DE [/EXISTENCE DE DIEU
voir L'athéisme là où l'on ne \oit pas tout» la puretë de la doctrine chrétienne? Suivant saint Augustin (j), l'opinion la plus commune parmi lessavans païens, c'est que Dieu est lame du monde: idée trop grossière et dont il seroit facile d'abuser; mais par là ils entendoient 1 litre intelligent qui, par sa puissance, par les conseils de sa sagesse et de sa pré\oyance, anime et gouverne le inonde comme lame gouverne le corps (2). Le plus docte des Romains, "Varron , disoit que ceux-là ont bien compris la nature de Dieu, qui Vont représenté comme une ame qui gouverne le monde par le mouvement et la raison. Certes mettre crûment Sénèque et Cicéron au rang des athées , parce qu'ils . n'auront pas été assez purs dans leur doctrine , assez exacts dans leur langage , seroit une manière de raisonner aussi absurde en logique qu'injuste envers ces illustres personnages.
Je fais observer, en troisième lieu , que les poètes et les orateurs , dans leurs ouvrages , Ont célébré la puissance de ce Dieu, modéra-
(1) De Civit. Dei, lib. IV, cap. u, (?) Ibid. cap. 07, 3i.
leur suprême de cet univers et des choses humaines; c'est le langage d'Homère, d'Hésiode, d'Horace, de Virgile, d'Ovide et de bien d'autres encore. On sait combien Homère s'est montré sublime, en faisant dire à Jupiter, parlant aux habitans de l'Olympe : a Attachez une chaîne d or à la voûte cé- )> leste, que tous les dieux et les déesses sus- » pendus à cette chaîne unissent leurs ef- )) forts; jamais ils ne pourront entraîner vers )) la terre le souverain Jupiter: moi, j'enlè- » verai, si je le veux, et la chaîne et les » dieux, et la terre et les mers; j'attacherai » ensuite la chaîne au sommet de l'Olympe, » et tout y demeurera suspendu: tant mon y) pouvoir surpasse celui des hommes et des )) dieux (1)! »
C'est assez, dans un discours de la nature des nôtres, pour faire voir que la connoissance du vrai Dieu, si elle étoit altérée, n'étoit pas» éteinte dans l'esprit de ce que l'antiquité païenne a eu de plus savant et de plus habile; elle ne 1 étoit pas même parmi le peuple. Le crime des idolâtres étoit de ne
(i) Iiiad. lib. VIII.
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pas rendre au Dieu véritable un culte saint et pur, de prostituer les honneurs divins eu les adressant à des génies malfaisans, à des divinités subalternes et mensongères, de s'imaginer que la pierre et le bois façonnés par le ciseau^ qu'un animal, une piaule, renfermoiént quelque divinité cachée. Mais, du milieu de cet amas de superstitions et de la fange des \iecs, le peuple s'élevoit de temps en temps à l'idée de la suprême Majesté, d'un Dieu , je ne dis pas unique , mais supérieur à tous les autres dieux. Les apologistes de la religion en ont fait autrefois la remarque ; je me borne à citer saint Cyprien. Dans son traité de la J anitê des idoles , il remarque que le vulgaire confesse quelquefois le vrai Dieu, lorsque, par un mouvement naturel, il s'écrie : O Dieu î Dieu le voit, je le recommande à Dieu, o Deus ! Deus videt , Deo commendo! Oui, souvent en parlant de la Divinité, on excluoit la pluralité, on la nommoit simplement Dieu, et c'est là ce que Tertullien, dans son Apologétique, appelle énergiquement le témoignage d'une ame naturellement chrétienne.
