‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 3)Chapitre 31 sur 35 · JO LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

JO LA PROVIDENCE

pour empêcher le mai, il enchaînât notre liberté, qu'il n'eûl fait de nous que des automates se portant au bien par nécessité? Alors où seroit le mérite de la vertu? Oui, c'est le pouvoir de faire le mal qui donne tant de prix à notre fidélité, qui rend la praliquc de la vertu si méritoire pour nous et .si glorieuse à la Divinité. JNous aimons à ne voir dans Dieu que sa bonté, parce qu'elle nous rassure sur nos désordres, et nous oublions sa souveraineté, parce qu'elle intimide nos passions; mais si nous ne voulons pas nous abuser nous-mêmes en donnant aux obligations de la bonté divine une étendue imaginaire, ne séparons jamais dans Dieu le titre de très-bon de celui de très-grand.

Que si, insistant d'une autre manière, on demande comment le Dieu sage a pu être l'auteur d'un monde plein de désordres, nous répondrons que Dieu est assez puissani pour tirer le bien du mal et même un plus grand bien; que la permission du mal, quûin présente comme contraire à sa sagesse, ne sert qu'à la faire éclater davantage , et que , soTfir~plus d'un rapport, le mal lui-même contribue à la beauté, à la perfection du monde

moral .

moral. En effet, Messieurs, n'est -il pas admirable de voir comment Dieu sait gouverner cette multitude de volontés libres et opposées, régler jusqu'à leur dérèglement même, faire rentrer leurs désordres dans l'ordre universel, et conserver les sociétés humaines malgré le soulèvement et le choc des passions contraires qui tendent à tout confondre et à tout détruire? A ous considérez toujours en eux-mêmes ces vices, ces désordres, qui sont la honte et le fléau de l'humanité, et vous ne voulez pas voir que ce qui est malheureusement un mal trop véritable se tourne néanmoins en une sorte de bien: s'il n'y avoit pas de mal sur la terre , le bien auroit moins de prix, moins de mérite, et seroit bien moins estimé. C'est le vice qui fait ressortir la vertu, comme la tempête fait ressortir l'éclat d'un beau jour. La générosité brille davantage à côté de l'avarice, la pureté des merurs à côté de la débauche; la clémence parofr: jlus magnanime au milieu des fureurs de la vengeance; la paix domestique semble plus touchante au milieu des discordes qui trop souvent agitent les familles. Aiusi l'on j»cut dire sans exagérer que , dans le monde 1. il

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moral comme dans le monde physique^ il

est une sorte de beauté qui vient des oppositions et des contrastes.

Je placerai ici une observation importante, pour nous faire sentir combien nous devons être discrets à prononcer sur les desseins de Dieu et sur la sagesse des moyens qu'il emploie pour arriver à ses fins passagères sur la terre. Placés dans un seul point du temps et Tic l'espace, nous sommes trop accoutumes à ne considérer que l'instant et le lieu où nous sommes, tandis que nous déviions considérer toute la chaîne des siècles; frappés du mal présent, nous ne vivons pas assez pour en voir la liaison avec le bien universel, et, parce que la Providence ne marche pas dans ses desseins aussi vite que nos désirs , nous en prenons occasion de blasphémer contre elle. Les desseins de Dieu sont immenses et nos vues sont bornées. Connoissons - nous assez bien les rapports de ce qui est avec ce qui a été et ce qui sera, sa liaison avec 1^' -plénitude et la fin ultérieure de tous les ouvrages de l'Éternel, pour les soumettre à notre ceïT-^sJj sure? Souvent le temps découvre le but des évènemens, et ce qui est inexplicable aux con-

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temporains qui le voient, est plus intelligible pour la postérité. Ainsi, que l'innocent fils de Jacob, dont nos livres saints ont conservé la touchante histoire, soit vendu par ses frères, qu'il soit esclave en Egypte, précipité dans un cachot, voilà d'abord ce qui déconcerte ; mais, si l'on considère que ses infortunes furent comme autant de degrés qui le portèrent au faîte de la puissance où il devint le sauveur1 de l'Egypte et de sa race, que ses malheurs passagers furent comme le pivot sur lequel rouloient les destinées d'un peuple entier; son sort ne devra-t-il pas exciter plutôt notre admiration que nos murmures ? Trop souvent nos plaintes sont aussi injustes, aussi irréfléchies, qu'elles sont communes.

