I-ES PRINCIPES RELIGIEUX
pas moins rcdouiabl. poil] I puissant que pour le {bible, pour le riche que pour le pauvre, pour l'homme public que poui L'homme privé doctrine d'un Dieu, d'une providence, d'une vie a venir avec des récompenses et dis ch intelligible à tous, et le genre humain plus ou moins comprise. Ainsi, avec la religion qui m'élève jusqu'à Dieu, je trouve dans la volonté divine la volonté suprême . la raison première de tous les devoirs. Ainsi je regarde la conscience comme la voix même de Dieu qui se fait entendre .111 fond du cœur ; je vois dans 51 mini l> prélude de
la céleste justice , dans son bon témoignage comme le gage de la récompense future ; et si je meut mon devoir, je sais où je trouve i .1 le pril de mou sacrifice : dès-lors je sens que j à rations de la conscience. Mais si »ous détaches l'homme de son Dieu , si la conscience n'est pas l'interprète des volontés divines; par cela ^ ul r< blissez étrangement son empire, et je poun ii bien finir par n'y voir qu'un préjugé, que le résultat de l'éducation , qu'un accusateur importun auquel il faut imposer silence. Ainsi , avec bs principes: religieux, je vis sous l'empire d'une loi qui ne ri seulement les dehors . mais qui deso ml jusque dam le cœiu pour y attaquer le mal dans sa soui ce, et qui . par l'ordre qu'elle met clans les pensées 1 les 1 prép ne celui des discours it des actions. Ainsi enfin . dans la religion bien conçue , la morale qu'il faut pratiquer a son appui dans les dogme- qu'il faut croire. Le vice de:- théories de beaucoup d'ccrinùoa
modernes , qui se sont érigés en réformateurs du genre humain , c'est d'avoir disserté sur la morale sans remonter au principe qui la rend obligatoire , sans lui donner une sanction suffisante. Vouloir une morale sans religion , c'est vouloir un édifice sans fondement , une législation sans législateur.
Je sais , Messieurs, ce que peuvent donner de force et de poids aux préceptes moraux l'amour de la gloire , l'honneur, l'intérêt, et ce qu'on appelle les lumières et la civilisation. Je suis loin de dédaigner ces appuis divers de la morale ; mais , sans faire observer ici qu'ils ne règlent en rien l'intérieur de l'homme , qu'ils lui laissent toute la liberté de ses peusées et de ses désirs , qu'avec eux on n'a point de vertus pures et sans mélange , je me borne à montrer combien ils sont fragiles , insuflisans , et combien il importe qu'ils soient eux-mêmes soutenus par dis considérations d'un ordre supérieur.
Et d'abord, voudi oit-on contenir les homme! dans le devoir par l'amour de la gloire , par le sentiment de l'honneur? Mais, si la vertu est faite pour tous, la gloire n'est le partage que d'un petit nombre. Mais combien de fois une célébrité flatteuse, sans être légitime, n'a-l-elle pas accompagné des actions que la vertu désavoue ! Mais l'amour de la gloire arma ces conquérans farouches , qui ne ravagèrent la terre que pour la remplir du bruit de leur nom ; témoin cet Ali \ odre, qui tourmenta l'univers pour être loué des frivoles Athéniens. Mais ces devoirs obscurs de tous 1rs joins , de tous le> momens, que la plupart Jcs boulines sont obligés de remplir en secret et loin
324 LES PRINCIPES RELIUIECI
di s i eg ii ' du publii . que p ul l'ami pour eu iospirei La généreuse pratiqm Tontes ompeltes di la Renommée sonneroient à la que |» i - uni ai sonni i"!i pool < < -> \< i rées.
