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stencc, il l'étoit par là même de nous l'accorder dans un degré plus ou moins pariait, de faire de nous des êtres [dus ou moins limites dans les facultés du corps et de l'esprit; en sorte qu'au lieu de murmurer pour les dons qu'il nous refuse , nous devons Lien plutôt le bénir pour ceux qu'il nous accorde. Qu'un magistrat, qui par état < st également redevable à tous, néglige les intérêts du pauvre pour ne s'occuper que de ceux de l'homme puissant ; voilà une partialité, une odieuse acception de personnes. Que le riche refuse de payer à l'ouvrier le salaire convenu de ses travaux et de ses sueurs; voilà encore une criante iniquité. Mais ici rien de semblable. Le Créateur n'étoit point lié par une convention avec nous; il ne nous devoit rien, pas même l'existence : et où est donc l'injustice de traiter inégalement des êtres à qui rien n'étoiU#[û? Méconnoître un bienfait reçu, parce qv^on en désire un plus grand , auquel on n'&pas le droit de prétendre, qu'est-ce autre clit^ç. qu'une véritable ingratitude?
iXous pouvons dire encore à ces partisans d'une rigoureuse égalité dans le monde mo-
rai : Yomlriez-vous que , dans le monde matériel, tout fût également beau, que, dans les trois règnes de la nature, tous les êtres dont ils se composent fussent uniformes; que tous les rochers fussent du marbre, tous les animaux des lions, tous les élémens du feu? Alors , que deviendrait cette admirable variété , un des plus beaux ornemens de l'univers, dans laquelle éclatent d'une manière si vive l'intelligence, la puissance, l'inépuisable fécondité de son auteur? Or d'où vient qu'il n'y aurait pas la même diversité dans le monde intellectuel et moral? Non, ne demandez pas que tous les capitaines soient des Turenne, tous les philosophes des Descartes, tous les orateurs des Bossuet, tous les sa vans des Newton. Avec votre rigide uniformité, on scroit tonte de croire que Dieu a été .borné dans ses pensées ou dans sa puissance ; qu'il n'a pas été libre dans sesvopérations, qu'il a été entravé par une însLJTiion table nécessité. La variété décèle la nberté et ce pouvoir sans bornes, qui sre joue dans le monde des intelligences, comme dans celui des êtres corporels.
Vous ne voyez jamais que les inconvé-
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biens de ce pian d'inégalité; niais voyez aussi <[iicls en sont les avantages : combien, par ses suites ri ses eilcts, il est glorieux au Créateur et glorieux à L'homme. Quelle merveille de voir comme la Divinité sait faire Servir la pauvreté et la richesse, l'ignorance et le génies la foiblesse et la force à l'harmonie de ses ouvrages; comme, par ses soins, se maintient toujours avi milieu de nous cette étonnante diversité de goûts, de talens, de professions, qui se rapportent à tous es besoins, et oui , par des moyens si variés ou même si contraires, concourent an même but, à la conservation des sociétés humaines! \ ous admirez dans 1 homme la générosité j le courage , la modestie ; toutes ces qualités vous les trouvez glorieuses pour lui; mais , dans le système de parfaite égalité , A ous verriez ces vertusl'perdre leur éclat. 11 est beau de Voir le riche se dépouiller npur secourir le pauvre; mais, sans la richl, sse dans les uns, et le besoin dans les autres lcjue deviendrait la libéralité? il est beau de V^r le puissant s armer pour la défense du foible, et, s'il le faut, se sacrifier pour lui; mais, sans la puissance et la foiblesse, que devien-
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droit cette protection généreuse? C'est dans les privations que se montre la patience, comme la modestie éclate dans la supériorité des talens; et voilà comme les vertus cpii honorent le plus 1 humanité tiennent à ce plan d'inégalité, qui d'abord humilie l'orgueil de ceux qui ne se trouvent pas au premier rang. Ainsi la plainte tirée de 1 inégalité des individus et des conditions est sans fondement.
