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micrs âges du chi istiani nie, et qui sont connus sous le nom de Pères Je l'Eglise, un jeune incrédule scroit tenté peut-être de sourire de pitié, de se figurer des théologiens barbares, sans goût et sans politesse, <jui dissertent pesamment sur des subtilités scolastiques, et dont ne doit guère s'inquiéter un boni me d'esprit. Enfui si vous rappeliez cette suite de beaux génies qui, depuis !a naissance des lettres en Europe, ont professé le christianisme, on se permettra d'élever des doutes sur leur croyance, on la présentera comme suspecte ou comme peu éclairée, ou bien on n'y verra que le tribut payé par de grands hommes à la foiblcsse humaine; mais les Idéaux esprits incrédules du siècle qui vient de finir, et ceux qui se déclarent leurs disciples, voilà les dignes précepteurs du genre humain, voilà ceux qui, environnés de nouvelles lumières, fruit de nouvelles découvertes, ont le droit de se faire écouter comme les oracles de la raison.
Avec quelle avidité une jeunesse inconsidérée écoute ces agréables mensonges !
comme elle se plaît dans ces assertions va-
gués et perfides qui tendent à la débarrasser du joug d'une religion importune pour des passions chéries! Si la jeunesse rencontre des hommes distingués dans le monde savant et littéraire qui soient irréligieux, leur réputation de savoir et de lumières la subjugue, elle oublie tout ce que la religion compte pour elle de grands hommes dans les siècles passés ; elle se persuade que la foi ne peut s'allier avec la science et les lumières, et volontiers elle diroit :
Croire en Dieu fut un fort ptrmi-; à ros incttrcs.
Discutons toutes ces prétentions de la moderne incrédulité. Dans une première conférence , parlons de ceux qui ont professé le christianisme, et dans la prochaine nous verrons ce qu'il faut penser des beaux esprits incrédules. Est- il vrai que la primitive Eglise n'étoit composée que de chrétiens pris dans les dernières classes de la société? est-il vrai que les docteurs et les Pères de l'Eglise chrétienne ne soient, en faveur de la religion, d'aucun poids et d'aucune autorité? est- il vrai enfin qu'on doit à peu près compter pour rien la foi
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des beaux génies qui ont été chrétiens en Europe depuis trois siècles? trois question* qui vont faire le sujet de cette conférence.
Si quelque bel esprit incrédule nous faisoÉ observer que les apôtres, choisis par Jésus-Christ pour être les premiers fondateurs de sa religion, étoient des hommes sans éducation et sans lettres, loin de le désavouer, nous le confesserions hautement. Oui, les apôtres, par leur naissance et leur condition , n'a\oient que l'ignorance en partage; ils n'a\ oient pas été formés dans les écoles de Rome ou d'Athènes, ils n'étoieut pas initiés aux secrets de la nature , ils étoient étrangers à la politique, sans puissance, sans richesses, sans crédit; et voilà certes un étrange phénomène que douze ignorans, que quelques pécheurs des bords du Jourdain , plus grossiers et moins rusés que ceux qui habitent les rives de nos fleuves, aient commencé dans le monde religieux et moral cette étonnante révolution qui dure et se perpétue depuis dix -huit siècles, et que tous les sages de la Grèce ensemble eussent à peine osé tenter dans
une seule eité. Déjà nous avons fait voir, dans un discours particulier, que cela seul décèle dans le christianisme une force toute di> inc.
Que si quelque sage du siècle faisoit observer encore avec un superbe dédain que les apôtres cherchoient à éclairer les pauvres, les ijmorans, les hommes obscurs delà classe du peuple, loin de rougir pour la religion, nous revendiquerions, à ce sujet, pour elle un titre de gloire qui lui est propre , et qui l'élève si haut au-dessus de la philosophie humaine. lNon,la religion n'a pas seulement éclairé quelques écoles fréquentées par les riches et les heureux du siècle; ses divines leçons étoient faites pour tous. Descendue du père commun de tous les hommes, elle devoit porter dans toutes les classes du genre humain la lumière, la vertu et les consoladons; ce qui a fait dire à saint Augustin <[ue Dieu s'étoit montré aux hommes avec une bonté en quelque sorte populaire : Pop a la ri quûdam veluti c le meut Ici (l). Mais enfin est-il vrai que l'Eglise naissante n'a
(i) Contra Àcadem. lib. III, c. xix .; — B'ossuct, \
cours sur la naîiviti' ; vwî lu fin.
