L'EXISTENCE DE DIEU
d est une chose Lien frappante sans cloute, aux yeux d'un vrai philosophe, que l'accord du genre humain à professer l'existence de la Divinité, à lui rendre un culte et des hommages d'adoration et de dépendance, accord aussi ancien, aussi universel, aussi durable que le monde ; accord qui embrasse les savans comme le vulgaire, les nations les plus polies comme les plus sauvages. Oui, tout ce que les siècles ont produit de plus beaux génies, d'hommes plus éminens en savoir comme en vertus, ont ici pensé comme le peuple : on ne doit excepter que quelques personnages singuliers, qui ont paru de loin en loin pour troubler de leur voix sinistre ce concert de toute la terre, et qui semblent être dans 1 ordre moral ce que sont dans le monde physique ces productions bizarres
lit DR L'EXISTENCE DE DIEU,
que Ton voit sortir des luis ordinaires de la nature. L'alliée se fait gloire de se roidir contre la croyance du monde entier; ingénieux à se dérober à la lumière ou à l'obscurcir par ses sophismes, il se fait une sorte de triomphe d'être scol contre le genre humain. Si vous lui parlez de l'universalité de cette croyance religieuse, il tAclicra de vous découvrir dans quelque coin du monde quelque peuplade Lien stupide, dans laquelle on ne voie, s'il est possible, aucune trace de cette doctrine; si vous présentez cette croyance unanime de tout le genre humain comme la voix de la nature, de la raison et de la vérité , il n'y verra que l'effet de l'ignorance et de la crédulité, et plutôt que de penser ici comme le peuple , il aimeroit mieux ne voir dans le sens commun qu'un préjugé populaire ; enfin , si , le pressant de sexpliquer, vous lui demandez d'où a pu venir, parmi les hommes, une croyance aussi vnivcrselle, aussi ancienne, aussi enracinée que celle de l'existence d'un Dieu, il vous dira qu'elle est l'effet de 1 imagination égarée par la peur, de la politique des législateurs. Siùvons l'athéisme dans tous ses détours. Oui,
PAîl LA FOI DU GENRE EUilAIN. Il5 c'est la foi du genre humain quil y a un Dieu, première vérité : cette croyance vient de la nature et de la plus pure raison, seconde vérité : rien de plus frivole que ce que l'athée imagine pour l'expliquer, troisième vérité; c'est tout le sujet de cette Conférence.
La croyance du monde entier est un fait: et les faits ne se prouvent pas par des conjectures, mais par des témoignages. Les annales du monde, les monumens historiques de tous les genres, les relations des voyageurs, voilà ce quil faut ici consulter, et voilà aussi ce qui va nous apprendre que les nations et les siècles, le monde ancien et le nouveau, sont unanimes dans la crovance de la Divinité. iNous pourrions d'abord interpeller les impies, et leur demander de nous citer une seule contrée de la terre dont il fût possible, je ne dis pas de conjecturer, mais de démontrer qu'elle fut ou qu'elle est athée, privée de toute idée même la plus grossière d'une divinité quelconque. Jusqu'ici leurs efforts en ce genre ont été vains , leurs prétentions ont été démenties, et la seule impuissance où ils sont de citer un seul peuple
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entièrement plongé clans l'athéisme prouverait assez fju iJ n'existe pas : tout ceci va être mis dans le plus grand jour- et d'abord quelle a été la croyance de l'antiquité?