Je sais Lien que de cette inégalité dans les conditions semble résulter une grande inégalité de bonheur et d infortune. On
diroit au premier coup-d'ceil que tout est bien pour les uns, que tout est mal pour les autres; et voilà ce qui révolte davantage. Ici encore, Messieurs, évitons toute exagération : trop souvent en effet les apparences nous trompent. Le» sens et Fimagination égarent la raison , et nous prenons pour des réalités nos fantaisies et nos caprices. Déchiroiislle voile qui couvre les diverses condili< % de la vie humaine, que verrons-nous? . est que, plus d'une fois, ceux dont nous sommes tentés d'envier la brillante destinée sont moins heureux que nous. Dans notre
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(Hat., tout nous paroît dur- dans les états ou nous ne sommes pas, loul nous paroît beau: nous un voyons les ileurs, nous n'en sentons pas les épines; et l'imagination abusée rêve un changement d'état, qui peut-être, sil étoit réalisé, feroit notre malheur. Une des plus incurables maladies de l'esprit humain est d'être mécontent de ce qu'il a, et jaloux de ce qu'il n'a pas; moins heureux de ce qu'il possède, que tourmenté de ce qu'il désire. H y a long-temps que le poète romain, dans la première de ses satires, a déploré cette inconstance. L'homme du monde envie au solitaire son repos, et quelquefois le solitaire regrette le bruit et le tumulte du monde; si le laboureur voit ses moissons détruites par la tempête, il soupire après le sort des habitans de nos cités. Ainsi l'on s'agite de toutes les manières, pour être ce qu'on n'est pas. Toutefois, si nous étions de bonne foi, nous conviendrions que les ch^<ses sont disposées, tempérées de telle sorte, [<-u il y a dans le bonheur des hommes moins <i inégalité qu'on ne le pense. 11 ne s'agit pas cfecourir ici après des chimères et de nous consoler avec des suppositions arbitran-os: je ne
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dirai pas qu'il existe une compensation rigoureuse dans les destinées humaines, et que, pour tous les individus, la mesure des Liens et des maux est exactement la même; mais je dirai que la différence est moins grande qu'on ne pourroit le croire d'abord. Pour en citer quelques exemples, le pauvre, il est vrai, est privé des jouissances du riche, mais n'est-il pas plus exempt des inquiétudes et des tourmens de l'ambition? il ne se rassasie pas à une table somptueuse, mais le travail assaisonne les mets grossiers qui le nourrissent, et il ne connoît pas les maladies qui assiègent la mollesse. Combien, au sein de la grandeur à laquelle ils sont condamnés , soupirent après les douceurs de la vie privée ! INe voit -on pas les puissans de la terre se dépouiller plus d'une fois avec joie de la magnificence , pour goûter des plaisirs tranquilles? Quel est celui dont le cœm\ne s épanouit pas a ces peintures dune vie siilple et frugale, loin de l'agitation des cornet des villes? JNon, la gloire n'est pas ! donneur. La volupté dégoûte, la grandeur ennuie, la renommée fatigue : vanité dans les plaisirs, vanité dans les richesses, vanité
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dans la science. \ oilà ce qu'a vu le Sage, il T a trois mille ans, et voilà ce que nous voyons encore; et c'est ainsi qu'au milieu de lents conditions inégales les hommes sont plus égaux qu'ils ne paroisscnl L'être. Jétois donc fondé à due que la plainte tirée de L'inégalité de» destinées humaines étoittrès-exauérée.
Mais, dira-t-on toujours, et c'est ici la seconde difficulté, encore qu'il y ait moins d'inégalité qu'on ne le croit, sur la terre tel est 1 ordre actuel des choses que l'homme est malheureux; les chagrins, les maladies, les revers, l'accablent de toutes parts; et, sous un Dieu bon qui gouverneroitce monde, se pourvoit-il que l'homme fut si misérable?