Des peuples de l'antiquité païenne passons
PAR LA FOI DU GENRE HUMAIN. 12J aux peuples des âges modernes. Sans doute on ne contestera pas la croyance des nations européennes , qui se sont formées depuis quatorze cents ans des débris de l'empire romain; on sait bien aussi crue les peuples juifs, chrétiens, musulmans, idolâtres , répandus sur la surface du globe , sont religieux , et que toute religion porte sur un sentiment plus ou moins pur de la Divinité. Mais que dirons -nous des peuples découverts dans les trois derniers siècles? Jusqu où n'a pas pénétré l'audace des navigateurs? Quels monts inaccessibles, quelles forets profondes, n'ont pas été visités par le zèle des missionnaires? Eh bien! sur quelle terre nouvelle ont abordé les Européens, où la connoissance de la Divinité ne se trouvât pas avant eux? Non, ce n'est pas Colomb qui la porta en Amérique, ni Magellan aux îles des Larrons.
Je sais bien que des voyageurs, trop hardis à prononcer sur ce qu'ils n'avoient eu ni le temps ni les moyens d'observer, avoient jeté des soupçons d'athéisme sur les habitans des îles Antilles, les Brésiliens, les Canadiens, les Huions, les Souriquois, les Hottentotsj
126 de l'existence m: DIEU* nos sceptiques , nos alliées en triomphoienl. Baylc, Helvétius, aimoient à s'en prévaloir: triomphe ignominieux, comme je le dirai bientôt, ne fùt-il pas imaginaire. Qu'est-il arrivé? c'est que ces premières relations très-hasard ées ont été formellement démenti: s par des relations subséquentes plus fidèles et plus circonstanciées, et si la croyance de ces peuples est très-grossière , si l'on naperçoit parmi eux que des linéamens informes de religion , du moins elle n'est plus vin problème. Four n'en citer ici qu'un exemple entre plusieurs autres, on avoit douté quelque temps de la religion des Otaïtiens; eh bien ! Cook et après lui Vancouver ont reconnu leurs dogmes et leurs cérémonies religieuses.
Ainsi les athées n'ont pas la triste consolation d'avoir pu découvrir un seul peuple assez dénaturé pour être sans Dieu. Au reste, nous pourrions bien impunément leur abandonner ces hordes samages, qui n'ont d'humain que la figure; il seroit digne d'une telle cause, d'avoir pour patrons les habitans des forêts, ce qu'il V a de plus abject et de plus dégradé dans notre espèce.
PAR LA TOI DU GENRE HUMAIN. 127 Depuis quand faut-il juger des sentimens de l'homme d'après des tires qui n'en ont conservé que le nom? A oudroit-on apprécier son intelligence par celle des insensés que la police renferme dans des lieux de sûreté? Et quand BmTon faisoit une si sublime peinture de l'homme, de la beauté de ses formes et de ses traits, avoit-on le droit de lui opposer les individus qui sont d'une conformation bizarre et difforme? Que si nous invoquons le témoignage des sauvages, c'est d'abord parce qu'il étoit contesté; c'est ensuite pour faire voir que la croyance d un Dieu est si conforme à ia nature raisonnable, qu'elle a pénétré jusqu'au sein de la plus profonde ignorance et de la férocité même. iNos impies d'Europe ont été chercher des alliés aux extrémités de l'Orient, à la Chine ; ils ont avancé que les lettrés chinois étoient une société d'athées . Encore que cette autorité ne soit pas très -importante, discutons un moment le fait. Que parmi les beaux esprits de Pékin il v en ait qui fassent profession d'athéisme , comme parmi ceux de notre Europe ; cela peut être. Mais que le corps des lettrés soit athée, je de-
128 de l'existence dj: dieu, mande qu'on m'en cite des preuves irréfragables. Que si quelques missionnaires en ont fait aillant dathées, ce n'est pas l'opinion quen ont eue le plus grand nombre de ceux qui s:' soûl rendus très-habilés dans la langue danoise par une élude constante et par leur commerce a\cc les principaux lettrés. Voici ce que dit à ce sujet un très-savant missionnaire, le Père Parennin, dans une lettre à M. de Mairan, directeur de l'académie des sciences (1) : « 11 m'a toujours paru que 3) ceux qui ont accusé les lettrés chinois d a- » théisme n'ont eu d autre raison de 1 assu- » YQI dai;s le public que l'intérêt de la cause
yy qu'ils avoient à soutenir Je n'ai point
» vu encore de Chinois qui fût athée dans » la pratique.... Je puis ajouter que le nom- » bre est très -petit de ceux qui ont voulu » paraître athées; et si quelques-uns ont y> taché, dans leurs livres, d'expliquer tout » physiquement, sans avoir recours à un )) Etre suprême, auteur de toutes choses, » ils se plaignent que leurs senlimens, loin detre suivis, sont abandonnés des lct-
(i) Sous la date de Pékin, u août i7-"o.