Lorsque autrefois les peuples barbares du Nord fondirent sur les provinces de l'empire romain, et causèrent tant de ravages au milieu des nations catholiques des Gaules, des Espagnes et de 1 Italie, il arriva que les ehre Tens, foibles dans leur foi, furent tentés de demander comment il se faisoit que le peuple fidèle devînt ainsi la proie de l'erreur et de l'infidélité. Salvien, éloquent prêtre de Marseille, crut devoir prendre la

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plume,, pour arrêter ces murmures et veiagej la Provideiice , dans un ouvrage que nous avons encore. Messieurs, de nos jouis, au milieu do nos secousses politiques et religieuses, et de tous nos effroyables désordres, combien de Français chancelans, égarés, scandalisés, éloient tentés de dire que Dieu ne s'embarrassoit pas de ce qui se païsoit sur la terre! Qui de nous n'a pas eu peut-être l'oreille frappée de ce langage? Et pourtant qu'est-ce que tout cela aux yeux de celui qui règne dans l'éternité? Avec nos murmures et nos blasphèmes, au sujet de nos maux, nous ressemblons à l'insecte qui croiroit que le globe est bouleversé tout entier, parce qu'une goutte d'eau auroit pénétré jusqu'à sa demeure. Oui , il y a toujours quelque dessein caché dans ces cîiocs et ces bouleversemens, qui changent de temps en temps la l'ace des nations. Si le ciel daignoit nous révéler ses secrets , nous verrions combien la sagesse en est profonde. Et nousbrpêmes , tout bornés que nous sommes, ne pouvonsnous pas entrevoir quelques raisons de ces* révolutions étranges, qui agitent les peuples. Pourquoi des révolutions? c'est, Messieurs,

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pour châtier des nations criminelles .5 la justice divine s'exerce principalement dans la vie future sur les individus, et uniquement dans la vie présente sur le corps des nations. Lorsque la mesure des vices, des désordres', de l'irréligion dans les princes, les grands et le peuple, est à son comble, la vengeance éclate* le Dieu jaloux des hommages publics d'une nation la punit visiblement de sa révolte et de son ingratitude. 11 fait sentir aux puissans qu'ils ne donnent pas impunément aux peuples l'exemple de la licence et de l'impiété, et aux peuples qu'ils ne sauroient suivre impunément ce funeste exemple. Pourquoi des révolutions? c'est pour apjn'endre à ceux qui affectent de 1 ignorer, que Dieu, maître souverain, fait mourir, quand il lui plaît, les royaumes comme les particuliers, et pour nous avertir de porter nos espérances au-delà de cette terre, où tout n'est qu'agitation et qu'incertitude ; c'est pour y jgénérer des peuples dégradés , abâtardis par tous les vices; pour les tirer de leur profonde léthargie. Il en est de si profondément ensevelis dans le sommeil de l'indifférence, qu'ils ne sauroient s'éveiller qu'au

