D OUVERTURE
pas foiblcsse ; que , pour être indulgente , elle ne flatte pas les passions ; que , si elle s'attendrit sur le smr de ceux qui s'égarent , elle a le courage de troubler leur fatale indifférence : généreuse , elle cherche les vrais intérêts de l'homme ; elle s'attache à le conduire au véritable bonheur, à écarter les obstacles (jui l'en éloignent. Or ces obstacles , ce sont les erreurs et les vices ; et c'est précisément parce que la charité fait aimer les personnes , qu'elle porte à s'élever avec force contre le mensonge et les passions qui les séduisent.
Nous n'ignorons pas que , dans un siècle d'indifférence , le zèle pour la religion s'est appelé fanatisme ; niais ce n'est là qu'un déplorable abus de langage , qu'une dénomination aussi injuste qu'elle est odieuse. Messieurs, si nous ne connoissons d'autres armes que celles du raisonnement et de la persuasion , si nous nous abstenons de toutes personnalités offensantes , si nous ne mettons dans nos paroles que la force commandée par les choses , où est alors la haine , où est le zèle violent et emporté, où est le fanatisme? F.h quoi ! si je m'élevois mime avec véhémence contre le vol , contre l'homicide , contre le parjure , contre la calomnie , mon zèle paroitroit raisonnable; et si je combats arec quelque force des erreurs funestes, mon zèle ne seroit plus que du fanatisme! Quelle inconsé- !Certi i , les mauvaises doctrines sont bien autrement redoutables que les mauvaises actions; l'exemple peu! bien entraîner au vice, mais il ne le justifie pas; il donne plus d'audace , mais sans étouffet le remords : pour les mauvais principes, ils tendent à
ilme <ie 1., vi-iin. La raison i ; la i . '■ du bien et du parmi I
m l'on va jus [ti' i corri m| i - | i les lumièn s de I
loutes li 9 notions du justi si en même temps . ; dérèglement de pens rite s'ét< ad à toutes les cla
I .m résull m de o Ite ind , qu'un effroyable •!' ordre : une génération aui quillemenl li : n en ri cueillera des ci imes et des dés isti > - : et du levain «les erreurs funestes, qui aura quelque tei : I
on v.i il mm tir !i double monstre de l'atliéisn l'anarchie : el qu'on sentira qui
contre les en. m- l , a non |
isme,
• - fondeim nt . qu
i. cuseï d'injustes ail iques .'i la | I
phie, comme si nous prétendions q e toute ] phie est indigne de notre estime et de î !
■ pliquei ii ii tendn ;
I I nous si ■ ions 1 i u peu ;
: i.\ oqne Je i Il est uni i ' ili isophie digne <!>■ n qu'elle! nd à p rfectionner l'homme ; il en est une digne ' tous nos mépris . parce qu'cll pervertir ; il est Ul phi qui fait les
d'ocvertcbe. 21
sophistes , comme il est une fausse éloquence qui fait les fléclamateurs ; le philosophe fait un bon usage de sa raison, le sophiste en almse : suivant l'acception primitive «lu 4uot , qui ilit philosophie dit amour de la sagesse. Tous les siècles ont eu de vrais et de faux s iges qui ont clé opposes de doctrines , des défenseurs et des ennemis des vérités morales et religieuses: c'est dans tous les temps le génie du mal luttant contre le génie du bien. Chez les anciens, Socratc et Platon , Cicéron et Marc-Aurèle , furent philosophes ; non que tout soit irrépréhensible dans leur doctrine et leur conduite , tuais on voit par leurs écrits , qu'ils étoient touchés de l'amour de l'honnête et du beau ; et nous devons admirer comment , au milieu des ténèbres et de la corruption du paganisme , ils ont pu s'élever à de si hautes pensées et île si nobles sentimens. Chez les modernes, Bacon et Pascal , Descartes et Newton , ' i Malebranche, Bossuet et Leibniz, ont été
philosophes. Si dans plusieurs points tous n'ont pas li vérité toute entière, on voit néanmoins < «ml ien ils ivoient en horreur des doctrines si répandues de nos jours, qui ne sont bonnes qu'à justifier le \>'i- el ruiner toute; les vertus; même parmi les
]■• a ounages illustres que ji viens déni ner, il n'en
est pas un si ul qni n'ait révéré la religion chrétienne
com l'ouvrage de Dieu même.
