LES PRINCIPES REU
cours; mais je dirai que c'est là une de ces erreurs
funestes < outre h sqw Lies
trop de force tout <c qu'il j a d'amis éclairés < 1« s
mœurs et de la patrie. Certes, cette inaxiim
pas celle du publiciste célèbre qui a dh: > Quand il
» seroit inutile que li - sujets ■ lissent un
» ne le seroit pas que les princes en eussent , et qu'ils
» blanchissent d'écume le seul frein que ceux qui
» ne craignent point les lois humaines puissent
» avoir (I). » Or ce qui est dit i« ï « 1. - princes,
il pas applicable, quoique dans un degré moins ii-
g< \ . a to . ^ les dépositaires du pouvoir, 1 1 m
général aux premières classes de la société Nous dirons à l'homme publii : !'.<• n'est pas pouu vous, que vous êtes élevé au-dessus du peuple, c'est j">ur lui ; toutes li ins l'ordre politique
l'ordre m ligii u* ne sont que d'honorables servitudes. Si vous croyez la religion nécessaire au bouhrui du ■ votre premier devoir > st de la respecter, pour
qu'il la respecte lui-même davantage: et d'ailleurs, si li- magistrat aiu .. trouvai .:..in^ la religion des peuples le garant de li ur soumission . les peuples .1 leur tour aiment à trouver dans la religion du no le garant d<- sa justice 1 1 dr son d< Dûment .1 I publique. Nous dirons i tous, aux riches, au puissans du siècle, à l'homme de lettres, au savant: N'est-ce pas au sein des conditions les p us 1 que li volupté est plus raffinée, l'ambition [! dente, la vengeance plus implacable, toutes I
(«) Montesquieu, Fsprit des Voit, liv. XXII ' ip. 11.
sions plus impérieuses , par les moyens mêmes qu'elles ont de se satisfaire? Et vous voulez briser, pour ces classes de la société, le frein salutaire de la religion ! C'est-à-dire que vous voulez rompre la di;;ue du côté où les eaux se portent avec le plus de violence, écarter le remède des lieux où la contagion fait le plus de ravages; c'est-à-dire que vous voudriez enlever les sentimens religieux précisément à ceux à qui ils sont le plus nécessaires. Avant tout , commencez par arracher l'orgueil du cœur de l'homme instruit , Pégoïsme du cœur du riche , la pusillanimité du CC8UT du magistrat, l'ambition du cœur des grands; en un mot, arrachez les passions du cœur de tout ce qui n'est pas peuple , et alors p> ut-etre il vous sera permis de laisser la religion au peuple. •
La religion n'est bonne que pour le peuple ! Hé bien, vous qui triiez ce langage, répondez : D'où sont partis tous ces éi i its funestes , qui, circulant dan; l'Europe entière , ont altéré partout les vrais prini ip< 5 des choses, relâché les liens de la société, contribué puissamment à la dissolution universelle, et mis en honneur des systèmes dont peut-être vous et vos ramilles avez été les victimes? Je vous le demande; toutes ces produi lions sont-elles sorties de la main du peuple? Non, sans doute : fabriquées dans l'atelier du bel espi il , i Iles ont été ensuite accueillies dans la maison du riche et de l'homme puissant. Et rependant , si leurs auteurs comme leurs protecteurs avoient èrement religieux , auroient-ils ainsi prostitué leur talent ou leur crédit au vice et au mensonge ? La i. 15
338 I ES PftJSClFif BEI :
nligion n'esl bonne que pour le peupl ! H bien, népondez de nouveau : encore de nos jours, d'où sortent ces romans, ci -chan-
sons, ou L'obscénité le dispute au blasphème, qui corrompi'iit .1 la fois l'espril et le cœur, éveiQenl des passions prématurées, et font voir toute la corruption et toute la science du vice jusqm de 1 in-
nocence? D'où partent ces doctrines de matérialisme qui dégradent la nature humain • , < t qui , répandues jusqu'au sein dis campagnes, v enfantent lotit ce