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bruit do ces effroyables tempêtes. Pourquoi des révolutions? c'est pour ramener les peuples égarés par le mensonge à des doctrii» s nécessaires, et trop long-temps méconnues. Quand les mauvaises ont prévalu, quand tous les principes conservateurs de la morale et de l'ordre public sont foulés aux pieds, et qu'on a contracté l'habitude d'appeler mal ce qui est bien , et bien ce qui est mal,- comment désabuser les esprits? Est-ce par la raison? mais elle n'est pas écoutée dans le bruit de toutes les passions déchaînées et frémissantes. Est-ce par l'autorité de l'expérience? on n'y voit que des préjugés, fruit de l'ignorance et de la crédulité. Estce par l'autorité des sages? ce ne sont plus que des esprits timides, esclaves de maximes surannées. Où trouver donc le remède à cette profonde maladie des esprits? Pour la guérir, il faut une expérience actuelle, frappante, sensible à tous. Que fait donc la Providence? elle retire sa main, elle abandonne 1U* hommes à leur intempérante sagesse; elle permet qu'emportés par la fougue de leur raison ' en délire, ils se précipitent hors des barrières sacrées de la religion et de la vertu; et tout

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à coup le monde moral et politique se déconcerte, les ressorts se brisent, les appuii ehancèlent, l'édifice social s'aiTaiïse et tombe sur ses ibndemens ébranlés. Ce n'est plus qu'un ebaos de licence et d'impiété. Cependant le mal sera guéri par ses excès mêmes ; du sein de l'anarchie et de toutes les calamités réunies ensemble, l'homme sent le besoin d'un frein et d'une autorité tutélaire ; tous les regards se tournent vers celui qui commande aux vents et aux tempêtes; la terre s'éclaire par ses m ailleurs, elle se renouvelle par l'énormité même des maux qu'elle endure, et, du milieu des ruines du monde écroulé, sort une voix puissante qui crie au loin avec l'éclat de la trompette : Et maintenant comprenez, 6 rois, instruisezvous^ vous qui êtes appelés à gouverner la terre : Etnunc, reges, intelligite, erud'nnuii qui judicalis terrain.

Nous venons de faire sentir, Messieurs, que c'est])} Ii légèrement qu'on présente quelque- Ibis ki permission du mal comme inconciliable avec la sainteté, la bonté, la sagesse de Dieu. Mais on peut dire enfin, et c'est iri Le dernier terme de la difficulté : JNou-seu-

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lcment Dieu permet Le mal, mais il le permet de manière que le sort de la vertu en est jure que celui du vice, et c'est là un désordre qui accuse sa justice. La réponse à cette dernière plainte va compléter celle que nous avons donnée aux plaintes précédentes, et détruire celles-ci dans tout ce qu'elles pourroient avoir de plus légitime.

"Vous êtes choqués avec raison des humiliai ions et des souffrances de la vertu, des prospérités et des triomphes du vice: c'est là un véritable désordre. Mais oseriez- vous Lien assurer que Dieu ne trouvera pas dans les trésors de sa puissance et de sa sagesse quelques moyens de réparer un désordre aussi choquant? Si vous le croyez infiniment sage, crovez aussi que, dans ces désordres qui vous offusquent, il y a quelque ordre caché. Yous aurez beau faire, jamais les sophismes ne pourront étouffer dans vous ce cri de la nature, de la conscience, du genre humain tout entier , qu'il y a une Providen^. Que si vous ne voyez pas clairement comment peut se concilier avec sa justice le sort du vice et de la vertu sur la terre, il seroit Lien plus sage d'avouer votre insuffisance que de

vous prévaloir de quelque vains argumeus. Méconnoîtrc une vérité aussi éclatante que celle d'une Providence , parce qu'elle est enveloppée de quelques obscurités , ce seroit méconnoître l'existence du soleil, lorsqu'il est caché derrière un nuage. N'y eût-il qu'un seul moven de justifier pleinement la Providence , vous devriez l'embrasser avidement, plutôt que de vous livrer à des murmures. Or n'est - il pas possible que ce que vous vovez soit lié avec un autre ordre de choses, que vous ne vovez pas encore; que ce monde imparfait soit l'ébauche d'un monde bien plus régulier, où tout sera remis à sa place? Pourquoi ne pas penser que l'Etre infini a des desseins infinis? ]Yest-il pas na~ turel que l'Etre éternel travaille pour l'éternité? "Voyez les choses sous ce point de vue, et tous vos doutes seront dissipés. Quel pourroit-être , en etlet, le sujet de vos plaintes? Jgs prospérités du vice? mais elles sont si fM ,Jagères ? et doivent le couvrir de tant de confusion devant le tribunal indéclinable du Juge suprême. Les combats de la vertu? ils lui assurent une couronne immortelle. Les souffrances du juste? elles seront converties

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on un poids immense de gloire et de félicité.

