Ossian , ou celui qui a chanté sous son nom , fait errer les ombres de ses guerriers chasseurs dans les nuages , et les suppose sensibles aux chants que les bardes consacrent à leur gloire. Tout cela n'a-t-il pas u;ie liaison manifeste avec la doctrine de la vie future? Mais par quel charme invincible plaçons-nous ainsi la vie jusque dans le séjour de la mort? C'est ici, dit un écrivain célèbre (1), que « la » nature humaine se montre supérieure au reste de » la création, et déclare ses hautes destinées. La bête » connoit-elle le cercueil, et s'inquiète-t-elle de ses » cendres? Que lui font les ossemens de son père1 ou » plutôt sait-elle qui est son père, après que les be- « soins de l'enfance sont passés? Parmi tous les êtres » créés , l'homme seul recueille la cendre de sou sem- » blable, et lui porte un respect religieux: à nos yeux, •• le domaine de la mort a quelque chose de sacré. » D'où nous vient donc la puissante idée que nous ■• avons du trépas? Quelques grains de poussière mé- » riteroient-ila nos hommages? Non sans doute; nous i tons la cendre de nos ancêtres, parce qu'une » voix secrète nous dit que tout n'est pas éteint en » eux, et c'est cette voix qui consacre le culte ftinè- » bre chez tous les peuples de la terre. Tous sont éga- » lemeut persuadés que le sommeil n'est pas durable, » mémo au tombeau, et que la mort n'est qu'une » transfiguration glorieuse. «
(i) Châtcaubriant , Gcnit du Christ, liv. VI, chap. m.
2S0 IMM0BTAL1TÉ DE L AME.
Oui, la religion d itimenl
de l'immortalité, et i« • l'expéri l'appui
de 1 1 raison, .Jamais eo effet <;i n'a vu la cendre des morts plus indignemi : • t | qu
où le matérialisme le plus ! ratai avoit prévalu parmi nous. Lorsque, dans l'homme qui mi nrl qu'une machine qui . ou une pi i
se décompose ; lorsqu'on croit qu'il ne re^te de lui qu'une hideuse dépouille, quelle vénération : Lui porter? V • alors tenté d< le traiter
comme le cadavre du plus immonde animal.' Si quatorze siècles de pieuse vénération ne purent de l'outrage les mortels débris de la patronne i capitale; si l'on vit, pendant qmlque temps, de Turenne reposera côté «le la dépouille d pliant et du crocodile; si tant < I ' ï 1 1 1 1 - : i . - morts furent de leur dernière demeure, c'est qu'alors la religion elle— même -n'a\ >it plus d'asile, et que les doctrim avoient presque effacé 1
ment de l'immortalité Cesl te sacrilège matérialisme qui avuit profané les tombeaux, c'est la croyance de la vie future qui les rend vénérables.
Voilà donc, Messieurs, comme, en réfléchissant sur la spiritualité de notre ami . sur *es sentimens les plus intimes, ses désirs !• ■< plus an!. croyances les plus enracinées, nous découvi nous-mêmes l< s germes et 1 tahté. Voyons si nous ne puiserons pas ration- | i s encore dans la connaissance de
Dieu et de ses perfections.
Oser dire qu'il n'y a point de Dieu, c'est une extrémité monstrueuse, dans laquelle l'esprit de l'homme ne se repose jamais sans trouble et sans inquiétude. Et quel est l'athée qui ait la conviction intime de son athéisme? Ses blasphèmes eux-mêmes trahissent la foi cachée dans le fond de son cœur ; ses discours fi ôquens contre la Divinité décèlent la terreur qu'elle lui inspire. Montesquieu a dit : « L'homme pieux et n l'athée parlent toujours de religion; l'un parle de » ce qu'il aime, l'autre de ce qu'il craint (1) ■> Non, Messieurs, l'athéisme n'est pas une opinion, c'est un délire, une fureur.
Reconnoître un Dieu sans providence , c'est une inconséquence grossière; c'est faire de Dieu un roi sans sujets, un maître sans autorité, un père sans bonté , un législateur sans rues et sans sagesse , qui abandonne son ouvrage et ses lois aux caprices du hasard.
Il est donc un Dieu qui gouverne le genre humain, < l qui préside à ses destinées avec autant de justice que de sagesse ; et cependant comment reconnoître dans ce monde le Dieu juste et sage , si ee inonde nYtoit pas lié avec un inonde à venir.