qu'il peut y avilir de plus hideux , l'impiété la plus brutale jointe i L'ignorance et à la misère? Tout cela vient précisément de cette classe d'hommes auxquels vous croyez la religion inutile : et pourtant , si la religion eût dirigé leurs penséi - 1 1 leur plume , que de maux elle eût épargnés aux ramilles et à la La religion n'est bonne que pour le p. ii pie ; Juste ciel! que deviendroii la France . que deviendrait l'Europe . si eeiie funeste maxime venoit j pn valoii ? Oui , si le peuple seul a delà religioi . bientôt il n'en aura plus; et l'on saura ce que c'est qu'un peuple- sans religion. Le peuple aussi a son orgueil et sa dignité à sa manière ; s'il s'aperçoit qu'on lui renvoie La religion comme une chose méprisable, il la méprisera. I-t religion n'esl rien pour celui qui >■ y croit | a> ; elle n'a d'empire sur le cœur, que par la croyance de l'esprit : qu'importent en effet ses ;
ceux qui n'j voient que les chimères d'une imagination lit comment voulez-vous que le peuple ne cesse pas d'y croire . s'il remarque qu'elle e-i de dérision pour ceux que leur naissance . leurs lu-
mières, leurs emplois élèvent au-dessus de lui? Le peuple est naturellement imitateur. L'impiété descendra du riche au pauvre, du savant à l'ignorant, du magistrat au villageois; elle deviendra populaire : et un peuple sans religion sera un peuple toujours tenté de briser le joug des lois , de renverser toutes les institutions sociales, de s'égaler à ceux qui seront placés sur sa tète ; et toujours au premier signal des factieux , on le verra se porter à tous les excès , abuser de sa force pour tout détruire, dévorer les puissances avec leurs titres, les riches avec leurs domaines, jusqu'à ce qu'enfin il se dévore lui-même dans ses propres fureurs : car voilà, tôt ou tard, l'inévitable effet du mépris des premières classes de la société pour la religion. Lt puis , qu'elles viennent nous dire qu'il faut laisser la religion au peuple. Aveugles que nous sommes! à peine, par une suite de prodiges inouis, sommes-nous sortis de l'abiuie , que, par notre insouciance sacrilège , nous allons travailler à creuser pour nos descendons un abîme plus profond encore. Mais non , il n'en sera pas ainsi ; ce n'est pas en vain que l'expérience, brillant d'un éclat terrible, nous aura montré le néant «1rs doctrines mensongcVes. Les malheurs des pères ne seront pas perdus pour leurs enfans. Formés à une école rude , mais salutaire, nous comprendrons plus que jamais que l'édifice social repose sut la base éternelle de la religion et de la morale. 0! si ma voix, comme une trompette éclatante, pouvoil retentir dans toutes les parties de la Franceà la fois , j'aitneroisà m'écrier: Français dignes de ce nom; Français de toutes les conditions et de tous
340 vu naan < u i icieox.
, pères vi rtueux , enfan dociles n intègres, administrateurs vigilans, gu rriers valet** reux, \> m- tous qui désirez de voit nos dissensions m terminer, 1< i ci ara m rapprocher, lapai - s'affermir, les bonnes mœurs u ll< m ir au sein de 1 1 pati i. , al«jurez dont poui toujours les doctrines pen <imi fui nos malheurs, >i ralliez-vous à ces doctrines sacrées qui seules peuvent nous regénérer. Sii tes mauvaises doctrines que tout fui renve par les bonnes doeti ines qu'il faut tout ré( M» -
sieurs, je ne prétends }><■• donna ici des leçons <b politique, ni convenu cette chaire en une tribune aux harangui ; mais je rais Français, et mon cœur me ilit qu'il aime son prince et *.i patrii nistre de l< religion, et une partie de ma mission, c'est d'en fein sentit la nécessité A o double titre, il m'appartient d'inculquer une vérité, qu'il faut répéter sans ci on l'oublie :
c'est qu'il n'est point de société sans 1 i-. i de lois san* morale, ni de morale sans religion . • • m finissant . que , de toutes les i eligi us d< I terre, la plus capabli de réprimer" tous les vices et d'inspirer la vertu, c'est la reUgion même que nous bonheur île professer , c'est la religion d Jésus- Christ.
