EXAMEN
DES PRINCIPAUX ARGUMLNS
DE L'ATHEISME.
Au moment où nous avons formé le dessein de venger contre les attaques de l'impiété le premier de tous les dogmes , celui de l'existence de Dieu , nous n'avons pu ncus empêcher de nous demander à nous-mêmes s'il ne seroit pas plus expédient de laisser dans l'oubli ces ténébreux argumens , que de les produire au grand jour 5 si l'on ne s'exposoit pas, en les révélant, à obscurcir une vérité qui l'^Aù'ae sa propre lumière, comme le soigfl brille de ses rayons , et par là même à ébranler la conviction par les moyens que nous voudrions employer à l'affermir. Mais celte considération n'a-t-elle pas du le céder à une autre plus puissante encore? c'est que , si la Divinité a eu tant d'ennemis, qui ont élevé la voix avec l'éclat de la trompette dans
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l'Europe entière, il faut Lion qu'elle ait aussi ses vengeurs; c'est qu'après une époque où l'athéisme étoit comme le ton dominant du
monde savant et littéraire, où l'on a fait des efforts incroyables de science et d'esprit pour tout expliquer sans l'intervention de la cause intelligente et suprême; où mille productions diverses, marquées au coin de l'impiété la plus révoltante, ont circulé dans tous les rangs de la société , il est impossible qu'il n'en reste pas des impressions funestes, même dans beaucoup de ceux qu'elle n'a pas entièrement pervertis; et dès lors le soin de la combattre ne sauroit être ni déplacé , ni superflu. Oui, l'athéisme a laissé au milieu de nous des traces profondes de ses ravages. Ce qui autrefois étoit rare, effrayant, est devenu commun et familier à notre pensée , et si Bossuet revenoit par\:,^ ûuui, U ne pourroit plus dire ce qu'il disoit de son ternes dans un de ses discours : <x La terre porte peu de » ces insensés qui , dans l'empire de Dieu > )) parmi ses ouvrages, parmi ses bienfaits, » osent dire qu'il n'est pas; et lorsque dans » la lumière du christianisme on en découvre }) quelques-uns, il faut en estimer la ren-
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)) contre malheureuse et abominable (1). » 11 peut donc être utile de discuter les arguniens des athées, soit pour détruire des impressions funestes, soit pour les prévenir ; et tel sera, Messieurs, l'unique objet de cette conférence.
Si nous écoutons les athées de nos jours , ils nous diront, dans leurs discours comme dans leurs livres : ce Quel est donc cet être )) distingué de cet univers que vous appelez )) Dieu? Où le placez-vous? Yous en faites » un esprit qui a crée la matière et le mou- » vement- comment concevoir cette produc- » tion du sein même du néant? De rien peut- » il sortir quelque chose? Qui nous expli- )) quera sa nature? comment nous en former » une idée? Si notre doctrine est obscure, » la vôtre est -elle plus lumineuse, et Fa- » théisme^fÉ^^plu^ncompréhcnsible que » le £bà}u que vous croyez ? Vous en faites » ui^êtrc infiniment bon , sage et juste ; mais » il le seroit bien davantage, s'il se rendoit » nlus visible aux yeux du genre humain ; il )) s'attircroit l'admiration et les hommages de » tous, tandis qu'il en est un si grand nom-
(1) Premier Discours de l'A vent.