Et d'abord, que demande la justice divine? La raison nous dit que Dieu, juste appréciateur dis choses, ne sauroit voir du même œil le parricide et l'enfant soumis, l'ami fidèle et l'ami perûde , l'avare impiloyable et I cœur généreux , l'affreux homicide et le Buveur de son semblable. Penser autrement , ce scroit
[i] BtprU itt Ton , !iv. XXV, rh. i.
supposer Dieu moins parfait que I homme. Oui , malgré les défauts de sa nature , l'homme ne peut se défendre d'une horreur secrèted même
qu'il a la foibli i des*] livrer , ni d'un amom pour la vertu, I i> même qu'il n'a pas le courage de la pratiquer. Oui, je trouve au fond de 1 science, que la vertu est estimable, digne dV: de récompense; que le vice est méprisable , digne d'opprobre et de châtiment : tel < si le ni de la i telle est la notion de justice imprimée clins nos Ain^i, par une suite d'idéi s enchaînées les unes aux autres, je suis c induit à penser qu'il n'y a pas de Dieu sans justice , ni de jusl i inpcn^es pour
la vertu, sans châtimens pour le vice.
Or, c'est en v un que vous 'Ii relieriez sur la terre cet ordre de choses, seul conforme .'t la rigoureuse équité. Il est vrai que, pour encourage* les bons <t effrayer les médians, pour avertir plus sensiblement les hommes que sa provideni e \ eille sur eux , et h ur fui. pressentir ce qui les attend , Dieu f ■. i t quelquefois éclater sa justice envi rs l'homme de bien par les prospérités dont il le comble, et envers le coupable par des coups si effrayans et si visibles, qu'il est impossible <!e la méconnoitre. Plus d*u le fi isdea infirmités humiliantes et cruelles, des déplaisirs mortels, des chagrins dévorans, o ite .t totale,
font sentir aux coupables la main m ngen sse qui »*ap- I i -in leur tête. Mais, i! faut en convenir,
Kcmples de ce genre . m la \ie ; n'étoit pas lie à un autre ordre de choses . ce monde ne seroit qu'un rha is, qu'une énigme uicoii
IMMORTALITÉ DE l'aME. 2S3
qu'un perpétuel désordre qui accuseroit la Providence et sa justice. Dans tous les temps et chez tous les peuples, que nous présente l'histoire? Bien souvent des vertus méconnues, des vices honoiés, des forfaits échappés au glaive de la justice humaine, des familles ruinées par la mauvaise foi , des victimes infortunées de la haine et de l'envie , des prisons où gémit l'innocence , des éthafauds où péril la vertu. Ces désordres sont si choquans, que les esprits foibles, impatiens, en ont pris occasion de blasphémer contre la Providence, de la regarder comme étrangère au gouvernement des choses humaines, de croire ainsi perdus les efforts de l'homme de bien, et de s'écrier comme ce Romain succombant aux champs de Philippes : 0 vertu, lu n'es donc qu'un fantôme! Sans doute, Messieurs, une telle impiété sera toujours loin de notre bouche , et plus loin encore de notre cour. Ces dé» rdres , qui éclatent de toutes parts sous nos yeux , doivent nous rappeler l'ordre éternel dont Dieu est la source. Je sais qu'il a , dans les trésors de sa puissance , de quoi répare) tout ce qu'il y a de déréglé dans le monde présent. Je m'élani :c dans le sein de son éteint de là qu'abaissant mes regards sur la ti ne , je la vois d.m, son véritable point de vue : je reconnois que ce qu'il y a de plus discordant rentre dans l'harmonie universelle, par sa liaison avec les desseins infinis de relui qui vit et ligne au delà des temps. I.< ■* louffrani s de l'homme vertueux sont, à mes \. ux, non des injustices, mais des épreuves, mais des combats qui mènent a la gloire; et quand je compare ce qu'il souffre avec la couronne qui lui est réservée , je
234 iMMunTU.m Ii>. LAME.
ne vois pi US dans ses afflictions, q es d'une
anic en travail de son immort \ ce qu'a
voulu nous dire l( S
« J'ai vu sous le soleil l'impiété au lieu
» et l'iniquité au lieu de I > justice ; et j'ai d
» mon cœur : Di a jugera le juste et l'injuste,
n ce a raie temps du rél il Lu ment de toutes 1 1
Biais, dira-t-on peut-être; pourquoi l'autre vie pour justifier la Providence ? Yoi chez «les récompenses pour la vertu , elles sont clans la pai\ et le témoignage d'une bonne conscient voulez ■ is pour le vice, ils sont dans le
remords qui en est inséparable.