Après avoir tâché d'affermir dans vos aines par le raisonnement ces vérités sacrées , qui , nées avec le genre humain , se sont propagées avec lui, et conservées plus ou inoins pures dans tous les siècles et dans toutes les contrées de la terre ; je viens , Messieurs, considérer avec vous la révélation particulière que le Créateur en a faite, d'abord au peuple Hébreu par Moïse, et ensuite à tous les peuples par Jésus- Christ. Ici une nouvelle carrière s'ouvre devant nous. La double révélation dont je parle se présente entourée de prodiges éclatans qu'elle donne comme les titres authentiques, irrécusables de sa céleste origine : ces prndi;;is, nous n'en avons pas été 1rs témoins; nous ne les connaissons que par le témoignage des générations intermédiaires, qui se sont écoulées depuis l'époque même de l'événement jusqu'à nos jours. Mais que faut-il penser de ce témoignage < i le ces miracles? Telles sont les deux questions qu'il faut de uter avant tout. Nous nous bornerons aujourd'hui à la première Poui traite) la matière avec quelque étendue , et (aire sentir les conséquences utiles qui en dérivent naturellement , nous établirons les deux propositions suivantes : la première , que la plupart de nos connoissanecs el de nos devoirs portent sur des faits que nous n'avons pas v us . el que pourtant non, croyons sur le témoignage d'autrui : la seconde, que
le témoignage hum un , dans les <lio>esdeson : est une rèjjlc aussi sûre de vérité, que peuvent l'être les sens et le raisonnement dans les cL - inxquelles ils s'appliquent; et que, parmi les laits que nous n'avons pas eus sous l< ~ yeux , il en i st d'an tains pour nous que les théorèmes de géométi Cette matière est toute philosophique ; elle pi
être discutée à la tribune d'une académie 1 1 u d us
cette chaire: mais elle tient aux preures fondamentales du christianisme; elle a été traitée par les plus habiles apologistes; elle est d'une grande utilité pour éclairer et fo. tiGcr notre foi , et dès-lors elle ne sauroit être étrangère au genre de ministère que je remplis auprès de vous.
Je ne sais, Messieurs, si vous avez jamais approfondi cette idée , que presque toujours, dan» le monde moral comme dans le monde physique, tout roule su] des faits que nous n'avons pas vus . et que nous croyons toutefois sur le témoignage de nos semblables. Oui, dans ce qui i tsés, Us sciences, les lettres et les arts, la société domestique et civile, dans toutes les ill lires humaines qui nous occupent sur la terre, nus opinions, nos connoîs-
Banci -. i ios devoirs menus, se lient àdcsfail
à une époque ou à une dista .1 e plus ou moins
de nous , et qui nous sont transmis pai une mite , uu
accord de témoignages intermédiaires donnes de rive
voix ou par écrit. Nous ne sommes qu'uni j o
genre humain, nous ne vivons que dans un point du
temps et de l'espace . mais notre existence présente a
des rapports , des liaisons étroites avec le passé. Or , ce passé, où se trouve-l-il? Dans les témoignages successifs qui l'ont fait comme revivre lie génération' en génération jusqu'à nous.
Ainsi, que l'ancienne Rome, par un enchaînement prodigieux de conquêtes , fruit de la politique comme de la force, soit devenue la maîtresse du monde ; que dans la suite l'empire Romain , affoibli par son immense étendue, corrompu partons les vices, ébranlé par les divisions sanglantes de ceux qui étoient appelés à le gouverner, ait ressenti ces déchiremens et ces secousses qui présagf oient sa chute prochaine ; qu'en effet aux quatrième et cinquième siècles ce colosse de puissance soit tombé sous les coups des peuples barbares, et que de ses débris se soient formés ces Etats européens, qui , après avoir subi les variations que le temps amène toujours , subsistent encore; qu'au septième mi> li , Mahomet ait embrasé de vastes contrées des feux de son fanatisme, et que de conducteur de
cl otux il soit devenu le fondateur d'un nouveau
culte et d'un nouvel empire; que, dans le neuvième âge, Chailcinagne, un des plus grands liomi. •- •'. -, temps modernes, ait gouverné avec gloire une Jeu plus vastes monarchies qu'il y ail eu depuis celle de* Romains; que, dans le douzième siècle, l'Occident, agité pat uu pieux enthousiasme, se soit comme renverse sut l'Orient pour écraser de son poids l'implacable ennemi de la civilisation et du ebrislianisme: voilà de- événemi i;s dont la critique pei i conlcstei
quelque ' . mais qui, dans leur ensemble,
poui indubitables dans le monde entier;
344 SIR LE TLUOl'
auxquels se lient pins ou moins dos !
nos institutions, l< régi sous lequel nom rivons.
