‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 4)Chapitre 11 sur 39 · IV. rj · texte numérisé non relu

IV. rj

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d'un génie supérieur, et L< Is que, s'ils but < a tics égaux, ils n'ont pas été surpassés. Dans quelques momens dé vertige, il est bien arrivé que des rien atours ou des esprits singuliers ont insulté à leur mémoire ; mais leur nom a triomphé des injures de l'envie comme de celle du temps, et les outrages d'un délire passager n'ont l'ait (pic rendre plus éclatant et plus uniforme l'hommage rendu à leurs talons comme à leurs vertus. Et que peut-on imaginer pour éluder ou pour a flbihlir l'autorité de ces grands hommes en faveur de la religion? On a dit premièrement qu'ils n'a voient pas discuté les choses avec la sévérité d'une critique rigoureuse; que la naissance et l'éducation, plutôt que la raison, avoient fait tout leur christianisme 5 leur foi n'étoit pas éclairée : en second lieu, on a dit que dans les sentimens d'une condescendance louable pour des opinions erronées, par politique ou par crainte, ils avoient professé une religion à laquelle ils ne croyoient pas; leur foi n'étoit pas sincère : troisièmement, on peut dire que les grands hommes que j'ai cités ne s'accordoient pas sur les objets de leur crovance,

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que les uns étoient catholiques, les autres protestons; leur foi n'étoit pas uniforme: enfin on peut ajouter que leur autorité en faveur de la religion se trouve combattue et balancée par l'autorité des beaux esprits qui se sont déclarés contre elle. Je n'imagine pas qu'on puisse opposer autre chose. On dit d'abord que leur foi n'étoit pas éclairée; mais, sans parler ici, Messieurs, des écrivains de l'ordre ecclésiastique, qui, par état, par la nature de leurs études particulières, étoient plus profondément versés dans la science de la religion, tels que les Polignac, les Fénélon , les Bossu et, les Huet, lesMabillon et tant d'autres, combien parmi les grands hommes, plus spécialement livrés aux lettres et aux sciences humaines, qui étoient profondément instruits dans les matières de la religion ! Celui qui se présente le premier à la tète des sciences humaines, chez les modernes, Bacon, a laissé dans ses ouvrages des preuves de son vaste savoir sur cette matière; le physicien, le géomètre Pascal a laissé sur la religion des pensées dont la profondeur étonne; le fameux médecin Boerhaave étoit très-versé dans l'he-

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breu et le chaldaïque, dans la critique de l'ancien et du nouveau Testament; le père de la physique expérimentale, Boyle, s'est montré dans plusieurs écrits un panégyriste éclairé de la révélation; le métaphysicien Locke composa son Christianisme raisonnable; le suhlime physicien Newton fit un Traité sur la concorde des Evangiles; le savant jurisconsulte G rotins a composé \[n excellent Traité de la religion; on connoît le beau chapitre de La Bruyère sur les Esprits forts y Leibnitz et d'Agucsseau étoient de très-savans théologiens; le littérateur Addisson , dans un ouvrage particulier, a développé les preuves du christianisme; un des plus grands médecins qui aient jamais été, Hoflman, un des plus grands physiologistes, Haller , ont l'un et l'autre divers écrits contre les incrédules; l'idéologue, le naturaliste Charles Bonnet a composé ses Recherches philosophiques sur le christianisme ; en tin le premier géomètre du dixhuitième siècle, Euler, a laissé des lettres remplies de vues excellentes contre les athées et les déistes. Qu'on vienne après cela nous dire que la foi de ces illustres écri-vaise

n'étoit pas éclairée; ils mettoient à la religion un intérêt trop >if, ils se faisoient une obligation trop sérieuse de la mettre en pratique, pour ne pas en faire l'objet de leurs réflexions et de leurs travaux ; ainsi cette accusation faite à la foi de nos grands hommes de n'avoir pas été raisonnée, ce n'est pas trop cpie de la traiter d'ineptie.

En second lieu, on est encore plus mal fondé à dire qu'ils faisoient semblant de croire, mais que, dans la réalité, ils ne croy oient pas; et sur quoi porterait une accusation aussi grave? où en sont les preuves? 11 ne s'agit pas ici de se contenter de conjectures frivoles, je demande des preuves qu'on ne puisse décliner. Et quoi! Messieurs, dans le commerce de la vie, celui qui se permettroit de suspecter, sans raison légitime, la bonne foi d'un homme ordinaire, et de la décrier, passeroit pour un insigne calomniateur; et comment faudra- 1 il donc qualifier l'indigne manège de ces sophistes qui nous présentent comme des charlatans de religion ce que la religion a eu de sectateurs et de panégyristes plus célèbres? Tout dépose en laveur de la sincérité de leur

