MAXIMES DE L ÉGLISE CATHOLIQUE
teurs, d<-.-> évêques, et <\u souverain pontife qui en est le chefj et, pour tout homme ; uit cl impartial, cela seul décèle un partagé d'opinions d'après lequel il est p.'rjihs à cliacun d abonder dans son sens. Saint Augustin, cette grande lumière de FEglise < ihrétienne, qui paroissoit d'abord pencher vers le sentiment le plus sévère, avoue, dans une lettre à saint Jérôme (1), que, lorsqu il vient à examiner la question des peines subies par ces enfans, il n'éprouve que doutes, perplexités, embarras. Ce n'est pas tout; dans son dernier ouvrage contre les pélagiens, celui qu'il composa contre l'un de ces sectaires, nommé Julien, il dit en propres termes (2) : a Je ne dis » pas que les enfans morts sans baptême » doivent subir une si grande peine, qu'il » vaudroit mieux pour eux qu'ils ne fussent
» pas nés Quoique je ne puisse pas dé-
» cider ce que sera, quelle sera, et com- » bien grande sera leur damnation, je n'ose 0 néanmoins dire qu'il seroit meilleur pour
f 1 ) Epist. xxvin.
» ces enfans de n'être point que d'être dans » cet état.» Ainsi saint Augustin permet de penser que la damnation de ces enfans est telle, qu'ils aiment mieux exister que de ne pas exister.
Je ne permettrai pas de les appeler simplement heureux; je ne dirai pas qu'ils jouissent d\m bonheur naturel pur et sans r. h lange; non , je ne vais pas jusque là, mais je puis me les figurer comme des princes détrônés, privés d'un royaume auquel ils pouvoient prétendre, comme des exilés qui regrettent une patrie qu'ils ne doivent jamais revoir; je puis croire que leur destinée est préférable au néant. Ce monde, Messieurs, n'est pas le séjour du repos et du bonheur parfait, et cependant il est peu d'hommes qui préfèrent la mort à la vie. Tel est donc le sort de ces enfans, que, tout imparfait qu'il est, ils l'aiment mieux que l'anéantissement, et qu'ils désirent de le conserver.
Quel étoit sur cette matière le sentiment de l'évêque de Meaux, qui, de son vivant même, fut re\ éré comme l'oracle de l'église gallicane, et qui a été le théologien le plus
12 MAXIMES DE i/i'.clisi: CATHOMQUE sublime comme le plus grand orateur de son siècle et de sa nation? Nous avons de lui un écrit raisonné sur le sort de ces enfans, dont voici l'origine : Un prélat romain, le cardinal Sfondratc, a\oil avancé à ce sujet une opinion qui parut s'éloigner de la simplicité et de la pureté du dogme catholique; Bossuet, de concert avec plusieurs évèques français, le dénonça au saint Siège dans une lettre adressée au pape Innocent XII j lettre que nous avons encore. Bossuet s'y élève Lien avec force contre ceux qui veulent affranchir les enfans non baptisés de la damnation, mais en même temps il reconnoît que la plupart des docteurs les prétendent exempts de la peine du sens , c'est-à-dire , du tourment du feu éternel; et il étoit si loin de condamner ce sentiment comme une erreur, qu il ajoute : « Que nous importe à nous qui ne dispu- )) tons pas sur ce point?... nous l'abandon- )) nous à la dispute des théologiens. »
Je pourrois me prévaloir dune autorité plus imposante encore par Féminènte dignité du personnage, celle d'un des plus savans papes qui se soient jamais assis sur
SUR LE SALUT LES HuMMES. 10
la chaire de saint Pierre, de Benoît XY\ (1), qui a vécu dans le dernier siècle. Ses écrits, pleins d'une immense érudition, sont remarquables par l'exactitude avec laquelle il distingue les dogmes qu'il faut croire des opinions qui sont un sujet de controverse; or, dans un de ses ouvrages, ayant eu occasion de parler de la damnation de ces enfans, il dit : « Outre la privation de la béati- )) tude sont-ils exempts ou non de la peine )) qu'on appelle du sens? c'est une chose en- )) core controversée parmi les théologiens. » » Donc ici lEglise n'a rien décidé.