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eu de partisans que dans les classes les plus pauvres et les plus obscures* l'incrédulité le suppose, la vérité dit le contraire. J'ouvre nos Evangiles ; je vois que Jésus-Christ, même de son \i\ant, compta parmi ses disciples Nicodème, un des chefs de sa nation, Zachéc, homme riche et chef des puhlicains, Jaïre , prince de la synagogue , Joseph d'Arimathie, noble décurion , et beaucoup des principaux d'entre les Juifs que la crainte empêchoit de se déclarer ouvertement pour lui. Voyez les apôtres commençant leur mission au milieu de la Judée : déjà ils comptent parmi leurs disciples des riches qui vendent leurs possessions pour en soulager les indigens et les malheureux; même une troupe de prêtres, c'est-à-dire, ce qu'il y avoit de plus éclairé dans la nation , se soumet à l'Evangile. Suivez les apôtres dans leurs courses évangéliques, vous trouverez, parmi les païens ou Juifs convertis, sur le chemin de Gaza l'officier de la reine d'Ethiopie, homme puissant et surintendant de ses trésors; à Césarée, le centurion Corneille; à Paphos , Sergius Paulus, proconsul romain; à Athènes, Denis, membre de l'aréopage;
à Ephèse, A polio, homme éloquent, et encore ces hommes curieux des secrets de la nature, à qui saint Paul fait brûler leurs livres d'une science frivole et d'une valeur considérable ; à Corinthe, Crispus, chef de la synagogue, Eraste, trésorier de la ville; à Rome , plusieurs de la maison de César; à Thessalonique , ces Juifs assez habiles pour comparer la loi chrétienne avec les livres de l'ancien Testament; à Colosse, ceux qui étoient assez instruits pour qu'il fallût les avertir de ne pas se laisser séduire par une fausse et vaine philosophie; en divers lieux enfin ces femmes distinguées par leur naissance et leur qualité , que saint Paul et saint Pierre exhortent à s'abstenir de frisures élégantes et de parures magnifiques. 11 est manifeste que tous ces chrétiens que je viens de nommer n'étoient pas des ignorans, ni des hommes de néant, et sans doute ii en étoit bien d'autres de la même condition, dont le nom n'est pas parvenu jusqu'à nous. Parmi nos écrivains sacrés, on compte saint Luc; il étoit médecin de profession, et son style plus pur annonce un esprit qui avoit reçu une éducation plus soignée que les
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aulres évangéii. !<•:-. Saint Paul étoil savant dans sa secte, et il n'étoit pas étrange? aux l'Urcs humaines, puisqu il cite des passait s de trois poètes païens, d'Euripide, d'Aratus et d'E.piménide; l'historien des apôtres nous fournit , ce semble, une preuve de son éloquence, lorsqu'il nous apprend qu'à Lys* tre les liabitans le prirent pour Mercure (] ), parce que c'est lui qui portoit la parole. Je puis citer encore les Clément Romain , les Ignace d'Antioche, les Polycarpe de Smvrne, disciples des apôtres mêmes, dont nous avons quelques écrits, et qui furent les martyrs de la religion , après en avoir été les défenseurs. Aussi les apôtres ven oient à peine de finir leur carrière, qu'un païen, Pline le Jeune, gouverneur de Bythinie, dans une lettre à Trajan que tout le monde peut lire, lui fait observer que le christianisme s'éioit répandu parmi les personnes de lout âge, de tout rang et de toute condition, omnis ordinis; ce sont ses propres paroles. Où donc l'incrédulité a-t-elle pris que, dans son origine, le christianisme n'avoit pour
fi) Act. npost c xiv, f'ai:
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sectateurs que des hommes nés dans les conditions les plus basses et les moins éclairées? Les Grecs, enilés d'une vaine sagesse, se glorifioient dans la science de leurs philosophes et -l'éloquence de leurs orateurs. Yoilà pourquoi saint Paul écrivoit aux Corinthiens que toute cette sagesse humaine avoit été impuissante pour tirer les peuples de leur ignorance et de leur égarement ; que Dieu, pour mieux faire éclater la force de sa parole , n'avoit pas choisi pour l'annoncer les doctes et les savans du siècle, mais qu'il avoit choisi les moins sages selon le monde pour confondre les sages, les foibles pour confondre les puissans; que, parmi les chrétiens appelés à la foi, il n'y en avoit pas beaucoup de distingués par la naissance, la science et les dignités, non multi; mais il ne dit pas qu'il ne s'en trouvoit pas de cette classe : c'est la remarque d Origène (1). Eh! Messieurs, il en étoit et il en est encore de la société chrétienne comme de la société civile; le plus grand nombre de ceux qui la composent ne sont pas des savans, des ora-
(i) Dissertations sur la religion, par M. l'évéquc tic Lan ares, tome 111, page 3i3.