Or tous ces laits, conunenl
la tradition, par «1rs monumens, par L'histoire, eu
un mot, l'.n le témoignage des hommes.
Venons à ce qui regarde les l.-ities
et les .mus. Je suppose qu'on nous di» : Il est li pru- de 1 histoire . Hippoi rate d Euclide de la géométrie; chez les i> composa V Iliade, et chez Les Latins \ tr^jile a donné 1' 'Enéide; au sixième siècle , Justinien fit réd Code qui porl son nom , Il s s., . les les plus l>i illjus de L'esprit humain sont ceux d'Alexandre, d'Auguste, de Léon X , de Louis XIY; l'imprimerii
| ope, sont, «In ins pour nous Eun
une invention de dos temps modernes; un i ■ i
découvert l'Amérique, el c'est un Florentin qui lui a donné son nom ; Galilée soupçonna la pesanteur de l'air ; Toricelli et Pascal l'< at démontrée; Copernic a l\ ! ; savans ui le vrai système du monde planétaire; Kepler a trouvé les 1ms des révolutions îles planètes; Des* irti • .i le premier appliqué l'ai l,i géométrie: voilà encore des faits qui s,, lient à toutes les connoissanecs humaines, et que tout le monde cioit par la loue ilu témoignage. Quel est le physicien, le chimiste, le naturaliste, le jurisconsulte, qui, ilans l'enseignement public ou dans ne ''appuie sin ili s expériences, lis ,.|is, ,-
d( s lails qu'il n'a pas , n, -mb 1, s yeux, et qui ni .111-
iis il regarde comme certains ' En tout, I homnM
Vs instruit et le plus capable seroit t élut qui con-
noitroit un plus grand nombre de faits, et qui sauroit en tirer les conséquences les plus utiles pour le bien de ses semblables. Eh! Messieurs, si tout à coup nous venions à oublier entièrement les faits que nous croyons sur la foi d'autrui , si nous étions bornés aux seuls faits que nous avons vus, si par là même la connoissance de ce qui a précédé notre naissance s*effaçoit totalement de notre esprit; tout le système de nos idées et de notre instruction seroit anéanti, nos pensées scroient sans suite et sans appui , nous serions dans une sorte de délire , au lieu d'une chaîne dont tous les anneaux sont liés, nous n'aurions plus que des anneaux épars d'une chaîne brisée.
Chose plus digne encore d'attention ! dans la société civile et domestique, tout porte sur des faits qui se sont passés loin de nos veux. Ainsi , que nous soyons nés au sein de cette France que nous habitons, que nous avons avec un certain nombre de familles ries rapporta d'alliance et de parenté, qu'une loi ail été portée, qu'une loi ait été révoquée , que les puissant es soient unies par des traités qui foi nient comme le droit public <!<• L'Europe : ce sont là des faits que nous ai de nos semblables; e( c'est ainsi
que ce qui tienl aux plus douces affections , ce qui rapproche les nations et les hommes, ce qui intéresse de plus près la tranquillité pnl Lique, suppose des faits connus uniquement par le témoignage des hommes Enfin, Messieui s , non-seulemenl nous croyons des faits que nous n'avons pas vus, et nous en faisons la r. |;U- de n"s délibéi .iti'Mis dans la i onduite les affaires de la vie humaine ; ii pour nous la
146 ' IÉMOIG.ViGE
base de la plupart des devoir qui liait notre conscience. Je m'explique.