Remontez dans les Ages les plus reculés; parcourez les peuples qui, dans les temps anciens, ont habité le globe, les plus policés comme les plus barbares; en trouverez -vous un seul qui n'ait été imbu d'une connoissance plus ou moins développée de la Divinité? Phéniciens, Chaldécns, Egyptiens, Perses , Indiens , Grecs , Romains , tout est ici d'accord. Les temps fal mieux sont remplis de l'histoire des dieux et des demi-dieux; dans les philosophes, les historiens, les poètes, ïes orateurs de la Grèce ou de Rome, qu'on nous a mis en main dès nos plus jeunes années, que voit-on autre chose que des traces bien marquées de la foi de toutes les nations? Que signifient les autels, les temples, les sacrifices, les fêtes religieuses, les statues des dieux, les hymnes sacrés , les apothéoses, l'Elisée et le Ténare? tout cela n'a-t-il pas une liaison manifeste avec le dogme de la Divinité? « Jetez les yeux sur la face de la terre , » disoit Plutarque , vous pourrez, y trouver
PAR LA FOI DU GENRE fiUMAIÏî. 1 17 )) dos villes sans fortifications , sans lettres;, » sans magistrature régulière, des peuples » sans habitations distinctes, sans professions )) fixes, sans propriété de biens, sans l'usag<3 » des monnoies, et dans l'ignorance univeT- » selle des beaux arts 5 mais vous ne trouve- » rez nulle part une ville sans connoissamv » de la Divinité. )) On sait que Cicéron (1) et Sénèque (2) ont tenu le même langage. A oilà des témoignages bien positifs de ce qu'il y a de plus grave et de plus savant da? s l'antiquité. Que sont ici quelques passais obscure, équivoques, de certains écrivains sur le prétendu athéisme de certains peuples dont le nom est à peine connu? 11 faut le remarquer, Messieurs : un peuple, sans être coupable d'athéisme proprement dit, peut en paroître suspect, soit parce que, dans si s mœurs impies et féroces, il viole toutes les lois divines et humaines révérées des autres peuples, soit que, dans sa vie errante et son indépendance sauvage, il ne laisse pas apercevoir des traces bien marquées de culte ^ !
' 1 ) Ciccr. Tuscul. lib. I. 11e. iJ. ■'■>' S( noc. epî t. 117.
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de religion publique!, soit qu'il méprise le culte de quelque divinité eh ère à ses voisins, soit que reeonnoissant une divinité suprême il ne Fndore pas, ou qu'il n'adore que des dieux subalternes, comme on l'a observé de quelques peuples sauvages. Ainsi, dans les Juifs si distingués du monde idolâtre par leur religion , 1 line ne voyoit que d'insignes contempteurs des dieux (1 ). Ainsi dans son oraison pour Fontcius (2), Cicéron, entraîné par 1 intérêt de sa cause, traite les Gaulois comme des impies, sans foi, sans probité; se plaît à rappeler leur expédition contre Delphes : et pourtant César, qui sans doute les connoissoit bien , nous les peint comme une nation extrêmement religieuse, nationem i,mn-?m adinodtim fuisse deditam religionibus (5). Ainsi les premiers chrétiens, parce qu'ils av oient en horreur les dieux de l'Empire, étoien t accusés d'être des sacrilèges et des athées. IVallonsdonc pas, sur quelques vagues allégations, accuser un peuple d'athéisme.
(1) Hook, tome I, pngo ïG, gentem contiimeUd numin uni ùisignem .
(2) Cap. c), 10.
(3) De Bell, gall., lib. VI . cap; 1G
Oui, la foi à la divinité étoit si universelle chez les anciens que Lucrèce félicite Epicure, son maître, d'avoir été comme le premier qui eût osé lutter contre le genre humain et lever la tète au milieu des peuples, courbés, disoit-il, sous le joug de la superstition (1).
Ce n'est pas tout, Messieurs , encore que les anciens aient été plonges dans des superstitions ridicules et monstrueuses, quils aient peuplé la terre et les cieux dune foule de divinités chimériques, la connoissance d'un Etre suprême, d'un Dieu souverain, maître des autres dieux comme des hommes, étoit répandue parmi les sages, et même parmi le peuple beaucoup plus qu'on ne le pense communément.
Je fais observer d'abord que les Juifs adoroient le Dieu unique, le Créateur du ciel et de la terre, et l'on sait que leurs livres sacrés ont célébré sa grandeur et sa gloire dans une poésie toute divine, qui efface celle des Grecs et des Romains. Or, il est impossible que leur commerce avec les autres nations n'y ait pas plus ou moins ré-
(i) Lib. I. yersu 63 et scq.