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leurs, (les puissans , des riches; cela doit rire d'après l'inégalité des conditions dans tontes les sociétés humaines: ainsi le fait avancé snr l'ignorance et la grossièreté des premiers chrétiens est manifestement faux.
Je passe à la seconde question : est- il vrai rpie les Pères de l'Eglise soient ici des hommes sans autorité? Pour imposer silence à ces esprits légers et téméraires qui voudraient traiter sans respect les docteurs de l'Eglise chrétienne, il me suffirait de leur opposer le témoignage que leur a rendu un des plus beaux esprits du siècle de Louis XIV. Voici ce que dit Fénélon dans ses Dialogues sur l'éloquence : « C'étoient des esprits » très-éçlairés , de grandes âmes pleines de » sentimens héroïques, des gens qui avoient » une expérience merveilleuse des esprits y> et des mœurs des hommes, qui avoieut )) acquis une grande autorite et une grande y> facilité de parler. On voit, même qu'ils » étoient très-polis, c'est-à-dire, parfaite- » ment instruits de toutes les bienséances ? » soit pour écrire, suit pour parler en pu- )) blic, soit pour converser familièrement ?
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)) soit pour remplir toutes les fonctions de » la vie civile. )) 11 est donc aisé de prouver que les Pères de l'Eglise, ainsi nommés à cause de la grande autorité que leur donnent leurs écrits et leurs vertus, étoient des hommes très-versés dans les lettres humaines et toutes les sciences eie leur temps, que chez eux la croyance étoit le fruit de l'examen le plus réfléchi et de la conviction la plus profonde, et que dès-lors leur témoignage, sans examiner s'il est décisif, est toujours d'un poids immense aux yeux de tout homme sensé.
Quelle suite d'illustres personnages se présentent ici à nos regards dans les six premiers âges de l'Eglise chrétienne !
C'est saint Justin , philosophe platoni-. cien , distingué par son savoir et la beauté de son esprit, qui, malgré les préjugés de l'éducation , les périls qui environnent la profession du christianisme, dépose au pied de la croix la vaine sagesse des écoles, embrasse l'Evangile, en devient l'apologiste et finit par en être le martyr.
C'est Tertidlien, né dans le sein du paganisme, esprit maie et fécond, très-versé dans
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la jurisprudence , dans lés antiquités fabuleuses et les principes de toutes les se< îîs plnlosophiques.
C'est saint Clément d'Alexandrie, qui, p0ssédé d'un désir immense de savoir, voyage dans la Grèce, dans l'Asie, dans la Syrie, dans l'Egypte, y voit les hommes les plus habiles dans chaque genre, et termine ses courses savantes à Alexandrie; là il se livre
à l'étude de la religion, et devient le chef de l'académie chrétienne établie dans cette \ille, école célèbre où se succédèrent, suivant saint Jérôme , une suite de maîtres pleins de savoir et de vertu , également versés dans les saintes lettres et la littérature profane. C'est là que saint Clément compose .ses ouvrages, et entr'autres son Avertissement aux gentils, que les historiens de tous les âges et de tous les peuples, toutes les sectes de philosophes, les poètes de toutes les langues, "ont mis à contribution.
C'est Origène, qui, à dix-huit ans, étoit déjà un savant distingué, qui devint la plus grande lumière de son siècle, qui fut l'admiration des philosophes païens, et devant lequel le philosophe l'iotin n'osa continuer
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de parler un jour qu'il le \it entrer dans son école. Saint Jérôme (i) nous apprend qu'Origène, très-versé dans la dialectique, la géométrie, la grammaire, la rhétorique et la philosophie de toutes les écoles, rassembloit autour de lui un concours prodigieux d'auditeurs, et que , par l'amorce des sciences humaines, il savoit les attirer à celle de la religion.
