I I DE L'EXISTENCE DE DIEU
de toutes les nations et de tous 1rs siècles, les aines les plus élevées, les plus capables
de secouer le joug dos préjugés populaires, n'auront cessé de trembler, d'avoir peur et de croire en Dieu, et il n'y aura eu de braves sur la terre que les athées! cela n'est-il pas singulier? La peur, dit-on, fait les croyans : disons plutôt qu'elle fait les impies. Oui, nous violons la loi , et nous voudrions nous débarrasser de la pensée du législateur. Il faut du courage pour être vertueux : on est \icieux parce qu'on n'a pas la force d'être bon; nous ne sommes médians que parce que nous sommes lâches 5 mais , pour l'être sans remords , on méconnoît le Dieu qui n'est pas moins la justice que la bonté par essence, et, comme l'a bien dit le poète du goût et de la raison, a on ne brave ainsi Dieu que par poltronnerie. ))
Que les législateurs aient appuyé leurs lois et leurs institutions sur la religion, qu ils aient habilement profité des sentimens religieux répandus parmi les peuples ptour imprimer à leur ouvrage un caractère sacré, adoucir le joug de 1 obéissance et rendre
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leur empire plus durable; ce n'est pas là ce que Ion conteste; mais la politique a-t-elle inventé cette doctrine? a-t-elle révélé au genre humain cette existence de Dieu qu'il ignoroit auparavant? Où en sont les preuves? Qu'on nous cite les législateurs cpii Faient enseignée pour la première fois. L'histoire entière dépose contre une telle supposition : A Rome vous trouverez Numa; à Athènes, Solon ; à Sparte , Lycurgue ; en Crète , Minos ; à Locres , Zaleucus , établissant des villes, civilisant les hommes, leur donnant des lois et une forme de gouvernement; mais tous sans exception n'ont-ils pas trouvé les peuples en possession de croire à la Divinité? La politique a bien pu se servir des sentimens religieux, comme elle s'est servie des sentimens d'humanité et de l'usage de la parole qui lient les hommes entre eux; mais elle n'a pas plus inventé la religion qu'elle n'a inventé 1 humanité et la parole.
Admirez ici la conduite des athées : d'un côté, ils veulent que l'intérêt social ait fait inventer Dieu et la religion, et de l'autre, ils ont employé tout ce qu'ils avoient de science et d'esprit pour déraciner ectt^ i- 7
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ri(.v:iijcc. Qnt-ils cru fièrement que les sociétés humaines petavoient se passer de ce crue tous les sages, tous tes législateurs de tous les siècles et de tous les peuples avoient cru nécessaire pour leur maintien4? quelle impudence! Croient-ils cette doctrine au moins utile? quelle extravagance de travailler a la détruire !
îl est donc vrai que le genre humain a toujours cru et croit encore en Dieu; que cette croyance tient au fond même de la nature raisonnable, et que toutes les explications que les athées ont essayé de donner sont insignifiantes. Les systèmes des athées passeront, et la foi d'un Dieu, arbitre suprême de toutes choses , ne cessera de se perpétuer parmi les hommes; et que deviendrions-nous sans cette doctrine, non - seulement utile, mais nécessaire?
Nécessaire à la morale : ses préceptes n'ont d'empire solide sur le cœur de l'homme, qu'autant qu'on y voit la volonté d'un Dieu, législateur suprême.
Nécessaire à la société : si vous détruisez les sentimens religieux , vous faites tomber devant les passions la plus forte barrière
quon puisse leur opposer; vous les armez contre tout ce qui est bien, et vous mettez dans le cœur une anarchie qui passe dans la famille et la société.
Nécessaire au malheur : trop souvent abandonné sur la terre , il n'a de refuge que dans la Providence en laquelle il espère.
Nécessaire aux heureux du monde : cette doctrine les rends plus compatissans , plus généreux, et les tient plus en garde contre les abus de la prospérité.
Nécessaire au besoin de notre cœur : Dieu, l'Etre infini, peut seul le remplir. Lui en ôter le sentiment, c'est le laisser dans un vide immense ; c'est l'abandonner en proie aux plus vagues inquiétudes; c'est le rendre foible, crédule , facile à se livrer à toutes les impostures. Voilà comme l'athéisme, qui ne croit rien, conduit à la superstition, qui croit tout. Nécessaire enfin aux lettres et aux arts : tout ce que l'esprit humain a produit de plus touchant et de plus sublime; tout ce qu'il y a de grand et de beau tient si naturellement aux sentimens religieux que , dans le langage universellement reçu, on dit : Cela est divin. Quel grand poète, quel grand orateur fut
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jamais athée? Et s'il l'étoit dans son cœur, il lui étoit impossible de 1 être dans ses discours. L'athéisme est le tombeau du talent comme de la vertu. Où trouvera-t-il ce qui élève, ce qui enflamme, ce qui ravit et qui transporte? où le puisera-t-il mieux que dans la Divinité, modèle de toute perfection? C'est dans le ciel qu'il faut aller chercher les grands sentimens et les grandes pensées. De même, pour me servir d'une comparaison de Bossuet , de même qu'on voit un grand fleuve, qui retient encore , coulant dans la plaine , cette force violente et impétueuse qu'il avoit acquise aux montagnes d'où il tire son origine; ainsi, après son commerce avec la Di\ inité, la pensée de l'homme en se communiquant conserve la vigueur et la beauté qu'elle apporte du ciel, d'où elle descend.
Ils sont donc ennemis de tout ce qui est bien , de tout ce qui est beau , ceux qui prêchent l'athéisme. Elle est donc la force et la lumière des esprits, cette croyance de la Divinité : heureusement, il n'est pas plus au pouvoir des hommes de l'éteindre, que d'anéantir ce soleil visible qui éclaire l'univers.