Obéir .1 la loi est un devoir; mais je n'él présent quand elle a été portée, et comment puis-je m'assurci qu'elle est émanée du lérjUlatcur? Par le ,': ',,'•
Respecter le magistrat est un devoir; mais je n'ai assisté ni a sa nomination, ni à son installation comment puis-je m'assurer de la légitimité du pouvoir qu'il exerce? Par le témoigo
Acquitter une obligation contractée par ceux dont nous avons recueilli L'héritagi est un di w.ir . niais nous n'avons pas vu instrumenter l'officier pul.lii qui en adressé l'acte authentique: î « ï eneoi ment réglerons-nous notre conduite1 Pat I gnage d'auti ni.
L'auteur de la nature a uii^ en noue une inclination secrète à écouter ceui qui i- transmettent
les faits, à croire à leur rapport; inclination qu'il ne faut pas suivre aveuglément, niais qui n'en est pas moins le véhicule nécessaire de l'instruction parmi les hommes. L'enfant croit à sa d disciple à son maître; c'est pai ntte voie que les premières notions des hommes et des choses entrent dans son esprit , qu'il apprend .1 coonoitre li des objets qui l'entourent. Sun ignorance devient U principe de sa docilité ; il sent qu'il a besoin dette cond-.iii .il reçoit sans résistance les impi testons qu' d lu donne; il croit avant de réfléchit : en a foi précède la raison. Otez le témoignage, 11 saurez plus ni quels sont vos païens, ni quel «*i le
lieu de votre naissance , ni quel est l'héritage que vous tenez de vos ancêtres , ni quel roi gouvernoit la France au commencement du dix-septième siècle, ni quels sont les magistrats auxquels il faut obéir : vous seriez dans toutes les anxiétés du doute sur ce qui doit vous intéresser le plus, vous tomberiez dans la nuit d'une ignorance profonde.
De là, Messieurs, nous tirerons les trois conséquences suivantes : la première, qu'ils sont bien împrudens, bien irréfléchis, ceux qui cherchent à ébranler la certitude du témoignage humain, affectant un pyrrhonisine qu'à tout moment d'ailleurs ils démentent dans leur conduite; car, en même temps qu'ils font gloire de ne croire que ce qu'ils voient, ils parlent, ils se décident , ils agissent forcément et sans cesse , d'après une multitude de faits qu'ils croient sans les avoir vus.
Une seconde conséquence, c'e-t que, puisque nos connoissances portent en très-grande partie sur des faits dont nous n'avons pas été nous-mêmes les témoins, il importe de nous faire des règles d une sage critique, qui nous sauvent de la crédulité et de la témérité, et nous fassent discerner le degré de ( oufiance que mérite le témoignage. Il est une critique excèslire, qui ronge, ce semble, et dévore tout, avec elle, on ne croit rien: il est aussi une critique facile, complaisante, qui confond les vagues rumeurs avec une conviction éclairée, les conjectures avec les preuves ; avec Jle, on croit tout: or tout croire sur le rapport d'auti ni seroit simplicité, mais aussi tout rejeta seroit folie. Entre ces deux extrêmes est la sagesse.
3!3 SCS, LE TÉMOIGNAGE.
One troisième et dernière conséquence, c'est qur. presque loul parmi les hommi l par des
faits, et presque tous les devoii liant à d 9 faits , la voie la plus humaine que le cid pouvoit choisit poui appuyei une religioo 1 1 la perpétuel . c'était de 'la faire reposer sur des faits incontestables: et voila aussi qui I 1 st le caractère émineut de la loi Mosaïque et du christianisme, connue nous le verrons ailli 111 s.
Je viens à la seconde proposition : que le témoignage humain, dans les choses de son ressort , est une règle aussi sûre de véi ité, que peuvent l\ tre les sens et le raisonnement flr les choses auxquelles ils s'appliquent; et que, parmi les faits que nous n'avons pas vn~, il en est d'aussi certains pour nous que les tliéorêmes de géométrie.
Dans les recherches mxquellespeutse livrer l'esprit humain , pour découvrir la vérité . il est désillusions .1 éviter et des pr. c Mitions à prendre. On [
tt les hommes, on peut l'être aussi par les sens, parle raisonnement; ce n'est pas la 1 est fautive, c'est l'application faite par l'homme qui 1 1 fausse. S il i >t des 1m mis populaires destitués de tout fondement, il est aussi .!,> 1 usonnemens combattus parla saine raison , comme il est de pi étendues expériences démenties par des 1 spériences véritables.