Vous me parlez de L'honneur; niais ce sentiment n'a toute m>h énergie que dans quelques âmes plus élevées, ou dans quelques circonstani tantes. Tous les hommes ne sont pas .1 | ou (les Crillon; tous ne sont pas plaies sur un grand théàtri . i' se trouvent pas à la tête des affaires publiques ou sur un champ de bataille: et puis, il faut le dire à la honte de l'espèce humaine . trop le succès justifie toiil à ses yeux, en sorte qui le d> -■ honneui n'est que dans li maladn -■ ou l'infortuné. Youdi iez-vous faire < raindreauz médians le jugi mi nt de la postéi ité? quelle chimère! C'est bien ici surtout que paroît le néant de la fausse sagesse. La presque totalité du genre humain est condamnée à on éternel ouMi ; et que lui importe ce tribunal si redoutable de ia postéi ité, devant lequel elle ne doit jamais comparoître? Je l'avouerai sans peine; si vous supposa un homme animé «K- sentimens religieux, pénétré de cette sublime pensée, que son ame < immortelle, alors je ne sais quel espoir i onfus de jouii des suffrages delà postérité pourra bien l'afli ter et l'émouvoir; mais, si vous le suppose! imbu de la penséi cpi< tout meurt avei le corps, < royez-vous qu'il s< ra bien louché des jugemens d'un avenir, qui, après tout, ne doit être pour lui que le néant ? Que lui l'ont lésa nsures des siècles Futurs? il sait bien que ce vain 1 1 lût
ne viendra pas troubler sa cendre au fond de son tombeau.
Je conviens que, dans la vie présente, la vertu devrait naturellement conduire à la considération, à l'estime, et procurer ainsi des avantages temporels qui fussent pour elle un puissant aiguillon : mais les hommes sont si changeans ; il entre tant d'injustice ou de caprice dans leurs suffrages ; il arrive si souvent au vice d'usurper les honneurs dus à la vertu , et à la vertu d'essuyer les ignominies qui devraient être le partage du vice! O que la vertu seroit à plaindre, si elle n'avoit pour appui que ce sable mouvant des opinions humaines ! Je suppose d'ailleurs qu'un grand intérêt me pousse à une prévarication qui doit deniriii ii sei rète ; j'échappe au blâme, et je continue de jouir de l'estime de mes semblables. Je le dirai, Messieurs, et je manifesterai ma pensée toute entière, poui 1 instruction de ceux qui, jeunes encore, n'ont qu'une connoissance légère des hommes et des i hoses. Dans ce qui regarde les devoirs ordinaires de la vie civile, la fidélité' à ses engagemens, les moyens de s'enrichir ou d'éviter des pertes funestes, sou-. eut la vertu dont les hommes se glorifient le plus, la probité, est mise à des épreuves délicates et pénibles:
malheur à ceux en qui elle n'est pas défendue par (les
barrières plus fortes que la crainte des jugemenspublii i! Croyez-moi, l'expérience pourra vous l'apprendre; il est plus difficile qu'on ne pense d'être constamment honnête homme, quand la pi ibité n'est pas appuyéi sur la religion ; et Montesquieu a dit une onvent citée, mais très-véritable, surtout quand
326 LIS PEI.SCIPES BELIGIEUI
on l'applique à la masse de L'espèo humaine; c'est ■ qu'une religion, même fà |liu>sûr
. garant di ! mmes (1). »
Maintenant rayons ci que peut, pour nous rendre 1 heureux, la culture de L'esprit, et ce qu'on appelle les lumières <t li civilisation.
De nos jours , ou a (ait grand bruit de t> avantages ; et sans doute il ne s'agit ni de cont
les sciences naturelles, ni de donna ■ grets aux usages et .i L'ignorance des temps barbares:
;ardons- nous d'un raffinement plus funes core que La barbarie, et n'allons pas nous Livrer ■• un enthousiasme aussi dangereux que déraisonnai N craignons pas de le dire, jusque devant blée si remarquable par les lumières di ceux qui la composent : Malheur à une nation qui mettrait la science avant La vertu, Les conn i mt Us
mreurs, les arts avant le devoir; qui, dans le soin i l.i jeunesse, compterait l'instruction pour tout , il l'éducation pour rien; qui n'y ferait «mur la religion et la inci.de que comme on y Lait entre* une leçon dans l'art de tracer un paysage; et qui >e croirait arrivée au faite de la sa qu'elle
verrait se multiplier de toutes part dans son si in des grammairiens, des rhéteurs et des artistes ! Les [..mus eux-mêmes avoient de bien 'dus liantes idées de la véritable s igessi témoin Cicéron, qui la définit, d'après les anciens philosophes, la science des choies divines comme des choses humaines ('2' ; témoin Marc-
(i)BsprUdes Lois, lu XXIV . ch. il. - (j) l. dit. liutit. cap, soi.