PAR LA TOI DU GENRE HUMAIN. 12g » très (1) )). IXous observerons, Messieurs, que ces lettrés offrent des sacrifices à ce qu ils appellent l'esprit du ciel. Or il seroit trop absurde d'adresser des vœux et des hommages au néant, à un être sans vie et sans intelligence , et c'est là du moins une notion confuse de la Divinité.
Faut-il, en passant, dire un mot de certain Dictionnaire des Athées, et de ses Sztpplemens, dans lesquels se trouvent inscrits les plus beaux génies de tous les âges, à commencer par saint Augustin , et à finir pas Bossuet? Voulez-vous savoir, Messieurs, à quoi se réduisent ces rapsodies? le voici : nous disons tous les jours que Dieu est partout, qu'il remplit de sa présence le ciel et la terre, que par lui tout vit et respire, qu'il est la lumière des esprits ; nous parlons de sa parole féconde, de son bras qui lance le tonnerre, de ses regards qui font trembler la terre; mais ces expressions ne sont pour nous que des images dont nous aimons à revêtir Les perfections divines. .Nous sommes loin dv attacher les idées grossières du spi-
(i) Lettres ctlifimtes et curieuses, Recueil xxi.
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nosismc, de faire de la Divinité un être corporel, ayant les dimensions divisibles de la matière, et ne faisant qu'un avec cet univers physique,. et voilà pourtant ce quesuppo- Sent l'auteur du Dictionnaire et son continuateur. Ainsi il inscrira sur ses tablettes d'ignominie saint Jean PEvangéliste, parce qui] dit que Dieu est la lumière qui éclaire l'homme; saint Paul, parce qu'il rappelle que nous avons dans Dieu l'être et la vie; Newton , parce qu'il développe la même pensée. "Vous sentez d'ailleurs qu'en tronquant, dénaturant, détachant les passages d'un écrivain, en recueillant tous les bruits vagues, toutes les anecdotes hasardées, toutes les paroles peu mesurées, il n'est pas d'adorateur de la Divinité qu'on ne puisse travestir en athée ; et c'est là cependant l'indigne stratagème avec lequel on jette des soupçons d'athéisme sur saint Grégoire de INazianze, saint Clirvsostôme, Descartes, Pascal, Bossuet, Fénélon , et tant d'autres. Il est curieux d'entendre à ce sujet les aveux de l'auteur des Sùjppîémens. A oici ses propres paroles (1) : « On nous reproche d'avoir
(i) Premier Supplément, pa^c i3.