l8-* EXAMEN DES PRINCIPAUX ARGUMENS » brc qui ne croient pas en lui; et ce sont » ceux-là même qui ont le plus de lumières )) et un désir plus ardent de connoître la vé- )) rite. Pourquoi donc est- il si caché et se )) dérobe-t-il à nos recherches? Vous recou- )) rez à Dieu pour expliquer cet univers vi- » sible; recours inutile. Supposez le monde )) éternel, le mouvement inhérent à la ma- )) tière, une succession toujours renouvelée )) d'êtres variés dans leurs formes, leurs figu- » res, leurs propriétés naturelles, avec leurs )) affinités ou leur opposition, tendant à se )) rapprocher ou à se désunir; faisant ainsi des » efforts pour arriver à un système de choses » où chacun soit à sa place ; et vous aurez » cet univers physique avec toutes ses beau- » tés, avec les animaux qui habitent la terre, )) et l'homme lui-même. Ainsi tout s'expli- » que sans Dieu, et cesiii^noy ^oee des cau- » ses physiques qui a fait imaginei /> cause )) intelligente. )) Tels sont en abrégé, Messieurs, les argumens des athées, et pour me rédiger dans les propres paroles d'un savant de nos jours qui, durant sa vie, s'est fait remarquer par son athéisme, nous dirons en parlant de Dieu : On ne le comprend point ,
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on ne le voit point, on explique tout sans lui (i). Certes, il faut que la cause de l'athéisme soit bien foible et bien désespérée, si , après cinquante ans de travaux et d'efforts , un savant distingué n'a pu lui trouver que ces fragiles appuis.
On objecte d'abord qu'on ne sauroit comprendre Dieu ; sans doute c'est un Dieu incompréhensible , le Dieu que nous adorons : loin d'en rougir, nous en faisons gloire. Si nous pouvons le connoître, comme je le dirai bientôt, nous ne saurions le comprendre. Toujours ses perfections seront infiniment élevées au-dessus de nos foibles pensées; vous aimez pour les peindre toute la magnificence des anciens prophètes d Israël, toutes les lumières des plus beaux génies qui aient éclairé lesna'.J, » ... ,': ^s siècles, toute la subtilité d^. intelligences que le christianisme nou|représente autour dutrônederEterncJ pour* être les ministres de ses volontés saintes* vous auriez tout cela, que vos senlimens et tos expressions resteroient à une distance infinie de la suprême Majesté, et qu'après avoir tout épuisé, vous seriez forcé de con-
(1} Second Supplément au Dict. des Athées, page yo.
1 86 EXAMEN DES PRINCIPAUX ARC i | venir qu'on ne peut mieux le CaraCtérî qu'en l'appelant incompréhensible. Dieu seul se connoît lui-même d'une connoissance parfaite ; la puissance , la sagesse , la bonté sans bornes , ne peuvent être coinprises que par une intelligence sans bornes. Un Dieu qui pourroit être compris ne scroit pas le Dieu véritable, mais un Dieu imaginé par l'homme. Qu'on avance tant qu'on voudra dans lïnfiiîi, on ne trouvera jamais les limites de ce qui n'en a point : c'est une mer immense sans fond et sans rivage; l'mcompréhensibilité de la nature divine lui est tellement propre , que , refuser de croire en Dieu, parce qu'il est incompréhensible, c'est refuser de croire en Dieu, parce qu'il est Dieu; voilà certes un bel argument. é
Dieu est incompréhensible. Sî^vjuonsnousici, pour ne pas disputer en vain, comprendre Dieu, ce scroit en avoir une idée complète, en pénétrer la nature, en sonder toutes les profondeurs; ce seroitvoir pai^aitement la beauté et l'harmonie de toutes ses perfections; et c'est là sans doute ce qui surpasse la capacité d'un esprit foibie et borné ,
comme celui de 1 homme. Connoître Dieu, c'est savoir qu'il existe, en avoir des idées non complètes sous tous les rapports, mais assez nettes, assez développées, pour voir suffisamment ce qu'il est par rapport à nous, et ce que nous sommes par rapport a lui, pour en parier d'une manière sage et raisonnable, pour avoir la conviction intime et profonde de son existence, de sa puissance, de sa sagesse, de sa bonté, de sa justice, encore que nous ne puissions pas les embrasser dans toute leur étendue. Or telle est notre situation sur la terre. Eh quoi! Messieurs, lorsque le grand nom de Dieu retentit à vos oreilles, n'est-ce là qu'un vain son qui se dissipe? ne sentez-vous s'éveiller aucune pensée, aucun sentiment dans vos âmes? Quoi! si nous parl^;," , ^-l'Etre éternel, sans com-