Aurèle , remerciant le ciel de lui avoir donné pour maîtres des hommes qui lui avoient appris à régler ses mœurs, et à pratiquer la vertu. Certes il ne séparoit pas la sagesse de la religion, ce siècle auquel un de nos plus grands rois a donné son nom, le plus beau des siècles modernes, et le plus beau peut-être dont puisse s'honorer l'esprit humain. N'oublions pas que les lumières ne sont pas la vertu , et ne pensons pas que les mœurs soient toujours unies à la civilisation. Et qu'est-ce donc que les mœurs pour une nation? Elles ne consistent ni dans une politesse de manières, qui s'allie très-bien avec l'égoïsme et la bassesse , ni dans une grande variété de connoissances, qui n'exclut pas la mollesse et la frivolité. Les mœurs peuvent se trouver dans le hameau où tout est ignorance et rusticité, et manquer daus la cité où tout présente une face riante et polie. Lorsque autrefois l'ancienne Rouie alloit chercher ses dictateurs à la charrue , elle étoit grossière, mais elle avoil des mœurs ; plus tard elle fut polie, et les mœurs avoient disparu. Messieurs, dans les pères la vigilance, daus les enfans la piété filiale, dans les maîtres la justice, dans les serviteurs la fidélité, dans les riches l'humanité, dans les magistrats l'intégrité, dans tous la bonne foi, le désintéressement, la tempérance, l'obéissance aux lois, le zèle du bien public, l'amour du travail, l'amour de la patrie, les senliinens nobles et généreux: vcil.i ce que j'appelb les mœurs pour une nation ; voilà des ver'us domi tiqui ■ et civiles <;m font prospérer les Etats comme les familles, et qui seront d'autant plus conununes chti un peuple, que ce peuple lui-même
328 LES PRINCIPES IELICIH T
sera plus profondément religieux. En vain, par l'hci de ses gai rriers, pai L'étendoe, 1 1 i i ■ liesse et
la population de son territoire, par le nombre 1 1 H magnificence de ses cités, di anaux',
par tout l'éclat des sciences et des arts; en vain, par tous ces avantagea réunis, la France si roil a] ; être la première (!•■-. nations civilisées, -i. par nos pernicieuses doctrines, par notre insouciance saci par nos mauvaises mœurs qui en seraient la suite inévitable, nous travaillions nous-mêmes à ruiner les fondemens «le l'édifice. Nous pouvons le dire hautement, sans craindre de nous tromper; si l'industrie peut donner la i icln sse, si la valeur et le génie peuvent donner la gloire, la religion seule peut nous régénérer en nous donnant des vertus.
La religion est donc le vrai rondement de la morale. J'ajoute. 1 1 i. lt< prop< sition « -t i home la suite de la première, qu'elle est aussi le fondement de la société.
Combien n'étoient-ils pas aven mateurs du derniei siècle, qui voulurent fonder une ans religion ! Ils ni voyoient pas qu'ils avoient contre eus tout i e qui est i apable d« faire un] sur les esprits, l'autorité, l'expérience, la raison.
