DE LEXISTENCE DE DIEU
quelque fragment historique échappé aux ruines du temps, qtii nous parle du genre humain encore alliée, et recevant enfin des leçons sm- l'existence de Dieu, qu'il avoil ignoré auparavant. On sait Lien que rien de semblable n'existe; mais venons au détail des difficultés qu'on oppose.
Si l'on nous disoit que la crainte peut contribuer à éveiller l'attention de l'homme, à l'inviter à se recueillir [tour mieux écouter en silence la voix de la vérité, et qu'ainsi elle a été un des moyens qui 1 ont entretenu dans la pensée de la Divinité, cela pourroit être. Dans bien des choses, la crainte comme le malheur est le commencement de la sagesse; mais y voir le motif déterminant, la cause première et fondamentale de la croyance de tout le genre humain, c'est une dérision; et il faut être aussi crédule que l'est un athée, pour croire un moment une telle absurdité. La peur, dit-on, a fait les dieux : Primus in orbe deos fecit t'unor : cette pensée étoit bien digne de se trouver dans le plus infâme poète de l'antiquité païenne. Mais, si cela est, on n'auroit dû imaginer que des dieux malfai-
Sans et cruels; et cependant on adora des dieux tutéhnres, de bons génies, on invoqua Jupiter sous le nom du Dieu très-grand et très-bon; on trouva même si naturel d'attribuer à Dieu la bonté, que, ne sachant comment concilier avec elle les maux qui nous affligent, on imagina le principe mauvais. Si la peur a fait les dieux, les hommes auroient du ne se les rappeler qu'avec des sentimens de tristesse et de terreur; et cependant combien de fêtes, chez les anciens, qui ne respiroient que le plaisir et ne consistaient qu'en réjouissances! encore aujourd'hui les voyageurs attestent que les sauvages d'Amérique font éclater leur joie dans leurs fêtes religieuses, par des danses et des concerts de musique. C'est un étrange phénomène qu'un sentiment de fraveur qui, malgré tous les efforts des apôtres de l'athéisme pour nous en délivrer, domine l'espèce humaine. Quoi! depuis Démocrite jusqu'à l'auteur du Système de la nature, de vaillans athées amont employé tous leurs efforts pour relever le courage abattu des timides humains, et toujours les esprits les plus sublimes, les hommes les plus vertueux