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tendre par des voies digues de lui; que le Dieu juste, infaillible appréciateur des choses, ne sauroit voir du même œil, et celui qui viole ses devoirs avec audace, et celui qui les remplit avec fidélité:, que le Dieu bon n'est pas sans amour pour ses créatures; qu'il aime dans elles son image et les dons qu'd a daigné leur départir; que le Dieu tout-puissant n'est pas semblable à l'homme, dont l'action est bornée, ainsi mie les lumières; mais qu'il embrasse, voit et fait tout d'une simple vue; qu'on ne doit pas craindre qu'il soit comme accablé sous le poids du gouvernement du monde , et comme embarrassé dans l'immense variété des détails. Il a dit, et tout a été fait; il veut, et tout s'exécute. Or, avoir ces notions de la Divinité, de sa sagesse, de sa justice, de sa bonté, de sa puissance, et ne pas croire à son empire, à son Vyion sur l'espèce humaine, c'est-à-dire, à s.^pro- \idence dans l'ordre moral, ce serç^t le plus étrange et le plus inconséquent;1- ^c tous les systèmes.
Et qu'importe de croire en Dieu , si vous n'en faites qu'une idole reléguée au fond
DANS L'ORDRE MORAL. 2l£)
de rOlympe, qui auroit dos yeux pour ne pas voir, et des oreilles pour ne pas entendre ; si vous désarmez sa justice , si ïous le représentez comme un père sans bonté, comme un monarque sans puissance, comme un juge sans équité? Vous conservez le nom de Dieu , et vous avez tous les effets de 1 athéisme. Un Dieu étranger à la conduite des hommes est pour eux comme s^il n'étoit pas : disons donc qu'un Dieu sans providence est un monstre forgé par les passions en délire, impatientes de porter un joug qui les importune; c'est là un athéisme pratique, moins conséquent, et tout aussi fécond en suites funestes que l'athéisme d'opinion.
C'est donc le cri de la raison , du genre humain tout entier, qui! y a une Providence : atrïsi je crois devoir aujourd'hui m'att,; Jier bien moins à développer liés preuVjs de cette précieuse doctrine, qu'à dissiper les ténèbres dont les sophistes cher* che^f à la couvrir. ÎNotre intention n'est pas -ue dissimuler les difficultés; nous les exposerons avec franchise. Souvent les fausses doctrines contribuent à faire ressortir
2ilO 3LA PROVIDENCE
la véritable, connue les ténèbres donnent plus d éclat à la lumière. Ainsi, venger des attaques de l'incrédulité la Providence considérée dans l'ordre inoral , tel est le but de cette conférence.
Je crois entendre \\m disciple d'Epieurc ott de liayle élever j$ifla voix, et me dire : On doit juger de la cause par les effets ; et, h. il est permis de s'exprimer en langage vulgaire, à l'œuvre on connoît l'ouvrier. Or, dans ce monde moral , où sont les traits d'une bonté , d'une sagesse , d'une justice infinie qui préside aux destinées humaines? Sous un Dieu juste, pourquoi parmi les hommes cette distribution inégale des email tés de l'esprit et du corps, des rangs et îles conditions , des biens et des maux ? n'est-ce pas une partialité que daccorder à l'un ce qui est refusé à l'autre? Sous un Dieu bon, pourquoi ces peines, ce» souffrances qui font de la terre un séjœlr de larmes? sous un Dieu qui est la sagesse et la sainteté même, pourquoi ces désoraju^, ces vices, ces crimes qui souillent la face deS nations? pourquoi le mal? Si Dieu n'a pas voulu l'empêcher, que devient sa bonté?
si, le voulant, il ne l'a pas pu , que devient sa puissance ? Encore , si le mal n'étoit qu'un léger accident qui ne troublât pas l'harmonie de l'ensemble; mais l'histoire des hommes est constamment celle de leurs vices et de leurs calamités : même trop souvent on v voit que le sort de l'homme de bien est pire que celui du méchant. Quoi de plus indigne de l'Etre souverainement parfait qui gouverneroit le monde? Adorateurs de la Providence, qu'avez -vous à répondre ? Tel est, Messieurs, le langage du bel esprit égaré par l'orgueil et le libertinage.
Ainsi donc premièrement, l'inégalité soit ♦les dons accordés à l'homme par le Créateur, soit des rangs et des conditions dans la société; secondement, les maux et les souffrances qui nous rendent malheureux : troisièmement, les désordres et les vices qui souvent l'espèce humaine, voilà ce que l'on prés jite comme inconciliable avec la Pro- \ide#ce. Toutes ces plaintes s'évanouissent, s ■' est vrai que cette vie n'est qu'un passage à une vie meilleure , et qu'il existe un monde avenir, où sera complètement réparé tout ce qui peut raisonnablement
l'I'l L,A PROVIDENCE
nous choquer dans le monde présent. Mais, avant de nous élever à cette haute considération, qui est la dernière solution de toute difficulté, discutons les plaintes qu'on vient de former contre la Providence, et faisons voir qu'elles sont quelquefois entièrement injustes, et toujours du moins exagérées.
En premier lieu, ce qui choque certains incrédules chagrins ou irréfléchis, c'est de voir avec quelle inégalité les dons naturels, les rangs et les conditions sont répartis parmi les hommes. On vou droit donc que tous les hommes naquissent avec le même degré de force dans le tempérament, de beauté dans les formes du corps , de lumières dans l'esprit, de jouissance des biens de la fortune; mais pourquoi la Divinité, maîtresse de ses dons, seroit-elle, dans leur distribution , assujettie à voette rigoureuse uniformité? Quel droit av.msnous à ce que l'Etre souverain, indépendant de ses créatures, prenne pour messie et pour règle de ses faveurs l'étendue de nos désirs? et ne peut-il pas les répandre avec plus de libéralité sur les uns, sans
pour cela être injuste envers les autres? Prenons garde de nous faire de fausses notions de la justice. Sans doute, si Dieu ne vous accorde pas ce qui vous est dû , s il se montre envers vous infidèle à ses promesses , s'il ne vous traite pas suivant vos mérites; alors vos droits sont violés et vos plaintes sont légitimes. Mais, quand nous étions encore dans le néant , le Créateur nous devoit-il de nous en tirer? sétoit-il engagé, en nous appelant à la vie, à nous élever à un degré fixe et déterminé de perfection et de bonheur? étoit-il lié avec nous par un pacte dont nous avons le droit de réclamer la fidèle exécution ? Loin de nous cette extravagante pensée. Je vous prie de bien le remarquer, Messieurs; souverainement heureux en lui-même, Dieu n'avoit pa^- besoin de chercher sa félicité au dehors; il étoit parfaitement libre de no s donner l'être ou de nous laisser dans le lisant. Oui, l'existence est pour chacun d'nious un bienfait purement gratuit, que nous n'avions pu mériter, que nous tenons de la seule libéralité du Créateur: mais, s'il étoit le maître de ne pas nous donner l'exi-