Que s'il n'est pas permis d'abandonner en tout le raisonnement, de se défiei en tout du rapport des sens, pain que nous avons été séiluits plus d'une lois par L'un et par l'autre; il n'est pas non pin
StTB LE TÉSIOIGN vGE. 319
mis de ne tien croire sur le témoignage d'autrui , par rctte frivole considération, que plus d'une fois ce témoignage a été trompeur.
Sans doute le témoignage doit être revêtu de certains caractères , pour mériter, pour obtenir une créance pleine et parfaite; il faut qu'il soit tel par l'ensemble des circonstances, qu'on ne puisse l'attribuer qu'à la vérité même du fait qu'il atteste. Remontons aux principes.
Le monde moral ne marche pas plus au hasard que le monde phvsique ; il est des règles fixes , universelles , pour les esprits comme pour les corps : il est des lois qui régissent l'espèce humaine, qui se manifestent, comme celles de la nature , par des phénomènes OOnstans , et dont on peut prévoir et annoncer d'avance les résultats. Ainsi , nous sommes faits de manière qu'un certain nombre d'hommes inconnus les uns aux autres, placés dans des situations diverses, opposés d'âge, de caractère , d'intérêts, de passions, de préjugés, et qu'on ne peut soupçonner d'une fraude cou ertée, ne se rencontreront point par hasard à se
donner pour les témoins oculaires des mêmes faits; qu'ils ne seront pas médians et fourbes sans motif; qu'ils ne sacrifieront pas leur conscience, l'amour naturel de la vérité, leurs intérêts présens et i venir, leurs passions 1 g plus chères, au plaisir d'affirmer un mensonge. Plus on me fera observer <] u<- les homm s sont bizarres, capricieux, intéressés, passionnés, plus on me convaincra que leur a< cord foi luit sur le: même tait de \ ient impossible
Maintenant , venons à l'application. Ou il s'agit de
3,"]0 «-» LC TiMOK.MGE.
cLosessm le qui IL ion ne peut inti rrog< r des léirmii oculaires, ou bien il s'agit de choses qui remontent au-delà d générati
Dans le premier cas, on peut fondei ia foi particulière sur la foi publique , >ui uneeroyana tellement universelle, ferme , éclairée , qu'elle subjugue l'esprit , et qu'on est comme £pr< é d'j donnei mal
entiment. Je vous le demandi . N' f 1 1 1 1 > i c qui concerne les diverses couti que nous n'avons pas visitées, les usages, la l"i^. I* culte, le gouvernement dis peuples qui y habitent, les productions de leur sol. la température de leur
Climat, les fl Wes qui les arrosent, les ni' qui s'élèvent à leur surface, ne pouvons-non; pa< avoir des connoissances plus ou moins étendues nu lesquelles nous avons 1,- droit de nous repos une entière sécurité ' et si sui ces diveK objets quelques détails peuvent être fautifs . n'dK-i) pas vrai aussi que pous en avons des notions invari tbles^ placées au-dessus de toute incertitude? Il se peut que. parmi mes auditeurs, il n'en soit pas un seul qui ait \u La ville de Constantinople ; et cependant, en est-il un seul qui hésite ■< croire .i L'existence de cette capitale de l'empire Oltom u»? Pïon sans doute . et pourquoi i parce que nous sommes tous un iuciblemi ni entraînes pu L'autorité des voyageurs qui en ont bit la description, pu la déposition oralt des témoins nationaux ou étrangers qui l'ont vue de leurs yeux, pu Ji>n-
la1 intes de politique ou de
commet i r. Si j'osois nous dire du haut de cette chaire i
On rucoiitc iju'il cjrisle en Europe une ville <7f<;
slantinople ; cela pourrait bien être , mcme cela est probable : mais enfin je n'ai pas vérifié le fiait , et je reste dans le doute; à ce langage , ne serois-je pas regardé comme un insensé ? et quand on ne peut nier une chose sans passer pour un extravagant aux yeux de ses semblables, u'est-on pas forcé de convenir que l'on est arrivé au plus haut degré île certitude? Ce que je dis de l'existence de cette cité célèbre , on peut le dire aussi de ce qu'on rapporte de sa position , l'une des plus magnifiques de l'univers, de ses mosquées , de la peste qui désole quelquefois ses habitans , des incendies qui consument leurs demeures. Ici je n'ai pas besoin de discuter les qualités personnelles de chaque témoin , sa probité , sa véracité , ses opinions , ses intérêts, pour graduer la confiance qu'il mérite; je sors des considérations privées , pour «l'élever à une considération générale , puisée dans le fond même de la nature humaine. Telle est la diversité, tel est le choc des sentimens, des passions, des intérêts, des rivalités des témoins qui ont vu Constantinople , et telle 'toit aus>i , de leur part, l'impossibilité de se tromper sur le fait , qu'on ne peut supposer ni erreur m imposture; en sorte que je suis réellement aussi certain de l'existence de Constantinople, que de l'égalité des rayons dans un cercle.