Ce n'est là qu'un vain système, par leqoi impossible d'absoudn la justice divine, et dont nous allons faire sentir toute la futilité, 11 n'en est] Dieu comme des hommes; sa justice est infin que sa puissance, 11 evt digne de celui qui connolt et peu) tout, de récompenser tout ce qui est bien, de punir tout ce qui est i d , de destine) à la vertu des récom] el au vice des peines qui soient
toujours assurées, suffisantes, décerné suie et proportion. Or, tel ne seroit pas leur caractèn bornoit à la paix de lame pour
lés justes, et au remords poui les coupables.
Et d'abord vous voulez que lapais de l'aine soit La seule rét ompense de la vertu ; mais i ette pais n'en est pas toujours inséparable: il e-t d.^ comrs rêrtueus qui vivent au sein dej alarmes . timides jusqu'à 1
fi) Ecclcs. ni. 1 7.
ils craignent là où rien n'esta craindre. La délicatesse de leur conscience fait leur tourment; l'imagination les effraie de ses fantômes, elle Uni peint de légers défauts sous les couleurs des vices les plus noir-; , elle convertit en mal ce qui est Lien. Or, au milieu de ces orages d'une amc agitée , la paix s'est évanouie , et avec elle ce que vous croyez être la seule récompense de la vertu. Ce n'est pas tout : il faut que la récompense se mesure sur le mérite; et pourtant, dans le monde présent , cette règle d'équité se trouve perpétuellement violée. En effet , cette paix de la conscience accompagne aussi des vertus, qui, d'ailleurs très-solides , sont moins pénibles à la nature; et je demande où sera la récompense de ces vertus, plus fortes , plus difficiles ? Je m'explique. Cet homme est né avec d'heureux penchans; par tempérament, il est doux, modéré, maître de lui-même, la vertu lui est naturellement facile. Cet autre est agité par des passions violentes; il faut qu'il soit patient malgré l'impétuosité de ses désirs, modeste au milieu de tout le bruit de la renommée la plus éclatante. Si l'un et l'autre sont vertueux . la paix de -t également leur partage sur la terre; mais le second a bien pins d'obstacles à vaincre, plus de , i emporter sur lui-même, sa fidélité est bien plus difficile : la vertu est donc pins méritoire et digne d'une plus grande récompense; et cependant la rccoinpense wroh la même, si elle ne consistait que dans la pai) du coeur. Mais voici une nouvelle considération du plus grand poids: lorsqat l'homme de Lii n meurt pour son devoir, qu'il sacrifie ses jours
286 IMMOKTALITÉ DE l'aME.
plutôt que sa conscience, c'est alors surtout qu'il -e
tend agréable à son Créateur , et qu'il ■
faveurs; et pourtant. ->"il n'est (l'autre prix de ses
faveurs que le repos île sa conscience , ou
de son héroïsme? (Vue paix de L'ame di • • d lia-t-clle
avec lui dans le tombeau? Vous êtes, je le su]
placé entre la prévarication et la mort: Dieu \ous
commande de mourir pour lui plaire ; cedernii
de votre vie met le combli de tous
c'est le plus méi itoire ; et il faudra que vous '.
sans l'espoir d'aucun , ment ! quoi de plus
injuste? Non, on Dieu ne vous commande
mourir pour votre devoir, ou Lien il doit vous
penser pour l'obéissance que vous lui témoiL,
mourant ; et encore une l"i> , ou sera la récompense ,
si tout se termine à li mort?
Ou n'est pas mieux fondé à ne reconroitre d'autre châtiment du vice . qu< le remords. Je conviens que le coupable trouve sou premier châtiment i conscience qui l'accuse et qui le condamne : li remords est son unique peine, les plus coupables mi. ht bien souvent les moins punis, parce qu'ils sauront mieux que les autres étouffer leiu • n sous le poids de leurs crimes entassé*. Oui, la première faute est celle qui est suivie du remords le ploi cuisant; il n'arrive que trop qu'on se familial, le \ ne ; le remords s'affoiblit a mesure qu'on (*J livre , ou finit, suivant le langage d as, par
avalei 1 iniquité comme l'eau (1) : eu sorte que . si le
(i) JoL M, 16.
