‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 4)Chapitre 18 sur 39 · DES BEAUX ESPRITS INCKÉDELLS · texte numérisé non relu

DES BEAUX ESPRITS INCKÉDELLS

cor aux esprits la marche à suivre dans la recherche de la vérité, voilà bien la philosophie dans les choses intellectuelles : or, à ces traits, comment ne pas rccormoître Bacon , Descartes, Leibnitz, Mallebranche, Locke, qui n'appartiennent pas au dix-huitième siècle?

Observer la nature, étudier les faits et les phénomènes, laisser les vaines théories pour l'expérience, chercher ainsi non ce qui peut être, mais ce qui est, non des hypothèses, mai:? le Mai système des lois de la nature, voilà bien la philosophie dans les sciences physiques: or comment ne pas se rappeler ici Copernic, Kepler, Galilée, Pascal, Boyle, ÏNeAvton, qui n'appartiennent pas au dixhuitième siècle?

Porter dans l'étude de l'histoire et des antiquités cette critique sévère et lumineuse sans être trop hardie, qui sait.it le vrai, apprécie le vraisemblable, écarte le faux; tirer des annales des peuples comme de la connoissance approfondie des hommes de grandes et mémorables leçons, voi.'à la philosophie dans l'histoire et ]a physique 5 et comment ne pas nommer à cette occasion Mabillon , Peteau, Tilkmont, ïleury, Bos-

l&O DES BEAI S ESPRITS INCRÉDULES.

Miel, qui n'appartiennent pas au dix-huitième siècle?

Enfin développer les secrets du cœur humain et les règles des mœurs, exposer avec une sagacité profonde l'ensemble, l'esprit et la liaison des lois, voilà bien la philosophie dans la morale et la jurisprudence; et qui ne reconnoît pas ici lesMassillon, les Bourdaloue, les La Bruyère, les Domat, qui appartiennent au siècle de Louis?

Je vous le demande, Messieurs, avec de tels génies et beaucoup d'autres que je ne nomme pas, avec de telles vues et de tels procédés, que manquc-t-il à un siècle pour bien raisonner et par conséquent pour être philosophe? Alors , comme aujourd'hui, on pouvoit se tromper sans doute; la foiblesse de l'esprit humain est de tous les temp>s et de tous les lieux ; il n'est pas de philosophie qui mette à l'abri de toute erreur; mais il est évident qu'elle étoit portée très loin avant le dernier siècle dans toutes les choses qui peuvent occuper l'homme sur la terre.

Qu'a-t-on imaginé pour déprimer le siècle de Louis XIV et relever le suivant? on a fait contraster les qualités qu'on a crues prédo-

DES BEAUX ESPRITS INCREDULES. l8l minantes dans chacun des deux, mais de manière que l'avantage restât au dernier; on a dit que le dix- septième siècle avoit été celui des brillantes fictions, de l'imagination, des belles -lettres, et que le dix -huitième avoit été celui de la raison; et, comme toutes les erreurs se tiennent, on n'a pas manqué d'observer en faveur de 1 incrédulité qu'elle avoil triomphé précisément dans le siècle de la raison. Tel est le fonds d'une pensée qu'on a présentée sous différentes formes, et que nous allons examiner un moment.

On dit que le siècle de Louis Xl\ fut le siècle de limagination : certes, Messieurs, si avec de l'imagination seule on a pu deviner les mathématiques comme Pascal, inventer une philosophie nouvelle ou plutôt rétablir la véritable comme Descartes , décoin rir, comme jNewton , un système qui, ne fùt-il pas vrai, seroit un chef-d'œuvre de l'esprit humain; si avec de l'imagination "seule on a pu, comme Turenne, former des plans de campagne qui maîtrisoient les é\ènemens et la victoire, méditer ces ordonnances célèbres qui lurent le fruit, des conférences tenues par les Séguier et les Talon , gomerner

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