mence^ i« et sans fin, dont la nature est d'e7"«ifter , à qui l'être est aussi essentiel que la rtmdeur l'est au cercle; qui, indépendant de toute cause étrangère, n'a rien re*i comme il ne peut rien perdre ; qui demeure toujours inaltérable, toujours le même, tandis que, dans ce monde, tout passe, tout s'use comme un vêtement; qui 1. 8*
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seul est véritablement , parce que tout le reste des êtres tient de lui une existence empruntée, devant qui l'univers est comme un néant, toutes les nations comme si elles n'étoient pas, et qui peut dire de lui cette parole de nos livres saints : Je suis celui qui suis; si nous parlons d'un Etre tout-puissant qui a communiqué à tout ce qui compose cet univers l'être, le mouvement et la vie, peut créer des soleils avec la même facilité que des insectes, a semé les étoiles dans le firmament comme la poussière dans nos campagnes; qui n'a besoin que de sa volonté pour produite, et qui, au commencement, dit : Que la lumière soit, et la lumière fut; si nous parlons d'un Etre souverainement sage qui, par des lois également simples et fécondes, gouverne ce monde visible-, fW-s'i providence embrasse tout sans effort, les môV!1*, étoiles comme l'herbe des champs, les vastes\ .^pires comme l'individu le plus obscur, cor luit les créatures intelligentes à ses fins toujours adorables avec force, mais aussi avec douceur, et se joue ainsi dans cet immense univers; si nous parlons enfin de ce Dieu juste, qui suit en tout les règles de sa souveraine et
de son infaillible raison: de ce Dieu saial dont l'infinie pureté le tient à une distance infinie de tout ce qui est niai; de ce Dieu bon qui, heureux de lui-même, aime à épancher sur ses créatures quelque chose de sa suprême félicité ; si nous tenons devant vous un semblable discours, sommes -nous aussi inintelligibles que si nous vous parlions une langue étrangère, et qui vous fut inconnue? toutes ces pensées n'ont -elles aucune proportion avec notre manière de sentir et de juger? tout cela est-il aussi barbare, aussi absurde, que si nous venions vous entretenir d'un cercle qui fût carré, ou d'un carré qui fût circulaire? ou plutôt l'idée de Dieu n'cstelle pas si raisonnable qu'elle entre naturcll ment dans tous les esprits* qu'elle est plus ou moins développée chez tous les peuples de la terre; que ^/fnoni'be trouve dans toutes Ls 1 ingu^pfaans les ouvrages des plus beaux géuiifc que le monde ait produits, dans les institutions de tous les plus grands législateurs, dant les chants religieux de toutes les nations et de tous les Ages; que le souvenir en est ineffaçable; que la connoissance , sans être parfaite, en est assez distincte, pour devenir
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la règle plus ou moins sentie des actions humaines? Je vous le demande, parler de la cause intelligente ou du hasard; d'un Etre puissant et sage qui opère avec choix et raison ou dune aveugle nécessité; d'un Dieu, auteur de l'ordre et des beautés de cet univers, ou de cet univers, résultat du concours fortuit des parties de la matière en mouvement; est-ce donc la même doctrine? L'énoncé de l'une et de l'autre fait -il naître les mêmes idées, ou plutôt n'avez-vous pas sur les deux des notions assez justes pour sentir qu'elles sont en opposition entre elles? Quand je vois un tableau d'un effet admirable, ne puis -je pas nie faire une idée, du moins imparfaite, du talent du peintre, de son intelligence, de sa merveilleuse industrie, encore que je ne puisse...nnprécier exactement les qualités de son esprî . 'u' la manière dont il a su animer la toi: Caire comme revivre sous nos yeux ce qui ( i'est déjà plus? Je vois une vaste cité où tout est en paix, où les personnes et les propriétés sont en sûreté sous la sauve-garde des lois: où la liberté ne dégénère pas en licence : ne puis-je pas me former une idée raisonnable
de L'agent invisible qui tient les ressorts de cette sage administration, encore que j'ignore le mode dont il les met en jeu et les fait concourir au bien de tous? Et s'il est vrai que ce monde n'est qu'un enchaînement de causes secondes et de leurs effets, ne puis-je pas avoir l'idée de la cause première, de l'Etre auteur et ordonnateur suprême de toutes choses; encore que , dans sa manière d'exister et d'agir, il échappe à mes pensées? On peut donc avoir l'idée de Dieu, tout incompréhensible qu'il est; et n'est-ce pas en avoir l'idée que de savoir qu'il est incompréhensible?