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eroyanoe, leurs écrits, leur vie publiqm , leur vie privée, Leurs vertus, leur mort, l'opinion de leurs contemporains ; bout nous dit qu'ils étaient aussi chrétiens dans le cœur qu'ils le paroissoient au dehors; et il sera permis à de vains détracteurs de les traduire comme des hypocrites, et cela sans le moindre prétexte apparent, uniquement parce qu*il leur plaît à eux d être des impies, et qu'ils se sentent humiliés de voir lant de grands hommes qui les écrasent du poids de leur génie comme de leurs vertus! C'est bien mal connoître le cœur humain que de s'imaginer que ces grands personnages auroient été des impies, sans laisser percer leur impiété ou daus leurs écrits, ou dans leurs entretiens, ou dans leurs lettres, dans ce commerce d'amitié où l'aine s'épanche tout entière. La probité a un cachet qui lui est propre; la vérité a des traits que l'imposture ne sauroit contrefaire. Toujours la fourberie se trahit par quelque endroit, et lorsque dans un grand écrivain la conduite est d'accord avec les ouvrages, lorsqu'on ne connoît rien de positif, d'avéré, d'incontestable qui autorise le soupçon d'hypocrisie.

que faut-il penser de celui qui ose en intenter 1 accusation ?

On connoit des écrivains ou des personnages qui ont paru avec éclat sur la scène du monde, dont la foi est suspecte; mais on le sait ou par leurs ouvrages mêmes, ou par des confidences ensuite devenues publiques, ou par des anecdotes certaines, par 1 histoire qui, en conservant leur nom, a conservé aussi les soupçons élevés sur leur religion; il en seroit de même des grands hommes que j'ai cités, si leur religion n'étoit pas sincère Ils avoient d'ailleurs lame trop élevée pour écrire si hautement et si souvent en faveur d'une religion quils auroient méprisée; si, par politique, ils l'eussent respectée, ils n'eussent pas été assez bas, assez vils pour s'en faire les apologistes. Défendre une religion que l'on ne croit pas, la présenter comme Maie, comme divine, encore qu'on la regarde comme fausse, seroit Le rôle de sophistes ténébreux qui voudroicut faire de la vérité une affaire d'argent. S'ils n'avaient été convaincus des vérités du christianisme, ils auroient bien pu en respecter le culte extérieur; mais ils n'auroient pas eu la sim-

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plicilé, le courage d'en pratiquer les vertus. On veut que Montaigne n'ait été qu'un précurseur de l'incrédulité ; or, sans vouloir justifier tout ce qui est sorti de sa plume cynique et désordonnée, il est pourtant certain par ses ouvrages, par sa conduite, par ses derniers momens, qu'il étoit sincèrement attaché à la religion , et que ce n'étoit pas là dessus que portoit son scepticisme. On a voulu faire de Bacon et de Leibnitz ce qu'on appelle des philosophes ; eh bien ! si l'on veut voir combien cette prétention est folle, qu'on lise les deux ouvrages -qui ont pour titres, l'un, le Christianisme de Bacon, l'autre , Pensées de Leibnitz su?' la religion et la morale. On a essayé de faire passer Pascal pour athée, mais en comptant pour rien ce qui porte chez lui l'empreinte d'une conviction profonde, et en abusant de quelques mots exagérés sur la foiblesse de la raison. Je ne m'arrêterai pas à venger en particulier la foi de Bossuet et de Fénélon; ici l'attaque a été repoussée plus d'une fois avec une force qui devroit bien empêcher de la renouveler, si les ennemis de la religion pouvoient cesser de la combattre par les moyens

les moins légitimes. Et certes, quand on sait que l'évêque de Meaux a défendu le dogme et la morale avec le ton de la conviction la plus profonde, soutenue par la pratique de tontes les vertus; que Fénélon, dans toute la candeur de son ame, a été pénétré des sentimens de la piété la plus tendre jusqu'au dernier soupir, on sent Lien qu'il falloit toute l'impudence d une imagination effrénée pour oser attaquer la sincérité de la doctrine de ces deux illustres pontifes de l'église gallicane. La foi de nos grands hommes étoit donc aussi sincère qu'elle étoit éclairée.

En troisième lieu , on dit que leur foi n'est point uniforme, et que leur division affoiblit leur autorité. 11 est vrai que, depuis le seizième siècle, ils ont été divisés sur eertains points de la révélation; mais cette dhision même, loin d'être nuisible, ne fait que donner pins de force et plus d'éclat à l'unanimité de leurs suffrages sur le fond du christianisme. Que de très-grands esprits dominés par l'empire de l'éducation, par la politique, la vanité, les passions en un mot, s'égarent quelquefois , c'ett ce que mallieureu-

