‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 4)Chapitre 20 sur 39 · EE5 BEAUX ESPRITS INCREDULES · texte numérisé non relu

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dans le premier que dans le second , et vous voyez que mes conclusions sont bien modérées.

Maintenant me sera -t- il permis de faire une supposition qui paroîtra singulière peutêtre, mais que je vais hasarder, parce qu'elle rendra plus sensible le résultat de cette conférence et de la précédente? Faisons revivre et rapprochons par la pensée les générations depuis la renaissance des lettres , depuis le règne de François 1er.; mettons d'un côté les beaux esprits qui ont combattu la révélation, de l'autre ceux qui l'ont défendue depuis trois siècles; pour cela, je me figure deux temples ouverts devant moi; je lis sur le frontispice de l'un, temple de la raison, et sur le frontispice de l'autre, temple du christianisme.

J'entre d'abord dans le temple de la raison; j'y trouve l'incrédulité prêchant, sous le nom de philosophie, une morale facile qui n'est au fond que l'égoïsme et l'amour du plaisir, et promettant à ses sectateurs pour toute récompense le néant, ou par intervalle je ne sais quoi de vague et d'incertain; j'y vois un assez grand nombre de disciples

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à peu près ignorés, un certain nombre de plus connus et quelques-uns de renommés. Ces derniers fixent mon attention : c'est Bayle, tenant en main une plume qui semble flotter dans le \i<lc, et répand autour d'elle beaucoup de fumée mêlée de traits de vive lumière ; c'est Voltaire, qui se moque et se joue de tout, se rit également de Dieu et des hommes, se vante d'avoir participé aux mystères de la religion sans y croire, présente d'une main des titres légitimes à la gloire, et de l'autre des écrits où perpétuellement la débauche assaisonne le blasphème; tout à coup il éclate en imprécations contre Je christianisme et s'écrie : Mes amis, écrasons V infâme. A ce cri de ralliement, toute la troupe des adeptes se réveille et se ranime. Diderot, en amant furieux de la liberté, chante, dans un langage que je ne puis pas répéter, que le monde ne sera heureux que lorsqu'il n'y aura plus sur la terre ni prêtres ni rois. L'auteur du Système de la nature explique toutes les affections du cœur, les sentimens d'amour ou de haine par le mécanisme de l'attraction et de la répulsion , et de temps en temps il adresse à

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la nature, an grand tout, à l'universalité des êtres, aune abstraction, des apostrophes brûlantes. D'Alembert tire de dessous son manteau philosophique une correspondance secrète, pleine d'un iiel assez grossier; il veut qu'on sache toute la part qu'il a eue par ses menées obscures à la destruction des préjugés. Raynal se vante hautement d'être apostat à double titre; à propos de commerce et de comptoirs, il exhale son impiété en déclamations violentes; cependant il se calme, il paroît articuler l'expression du repentir, et faire une sorte d'amende honorable de sa fougue et de ses emportemens. Chacun à son tour veut avoir la parole : ce ne sont quesystèmes sur la morale, la société, l'éducation, les lettres et les arts; il ne s'agit de rien moins que de recommencer l'homme et l'ordre social tout entier. Du milieu de ce chaos d'opinions incohérentes, un inconnu se fait entendre avec force : Peuple s , voulez-vous être heureux? renversez les trônes et les temples. Alors un roi du Nord, grand guerrier et grand politique, long -temps favorable à l'impiété, mais qui n'a nulle envie de descendre du trône, lance autour de lui

J()<) l)i;.s BBA1 \ ESPRITS [INCRÉDULES. un regard d'indignation , fronce le sourcil et dit en propres paroles : Mon avis serait qu'on donnât à gouverner à ces messieurs une province qui méritât d'être châtiée. Jean-Jacques, qui n'est pas d'ailleurs trèsdiflicde, se scandalise Lui-même des systèmes monstrueux qu'il entend débiter, et il s'écrie : Fuyez ces hommes qui sèment dans les cœurs de désolantes doctrines. Averti par ce cri d'alarme, je jette encore un coup dœil sur tous ces adorateurs de la raison , je crois voir empreint sur leur front le cachet de l'orgueil et du cynisme, et, le cœur flétri de ce que je viens de voir et d'entendre, je me retire.