Je dis d'abord l'autorité. Quand une doctrine te trouve ' u tout ce qu'il y a jamais
plus beaux génies de toutes les religions, de I climats, de tous les si îles, il me semble qu'en devrait trembler de la contredire, se délier de particulièr( < . u craindre , en les suivant , de prendre
des illusions pour des réalités. Que, dans les sciences naturelles, des faits nouveaux, des phénomènes qu'on n'avoit pas remarqués , apportent de nouvelles lumières, et viennent détruire des opinions accréditées par de grands noms, je le conçois, et cela doit être ainsi; mais dans ce qui regarde l'ordre social, fait pour tous les hommes, objet habituel de leurs pensées, nécessaire à leur bonheur, à leur perfection, s'élevi i contre ce que la terre a eu de plus grands hommes, de plus versés dans la politique, de plus liabiles à policer et gouverner les peuples; quelle témérité! Or où trouverez-vous des législateurs qui aient eu la pensée de fonder une soeiété sans religion? Cette pensée fut-elle celle de Solon à Athènes, de Lyctirgue à Lacédémone, de Zaleucus chez les Locriens, de Viiiua dans l'ancienne Rome? On sait bien en particulier, que Numa commença par faire de Rome la ville sai rée, pour en faire la ville éternelle. Où trouveriez-vous «les philosophes profondément versés dans la connoissance des domines, soit par la force de leur génie, soit par L'habitude de manier les affaires publiques, qui aient écrit qu'on pouvoit dédaigner la religion, nomme nuisible ou comme inutile.' A-t-on lu quelque < hose de semblable dans les livres de Platon, de Cicéron, de MaroAurèle? Dans le dernier riècle, il esl quelques écrivains qui ont jeté parmi nom un éclat extraordinaire pai leurs talens: quelle mr la question qui nous occupe, leur manière de penseï ? Dans {Esprit det Lois, M l iquieu a Modu les hommages les plus éilatans à l'heureuse influence du chri tiani un , et dans l'ouvrage le plus
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fort mi ni pensé qui toit vit: de sa | lumi I . il remarque que l'épicurisme qui s'étoit introduit dans la république Romaine in a idenee.
Que demandoit Jean-Jacqu écrits
où il s'exprime en apôlri fougueux delà lil plus illimitée (2)? Qu'i n dressât une fbrmuli civile, par laquelle tout citoyen feroit sera ai fesser 1< Dieu , de la
dence, de la rie future. Il vouloit que celui qui refuseroit d'y souscrire fût banni comme insociable, <i même que « ■< lui qui, après l'avoir pit i roit infidèle, l .1 puni de mort Certes, paroles
étoient ^' m i ii •> d'une plume ecclésiastique, on cùi crié au fanatisme, à l'intolérance; mais c'était le citoyen de <i> nève . 1 1 l'on n'y \ it qu'une saillie de sa sublime misanthropie.
A l'autoi ilé rient se joindre l'expéi ii nce. L'homme est né avec des inclinations, des besoins it des facultés qui l'appellent .1 la rie sociale : aussi, quelque haut qu'on remonte dans l'antiquité, on tri u sociétés, ou 0 u déjà avancées, ou même
entii rcment dévelo] pé< s. Se pourroitril que nuis lc$ peuples eussent ignoré les premiers élémens de la sociabilité, et que tous rdea .'1 croire
1 u >• ce qui n'étoit pas même util» ? C< en cette matière que l'expéi nci des 1 siècles 1 si d'un très-grand poids. Or où a-t-on vu sur la terre un peuple policé qui fût complètement
(*) '•' ■ 1. Jts Romains , chip. 1
alliée , qui subsistât sans aucune croyance religieuse? et ne sait-on pas que ceux en qui on en a découvert le inoins de vestiges , étoient en même temps les plus barbares, les plus voisins de l'état des animaux? Il est même un fait singulièrement remarquable, c'est que pas une seule nation ne s'est bornée à je ne sais quelles idées purement spirituelles et spéculatives de religion. Guidées par un instinct naturel plus sur que le raisonnement, toutes ont senti que le déisme pur ne seroit qu'un athéisme déguisé; toutes ont professé une religion positive , avec ses croyances , ses préceptes , son culte qui étoit l'expression vivante des seiitiinens communs à tous. Oui. plus puissante que la lyre fabuleuse, qui, dit-on, amollissoit les tigres, la religion a présidé à la formation des sociétés liumaines; elle a adouci les humeurs farouches , épuré les mœurs, resseï ré les liens de la bienveillance et de la fraternité, cimenté dans toutes ses parties le corps politique. Que de merveilles surtout n'aurois-je pas ici à raconter du christianisme! Trop souvent on s'est donné le triste plaisir d'étaler les abus qu'on a pu faire de ses maximes, et l'on a gardé le silence sur les bicag immenses dont il a été la source.