Oui, il est une ] hilosophie sage et modérée, qui mue en m I nom ; éclairée, mais point orgueil-
1 ' qui étudie les facultés et les opérations de l'entendement humain, sans enseigner l'absurde et vil matérialisme ; les merveilles et les lois de la na-
ICftS
Dieu et la | un'. L'homme à la brute,
et traiti
Ile Je plusieu jours; il n'j a eu que trop d'ath
ai i'i l'ont ■ . mais qu'on a vus : le i.i manie de
vie future, de la religion cliréti it eux-
appelcs phili doute leur manière
n'éloit pas en tout la u
■ valoir : on pouvoit en quelque -
théories : ur la morale . 1 1 politique , l'éducation . les LeUres, sont très-i p] nia autres, u que la plus
i onfusion régm it dans I
ii ni tous en un poinl . i| il :l : . 'étoit a combattre ou à rendre ridicule toute i ncral, et le christianisme en particulier, .1 insulter avec un dédain supi
fuient qu'ils s< regardoient ci nme des
non vulgaires , ci inme des hommes libres île
tmi> préjugi • . comme des philosophes. Il- rouloienl
i. au .!i\-.. ptième siècle la grâce de l'appeler
le siècle de I 1. '.'.tics et i!
D OUVEttTORE. 53
mais, pour le dix-huitième, c'étoit celui de la raison , des lumières , en un mot , de la philosophie. Je ne vois là que la profanation d'un si beau nom , employé jusque-là pour exprimer ce qu'il y a de plus sage dans la conduite comme de plus élevé dans la pensée ; ce titre étoit une usurpation , mais enfin l'usage, ce grand arbitre du Langage , l'avoit consacrée. 11 faudroit ignorer complètement l'histoire littéraire du dernier siècle , pour ne pas savoir que le mot philosophie étoit sans cesse à la bouche ou sous la plume ivains ennemis du christianisme, que chez eux philosophie étoit presque toujours synonyme d'incrédulité ; et il est assez étrange qu'où demande quelquefois aux apologistes de la religion, ce qu'ils entendent par la philosophie et les philosophes du dixhuitième siei le.
On se plaint quelquefois de ce qu'on cherche à les flétrir , et o.i aime à rappeler à ce sujet leurs connoi&sances, leur bienfaisance, leur; qualités doniestiques : mais depuis quand , Messieurs, lorsque les opinions d'un écrivain sont perverses , la postérité estelle obligée de respecter sa mémoire? Ici, loin de nous truie injustice, même ce qui en aurait l'apparence : nous saurons toujours distinguer leur esprit de lu âge qu'ils en ont fait , et leurs productions estide celles qui ne le sont pas; m.iis faudrait-il sacrifier les intérêts de la vérité, en nous piquant d'une molle indulgence? Eh <iu' m ! pour de la prose brilli le talent, pour quelques pages éloquentes, pour quelques actes d'une vertu facile, I f.nr <|u. (qui i 'i i dites aimables dans le commerce
de la \i'' . on dont les • ù m< - ne îonl
vices, qu'à faire naître ni il les fa-
noilli et dans I ' jamais
asez raisonnabl pi . I . il nt que pat son
bon usage? 1
d'autant plus coupables, qu'ils devi ient naturellement être plus é( lai des ] bilosc— pb.es célèbres , au milieu lu paganisme , Eure de nobl 1 1 vérité ; tandis nôtres , au milieu <li s lumii i • - du i qj isti uusuae . se sont tou
et ils n'ont que ti l'abîme.