DE L'EXISTENCE DE DIEU. l5 J
y) nommé bien des personnes trop légère- » nient sur des témoignages vagues, sur des )) passages trop peu concJuans, sur une re- )) nommée incertaine. Sans doute nous au- » rions tort, s'il s'agissoit d'une accusation 5 )) mais, prétendant faire leur éloge, on ne » se croyoit pas obligé à une si grande cir- » conspection. » Cela est naïf, comme vous voyez 5 c'est dire ingénument que le Dictionnaire a été composé sans exactitude, comme pour avoir le plaisir d'enfler la liste des athées. Tout cela, Messieurs, est bien digne de risée et de pitié; mais aussi comment le cœur d'un honnête homme peut-il se défendre ici de quelque mouvement d'indignation? comment ne pas se livrer à quelques réflexions douloureuses sur les égare mens d'un siècle où des écrivains ont cru pouvoir, avec une sorte de gloire, mettre au jour de pareilles extravagances? Quelle indignité de troubler ainsi la cendre de ce qu'il y a eu de plus illustre parmi les hommes, et de croire honorer les plus sincères adorateurs de la Divinité en leur prêtant une opinion qu'ils repoussoient avec horreur! On le voit bien, l'athée se fait peur à lui-même j il I. 6*
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cherche à se rassurer contre les clameurs d'une conscience agitée ; il croit entendre contre lui le cri de l'univers, et dans ses alarmes il semble appeler à son secours et vouloir associer à ses monstrueuses pensées les plus grands noms des siècles passés : dans son effroi, il s'égare, sa raison s'obscurcit ; et voilà que sans preuves, contre l'évidence, contre la foi de l'histoire, contre le témoignage manifeste de leurs écrits, et malgré leurs vertus appuyées sur leur croyance, les plus zélés adorateurs de la Divinité sont transformés en athées. Nous étions donc réservés à être les témoins de tous les excès ensemble : tant l'esprit d'impiété peut enfanter de maux sur la terre! 11 failoit epic la mémoire des grands hommes fût outragée en même temps qu'on sioloit leurs sépulcres. Mais en vérité je ne sais ce qui doit nous révolter davantage, ou de ces violateurs sacrilèges des tombeaux qui exhumoient des restes augustes, pour les livrer aux insultes d'une populace effrénée, ou de ces profanateurs du génie et de la vertu qui semblent évoquer en quelque sorte les Bossuet et les Fénélon pour les couvrir
de l'opprobre de leur exécrable athéisme. C'est assez sur 1 universalité de la croyance des hommes touchant la Divinité; j'ajoute que cette crovance ne peut venir que de la nature et de la plus pure raison : seconde proposition .
Maintenant que la croyance universelle du genre humain touchant l'existence de Dieu est établie, je demande quelle en est la source ; vient-elle des préjugés et des passions, ou vient -elle de la nature et de la raison ? telle est la question qu'il faut éclaircir. Quelle est donc , me dis-jc à moi-même, cette doctrine qui a dc^ancé tous les temps connus par l'histoire , qui a subjugué les sages comme le peuple, a triomphé de toutes les révolutions qui ont bouleversé la face de la terre, se troine chez la horde sauvage comme chez la nation civilisée, brille au milieu de la barbarie comme au milieu des siècles éclairés? Oui, que les mœurs changent, que les lois soient abolies, que les empires périssent; elle demeure immobile au milieu des ruines et des vicissitudes des choses humaines. Que les payions se sou-
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Lèvent contre elle, que l'ignorance l'obscurcisse, que 1 impie L'attaque par des sophisme*:, rien ne détruira soii empire; même elle le fera sentir d'autant plus qu'on l'outragera davantage. Malheur à la nation qui la perdroit de vue! tous les maux ensemble foudroient sur elle. Les peuples peuvent bien être opposes de mœurs et de langage, séparés par des mers immenses, divisés par des rivalités sanglantes; mais il est un point sur lequel ils se réunissent tous, la croyance d'un Dieu, ils pourront bien varier sur l'idée qu'ils s'en forment, les hommages qu'ils lui rendent, les rites sacrés du culte qu'ils pratiquent; mais sous ces formes diverses le fond de la doctrine reste toujours. D'où viennent donc cette unité, cette antiquité, cette universalité et cette immutabilité de doctrine, parmi tant de peuples divisés sur tout le reste? Où est donc la puissance qui a pu enchaîner aiiui les nations et les siècles à la même croyance? Pourquoi ce concert unanime de louanges envers la Divinité?
Comment se fait -il que partout l'homme soit aussi naturellement religieux qu'il est naturellement raisonnable? In cilet con-
PAR LA FOI DU GENRE HUMAIN. l55
stant, universel, demande une cause constante, universelle: et comment ne pas rcconnoitre ici la voix de la nature et de la vérité, qui a retenti dans l'univers et s'est fait entendre à tous les cœurs?