Je sais bien qu'il seroit possible que cette ville n'eut jamais été bâtie , comme il seroit possible que l'iioiiimi: n'i i'it jamais tracé la figure du cercle : mais de même que, dans l'ordre actuel des choses matérielles, il existe des cercles , et que dans ces cercles les rayons sont égaux ; de même , dans l'ordre actuel de*
3j2 SCP. LE TÉMOI'.
clioses humaines , Constant iuci; il d'après
|i s preuves testimoniale! de exisl .il est impossible qu'elle n'existe pas. Ecoutons un moment un des premiers géomètres qui aient jamais paru, et qui a été le premier de tous dans le dix-huitième siècle , le savant Euler (1).
a Toutes les vérités qui soni à la portée d m connoissance se rapportent à trois classes esscutiel- .. lemenl distinguées. La première renferme 1> s vérités " '1rs sens; la seconde, les vérités de l'entendement
• li troisième, les vérités de la foi. Chacune
• .li es demande des preuves particulières pour nous
n prmn ei les vél ités qui y appai tiennent . et i 'est île >• ces trois classes que toutes nos connoissann » leur 01 i;,!Mi-
! preuves de la première classe se réduisent • •> nos sens , quand je pins dit e : t e U ■ hn<c est vraie . " puisque Je l 'ai vue , ou que j'en suis cnnvainru par met h sens. C'est ainsi que je connois que l'aimant attire le i. fer, puisque je le vis, . . que l'expérience me le •i prouve indubitablement. T. Iles vérités s.. m noni-
• mées sensuelles ou sensibles , et fondées mu nos •' sens ou sur l'expérience.
I preuves de la seconde classe sont renfermées
• clins le raisonnement, quand je puis dii.
est vraie , puisque je puis la démontrer par un ■■■ nnenl juste , ou par des syllogismes légitimes... " (Test ainsi que nous i onnoissons que les ttmi
[\] [tires a une l'rinces.'c d'Allemagne . lotir . . il
loin. 'I
>> d'un triangle rectiligne font ensemble autant que » deux angles droits. . . De telles vérités sont nommées » intellectuelles ; et c'est ici qu'il faut ranger toutes les » vérités de la géométrie et des autres sciences , en » tant qu'on est eu état de les prouver par des démon- •• strations.
>• Je passe à la troisième classe des vérités , celles » de la foi , que nous croyons parce que des personnes •• dignes de loi nous les rapportent , ou quand nous •> pouvons dire : Cette chose est vraie , puisqu'une ou >■ plusieurs personnes dignes de foi nous l'ont assurée. » Cette classe renferme donc toutes les vérités histo- " riijucs. ^ . A. croit sans doute qu'il y eut autrefois " un roi de Macédoine , nommé Alexandre-le-Grand, « qui s'est rendu maitre du royaume de Perse , quoi- •■ qu'elle ne l'ait point vu , et qu'elle ne puisse pas .> démontrer géométriquement que cet homme ait » existé sur la terre. Nous le croyons sur le rapport » des ailleurs qui ont écrit son histoire , et nous ne >• doutons pas de leur fidélité. Mais ne seroit-il pas ■ possible que tous ces auteurs eussent fait le complot » de nous tromper? Nous avons raison de i .''priser ■•cette objection, et nous sommes nn^si ((invaincus ■■ de la vérité de ces faits, au moins d'une grande i partie, que des vérités de la première et de la seconde » classe.