Dieu , dit-on , est incompréhensible ; il est vrai, vous ne comprenez pas son éternité. Biais l'éternité d'un être quelconque est rigoureusement démontrée : par là même que quelque gbg|gest aujourd'hui, il faut néce-ssaireT"a*it que quelque chose ait toujours été; car, savant tout ce qui a commencé quelque chose n'existoit pas, il n'y avoit donc que le néa^t, et s'il n'y avoit eu que le néant, il ri y auroit que le néant encore : le néant ne pent rien produire; il est donc un Etre in ci éternel, existant avant tous les temps; ja-
102 EXAMEN DF.S PRINCIPAUX ARGUMENS mais il n'a commence, jamais il ne finira. La mesure de sa durée passée , c'est L'éternité; la mesure de sa durée future, c'est encore 1 éternité; ce qui a fait dire à Pascal que l'homme est un point placé antre deux éternités. Que cet Etre éternel soit Dieu ou la matière, il importe peu ici; voilà toujours les athées forcés d'admettre l'éternité d'un être quelconque, chose de toutes la plus incompréhensible. Tous ne comprenez pas la création , comment l'univers est sorti du néant; mais prenons garde ici d'attribuer aux adorateurs de la Divinité des idées absurdes qu'ils n'ont pas. On ne dit pas que le néant soit une cause productrice qui ait fait le monde ; on ne dit pas que le néant ait fourni la matière dont il est composé; que la matière ait été extraite des abîmes du néant, comme on extrait les métaux des mines qui les "recelés* vil y auroit alors contradiction dans les termes, a>- urdité manifeste. Mais on dit que Dieu, par sa/ puissance infinie , a donné l'existence à ce qui ne l'avoit pas; que ce qui était possible darii ks idées de son entendement divin, il l'a rendu réel par la force de sa volonté. Sans doute nous ne concevons pas cette manière d'ope-
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rer; il faudroit être dans Le sein de la Di\inité pour comprendre quelle est sa manière de vouloir et la puissance de sa volonté: si par notre expérience personnelle, par notre sentiment individuel, nous ne connussions pas ce que c'est que le vouloir dans 1 homme, il nous seroit impossible de nous en faire une idée, comme il est impossible au sourd de naissance de concevoir le son, à l'aveugle-né de concevoir les couleurs. Ce seroit une pensée liasse et terrestre que de transporter à la Divinité ce qui ne convient qu'à l'homme, borné dans son pouvoir, comme dans ses conceptions. L'homme peut bien donner aux objets préexistans de nouvelles formes; il peut modifier la matière et non la créer; mais au contraire, infini dans sa puissance, Dieu donne l'existence actuelle à ce qui n'avoit qu'une ex"' r nce pussible, et c'est ce qu'on appelL, Créer, tirer du néant. Ne faut -il pas qu'il* ait une différence infinie entre le pouvoir de 1 homme et le pouvoir de Dieu? et si la iiiissance bornée peut créer des modifications, pourquoi la puissance sans bornes ne pourroit-elle pas créer des êtres? Nous avons en nous-mêmes une image imparfaite de
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cette puissance créatrice. Voilà, je suppose, mon bras immobile; cet état de repos est Pab-j sence, le néant du mouvement; je veux, et mon bras se remue; son mouvement possible s'est réalisé; son mouvement, qui étoit dans une sorte de néant, en a été tiré par un aetc de ma volonté: espèce de création imparfaite, qui est une figure de la création parfaite, dont Dieu seul est capable.