Non, je n'ai pas besoin de discuter les motifs qui ont entraîne le genre humain dans cette crovance : que ce soit le sentiment, ou la raison, ou le spectacle de la nature, ou toutes ces choses ensemble fortifiées par l'éducation, il importe peu. Ne faut-il pas que ces motifs tiennent par le m s racines au fond même de notre être, qu'ils aient un fondement secret dans la pure vérité, qu'ils soient inséparables de notre nature, pour avoir ainsi subjugué tous les hommes? 11 ne s'agit point ici d'une opinion spéculative, indifférente, abandonnée aux disputes des oisifs , mais d'une doctrine commune à tous, liée à la conduite de 1 homme, à laquelle il ne peut refuser le plus vif intérêt; il s'agit d'une doctrine sans cesse rappelée dans les ouvrages de tous les écrivains, toujours discuter, plus d'une fois combattue et toujours triomphante. La source doit en être nécessairement ou dans des préjugés et
i56 de l'existence de dieu, (les passions communes à Ions, ou dans une raison commune à tous. Or, que par les passions et les préjugés on explique les cireurs qui ont défiguré le fond de la doctrine, on le conçoit 5 mais le fond même de la croyance est inexplicable autrement que par la raison.
Ainsi, que 1 nomme ail imaginé faussement des dieux corporels, je le conçois; c'est une erreur des sens semblable à celle qui nous porte à croire que le soleil tourne autour de la terre. "Nous ne sommes entourés que d'objets matériels; l'imagination ne saisit pas la nature des esprits : et nous chrétiens, qui avons des idées plus pures sur cet esprit immortel, nous ne pouvons nous défendre de nous le peindre sous des images sensibles- et j'entends fort bien comment les païens ont pu transporter à leurs dieux les formes, l'appareil des puissances de la terre.
Ainsi, que l'homme ait faussement multiplié la Divinité, je le conçois 5 c'est l'erreur de sa foiblesse. Soit qu'on se figurât que 1 auteur de tous les êtres seroit comme accablé du goirs ornement de cet univers , s'il en portoit seul le poids , et qu'on se le représen-
tàt comme un grand monarque qui, pour se soulager, a soin de répartir sur plusieurs têtes les dignités de son empire; soit que, le voyant à une distance immense, on se soit plu à se forger des divinités plus rapprochées et en quelque sorte pins familières: chaque nation , chaque ville, chaque famille eut ses dieux, et le monde ne fut plus qu un temple d'idoles.
Ainsi, que l'homme ait faussement imaginé des dieux corrompus, je le conçois encore ; c'est l'erreur, c'est l'intérêt de ses passions : il etoit si commode de justifier ses débordemens par l'exemple des immortels.
et de trouver" Lspologie des excès de la terre dans ceux des habitans de l'Olvmpe; il étoit si doux pour la nature de trouver la religion dans la volupté, dans les désirs de son cœur, que chaque passion devint un Dieu. Ainsi le polythéisme s'explique aisément par la foiblesse et la corruption de l'homme; mais l'idée primitive, et qui perce à travers la superstition comme un rayon pur à travers le nuage, d'où vient-elle? Oui, le mélange impur qui l'avilit et la dégrade vient de la perversité dvi cœur humain; le fond
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même ne peut venir que de la raison el <ïc la nature.