» Il faut donc, pour les vérités de chacune de ces
'i-n'>, se contentei des preuves qui convien-
i leui nature; et il serait ridicule de vouloir
i une démonstration géométrique des vérités
i ieni •• "ii histoi iques. C'est ordinairement le
» défaut des esprits forts, et de ceux qui al.u-.. ni ■ '• r leur pénétration dans les vérité* intellectuelles, de » prétend ■ iques pour
,. pcouvi i tout s l' s vérités de la religion . qui appar- » tiennent en grande pai lie a la troisième 1 1 u
Je viens aux faits dont il n'exble plus de témoins qui- l'on puisse consullei : je puis les connottre par 1 1 tradition , par les monumens, par l'histoire.
J'appelle tradition, un récit fait de vire roil parles témoins oculaires, transmis par eux aux générations contemporaines qui n'ont pas vu les faits, et par cellesci aux suivante d'âge en âge jusqu'au '.• inps présent. Ainsi, par une suite de témoignages successijs, on peut savoir qu'après le règne de Louis XIV sntLa régi ni e du Duc àVOi léans.
J'appelle monumens, certains ouvrages , certaines institutions qui perpétuent K souvi m des événemens auxquels ils doivent leur naissance : tels sont les médailles , les inscriptions, les obélisques, les tombeaux, les statues, les usages politiques et religieux, les feus 1 1 i lioses semblables. Ainsi le palais de Y. isoilles i st un monument qui parle aux veux de la gloire de Louis-le-Grand ; ainsi l'effigie de Louis XV sur une pièce de rnonnoie suffit mn ii ester que, dans le 1S siècle, ce prince i régné sur les Fiançais.
J',ip|:i lie histoire, un réi il ti- é pai l'« i iture, comme \ei \ires di César, les Décades de Titc-I elles kfrmoir&r de Corai es. J> me borne à discute) l'autorité de l'histoire, ce dépôt précieux ' passés. Sachons en celte matière éviter le scepticisme eomn !.i crédulité.
Il est des historiens de tous les genres et de tous les caractères ; il en est d'assez obscurs , d'une mince autorité , qui n'ont laissé après eux aucune réputation de savoir et de talent; il en est qui ont raconté des faits peu connus , d'un foible intérêt , difficiles à vérifier , et qui , s'ils étoient faux, étoient peu dans le cas de trouver des contradicteurs ; il en est qui ont écrit plusieurs siècles après l'événement, moins d'après les historiens précédens que d'après les bruits vagues et confus ; il en est qui , loin d'être cités avec éloge, passent pour suspects, et sont décriés parmi les savans : je conçois que tous ces écrivains doivent laisser des doutes dans l'esprit du lecteur. Il est aussi des historiens égarés par l'esprit de parti, par la haine ou par 1 amour de la gloire nationale : alors , quand même ils mi : ili raient une créance entière pour le fond des choses , on sent combien il faut se défier du tour qu'ils aiment à donner aux évéuemens , et de la manière dont ils présentent les personnages. Ainsi , que les hisloi iens grecs 1 1 latins aient embelli les faits glorieux à leur patrie , et obscurci ceux qui pouvoient l'être à lcuis ennemis; qu'ils aient fait quelquefois leurs personnages plus grands que la réalité , cela peut êtn . Supposez un écrivain qui , en des temps oragi iu, ayant appartenu à une faction , laisse des mémoires sur dés événetnens qu'il a dirigés, et dans lesquels il
B joué un rôle important; il pourra bien, par des
< itioi ■. par des réticences affectées, déguiser
, et il ne devra < ■ t > < • écouté qu'avec une i ertaine
défiance Enfin, il se trouve des historiens qui sèment
leui récit de réflexions, étalent leurs vues politiques ,