C'est Eusèbe, un des plus doctes écrivains qu'il y ait jamais eu, si estimé par son érudition, et dont les écrits supposent des recherches immenses.
A ceux que je viens de nommer, et qui ont tous été les défenseurs de la religion contre les Juifs et les païens, il faudroit joindre encore les apologistes suivans, Théophile d'A ntioche , Arnobe, Lactance, surnommé lcCicéron chrétien, Minutius Félix, qui brilla dans Home par l'éloquence de ses plaidoyers, et qui, après avoir embrassé la religion chrétienne, composa pour sa défense un beau dialogue que nous avons encore. Nommer ici saint Irénée, saint Cyprien , saint Cyrille d'Alexandrie, saint Basile,
(i) De Strijtt. cccîes.
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saint Athanase , saint Grégoire de INazianze, saint Ghrysostôme , saint Jérôme, saint Ambroisc, saint Hilaire , saint Augustin, saint Grégoire le Grand, e'est, Messieurs, nommer des hommes dont les ouvrages comme les vertus sont consacrés par la vénération des siècles. Ce ne sont pas des écrits ni bien raves ni bien volumineux que les Lettres de saint Jérôme, la Cité de Dieu de saint Augustin, le discours de saint Basile, adressé aux jeunes gens sur l'utilité des auteurs profanes : qu'on les lise, et l'on verra que la littérature grecque et latine, l'histoire et la fable, les diverses branches des connoissances humaines de leur temps, rien ne leur étoit étranger. Ne soyons donc pas étonnés qu'un écrivain célèbre de nos jours, dans le préliminaire qu'il a mis à la tête ilu quatrième Volume de son Cours de littérature, ait dit (1) : « 11 s'en falloit de beaucoup que » Celse, Porphyre, Symmaque, pussent ba- )) lancer la dialectique d'un Tertullien, la )) science d'un Origène, ni les talens d'un y> saint Augustin et d'un saint Chrysostome.
(i) Pages 12 et i3.
)) Quel connoisseur impartial , poursuit le » même écrivain, n'admirera pas dans leurs )) écrits ce mélange heureux d'élévation et » de douceur, de force et d'onction, de )) beaux mouvemens et de grandes «idées, » et en général cette élocution facile et na- » turelle, l'un des caractères distinciifs des )) siècles qui ont fait époque dans l'histoire )) des lettres? »
Maintenant, Messieurs, que nous ne saurions contester aux Pères de l'Eglise le talent et le savoir, comment n'être pas frappés de l'autorité de ces illustres personnages, hommes si graves, si réfléchis, si vertueux, aussi incapables de précipitation dans leur jugement que d'hypocrisie dans leur conduite? Dira- 1- on que chez eux la foi étoit le fruit de l'ignorance? mais c'étoient des hommes très-éelairés et très-savans. Dira-t-on qu'ils ont cru sans examen? mais ils a\ oient si bien approfondi la religion, que plusieurs en ont laissé de très-doctes apologies; mais ils connoissoient toutes les objections de ses ennemis, ils les rapportent sans déguisement, ils mettent dans la dispute tant de bonne foi, qu'ils ne dissimulent rien 3 et c'est
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par eux que nous avons connu ce que le» Juifs ou les philosophes païens,, tels que Oise, Porphyre, Julien, Hiéroclès, opposoient au christianisme. Dira-t-on qu'ils écrivojent par préjuge de naissance? mais plusieurs d'entre eux avoient été nourris, élevés dans le paganisme, tels que saint Clément d'Alexandrie, Tertullion, saint Cyprien, Arnobe, Lactance, Minutius Félix:
ne sait-on pas que saint Augustin avoit goûté de toutes les erreurs et de tous les plaisirs avant de se déclarer pour le christianisme? Dira-t-on qu'ils étoient guidés par Finlérèt et par l'ambition ? mais quel intérêt avoiton dans les trois premiers siècles de l'Eglise d'embrasser une religion qui nattiroit que la haine et des persécutions? quels ambitieux que ces hommes qui fu voient les dignités ecclésiastiques avec plus d'empressement que l'ambition ne les recherche, ne les acceptoient qu'en tremblant, et pour s'y dévouer à toutes les vertus, à tous les travaux de l'apostolat, et pour y vivre dans la simplicité et la pauvreté des solitaires! Tels ont été les Basile, les Grégoire de i>azianze, les Chrysostome et tant d'autres sur les premiers sié-
