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Ainsi, quand je ne peurrois pas sufnsamment éclaircir la question de la permission et de l'existence du mal sur la terre, ma foi dans la Providence n'en seroit point ébranlée; d'un coté je serois ferme dansla vérité, comme de l'autre jeferois sans détour l'aveu de mon ignorance et j'obéirois aux inspirations même d'une raison éclairée, en m 'abaissant devant les hauteurs de la science de Dieu. En tout, Messieurs, il faut savoir s'arrêter; et dans le raisonnement, comme dans la conduite, la véritable force se trouve dans une juste mesure.
Mais ne craignons pas d'entamer la discussion, et, sans prétendre dissiper tous les nuages, présentons aux esprits sages et dociles assez de lumières pour voir que le mal n'a rien d inconciliable avec la sainteté, la bonté, la sagesse, la justice d'un Dieu, qui préside aux destinées humaines.
11 est vrai, le Dieu trois fois saint, dumme l'appellent nos livres sacrés, a une Y*ersi°n infinie pour toute tâche qui souiller^ son Etre divin, une immuable volonté eleV^ie rien faire qui soit indigne de ses perfections : mais le mal ne souille que les créatures qui le commettent, et, au milieu de leurs désor-
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dres, la sainteté de Dieu demeure inaltérable. Et ne pensons pas que Dieu doive être regardé comme l'auteur du mal qu'il permet. Il n'en est pas du monde moral comme du monde matériel; dans celui-ci, tout marche, tout s'exécute par des mouvemens mécaniques, et les phénomènes que nous présente la nature peuvent être considérés comme l'ouvrage de Dieu, toutes les fois qu'ils sont le résultat inévitable des lois dont Dieu seul est l'auteur : mais ce n'est pas ainsi que se gouvernent les esprits intelligens et libres ; l'homme est capable d'agir par raison et par choix; il est doué de la sublime faculté de comparer, de réfléchir, de se déterminer; c'est par là qu'il est ce qu'il est, c'est par là qu'il est raisonnable. La liberté lui a été donnée pour qu'il embrassât le bien par choix et qu'il eût le mérite de le pratiquer : il est vrai que, libre de choisir entre le vice et la vertu, il peut se tourner vers des objets indignes de ses affections, s'attacher à ce c\^C est défendu, faire le mal en un mot; Mis ce n'est pas pour cela que Dieu l'a fait libre; la liberté vient de Dieu, l'abus vient de l'homme; sa détermination au mal est son
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ouvrage. Le mal est si peu la fin que le Créateur s'est proposée, qu'il a donné à l'homme le sentiment du bien, la conscience, le remords, la raison, pour démêler la vertu d avee le > icc , pour éviter l'un et pour pratiquer l'autre, et la religion nous fait connoître tout ce que sa providence miséricordieuse ajoute à la nature de secours divins, pour éclairer nos esprits et remuer nos cœurs. Qui ne voit pas au reste que permettre le mal n'est pas la même chose que le vouloir et le faire? Le maître qui enseigne la dialectique et l'éloquence est-il l'auteur de l'abus qu'on pourra faire de ses leçons pour la défense du ^ce et du mensonge?
Mais, dira-t-on ici, comment la bonté toutepuissante de Dieu n'empêche-t-elle pas tous ces abus du libre arbitre , qu'il lui est si facile d'empêcher? Sans doute, Messieurs, que le Dieu bon doit se manifester par des ^bienfaits, et que tous ses ouvrages doivent porter l'empreinte de sa munificence ; mais i(kUl es^ une réflexion décisive , et que je vous prtade bien saisir, c'est que dans Dieu la bonté n'est pas une sorte de penchant et d'instinct aveugle, sans lumières et sans règle, qui tende
an Lien des créatures sans aucun égard aux autres attribua divins. La conduite de Dieu, dans ses œuvres, ne doit pas seulement présenter le caractère de sa bonté, mais encore celui de sa sagesse, de sa justice, de son indépendance, de son empire souverain sur tout ce qui vit et respire. ]\'est-il pas naturel que ses ouvrages soient l'expression de son Etre divin tout entier, que Dieu agisse en Dieu? Dès-lors, ce n'est pas seulement sa qualité de père quil faut envisager en lui, mais encore celle de souverain maître de l'univers. Père commun de tous les hommes, il doit à tous des marques de son amour; mais aussi , roi et législateur suprême, pourquoi ne pourrait- il pas nous imposer des lois, exiger de nous des hommages de soumission et de gratitude, et faire dépendre notre bonheur de notre fidélité? Les abus du libre arbitre, source du mal, sont déplorables, comme . la foiblesse de notre intelligence, source h tant d'erreurs, est humiliante pour nous; mais, si Dieu n'est pas obligé de nous rendre infaillibles dans nos jugemens, pourquoi seroit-il obligé de nous rendre impeccables dans nos actions? Youdroit-on que,