Je le ferai observer en passant, et par anticipation : je ne puis qu'admirer ici cette religion chrétienne, qui, en nous découvrant dans la dégradation primitive la source de nos maux (l), nous en découvre le remède ; (fui, ajoutant de nouvelles lumières à celles delà raison, change en certitude les opinions vacillantes de la philosophie humairie, fixe tous les esprits dans la croyance de la vie future, explique ainsi le monde présent par le monde avenir, et nous apprend que les plus légers désordres qui peuvent être remarqués sur la terre seront complètement réparés dans le règne de l'éternelle justice.

C'est assez, Messieurs, la Providence est suffisamment vengée ; il ne reste ici d'autres obscurités que celles qui sont inséparables de toutes les hautes questions dont peut s'occuper l'esprit humain. Faisons taire pour toujoiusnos plaintes et nos murmures. Sommesnous heureux? sachons faire hommafr à la Providence de notre bonheur. Sommes-nous malheureux? il nous est bien permis de gé-

( i. Nous on toucherons quelque «.hosc dans la Ccnferenec sur les Mystères.

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mir sur nos disgrâces ; mais croyons que Dieu ne frappe que pour sauver. Ne parlons plus des jeux de la fortune, ne voyons en tout que les desseins manifestes ou cachés de la suprême Sagesse. Oui, il se joue dans cet univers, celui qui règne au plus haut des cieux; embrassant dans les soins de sa providence 1 insecte qui rampe sous l'herbe, comme le soleil qui nous éclaire, le berge* dans sa cabane, comme le monarque sur son trône; grand dans sa justice quand il frappe les nations, grand dans sa miséricorde quand il les ressuscite, grand dans ce monde qui n'est pourtant qu'une ombre de ses desseins éternels, grand surtout dans le siècle futur, où il doit mettre la dernière main à ses ouvrages; toujours et partout digne de nos adorations et de notre amour-, lui seid demeure, tandis que tout passe sous ses veux, et que les œuvres les plus fermes de la main des hommes rendent tôt ou tard par leur chut Tun hommage éclatant à son immutabilité.

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SPIRITUALITE

Oi Fou voit des savans s'occuper avec une ardeur infatigable de la structure du corps humain , de ses organes, de son mécanisme, pour mieux connoître les moyens d'en conserver et d'en réparer les forces, de prévenir ou de soulager les maux de l'humanité; s'il en est même, qui, se bornant à des vues moins utiles, n'ont d'autre but que d'observer dans l'homme les variétés de ses couleurs, de ses formes, de ses habitudes physiques, pour en faire la description , comme on fait celle des plantes ou des minéraux; se pourroit-il que l'étude de l'homme , dans ce qu'il a de plus, ^oble et de plus élevé , dans les qualités cr son esprit et de son cœur, fût pour nous dépouillée de charmes et de tout intérêt?