ges, et au milieu des villes les plus florissantes Je l'empire romain. Dira-t-on enfin que la loi qu'ils professoient au dehors n'étoit pas dans leur cœur? certes, Messieurs, on croit à 1 Evangile, quand on le pratique dans ce qu'il a de plus saint et de plus pur; on croit à la religion, quand on souffre et qu'on meurt pour elle ; or saint Irenée, saint Justin, saint Cyprien , ont été les martyrs de leur foi; saint Athanase fut exilé cinq fois pour elle; saint Chrysostome mourut en exil; saint Ambroise fut en butte à la persécution des ariens et de l'impératrice Justine qui les protégeoit; où trouver une vie plus innocente et plus pure que dans saint Basile et saint Grégoire de]Naxianzc?De plus longs détails sur la sincérité de leur croyance seroient superflus. 11 est donc bien manifeste que, chez les Pères de l'Eglise, la foi étoit l'effet de la conviction la plus profonde, la plus réfléchie, la plus éclairée, et que c'est uni; insigne témérité que de ne faire aucun cas de leur suffrage.
Mais ne pourroit-on pas nous dire ici:
Athènes et Rome ont produit de très-beaux génies qui ont professé le paganisme; So-
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craie, Platon, Aristote, Cicéron, Yarron, Sénèque, Plutargue, ont été païens : faudra-t-îï donc l'être, parce qu'ils l'ont été? et pourquoi donc serions -nous chrétiens, parce que les Pères de 1 Eglise ont été chrétiens avant nous? Ici, Messieurs, point de parallèle à établir; que des philosophes se soient déclarés extérieurement pour des superstitions au milieu desquelles ils avoient été nourris, qu'ils trouvoient consacrées par Pusage et par les lois, qui étoient si favorables à des passions dont les philosophes étoient loin d'être exempts ou plutôt dont ils étoient les esclaves, il n'est rien là que de très- naturel et de très -ordinaire : mais que de très-beaux esprits, nés dans le paganisme, malgré les préjugés de l'enfance et de l'éducation , la crainte des lois, de l'exil, des chaînes, de la mort, malgré l'intérêt des passions et le charme des plaisirs, soient devenus chrétiens, voilà ce qui étonne; que de très-beaux esprits, pleins de lumières et de critique, soient demeurés convaincus de la vérité des faits évangéliques, qu'ils aient persévéré dans une religion qui a tout contre elle, si elle n'a pas pour elle la vérité, et
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qu'ils aient pratiqué les vertus les plus sublimes qu'elle inspire, voilà ce qui suppose dans eux une très-intime conviction, fruit de l'examen le plus réfléchi. Pour être païen, il suffisoit de suivre ses penchans; pour être chrétien , il faut les combattre. J'ai cité en faveur de la religion des hommes qui croy oient à sa doctrine jusqu'à tout sacrifier pour elle, tandis quil est bien reconnu que les philosophes ne crovoient pas au paganisme qu'ils sembloient respecter; oui, c'est un fait qu'il ne s'agit pas de discuter ici, mais qui est incontestable , que les sages de l'antiquité païenne avoient une double doctrine , une pour eux , et une pour le peuple , et que, s'ils agissoient au dehors comme la multitude, ils étoient loin de penser comme elle. L'histoire ou les écrits de Socrate, de Platon, de Cicéron, de Sénèque, attestent que, si par politique ou par crainte ils respectoient les superstitions populaires, ils étoient loin d'être convaincus de leur réalité; ce qui leur a mérité de la part de saint Paul le reproche d'avoir retenu la vérité captive , et d'avoir connu Dieu sans lui rendre hommage. C'est assez sur l'autorité des Pè-
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ivs de LEglisc en matière dr, religion; ma pensée n'est pas dé vous la présenter en ce moment comme irréfragable, mais avouez qu'elle est assez, grande pour faire impression sur un esprit raisonnable. Ln uVs plus excellens esprits du pins excellent des siècles, La Bruyère, ne craignoit pas de dire qu'on tronvoit dans les ouvrages des Pères « plus de tour et de délicatesse, plus de po- » litesse et d'esprit, plus de richesse d'ex- » pression et plus de force de raisonnement, » des traits plus vifs et des grâces plus na- ))' tutelles, que l'on n'en remarrpioit dans )) bien des livres qui étoient lus avec goût, » et qui donnaient du nom et de la vanité » à leurs auteurs.... Quel plaisir, ajoutoit-il, » d'aimer la religion, et' de la voir crue, » soutenue, expliquée par de si beaux gé- » nies et de si solides esprits! ))
Nous voici arrivés à la troisième question : est -il vrai qu'on doit compter pour rien le suffrage des grands hommes' qui, depuis trois siècles, ont été chrétiens en Europe?