Enfin il est reconnu que les peuples les plus renommas de la terre, tels que les Romains, ont fait du serment le lien le plus fort des engagemens réciproques, et en particulier de la discipline militaire : et qui ne voit pas qui la force du serment rient «1rs principes religieux, de telle sorte que, dans le langage ordinaire, on dit la religion du serment? Chose étrange, Me .eurs! on a vu des penseurs modernes, qui ne
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revoient que le perfectionnement de l'ordre social, qui dirigeoient vers ce but toutes leurs recherches d tous leurs efforts : ils auraient dû , ce semble, avoir sur cel objet d< i lumièi - plus pures que le i hommes, connoître beaucoup mieux li mens de l'édifice qu'ils prétendoient reconstra pourtant ils su sont montrés tellement éti mgi i- i la connoissance du cœur humain , qu'ils n'ont p que la religion lui étoit néi que - us elle
les lois el les institutions politiques manqueraient de stabilité ! C'étoil bien là L'égarement d'un orgueil qui s' lv< ugle lui-n .nie , et qui . pour avoir deda lumières de L'expérience, se pn les plus
honteuses ténèbres. Mais tel e>i l'empire delà qu'on L'a \ ue é< latei jusque dans 1 - ■ les plus i ipables li L'él( uffei et de l'anéantir. Faut-il rappeler un instant ces jours à jamais lamentables, et maintenant si loin do nous, où la puissance des ténèbres sembloit avoir prévalu? Alors li icligion ctoit muette, tous les temples fermés, toutes l< s âmes
pai la ti i nui , toutes l< s vertus éi iiiiui s, et tous les i rimes i d vertus; et la France entière n'étoit qu'uni- arène immense couverte de victimes et de bourreaux. Bé bien, !u milieu de ces incroyables excès , la vérité se lit entendre avec force, et les passions les plus effrénées rendirent un hommage éclat ml aux doctrines sacrées qui 1< •; condam-
II fut «In hautement , il lui écrit sur n Bces publics: l.r peupli humus ucoiraoh SUPRtMt KT l'niviuiiHi.in pi l'ams. Je i ,M —
sieurs, on a pu ne voir dans cette étrange déclaration,
qu'une dérision blasphématoire : mais pourquoi ne pas v voir un trait de cette Providence qui se joue de ses ennemis, qui arrache de leur bouche leur propre jugement, les fait servir d'instrument à ses desseins, et les brise ensuite , quand il lui plaît , dans sa justice? Oui, j'aime à voir ici la main de l'impie sous la conduite d'une main supérieure, forcée en quelque sorte de tracer elle-même sur le frontispice de nos temples en ruines la parole de consolation pour ta et de terreur pour les médians, et de graver jusque sur 1rs débris entassés par l'anarchie, les dogmes conservateurs de la inorale et des sociétés humaines.
Après l'expérience et l'autorité, consullonsla raison.