IMMORTALITÉ DE l'aME. 287
remords est la seule peine, il n'y aura plus Je proportion entre le délit et le châtiment. Même, il faut le dire , le remords , après tout, ne seroit qu'un préjugé ridicule dont il faudroit se dépouiller , si rien n'étoit à craindre au-del.'i du tombeau. Tant qu'une aine est pénétrée de la crainte d'un Dieu vengeur , je conçois en elle le remords; mais si cette crainte s'affoiblit et s'éteint , on verra le remords s'afibiblir et s'éteindre avec elle. Aussi les grands coupables ont-ils un secret penchant vers ces doctrines de fatalisme , qui, en présentant leurs crimes comme nécessaires, tendent à les délivrer de tout remords ; et vers ces doctrines de matérialisme , qui , eu faisant mourir ensemble l'aine et le corps, leur promettent l'impunité. Débarrassés de toute terreur d'une vie future , ils pourront bien craindre le supplice ou l'opprobre , ils ne connoîtront pas le remords. Ne sait-on pas d'ailleurs que le coupable se déguise plus d'une fois à lui-même l'injustice et la noirceur de ses actions; que les crimes heureux cessent, à ses yeux, d'être des crimes ; que les excès les plus révoltans ne paraissent plus des exi es , quand ou 1rs voit à travers les prestiges ,1'iire? Et de bonne foi, pense-t-on que quelquea L ,;ers remords soient une peine suffisante pour des allions qui peuvent être le fléau des familles , des générations , d«S nations entières?
Enfin, dans I l nu que je combats; il est un crime, en particulier, qui resteroit toujours impuni , je . c cc\ parlei de ce crime autrefois rare, aujourd'hui très-commun , l'effroi delà société et le scandale de nos mœurs , le suicide. Cet homme se doit
288 IMMORTALITÉ SE I-VlE.
à la société , qui l'a noun i dam - m - in , qui a veillé à la conservation de ses jours ; à sa famille avec laquelle il a ( outrai b
cas, à Dieu qui lui a donné la rie, <t qui seul aie droit de la reprendre : n'importe, au mépi is i les obligations divines et Lumaincs, il s'arrache ia rie. S'il n'est ]ias égaré par une aliénation mentale, s'il conserve son libre arbitre, ce dernier a:' mis peut-être le sceau à une rie toute rrimii. en sera le châtiment, s'il n'en existe d'autre que le remords? Vous prétendez que son aine ne vit plus, et comment le remords s'attacheroit-il à ce qui n'est qu'un néant? Disons donc , Messieurs, que la paix qui d'un coté console le juste, que le remords qui de l'autre déchire le méchant, commencent d monde le discernement qui doil être fait un joui avec plus d'éclat et d'exai dtude : c'< si 1< prélude . et non la mesure de la justio divine ; en sorte que les consol ii ii us de la vertu , et les amertumes du vice, dans la rie présente, établissent plutôt qu'elles n'ébranlent la doctrine de la vie future.
Et ne disons pas que la justice di\ii:
faite par l'anéantissement du coupable ; vain subterfuge ; la justice divine doit s'exercer de manière à pouvoir intimider l'homme, à le contenir dans le devoir ou à l'v ramener. Or , les méchans seroient sin* crainte , si le partage du néant . tout misérable qu'il est,leui étoit assuré. Ne faut-il pas d'ailleurs que les , soient décernées avec équité; qu'il!.
graduées sur le nombre, la nature, la grieveté des faut, . qu'il y ait différence dans le châtiment la où
IMMORTALITÉ DE l'aMF. 2S9
il v a différence dans les déli's? La suprême justice pourroit-elle confondre un simple vol avec le parricide? Et cependant , si l'anéantissement étoit la peine commune de loules les fautes, elles seroient toutes également punies.
