DES BEAIX ESPRITS INCRÉDULES
sciences et des arts étoit ouverte avant le dernier siècle, que les plus grandes découvertes étoient déjà faites, et que le génie avoit parcouru avec gloire les plus hautes régions du monde physique comme du monde intellectuel. Ainsi, Messieurs, l'imprimerie, la boussole , la poudre à canon , les lois du mouvement des astres, la pesanteur de l'air, L'application de l'algèbre à la géométrie, les logarithmes, le calcul différentiel et intégral, la gravitation universelle, l'analyse de la lumière, le calcul des comètes, le haromètre, le thermomètre j, le microscope, le télescope, la machine pneumatique, toutes ces choses si fameuses qui ont eu tant d'influence sur les progrès de l'esprit humain dans les sciences mathématiques et physiques, toutes ces découvertes à jamais mémorables sont dues à des temps qui ont précédé le dix-huitième siècle. Je cite des faits, et il n'est pas au pouvoir des hommes de les détruire. Oui, dans le dernier siècle, des ouvriers habiles, patiens, laborieux, ont bien pu disposer toutes les parties de l'édifice avec plus d'art et de svmétrie, en restaurer, en perfectionner quelques colonnes, le ren-
173 DES BEAUX ESPRITS INCREDl 1,1 s. dre |)lus accessible au vulgaire; mais avant eux les architectes avoient paru , qui en
avoient tracé le plan d'une main hardie 1 I savante. Pour m'appùyer d'un témoignage qu'on ne récusera pas, je citerai M. deMoritucla dans son Histoire des mathématiques y après avoir rendu témoignage aux géomètres ses contemporains, il ajoute : «Cepeny> dant, quand on fera attention à l'essor » prodigieux qu'ont pris les sciences, et y> surtout les mathématiques dans le dix- }> septième siècle, il faudra convenir que, » quelque perfection qu'elles reçoivent des )> suivans, une grande partie de la gloire » doit en revenir à celui qui a si heureuse- » ment ouvert la carrière. »
Que si l'on me faisoit observer que, dans le dernier siècle, les sciences naturelles et les mathématiques ont été plus généralement cultivées, je l'avouerois sans peine; mais en même temps je ferois observer à mon tour que c'est moins par la multitude des amateurs que par le talent des grands maîtres , moins par le nombre que par le génie , qu'il faut apprécier les choses. Newton fait plus d'honneur aux sciences que cinquante