Dieu est incompréhensible; mais comprenez-vous bien comment votre mémoire vous rend présent le passé qui n'est plus, comment votre pensée s'élance dans tous les mondes à la fois, comment votre ame anime toutes les parties de votre corps? Nous ne sommes environnés que de choses incompréhensibles; c'est bien aux athées à parler de l'incompréhensibilité de Dieu, à eux dont les systèmes ne sont qu'un assemblage de^^-Jt-s incohérent, de propositions contradict» révoltantes , dont la doctrine est si incroyable qu'elle entre à peine dans quelques esprits singuliers; en sorte qu'on ne peut être athée que par un excès de crédulité. Mais cette observation trouvera sa place ailleurs; je passe » la seconde difficulté des athées.
de l'athéisme. 10,5
On ne voit pas Dieu. Sans doute , si l'auteur de la nature n'avoit pas marqué son ouvrage de son sceau divin , s'il ne s'étoit pas rendu témoignage à lui-même par une manifestation de ses attributs capable d'entraîner tout esprit raisonnable , nous poumons en être réduits à de vagues conjectures, et rester flottans dans 1 incertitude et le choc des systèmes de l'esprit humain; mais , si tout nous retrace cette haute majesté, si c'est le cri de la raison du genre bumain, de la nature entière , qu'il est un Dieu auteur de toutes choses , digne de nos adorations et de notre amour, cjui sommes -nous pour oser lui demander pourquoi il ne se manifeste pas davantage , et pour exiger de plus grandes lumières, au lieu de recevoir avec reconnoissance celles qn^J ;;~,i:°-.;}onne?\ous voudriez que Dieu ; ^manifestât davantage; mais jusqu'à ,'Jitèl point voudriez - vous qu'il portât cette ïlanifestation de lui-même? Tous ne prétendez pas sans doute que l'Etre infini soit obh^l de se découvrir à un être aussi foible que vous dans l'éclat infini de sa grandeur et de sa gloire. Y oudriez-vous que son existence fût pour vous un fait aussi sensible que celle
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du soleil ou de votre propre corps? mais alors où seroit le mérite de croire en lui? quel mérite avez-\ous de croire à l'existence du soleil que vous voyez de ^s yeux? Juste et bon, mais indépendant, maître et roi de ses créatures, jaloux des hommages d'un cœur droit et sincère, Dieu se présente à nous sous un jour assez frappant pour qu'on puisse l'apercevoir, et sous un voile assez épais pour que nous avons le mérite de croire à sa présence. Yous pensez que le Dieu bon le seroit bien davantage , s'il se rendoit plus sensible à vous ; mais le Dieu qui est la bonté même est aussi la souveraine sagesse ; et que savez-vous si dans ses conseils éternels il n'a pas fait sagement de ne pas se manifester davantage? Yous le croiriez encore meilleur, s il étoitplus visible; et u^\2!'~? le croiroit meilleur, s'il lui donnoitplus de saiîKr 4olus d'esprit, plus de puissance. Ainsi la DivinV;> .eroit assujettie aux vains caprices des bom/Ces; et il faudroit que leurs idées arbitraires devinssent la règle de celui qui est la suprême raison. Je conçois très-bien comment Dieu est tout à la fois visible et caché : visible dans ses œuvres, qui sont comme autant de miroirs
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OU se réfléchissent ses perfections adorables; et caché à cause des ombres qui enveloppent son infinie majesté : c'est le soleil caché derrière un nuage. Plus loin de nous, la Divinité pourroit échapper à nos regards ; plus rapprochée, elle nous entraîneroit avec une impétuosité qui ôteroit à l'homme sa liberté, et toute l'économie du monde actuel se trouveroit renversée. C'est par la droiture de cœur, par la bonne foi, parle désir sincère de connoître la vérité, que nous sommes estimables aux yeux du juste appréciateur des choses : qui le cherche avec des intentions pures, le trouvera. Il est une pensée de saint Augustin, souvent répétée , mais qu'il faut rappeler toujours, parce que toujours on l'oublie, et que nous allons répéter dans li" — | jons mêmes de Pascal : « Il y 3 yez de lumière pour ceux qui ne » di'Sfent que de voir, et assez d'obscurité y> polir ceux qui ont une disposition con- » traire (l). »
«est ici, comme en tout, que le christianisme se montre éminemment raisonnable, et que nous pouvons observer com-
(1) Chapitre xvin, n°. 2.