Serions -nous tellement plongés dans les choses matérielles, que tout ce qui est

placé au-delà dos sens ne nous parût qu'une chimère, ou tellement absorbés par des calculs arides et d'une évidence grossière, que nous n'eussions que de l'aversion et du mépris pour les choses morales, spirituelles, qui n'en sont pas moins réelles pour être moins palpables? Oui , de nos jours surtout, à force de composer et de décomposer les corps, d'en manier en quelque sorte les ressorts physiques, de nous perdre dans le détail immense des élémens et des parties de ce monde visible, de nous enfoncer dans des calculs sans fin, éloignés de tout ce qui tient à nos devoirs, il semble que nous y avons épuisé toutes nos facultés; que l'esprit n'a plus de pensées, le cœur plus de sentimens , l'imagination plus d'essor, ni pour s'élever à fauteur de toutes choses , et se pénétrer de sa grandeur, de sa puissance, de ses bienfaits, ni pour nous occuper de nous - mêmes , de notre ame , de sr 'facultés et de ses destinées. Toutefois, quoi de plus digne de nos pensées et de nos méditations? Laissons, Messieurs, laissons une philosophie tout animale n'estimer, n'affectionner que l'homme animal:

-:»i S.l'll.i il \|,nï; DE L'AME".

en vrais philosophes, sachons l'envisager dans cette intelligence , quienfail le roi <ula nature, dans ses rapports avec la Divinité, qui ennoblissent son rire, et d'où découlent ses devoirs religieux; dans ses rapports avec ses semblables, qui le lient à 1 humanité tout entière, et d'où découlent ses devoirs domestiques et civils. IS'allons pas nous borner aux décorations qui embellissent les dehors du temple, mais pénétrons dans le sanctuaire pour en admirer la richesse et la magnificence. La grandeur de l'homme n'est pas dans cette partie de luimême qui passe et qui meurt; sous ce point de vue, il ne ressemble que trop à la brute , vivant et périssant comme elle : sa grandeur véritable est dans son intelligence. Eh quoi! cet esprit qui vit et pense dans moi, plus actif que la flamme, plus rapide que l'éclair, plus grand que l'univers qu'il embrasse et qu'il mesure dans ses conceptions; cet esprit, qui, paroissant se multiplier, y^-mble être à la fois dans tous les temps et dans tous les lieux, vit dans le présent par le sentiment actuel, dans le passé par le souvenir, dans l'avenir par la prévoyance, et

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qui, franchissant les bornes dû temps et de l'espace, s'élance dans l'infini; cet esprit n'estil nas bien pins digne de nous occuper, que ce corps qui n'est après tout qu'un amas de \ile poussière?

Si l'on me demandoit de dire nettement ce que j'entends par cet esprit dont l'homme est animé , je répondrois sans balancer cfiic j'entends une substance intelligente , dégagée de toute matière, tout être réel qui n'est pas corps : voilà ce qu'on appelle esprit. Serions -nous assez peu philosophes pour regarder comme chimérique tout ce qui n'est pas corporel, et juger des idées de l'entendement d'après les fantômes de l'imagination? Quoi donc ! faudra-t-il que nous soyons athées, parce que nous ne saurions attribuer à la Di\inité les dimensions et les propriétés de la matière? La pensée n'est- elle pas quelque chose de réel? n'est-ce donc qu'un pur néant? Et toutefois p/ Ht. -on se la représenter sous des images sensibles , lui prêter une figure carrée ou cubique, la peindre sur la toile avec des couleurs? Ainsi, loin de nous cette opinion grossière qu'il n'est rien de réel au-delà de

oc qu'on .peut imaginer; Vous ne concevez pas bien la nature d'un être incorporel} mais, dans la réalité, connoissez-vous bien la nature des corps? vous en voyez les propriétés, la invisibilité, la solidité, la mobilité; mais quel est le fond, quelle est l'essence intime de la substance douée de ces qualités? Où est le physicien qui se flatte d'avoir pénétré ce mystère? Soit que nous observions la substance étendue, soit que nous observions la substance simple, nous ne pouvons apercevoir que les qualités qui leur appartiennent; et dans l'un et l'autre cas, ce que nous nommons substance, c'esta-dirc, sujet ou soutien des qualités, nous est également inconnu (1). Mon dessein, aujourd'hui , Messieurs, c'est d'établir que l'aine est une substance différente du corps, qu'elle est spirituelle. Rien de plus lumineux que les preuves de cette doctrine, rien de plus vain que les argumens qui h combattent, v

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