Pom I déjà avant eux 1<*
>i< ut répandui - d .11- la n qu'ils ont été domine . entraînés par l'esprit de l<ur siècle , plutôt qu'ils n N aine
jn itiûi ition! gai li ■.. i-nous de pi i ndre poui i
q ni n'. i qui i . et d'in-
troduire pour les écrivains une sorte de faialisn funeste que déraisonnable. Le devoir de !'>m • honnête bomme . c'est de lutter contre le torrent des mauvaises doctrines : s'j laissa entainer, c'est un rôle aussi facile que honteux, qui ne supposa m lalent ni vertu. L'écrh tin qui .. reçu d< 1 1 i mire tous les dons de l'esprit . i roi i-
rahit lâchement sa destinée, >i au lieu de travailler a rarai ner ses onlemporains qui s'égarent , il marche sur leurs u ices Que s'il .i le Ma>lMT' d'être né au milieu d'une génération perverse, je conçois
d'olviirtcre. 25
qu'il lui faudra plus de courage pour résister à l'esprit général ; alors , s'il a la foiblesse d'y céder , il pourra être moins criminel , mais il le sera toujours. Il doit sentir qu'il est le défenseur né de la vérité et de La rcrtu. Le . talent , comme l'autorité , est donné à l'homme pour le bien de ses semblables : il n'est pas plus permis d'abuser de l'esprit pour corrompre, que du pouvoir pour opprimer. Si les apôtres des mauvaises doctrines étoient reçus à les rejeter sur une influence étrangère, bientôt aussi les malfaiteurs prétendroient s'excuser par la force du tempérament , par la nécessité , par l'empire inévitable des circonstances. Ainsi je veux, avant tout, sentir l'homme de bien dans l'écrivain ; je ne me sens pas disposé à pardonner au vice et au mensonge en faveur du talent. Quand le breuvage est mortel , qu'importe qu'il soit présenté dans une coupe d'or.' Malheur au siècle qui compteroit l'esprit pour tout, et la probité pour rien! Quand une nation est descendue à cette dégradation intellectuelle rt morale, il faut qu'elle périsse, ou que, par un effort généreux, elle rentre dans le-, sentiers de la sagesse et de la véi ité.
Maintenant, Messieurs, vous pouvez juger dans quel esprit seront faites nos Conférences , et peut-être pensez-vous d'jà qu'elles ne seront pas pour vous sans quelque utilité. Venez les entendre, non dans les sentiinens d'une curiosité vainc , mais dans le délit m in ère dec* nnoltrela vérité : l'aimer, c'est presque l'avoir trouvée. Qu'il me soit permis de rappeler, à cette occasion, ce qui est dit de saint Paul au livre des Actes. Dans ses courses év.ingéliqucs , il arrive l. 2
ÎO OCM
à relie ville de la G i pai l'étude
très et de la phili voit l'être pai ses a nq ictes et sa ] entrant dans Athènes . il ■ tues des faux dieux ■ i étoit un i
A C ' l ■>[•> I I , SOU 1
rend ^ui la plai e publique ; la i u
habitans les pot
temps des Déinosthi
d'appri ndre qui Iqui i hi di t. uvi lu : il
avec des phil ophesdedi ! icu riens
qui ne croient point au dogme de la 1
de la vie future , et des S( ns qui ni roi ut par-
lout, comme les l il disu -
néi . ■-•s,!,'-, i in se di inandi
gei avec sa nouvelli . l'arco-
I , L'apôtre n'esl poi il intin illustre
as-i mbléi . mai . usant i
p i- pri poser bi usqueme ni à iïi un les
bauts mystères du christianisme : il rappelle d'nliord ces premières vérités qui prépan s à la foi
< lue in mu . 1 1 prenant la i a demi
bai bare : Si igoi urs \.Û nii . ■■ . ni dans votre
» ville il m'a paru que vous élici religie u
l'ai lusui un de vos autels cette iuscripi » Dieu inconnu. Ile bien, ce Dieu que vous ne ron- « noissci pas, je vous i annonce ; c'est lui qui a fait
■ le ciel et U terre, qui règh le cours des saisons t h et cim a i li. m ne naissance au genre humain. (
■ Dieu veut cnGn dissiper l'ignorance «i< s hommes, • et il les avertit di ; oriner leurs mœurs , car il a
D OCVF.RTtT.E. 27
» établi un jour où il doit les juger tous. » A ce discours de l'apôtre, qu'arriva-t-il ? L'écrivain sacr^ nous l'apprend avec la plus naïve simplicité. Quelques-uns se moquèrent de ses discours, quidam quidcm irridebant; quelques-uns lui dirent: Kous vous entendrons sur cela un autre jour; quidam autem dixcrunl: Audicmus te de hoc iterum. Mais aussi il y en eut qui, se faisant instruire, embrassèrent le christianisme; et de ce nombre fut Denis , membre de l'aréopage : quidam ven viri adhœrentcs ei , crediderunt; in quibiu et Dionysiiu arcopagifa.