Ici , Messieurs, approfondissons encore un moment le errui' humain . et les idées que nous devons nous formel- de la Providence, dans le gouvernement de ce monde. L'espérance el la crainte sont comme les deux pôles du inonde moral ; tout porte et roule sur ce double sentiment : c'est par lui que s'établissent , que se perpétuent la subordination et l'ordre dans la su, iété comme dan. 1rs familles , dans les armées comme dans les cités. Le creur de l'homme est en même temps plein de désirs et de faiblesses; il a besoin d'être aiguillonné par l'espérance , et contenu par la crainte. Montrez-lui le prix de la vertu, si vous voulez qu'il la pratique ; et le châtiment du vice, si vous voulez qu'il l'évite. Que penseroit-on d'un capitaine qui trai- ;alement le soldat timide et le soldat valeureux; d'un législateur, qui, après avoir publié un <orlc- de lois, les abandonnerait aux caprices i chacun, ne présenterait aucun motif puissant d'y être fidèle, ne saurait ni encourager les observateurs par
si pi sses, ni intimider les infracteurs par ses
menaces? Alors les lois , destituées <lr leur sanction
lire, ne rcsteroient-elles pas aussi sans force et
irité! l't l'on voudrait que Dieu, législateur
RUpréine , aband inn.il ses lois à la volonté de chacun ,
qu'il fermât li yeux sui la fidélité et la révolte,
fu iscnl g ii di ■ ■ par les uni inutilement , el
violées impunément par 1rs autres! S"il en étoil ainsi .
il n'.v.iroit rien fait pour assurer leur empire, et son
i qu'un amour eff n endance
fait que nous sommes ennemis d< l . t qu.
nous voudrions pom saut la Providi oce à nos désirs, non. lu bien de préparer des récompenses à la vertu, mai; nous nous révoltons .\ L'idée du châtiment voulons tout espérer de sa lionté , et no rien craindre de sa jnstii .-. Mais ■-! jtisti
donnent jamais; elles ont leurs droits, comme sa bonté: i! fin: -L> oimages,
qu'elles .1 nin :ii l'exéi ution des 1 li ;ation;
que Die il nous imp
la justice divine sen ienl •. néant étoit la
seule peine d
Il est donc vrai, Messieurs, que le tombeau pas le terme île h vie humaine ; que ce qui p vit en nous ne meurt pas; que ce cœur qui soupire après le bonheur, que cette intelligence qui • après la vérité , icront enfin satisfaits. Oui, loin de nousce matérialisme qui tient l'homme cour] la terre, cette terre que nous ne touchons que de l'extrémité du corps, comme pour nous appn la dédaigni r. Qu'elli lai :. - . pi'i Qi
sobUmcscesdi itinéi »d l'homme appeli àvn delà de tous les temps! Il ne s'agit pis ï ■ ï d< cette immortalité . tr la terre i li m< ;
l'ont illustrés leur jêuie et leur^ tra 1
IKMOUTALITÉ DE LAME. 29 i
n'est là qu'une value image de cetle véritable immortalité qui doit être le partage de la vertu. Dans son enthousiasme lyrique , le poète romain, épris de la beauté de ses ouvrages, osoit s'écrier (1) : «Je » viens d'élever un monument plus durable que l'ai— « rain; non, je ne mourrai pas tout entier, » non omnis moriar. Messieurs, il disoit vrai ; son nom vit encore dans la mémoire des hommes : mais que font à son bonheur les éloges de la postérité? Il se promettoit une gloire dont il ne devoit pas jouir : et nous, nous annonçons à celui qui pratiquera la vertu une gloire dont il doit être l'immortel possesseur. Comme cette pensée fait voir les choses humaines sous un jour tout nouveau! Par cette lumière, en effet, je découvre que ce inonde n'est pas un spectacle de machines organisées pour un temps, qui doivent être lu isées pour toujours, et dontle Créateur se ferait un divertissement et un jeu. Je vois, au contraire, que L'Etre infini s'csl proposé îles fins dignes de son infinité, que les dons qu'il a faits à nos aines sont sans i. p. i tance , et qu'après leur avoir donné le pouvoir de le connoilrc et de le glorifier, il veut réellement être cornu et glorifié par elles à jamais. L'antiquité profane avoit imaginé un sage qu'elle n'a jamais vu , qui serait immobile au milieu des ruines de l'unimais cette imagination devient une réalité dans le juste que soutient et qu'anime l'espoir de la
bil ah (mortalité. Alors que mille secousses
agit< nt la terre , que tout s'ébranle et tombe
'i. Bar. Carm lib III ,0d. 3o. — (i) Id. HiJ.
autour de lui, deboul . il contemple
1rs i bo s ■ :- ; i lli s. Ce qui peut ; de plus
extrême, c'i >1 d mourir; ■ : que lm imj «.rie la mort,
□ni i si immoi ti lli L'immortalité de l'ame, le mallieu ■ -i coi vertu ( réprimé, li Providence
, l'homme et le monde moral expliqui là comme une chaîne mystérieuse qui descend ilu trône du Créateur jusqu'à aous,poi r lier la terreau ciel, L'homme à son Dieu , le t. mps : l'éternité.
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