Il n'est personne parmi vous qui ne connoisse de réputation cette célèbre école de théologie de Paris, à laquelle l'église gallicane a dû la plus grande partie de sa gloire, parce que c'étoit dans son sein que s'étoient formés tant de pontifes et de docteurs pleins de science et vertu. Dépositaire et gardienne fidèle de toutes les bonnes doctrines, son autorité est d'un très- grand poids; or elle a ici consigné son sentiment dans un acte trèssolennel, dans la censure qu'elle fit de l'E-
(i) De Fcstis, cap. vin ; De Sabbato saiicte.
I i M 1XIMES DE L'EGLISE CATHOLIQUE
mile de Jeah'-Jacqucs en 1762, cousine qui est un dfôef - d'œûvre non de style, niais de doetritreV 'L'école de Paris (1) y déclare en propres tertties que la seule chose enseignée connue tin article de foi, c'est que ces enfaus sont privéà de la possession de Dieu, grâce toute gratuite, qui ne leur étoit pas due; ensuite elle expose la doctrine de saint Augustin, telle que nous l'avons fait connoître, et, comme tout cela est avoué, je m'abstiendrai de toute citation.
Mais où se trouve plus spécialement consignée la foi catholique, c'est dans les décrets de ces conciles appelés généraux parce qu'ils représentent l'Eglise entière, ou Lien dans ces livres élémentaires appelés catéchismes, qu'elle met dans les mains des fidèles, et qui sont l'expression la plus simple delà croyance uiihersclle. Or, dans deux de ces conciles généraux, l'un tenu à Lyon et l'autre à llorciicc, il a bien été décidé que les enfans, souillés de la tache originelle comme ceux qui sont coupables de péchés actuels, descendent dans l'enfer, mais pour subir toutefois des peines inégales; et nos caté-
(1) Censure de la proposition xxu°.
chismcs, en enseignant qu'ils sont dans une éternelle séparation de Dieu, n ajoutent pas ( pi ils y sont livrés aux flammes éternelles, ainsi que les incrédules aiment à le supposer; le croie qui voudra, quant à moi, je ne le crois pas.
Je ferai à ce sujet une réflexion qi;i peut être ulilc. Lorsque l'Eglise a parlé, îe vrai fidèle n'a d autre partage que la soumission; il n'est ni génie, ni science humaines, qui ne doive s'abaisser devant cette Eglise enseignante à laquelle Jésus-Christ a confié le sacré dépôt; il ne s'agit même pas d'opposer l'Eglise ancienne à l'Eglise moderne, de s'armer contre ses décisions de quelques passages des livres saints , ou des saints docteurs; tout cela conduiront à la 'voie de discussion et d'examen, voie impraticable à la presque totalité du genre humain, et dans laquelle on a vu s'égarer si souvent les plus habiles. Les promesses de Jésus-Christ embrassent tous les temps; assistée par l'Esprit de vérité, l'Eglise doit traverser tous les Ages dans l'inviolable pureté de sa doctrine; (die est aussi vraie aujourd'hui dans son enseignement qu'elle Fétoit, il y a dis-huit siè-
îG maximes de l'église cATHôtlQX r clos; aussi h seule chose qui intéresse essentiellement le fidèle, c'est de savoir ce que l'Eglise enseigne; il n'a pas besoin de remonter plus haut ni de chercher au-delà; 1 autorité, voilà sa règle. Si les esprits viennent à franchir celle barrière sacrée, attendez-vous à les voir goûter de toutes les erreurs sans être satisfaits par aucune, et, poussés par une injuste curiosité, tomber enfin clans les plus prodigieux égaremens. Ainsi, du moment que l'Eglise prononce, soyons dociles, comme doivent l'être des enfans à l'égard d'une mère honorée et tendrement chérie; mais aussi ne voyons pas dans elle un tyran qui voudroit nous assujettir à ses caprices; sachons user de la sage liberté quelle -même autorise; et certes, si c'est un crime à ses yeux que de convertir ses dogmes en opinions humaines, ce seroit aussi un excès très-répréhensibie que de convertir ses opinions pmées en dogmes catholiques; ce seroit se croire plus clairvoyant et plus orthodoxe que celle qui est pour nous la colonne de la vérité"; ce seroit vouloir imposer aux esprits un joug intolérable 7 mettre ses sentimens particuliers à
la place de ceux de l'Eglise elle-même, caractère qui fut celui des novateurs de tous les temps : car si des schismes, si d,s hérésies ont désolé l'Eglise, c'est précisément parce que des particuliers ont préféré leurs opinions privées à la doctrine universelle. Si donc l'Eglise catholique décide sur ce qui est en litige touchant le sort des enfans morts tans être baptisés, nous ne disputerons pas avec elle, nous nous soumettrons d'esprit et de cœur, sans réserve, à sa décision suprême; mais jusque là, libres dans nos opinions, nous aimerons à embrasser celle qui nous paroîtra, d'après nos fcnbles lumières, plus conforme à la bonté divine.