J'entre dans le temple du christianisme, j'v trouve la religion assise sur ses autels, tenant d'une main l'Evangile, et de l'autre offrant aux sectateurs fidèles de sa loi des couronnes d'immortalité : je vois rangés autour d'elle une foule d'esprits sublimes qui ont brillé en Europe depuis trois siècles; je compte parmi les philosophes Bacon , Descartes, Mallebranche et Leibnitz; parmi les érudits du premier ordre, Duperron , Bochard, Tillemont, Peteau, Mabillon; parmi

DEà BEAUX ESPRITS INCREDULES. 3 0,1 les moralistes, -Nicole, La llochefoucault, La Bruyère, Bourdaloue et Massillon; parmi les magistrats profondément instruits, L'Hôpital, Talon, Séguier, Bignon, Domat, d'Aguesseau ; parmi les apologistes, Grotius , Pascal, Abbadie, Fénélon, Addisson; parmi les savants , Copernic , Kepler , Galilée , INewton , Euler. Je vois tous ces grands hommes ravonnans de l'éclat de leur génie et de leurs vertus. Il est vrai, ici comme ailleurs se montre la foiblesse humaine : ces illustres personnages ne sont pas tous d'accord sur tous les points de la doctrine révélée; mais sur Dieu, la providence, la vie à venir, le vice et la vertu, la morale, leurs sentimens sont unanimes; tous aussi révèrent unanimement la religion comme donnée aux hommes par Dieu lui-même. Tout ce qui est bon , tout ce qui est honnête , tout ce qui peut encourager la vertu, consoler le malheur , épurer les affections légitimes , consacrer les obligations domestiques et civiles, faire aimer Dieu et les hommes, voila ce qui est en honneur, prêché hautement. Sij'étois tenté de me prévaloir de mes foibl s Lumières contre le christianisme, Bacon m'a-

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vèrtit qu'un peu de philisophie rend incrédule, mais ([iif beauooup de plùlosophie ramène à la religion ; si je voulois m'endormir dans une commode indifférence, Pascal me dirait qu on peut bien ne pas s'inquiéter du système de Copernic, mais qu'il importe de savoir si l'ame est mortelle ou immortelle, que, suivant, ce qui en est, toutes nos actions et tous nos sentimens doivent, prendre des routes différentes; si j'avois pu me laisser ébranler par l'autorité de quelques beaux esprits incrédules, Massillon me fait observer que les passions sont le berceau de l'incrédulité, qu'on ne secoue le joug de la foi que pour secouer le joug des devoirs, et que la religion nauroit jamais eu d'ennemis, si elle n'avoit été l'ennemie du dérèglement et du vice. Mais voici que, dans l'auguste assemblée , le premier de tous par le génie se fait entendre j il élève la voix contre ces téméraires qui prennent pour force de la raison ce qui n'en est que le délire, et qui se croient libres parce que leur esprit n'a plus de frein. Bossuet leur dit qu'ils n'ont pas même de quoi établir le néant auquel ils espèrent après cette vie, et que ce misérable

partage

DES BEAUX ESPRITS INCREDULES, i g O partage ne leur est pas assure ; qu'avec leurs doutes et leurs incertitudes ils se précipitent dans l'abîme de l'athéisme, cherchant leur repos dans une fureur qui ne trouve presque point de place dans les esprits; que les absurdités où ils tombent en niant la religion' sont plus insoutenables que les vérités dont la hauteur les étonne, et que, pour ne vouloir pas croire des mystères incompréhensibles, ils suivent l'une après l'autre d'incompréhensihles erreurs. Comment ne serois-je pas frappé de la croyance de tant de grands hommes? quel concert et quelle force de témoignages! En les voyant s'abaisser devant la religion, devant celui qui est le Sauveur et la lumière du monde, je me sens entraîné à mêler mes adorations à leurs hommages, et je me dis à moi-même : En vérité , s'il falloit se décider pour la religion ou contre la religion d'après l'autorité de ceux qui l'ont professée ou de ceux qui l'ont combattue, je ne balance pas : loin de moi l'incrédulité, gloire à Jésus-Christ, je suis chrétien.

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