Voiulroil-on nous citer quelque sauvage, né dans les l>ois, et qui n'auroit eu aucune idée de la Divinité, pour en conclure que l'idée de Dieu n'est pas naturelle à l'homme? Mais ce sauvage ne parloit pas comme nous. Dira-t-on qu'il n'est pas naturel à l'homme de communiquer ses pensées par la parole, et que l'homme qui parle est un être contre nature? Mais ce sauvage savoit-il discuter, raisonner comme nous? S'ensuit-il que l'homme n'est pas naturellement raisonnable? Quand nous parlons de raison et de nature, on nous cite quelque individu en qui les facultés morales et intellectuelles sont comme dans Un état de stupeur et de mort. Quelle logique ! J'aimerois autant dire que l'homme par la nature n'est pas fait pour marcher, parce que dans sa première enfance il est obligé de se traîner sur ses mains. Eh ! sans doute , tel est l'ordre présent des choses, que l'esprit ne se forme, ne se développe que par l'éducation, l'exercice, l'expérience ; c'est un champ propre par sa nature à devenir fertile, mais qui,
faute de culture , demeure frappé d'une éternelle stérilité. Que l'idée de Dieu soit innée, ou ne le soit pas, c'est une question assez oiseuse, étrangère à mon sujet: toujours estil vrai qu'elle est si conforme à notre raison, à notre nature, qu'on la trouve partout où l'on trouve des hommes, et qu'on doit la classer parmi ces sentimens primitifs, universels, invariables, qui caractérisent l'espèce humaine; en sorte que l'homme ne peut renier Dieu sans renier en même temps sa propre nature.
Oui , il est dans la nature de l'homme de croire en Dieu, comme il est dans la nature d'un enfant de conserver pour les auteurs de ses jours des sentimens de reconnoissance et d'amour. Qu'on essaie de persuader à un enfant qu'il est dispensé d'aimer sa mère : la nature se révolte, son premier mouvement est de fuir épouvanté. Que s'il écoute le sophiste, le sentiment pourra bien être émousse pour un instant, il ne sera pas éteint, et au sortir de cet affreux entretien, l'enfant, tout effrayé d'y a\oir prêté l'oreille, ira se jeter entre les bras de sa mère, pour lui témoigner son amour. Qu'un athée vienne me
140 de i, j:\isrr.Nrr: DE theu, prêcher sa doctrine, le bon sens Frémit: si j'écoute, ses argumens, sa ténébreuse métaphysique pourra bien obscurcir mes idées* mais en le quittant j<; regarde le ciel, je descends au fonl de mon cœur, e\ j y retrouve le Dieu que l'impie avoit voulu me ravir.
Enfin, Messieurs, ce qui prouve encore davantage combien la croyance du genre humain vient de la raison même, c'est la frivolité des causes imaginées par les athées pour l'expliquer : troisième et dernière assertion.
Voici ce que nous présente de plus spécieux le roman imaginé par les athées pour expliquer la foi du genre humain en l'existence de la Divinité. Les hommes, ont -ils dit, étoient autrefois sans religion et sans Dieu, lorsqu'ils furent frappés des phénomènes extraordinaires que présente la. nature; des tremblemens de terre, des inondations, et d'autres catastrophes semblables, portèrent la terreur dans les esprits; les hommes, ignorant les forces de la nature et les causes des évènemens, supposèrent dans les cieux des êtres ennemis du genre humain, agens
secrets des maux de la terre : ainsi le sentiment de la Divinité naquit au sein des aïarmes 5 ce que la peur imagina, la crédulité le perpétua. Une seconde cause, c'est la politique. On sentit combien la crainte de la Divinité seroitun frein puissant pouf lès esprits indociles; les rois de la terre appelèrent à leur secours les divinités du ciel, et c'est pour mieux asservir les hommes crue la religion fut inventée: ainsi Ja peur, la politique, 1 in— térèt de la société ont fait inventer Dieu et la religion.
D abord, Messieurs, on pourroit demander aux athées des preuves positives de cet état primitif d'athéisme, dans lequel ils supposent que les hommes étoient plongés. Où sont les monumens incontestables de cet état ancien d'incrédulité absolue, et du passage à cet état de croyance la plus intime <jiu fut jamais? On connoît du moins jusqu'à un certain point l'origine de bien des peuples, les fondateurs des empires, les législateurs des nations, les inventeurs des arts : je voudrois bien savoir si dans les annales des peuples les plus antiques, des Phéniciens, des Egyptiens, des Chinois, il existe