Passons à la seconde question : que fautil penser du sort des chrétiens qui meurent hors du sein de l'Eglise catholique?
Dans l'antique symbole que chante le peuple fidèle au milieu de la célébration des saints mystères, nous faisons profession de croire que l'Eglise fondée par Jésus- Christ est une : Credo.... Ecclesiam imam. Une dans sa foi , elle n'avoue pour ses en-
l8 M \\l\li 36 DE KlV.IJSU CATHOLIQUE
fans que ceux qui professent sa doctrine 5 ane dans son gouvernement, clic forme ira seul troupeau sous la conduite des mêmes pasteurs. Sans doute l'Eglise n'exige pas des lidèles la connoissance détaillée, approfondi • de ton? les poiuls de sa doctrine; elle ne demande pas d'un homme du peuple une foi aussi développée, aussi éclairée que de ceux à qui renseignement en est confié; mais le véritable fidèle a la connoissance expresse des points principaux, sans lesquels il ne sauroit ni penser, ni vi\rc en disciple de Jésus-Christ, et il les embrasse tous sans exception par la disposition sincère où il est de croire tout ce que l'Eglise enseigne. Sans doute celle-ci reconnoît bien et des articles fondamentaux, tels que le mystère d'un Dieu fait homme, sur lesquels repose comme sur sa base l'édifice entier de la religion, et des articles moins importans, tels que le cidte des saints; mais la croyance des uns n'autorise pas l'indifférence pour les autres, et n'y attacher aucun intérêt, sous prétexte qu'on peut les négliger impunément, est un outrage fait à la révélation, dont toutes les par- I135 sont digues de nos respects et de nos
St II LE SALUT DES HOMMES. 19
hommages. Voyez comment sont ordonnées les sociétés humaines, vous y trouverez des lois fondamentales qui forment leur constitution , et des lois particulières qui composent leur code civil. Celui qui voudroit ébranler le fondement même de l'Etat seroit bien plus coupable que celui qui vioieroit une simple loi réglementaire ; toutefois il n'est pas de loi qu'il soit permis de violer; ici toute transgression est justement réprimée: sans cette \iiùlance sévère, l'esprit de désobéissance et de révolte gagneroit insensiblement, et l'édifice social, entamé de toutes parts, finiroit par tomber en ruines. Aiii:>i eu est-il de la société chrétienne : eîl i a di s dogmes principaux, tels que ceux qiii sont énoncés dans le symbole des apôtres, et des dogmes moins essentiels à la vérité; mais, pour les seconds comme pour les premiers, elle exige une soumission pleine et entière de l'esprit et du cœur; le mépris d'un seid est à ses yeux une hérésie ; la révolte sur un point conduit à la ré\olle sur beaucoup d autres; bientôt, si elle n'étoit pas arrêtée, le cluisîianisme seroit mis et) j ii'-eo? , cl 1 Eglise, Lois d être belle par son unité,
20 M \\r\ir.S t)E UEGLISE CATHOLIQUE
ne seroit plus que ce royaume divisé contre iui-mêmëj dont parle l'E\angile, et no formeroit plus qu'un assemblage monstrueux de parties bizarres et difformes. Unité dans la foi, unité dans le gouvernement, tel est le caractère de l'Eglise catholique; aussi tout ce qui est séparé de sa communion, tout ce qui ne professe pas sa doctrine, elle le regarde comme placé hors de la voie commune de la vérité et du salut. Telle est la maxime générale, mais en même temps voici des maximes universellement avouées, et d'après lesquelles il faut savoir modifier le sens et l'étendue de la précédente.