Si, pour4 avoir le droit de parler des grands hommes qui ont professé le chris-
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lianisme en Europe dans les trois derniers siècles, il falloit être profondément verse dans les différentes parties des connoissances qu'ils ont cultivées avec tant de gloire, posséder à fond leurs ouvrages et leur doctrine, être en état de les apprécier et d'en faire ressortir avec éclat le mérite et la beauté, nous devrions nous condamner au silence sur plusieurs de ceux que je viens rappeler à votre souvenir; mais je vous prie de remarquer, Messieurs, qu'il est des hommes dont les noms sont consacrés par le temps et par les hommages de l'impartiale postérité ; les nommer, c'est réveiller dans les esprits de ceux mêmes qui n'ont pas lu leurs ouvrages les sentimens de l'admiration, en leur rappelant ce que l'humanité a produit, de plus illustre par le talent et le génie. jNous ne venons pas offrir à vos hommages des idoles forgées par l'esprit de parti, et bientôt renversées par la vérité, tirer de l'oubli des noms obscurs, et nous prévaloir du témoignage d'écrivains ignorés ou dont la réputation soit contestée; même tout ce qu'il y a eu d'écrivains estimables, habiles, savans, mais d'une classe inférieure.
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nous consentons à ne pas les citer ici; niais quelle liste de grands hommes j'ai à vous produire! et je ne prétends pas les nommer tous.
Dans les sciences intellectuelles et métaphysiques, dans la haute philosophie, quels hommes que Bacon, Pascal, Arnaud, Descartes, Locke, Mallebranche, Clark e et Lehbnitz!
Quelle critique, quelle érudition, quelle vaste étendue de connoissances dans les Erasme, les Usserius, les Baronius, les Duperron, les Renaudot, les Thomassin, les Tillemont, les Montfaucou , les Mabillou , les Sirmond, les Peteau, les Bochard, les Vossius, les Huet, les Fleury!
Quel fond de doctrine dans des puhlicistes, des jurisconsultes, des magistrats tels que Thomas Morus , L'Hôpital, Dumoulin , Talon , Bignon , Seguier , Le Tellicr, Pussor, Grotius, Puffendorf,' Lamoignon , Domat, d Aguesseau!
Quels rares esprits, quels poètes, quels orateurs et quels écrivains que le Tasse, Milton, Malherhe, Bossuet, Fénélon, Bourdaloue, Masfcillon, Corneille, llacine, Boi-
leau,
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leau, La Fontaine, Polignac, La Bruyère, Addisson, Jean-Baptiste Rousseau!
Dans les sciences naturelles, physiques, mathématiques, ce sont d'assez beaux noms, je crois, que ceux de Copernic, Galilée, Kepler, Boyle, Newton, Boerhaave, Hoffman, Sydenham, Wansvieton , de Haller, Jussieu, Piéaumur, Linnée, Bernouilli, La Caille, Euler.
Que si je voulois appeler les grands politiques, les grands capitaines, les grands artistes, qui ont été chrétiens ou même très- pieux, quelle nouvelle liste de noms à jamais mémorables! Je fais observer, en passant, que ce n'étoient pas des impies que ces hommes illustres dont Fontenelle a fait l'éloge.
Certes, Messieurs, il est consolant pour un chrétien de voir qu'il ne fait que marcher sur les traces de tant de beaux génies ; et, quand on voit ainsi devant soi ce que l'esprit humain a produit de plus grand et de plus sublime, doit-on s'inquiéter beaucoup du bourdonnement de tous ces sophistes modernes qui nous accusent de simplicité et de crédulité? J'ai cité des hommes