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comme Louis \ I V , administrer, comme Colbert, fortifier les places comme Vauban: si avec de l'imagination seule on a pu composer, comme Bossuet, ec Discours si savant, si éloquent, si politique sur l'histoire universelle, ou, comme Fénélon , donner aux rois et aux peuples de si touchantes leçons; si l'imagination seule a suffi à ces beaux génies ou pour leurs ouvrages, ou pour leurs actions immortelles, heureux le siècle de l'imagination : puisse - t- il revivre et durer à jamais au milieu de toutes les nations du monde! et ne voyez-vous pas que toutes c< s belles et grandes choses que je rappelle supposent dans leurs auteurs une force de raison, une pénétration d'esprit, une sagacité, une profondeur de vues qui est le plus grand effort de l'esprit humain?
On dit que le siècle de Louis A 1"\ fut le siècle des belles-lettres; eli bien! je n'ai besoin que de cet aveu forcé de nos adversaires pour les combattre avec succès. Tous convenez, leur dirai-je, que le sceptre de Ja littérature reste au siècle de Louis ; je n'en veux pas davantage pour établir que par la même il fut éminemment le siècle de la rai-
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son. Je ne sais si cette proposition ne paroîl pas extraordinaire à quelques-uns; car, depuis le règne des sophistes et les préjugés sans nombre qu'ils ont répandus, le sens commun est devenu un paradoxe. Oui, je soutiens que le siècle de la perfection dans les lettres est nécessairement un siècle de bon-ne philosophie. En effet la perfection dans les lettres suppose toujours un sentiment profond de l'honnête et du beau, un grand esprit de discernement et de justesse qui saisit les rapports et les convenances, repousse ce qui est faux pour aller à ce qui est vrai, unit toutes les parties pour les mettre dans un bel ensemble : en tout se vérifie la maxime du poète romain , que la raison est le principe, la source du beau. Quelle étrange idée se formcroit-<y de l'éloquence, si l'on n'en faisoit que le misérable talent d'arranger des mots et de com passer des phrases! Les pensées, il est vrai, ne brillent que par l'expression, comme les objets ne se montrent aux yeux que par la lumière qui les colore; mais aussi des mois sans la vérité des pensées ne sont qu'un vain bruit qui se dissipe. Celui qui ne sait pas établir
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des principes, ni mettre ses preuves dans un bel ordre, ni éclairer l'esprit par de \ives lumières, ni le frapper par de fortes conceptions, celui-là pourra bien être un discoureur, niais il ne sera pas un orateur. Un beau discours, un beau poème, ne supposet-il pas un plan , une ordonnance, une liaison intime de parties qui en fassent un tout, un grand fond de vérité dans les pensées, dans les caractères? Quand on sépare la logique de l'éloquence, qu'on place, pour ainsi dire, les mots (l'un coté , et de l'autre les choses, quelle idée se forme-t-on donc du talent décrire? Rien n'est bon, comme rien n'est beau que par la véritéj voilà pourquoi le philosopliisme du dernier siècle n'est ni bon ni beau, et voilà pourquoi aussi tant d'ouvrages du siècle de Louis XIV sont marqués au coin de 1 immortalité.
Et d'où a pu venir cette sorte de partage de taiens et de facultés, d'après lequel on a cru devoir appeler le siècle de Louis \1\ le siècle de l'imagination, et le suivant le siècle de la raison? Cela viendroit-il de ce qu'il a plu à quelques écrivains de tracer Un tableau systématique des connoissances humaines,
DES BEAUX EbPIvirs INCRÉDULES. l85 dans lequel on rapporte les unes, comme l'histoire, à la mémoire; les autres, comme la poésie et les arts, à l'imagination? Mais ne soyons pas éblouis de ces distinctions, plus subtiles que solides : je ne dirai pas seulement qu'elles sont inutiles, incapables de faire faire un pas à l'esprit humain , je dirai qu'elles sont fausses et par là même dangereuses. Ainsi, dans un Systèîne figuré ijue tout le monde peut avoir eu sous les yeux, on rapporte l'histoire à la mémoire ; mais quoi de plus insignifiant? Sans doute avec de la mémoire on sait beaucoup, et sans elle on ne saurait rien; mais la mémoire sans jugement suffira-t-elle pour composer un ouvrage historique? est-ce donc avec de la mémoire que Tacite, Bossuet, Robertson, ont écrit l'histoire? Et qui ne voit pas que sans une critique saine, un grand discernement des hommes et des choses, sans une raison en un mot très-éclairée , un historien ne s'élèveroit pas au-dessus des écrivains vulgaires? On rapporte la poésie à 1 imagination , mais l'imagination séparée du bon sens ressemble à de la folie : on auroit beau revêtir ses idées de couleurs brillantes; si elles manquaient
1 86 tu:s BEA l \ i s \>t\ its i nt r é dv r/ns. de vérité, OÙ scroit le mérite de l'ouvrage? Est-ce donc avec de 1 imagination seule que 1" poète romain et le poêle français, qn'on regarde comme législateurs dans la république des lettres, oui mérité d'être appelés les poètes de la raison? Oui, diviser les facultés de Famé pour assigner ;i chacune son domaine exclusif est une invention plus bizarre que philosophique. Sans l'imagination , le bon sens pourra bien ne pas tirer un homme de la médiocrité; mais aussi l'imagination sans le bon sens est une folle qui se précipite, 'loutes nos facultés sont liées entre elles et se soutiennent mutuellement; c'est de leur accord et de leurs forces réunies que résulte le talent, et quand elles sont portées ensemble à un très-haut degré, c'est le génie. Que si je voulois présenter tout ce qui \ient d'être dit sous la forme d'un syllogisme, je dirois : Bien penser et bien raisonner sur les diverses branches de nos connoissances, voilà la bonne philosophie, le principe est évident; or, dans le siècle de Louis A1V, on a tout aussi bien pensé, tout aussi bien raisonné que dans le siècle suivant; cela reste établi : donc il y a eu autant de philosophie