Une première maxime, c'est qu'il est des erreurs innocentes devant Dieu, parce qu'elles sont involontaires; le mensonge se présente quelquefois sous des couleurs si séduisantes, il est séparé du vrai par des nuances si légères; souvent la vérité se trouve dans des points si délicats , si difficiles à saisir, qu'elle peut échapper à toutes les recherches. Excuser toutes les erreurs seroit un relâchement très-pernicieux; les condamner toutes comme criminelles seroit un absurde rigorisme; se tromper quelquefois est une suite
inévitable des bornes et de la foiblesse de l'esprit humain. Quel est le magistrat qui oseroit rendre la justice* quel médecin voudroit entreprendre de soulager les infirmités et les maladies de l'espèce humaine 3 quel ministre de la religion se chargeroit de diriger les consciences, si, au tribunal de Dieu , ils étoient responsables de tous les faux jugera ens de leur esprit? Non, l'étude, la sagacité, la vertu, ne suffisent pas pour mettre l'homme à l'abri de toute erreur. Je crois bien que la vérité, pour être sentie, demande encore plus de droiture dans le cœur que de pénétration dans l'esprit, que beaucoup d'erreurs viennent des passions ; mais en lin qui oseroit dire que la mauvaise foi a présidé à toutes les disputes qui se sont élevées même parmi les plus illustres et les plus saints personnages, à commencer par saint Jérôme et saint Augustin, et à finir par le Père Mabiilon et le célèbre réformateur de la Trappe? Oui, il est des erreurs qui viennent plutôt de foiblesse que de malice, et qui ne sont pas imputées à l'homme par le souverain Juge qui voit le fond des cœurs.
ii m \ \ i mi:s de l'église c itholiqub
Une s"r'oi!(!c maxime, c'est qu'il peut en être des erreurs concernant la religion,
comme des erreurs d'une autre sorte, je veux dire qu'il peut s'en trouver d'involontaires, et qui ne sont pas imputables. Le schisme et l'hérésie sont condamnables, mais il n'est pas de crime sans volonté, et devant Dieu nous ne sommes pas coupables, quand le cœur est innocent. INous, hommes, ne pouvant juger que sur les apparences, nous appelons catholiques tous ceux qui sont nés et qui \ivent dans le sein de l'Eglise catholique, et nous accusons de schisme et d'hérésie tout ce qui est né et vit hors de sa communion extérieure; mais cherchons à bien démêler les choses, et à les voir comme elles sont dans la réalité.
Cet homme est né et vit dans le sein de l'Eglise romaine, mais en même temps, par ses discours ou ses écrits, il inspire le mépris de l'autorité ecclésiastique, il dénigre les pasteurs légitimes, il souffle l'esprit de révolte contre eux; n'hésitons pas à dire qu'il est animé d'un esprit schismatique, et qu'il en est coupable devant Dieu. Au contraire, dans une société chrétienne séparée de la nôtre.»