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$1 ment on a vu clans tous les temps; niai* d'où \ient que des hommes nés cLmw des communions différentes, divisés par des préjugés nationaux, se réunies; ut cependant tous pour regarder la religion chrétienne comme l'ouvrage de Dieu, c rn'ils s'abaisse ni devant elle comme devant une barrière sacrée, et que, s ils disputent sur quelques articles de la doctrine de Jésus-Christ, ils regardent tous Jésus- Christ comme envoyé pour éclairer les hommes? pourquoi cet accord des esprits les plus élev es , les plus indépendans, les plus incapables de foiblessc et de dissimulation? Leur division sur quelques points s'explique par les préjugés et les passions dont quelques-uns n'ont pas su se défendre; mais leur accord sur l'existence d'une révélation divine ne peut s'expliquer que par des impressions de vérité communes à tous, fruit de l'examen le plus approfondi. C'est donc la vérité qui les a vaincus» et voilà comme la diversité de leur doctrine sur quelques points rend plus frappant leur accord sur tout le reste.

En quatrième lieu, on peut observer que l'autorité des grands hommes qui ont cru ta

la religion, dans les trois derniers siècles, se trouve balancée par l'autorité des beaux esprits qui Font combattue. Ici se présente une discussion assez étendue, assez intéressante pour en faire le sujet dune conférence particulière; alors nous verrons ce qu'il faut penser des beaux esprits incrédules. En attendant, je rappellerai les paroles que j'ai citées dans un autre discours, paroles sorties de- la plume d un des chefs de 1 incrédulité, de d'Alembcrt, dans son Eloge de Jean Bernouilîi; les voici textuellement: « Sincèrement attaché à la religion, )) Bernouilîi la respecta toute sa vie, sans o bruit et sans faste ; on a trouvé parmi ses » papiers des preuves de ses sentimens pour » elle, et il faudra augmenter de son nom » la liste des grands hommes qui l'ont re- )) gardée comme l'ouvrage de Dieu; liste ca- )) pable d'ébranler, même avant l'examen, "» les meilleurs esprits, mais suffisante au. » moins pour imposer silence à une foule » de conjurés ennemis impuissans de quel- » ques vérités nécessaires aux hommes que y> Pascal a défendues, que ÎNev» ton croyoit, » que Descartes a respectées. ))

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Combien n'est- il pas doux à un Français et à un chrétien d'avoir pu venger devant vous la foi de ces grands hommes qui ont été la gloire de la religion, et de ceux en particulier qui ont été en même temps la gloire de notre patrie! Illustres par leurs lalcns, illustres par leurs vertus, ils se présentent à nous avec tout ce qui est capable de leur attirer notre respect et nos hommages. Quand on voit les plus beaux génies captiver leur intelligence sous le joug de la foi, quel motif pour les incrédules de se défier de leurs opinions irréligieuses, pour le chrétien chancelant de se raffermir dans la religion , pour le chrétien soumis de la professer avec plus de confiance! Ce que la dialectique a de plus subtil , l'érudition de plus recherché, les sciences de plus secret, la raison de plus pénétrant, le cœur de plus élevé, la vertu de plus aimable et de plus héroïque, voilà ce (pie Ton trouve dans les ouvrages des sectateurs immortels du christianisme que j'ai rappelés à votre souvenir; et il sera toujours vrai, à la gloire de la religion, que c'est à des hommes éminemment religieux que sont dues dans toutes les bran-

chcs de nos connoissances les plus sublimes découvertes. La vertu séparée du génie inspire la vénération sans subjuguer entièrement l'esprit, et le génie sans la vertu fait naître de la défiance sur l'emploi de ses forces; mais rien n'est fait pour dominer, pour entraîner, comme l'alliance de la vertu et du génie. Autrefois Tapôtre saint Paul faisoit l'énumération des saints personnages de l'ancienne loi, qui, depuis l'origine du monde, avoient rendu témoignage à la révélation primitive par une piété magnanime; il rappeloit la foi d'Abel, de Noé, d'Abraham, de Joseph, de Moïse, de Samuel, de David, des prophètes, et il disoit : « A la vue de cette longue suite d'adora- » teurs fidèles qui ont confessé leur foi par )) leurs œuvres, marchons avec courage » dans la carrière qu'ils ont ouverte devant » nous : » Ta 7i ta m habe7ites i77iposita7n nitbem testiiwi , cu7*ra77ius ad proposition 7iobis ce7*tame/i. Et nous, Messieurs, nous présentons aux regards de la jeunesse cette suite de grands personnages qui, depuis l'origine du christianisme, ont honoré l'humanité et la religion par l'éclat de leur

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génie et l'héroïsme de leurs vertus, < I nous lui disons : Tremblez <le blasphémer ce que ors grands hommes ont adoré; que leur autorité vous rende plus circonspects < I plus respectueux; si elle ne vous subjugue pas, que du moins elle vous impose; el, si vous n'avez pas le courage d'imiter leurs vertus, ayez la bonne foi d'examiner la religion qui a pu les inspirer.

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