Que nous dit-elle? C'est que la religion est la sauvegarde de la morale, et que la morale à son tour est la sauvegarde îles lois : vérité sentie par les bons esprits de tous les temps, même par ceux qui, oub'iant la dignité de leur talent, n'ont que trop chanté les plaisirs ri la volupté; témoin h' poète romain (1) , qui demande à quoi serrent les lois sans les mœurs. Que nous dit encore la raison? Cest qu'il ini|.orle à la prospérité publique, que les dépositaires de la puissance aient aux yeux des peuples un caractère auguste et sacré. Alors le respect qu'on leur porte, en assurant l'obéissance, assure le repos des familles, prévient les révoltes et 1rs mesures violentes qu'elles amènent toujours. Ce n'est pas assez pour l'autorité qu'elle fasse des lois , il faut que celles-ci soient res-
(l)Bor. Carm. lib. III, od. xxit.
334 LES PRINCIPES REi "
pectecs et chéries de ceux qui doivent [es suivre : or d'où peut venir au pouvoir, à la loi, leur empire sur les cœurs? C'est principalement de la religion, qui présentera les puissances comme établies ■ pour l'harmonie sociale, et les lois comtni d< qui entrent dans les vues de la Providence ; our diriger les actions des hommes. Que me <1 i t enfin la raison? C'est que les lois humaines défendi nt plutôt les crimes qui troulilent l'ordre public , qu'i lies ne prescrivent des vertus; c'est que, réglant seulement les dehors de l'homme , elles ne pénètrent pas dans les cœurs pour y couper le mal dans sa rai ine; qu'elles ne sont ni assez fortes, ni assez détaillées pour faire observei tous les devoirs de l'amiti . de la re« onnoissance, de l'hospitalité, de l'humanité, de la piéié filiale; devoirs qui néanmoins se lient si étroitement à la prospérité des familles particulières, et dès-lors au bien de la grande famille, qui esl la société. Que de vices et de délits, pourtant très-funestes, q'ii ne sont pas du ressort des lois ! Ces vols ■ t 1 1 s injustices qui se COmmi lt< nt dans l'ombre et sans témoins, ces fraudes si cachées et si communes dans le n cette oisiveté qui engendré tous les ices, c< t égoïsuie qui est sans pitié poui le malin ur, i ■ tti intempérance
qui énerve a la fois lame et le corps, celle débauche qui porte dans la vie domestique l'opprobre avec la d^. orde . ci s si andales qui corrompent I s lionnes mœurs, ces rapports qui sèment la divi lomnies obscures qui noircissenl l'homme de bu n, ( es désordres et tant d'autres semblables que les lob ignorent, ou que les lois ne punissent ( U : voili
quelle est la plaie des familles ; voilà le poison qui ronge lentement le creur de la société, et qui en préparc la ruine. Or, ici le remède le plus puissant, lo plus universel , c'est la religion ; et vous verrez toir1 jours res désordres s'accroître , à mesure que s'affaiblira le frein religieux. Oui , la société la plus florissante en apparence , si elle n'étoit animée , soutenue par l'influence secrète de la religion, seroit semblable à ces édifices, qui, malgré leurs dehors réguliers et pompeux, touchent à une ruine prochaine, parce que le temps a usé le riment et les liens qui en unissoient les painies divei ses.
Il semble, Messieurs, qu'instruits par l'expérience, désabusés des vains systèmes et des théories impraticables, les Fiançais reviennent aujourd'hui à des doctrines plus saines, qu'ils portent plus de respect à la mémoire de leurs pères , et qu'ils n'ont plus l'extra-vagant orgueil de fouler aux pieds tout ce qui est consacré par les hommages des nations et des siècles. Nous avons compris qu'il étoit dangereux de rendre la multitude incrédule : et peut-être que ces écrivains, qui ont fait le Facile et bien triste métier de la corrompre, rougiraient de leurs déplorables sucées, s'ilvivoient encore. Toutefois, si l'on sent généralement davantage h besoin de la religion, il est aussi une maxime très-commode pour ceux qui la professent, et malheureusement trop répandue parmi les beaux esprits et I. ■ i K bes voluptueux : c'i Bt qu'il faut bien une religion iu peuple, mais quelle n'est bonne que pour lui. Je ne dirai point tout ce que cette maxime a d'impie, cela n'entre pas dans le plan île ce dis-