Tachons d'abord d apprécier cette nouvelle plainte, et de la réduire à sa juste valeur. Je conviens que*d'homme ne jouit pas sur la terre d'un bonheur pur et sans mélange; mais l'homme, par là même quul est une créature, est borné dans toutes \ù parties de son être. On ne trome pas et* âge que l'homme ne soit pas assez intelligent pot:, voir d'une simple Mie toutes les sentes dans leur ensemble; qu'il ne soit pas assez puis-
sant pour commander à son gré à toute la nature; qu'il ne soit pas assez vertueux pour posséder toutes les vertus dans le plus haut degré, sans aucune ombre d'imperfection; en un mot, on trouve naturel que l'homme ne soit parfait, ni en lumières, ni en puissance, ni en vertus : pourquoi voudroit-on qu il fût parfait en plaisirs, en santé, en bonheur? Je suppose que, dans un bonheur continu de cent années, un homme éprouvât une légère douleur : sans doute, cet instant de peine ne lui feroit pas méconnoître la bonté di\ine; voudi oit-il ressembler à cet homme ridicule dont parle la fable, qui, mordu par un insecte, s'étonnoit que Jupiter ne foudroyât pas un tel monstre? Que si Diou, sans cesser d'être bon, peut permettre quelques momens de souifrance, pourquoi pas une heure, pourquoi pas un jour; et qui sommes-nous, pour opposer ici nos calculs aux profondeurs de son adorable sagesse?
Q)u''Ii étale, tant qu'on voudra, toutes les
misé «s de l'homme, il est vrai pourtant qu'il
.1 est bien peu qui soient assez malheureux
pour désirer la mort et pour préférer le néant
à Icilt existence actuelle, que, sursaut le. cours
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ordinaire de la *viey nous éprouvons J>i<n souvent des senliinens d<; plaisir cl de fpifcj que les maux que nous souffrons sont presque toujours tempérés par quelques consolations, du moins par l'espérance. L'homme, dit-on , est malheureux; mais, si le malheur peut servir à épurer et perfectionner sa vertu, à développer dans lui toutes les qualités de l'esprit et du cœur, et à le porter au plus haut point d'héroïsme, alors je ne verrai dans ses malheurs qu'un heureux accident qui, dans les vues paternelles de la divine honte, tourne au bien de l'ensemble des choses. L'homme est malheureux; mais, si ses infortunes et ses déplaisirs étoient son ouvrage, pourquoi les imputer à la Divinité? Or trop souvent l'homme ne doit accuser que lui-même de ses malheurs. Soyons plus modérés dans nos désirs, plus réservés dans nos discours, plus raisonnables dans nos projets, plus sobres, plus tempérans, plus éloignés des voluptés et des vices qui énervent à la fois lVne et le corps , et nous verrons disparoître ie«^olus grand nombre des maux que nous souffrons. L'homme, dit-on, est malheureux; mais prenons garde de nous tromper sur le bonheur.
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On 11 est heureux ni par la fortune, ni parles dignités, ni par le savoir, ni par les plaisirs du monde, ni par la solitude: maison est heureux par le témoignage d'une conscience sans reproche : c'est là que se trouvent la paix, le plaisir solide de l'âme, le bonheur; et dans cette matière nos écrivains sacrés se sont montrés bien plus éclairés que tous les sages de l'antiquité. Ce bonheur est au pouvoir de tous, et il n'est au pouvoir de personne de nous le ravir- il est indépendant de tous les accidens de la -\ie humaine; il reste dans nous quand tout périt autour de nous. L'homme vertueux peut bien souffrir, mais, dans le calme de son ame pure, il ne voudroit pas changer sa destinée contre celle des méchans qui sembleraient être les plus heureux des mortels; et les chaînes dont il pourroit être chargé lui seroient plus douces que toutes les couronnes du vice triomphant.
Jrj ru'ici je me suis attaché à faire voir ce qu i y avoit d injuste et d'exagéré dans les plaintes que l'on forme contre la Providence, soit à cause de l'inégalité des destinées humaines, soit à cause des souffrances et I. 10*