Messieurs, le sort de saint Paul prêchant devant l'aréopage sera toujours celui de tous les prédicateurs de li vérité. La doctrine qu'il annoncent autrefois dans Athènes , dix-huit siècles après lui nous l'annonçons dans cette capitale , qui , par ses goûts , ses mœurs, ses embellissemens, passe pour l'Athènes des âges modernes. Mais qu'ai rivcra-t-il ? Aujourd'hui, comme autrefois, il se trouvera des esprits moqueurs, qui se joueront de notre doctrine comme d'une fable vaine ; il en est qui , touchés , mais foibles , mais amateurs de leurs plaisirs , voudront renvover à une saison de la vie plus avancée les réflexions sérieuses : Audicmus te de hoc iterum. Mais il en est aussi , nous osons l'espérer du Dieu des miséricordes , qui rentreront dans le chemin de la vérité . et seront fidèles à y marcher jusqu'à la fin; (t n'y eût-il danacette imité qu'un. seul j une homme , qui vint au pied chaire abjurci tes erreurs, nous serions payés avec usure de nos travaux et de: nos efforts.
Or nous voulons un moment nous n pli r sur nous-
. lii.ii demi li i les goûts et les p< ni li ma
les plus intimes de notn Dature, nous découvrirons
nt, Messieurs, que nous sommes faits pour la \iiiic-. .1 in Igré nous, nous serons conduits .i regardei comme une extravag uice ce pyn honisme universel qui ne connott ni vrai ni faux , et affecti de ne
u tout qu'incertitude. < mi, je si ns que . par le fond u e 'li mon être, je suis entraîné vers 1 1 vérité, comme vers le centre de mes désirs et de mes affi 1 1 1 < . n ^ ; que l'i s| it n'a de vie que par elle : et que ce n'est qu'en era] 1 1 ittraits,
que le mensonge peut nous plaire et nous u»u< bei » »ui. mon esprit a --"il de vérité, comme mon cœur a soif de boulin i: . Il m'est aussi impossible de me dépouiller de l'amour du vrai, qui de l'amour de moi-n l'intelligence , qui fait l'apanagi di ma nature, n'es!
faite que pOUI voii, connottre , 'li lingui I II -
pour discerner ce qui est «le ce qui n'est pas, la vérité
de l'erreur : < '< -t pai là, et pai i.i seulement qm je
stû- raisonnable; je porti au fond de moi-même une
ude vague, qui n >e fixe enfin que pat la pos-
sessiondc la vérité, OU de "• que je prends pour elle
A oyes comme l'amour du \ rai é< late dans t"u< 1. - Ages n tons les états Pourquoi dam les en£ans cette curiosité qui 1. m est si naturelle, cette avidité île
savoir , ce goût vif et ardent pour apprendre ce qu'ils ignorent? Pourquoi les hommes ont-ils tant d'horreur pour les caractères faux et les cœurs doubles , au point que , de tous les vices , le plus vil et le plus méprisé , c'est la fourberie et le mensonge ? Pourquoi ces efforts de l'esprit , luttant contre les ténèbres de l'ignorance , travaillant à les dissiper et à jouir enfin de la pleine lumière ? Que cherche le savant dans ses pénibles veilles , le voyageur dans ses courses lointaines , le naturaliste dans ses observations , le politique dans ses méditations, le magistrat dans le rapprochement des lois et la discussion des faits? Us cherchent tous à commit! e ce qui < st réellement, pour l'affirmer et l'apprendre à leurs semblables : ils cher- < lient la vérité. Il n'v a pas jusqu'aux sophistes les plus audacieux, qui ne s'en disent les amis ; les athées eux-mêmes se donnent pour les propagateurs des véritables lumières; ils savent bien qu'ils déi réJiteroient leurs systèmes, s'ils les donnaient pour ce qu'ils sont, i est-à-dire pour les rêves des passions mensongères. Nous sommes donc faits pour la vérité ; mais serionsnous faits pour elle, si nous n'avions aucun moyen de la connoitre? En nous créant pour une fin, la nature nous auroit-elle laissés dans L'impuissance d'y parvenir? ne m'auroit-clle marqué le terme où je dois tendre, que pour mettre entre ce terme et moi d'insurmontables barrières? S'il enétoit ainsi, elle eût fait un monstrueux. Si toute l'espèce humaine étoil aveugle, croiroit-on qu\ lie est laite pour voir la lumière? si elle étoil muette, la croiroit-on liite pour communiquer ses pensées pai L'organe de la parole?