si ceux qui la composent n'y adbéroicat pas par choix, volontairement, avec connoissance de cause, cette bonne foi les rendroit devant Dieu innocens du crime de schisme. Cet homme, extérieurement catholique, n'est pas soumis aux décisions de l'Eglise d'esprit et de cœur; il rejette quelque point de sa doctrine : par cela seul, il est coupable d'hérésie devant celui qui sonde les reins et les cœurs, suivant l'expression de l'Ecriture. Au contraire, au milieu d'une société d'ailleurs hérétique, on peut être innocent d'hérésie, si l'on ne professe l'erreur que par l'ignorance invincible de la vérité; aussi estce un principe très-connu et non contesté, que l'hérésie est bien moins dans l'erreur que dans l'opiniâtreté à la soutenir malgré le jugement de l'Eglise. Autrefois saint Cvprien soutenoii une opinion qui, après lui, fut condamnée: il pouvoit être innocent, mais après la décision de l'Eglise ses sectateurs furent coupables et traités d hérétiques, ce«qui fit dire à un antique et célèbre auteur de l'église des Gaules que les maîtres sont absous et que les disciples sont condamnés : AbsoU'untur magistri, damna u-
i4 m \ \ i m es de l'église catholique tur disclpuli. Dès - lors un chrétien qui ne resteroit séparé de la communion on de la foi de l'Eglise catholique que par une ignorance toul-à-fait involontaire ne seroit pas condamnable pour le seul fait de la séparation ou de l'erreur. 11 faut le dire, il faut le proclamer hautement, l'homme, au hiltnnal de Dieu, ne sera responsable dans ses opinions que de sa mauvaise foi, dans sa conduite que des transgressions volontaires de ses devoirs.
Et ne pensez pas que la doctrine que je viens d'exposer sur le caractère du schisme et de l'hérésie soit de mon invention* car, outre qu'elle paroît si conforme à la saine raison, je puis l'appuyer des autorités les plus graves et même les plus décisives. Qui jamais a été plus grand défenseur de l'unité, et un fléau plus redoutable de l'hérésie que saint Augustin? eh bien! voici ce qu'il dit dans sa lettre quarante-troisième, adressée h. Glorius : « 11 ne faut pas mettre au rang )) des hérétiques ceux-mêmes dont les er- » reurs sont plus pernicieuses, pourvu qu'ils » ne les défendent pas opiniâtrement, et » l'on doit particulièrement faire cette jus-
)) tice
» tiee à ceux dont les erreurs ne sont point » le fruit cîe leur présomption et de leur » témérité, et qui, ne s'y trouvant enga- )) gés que par le malheur qu'ont eu leur* » pères de s'y laisser séduire , se mettent en )) peine do chercher la vérité, prêts à reve- » nir de leurs égaremeus dès qu'elle leur » apparoitra. »
Dans les commenccmens du cinquième siècle , vivoit à Marseille un prêtre nommé Salvien, renommé pour son savoir et son éloquence : nous avons de lui plusieurs écrits, et un entr'autres sur la Pro\idence, divisé en huit livres..; c'est dans le cinquième qu'il parle de la foi des Goths et des \ annales, peuples élevés, nourris dans une hérésie alors fort répandue, dans l'arianisme. Salvien étoit bien loin de les regarder tous indistinctement comme coupables du crime d'hérésie; il fait observer que ces barbares ne savoient que ce qu'ils avoient appris de leurs docteurs, et que les traditions reçues étoient pour eux toute la loi; et il ajoute: « Ils sont » donc hérétiques, mais sans le savoir: Hœ- » rïîlci ergo sunt , sed non scientes. C'est » bien avec nous qu'est la vérité, mais ils IV. 2
a6 m wnns de c/é&m«g catholique
» présument qu'elle es! chez eux : Veritas y> apad nos est , sed iUi ajpvd se esse prœ- )) sumunt. Ils se trompent donc, niais Je » bonne foi: 'Errant ergô, sed bon:) animo » errant. De quelle manière, au jour du ju- )) gement, seront-ils punis de c> tte erreur? » nul ne peut le savoir que I<> souverain )) Juge : » Qualiterpro hoc Ipso falsœ dpinionis errore in die jndlcii purtiéndi sint, nullus potest scire 7iisi Judex.
Mais voici une troisième observation trèsimportante, et que bien souvent on ne fait pas. Dans toutes les communions chrétiennes distinctes de la catholique, le baptême, administré aux enfans suivant le rit nécessaire, produit son eSetj ces enfans, quoique baptisés hors de l'Eglise, sont néanmoins membres de 1 Eglise par le sacrement de baptême qui est son bien propre, et, s'ils meurent avant l'âge de la raison , le royaume des cieux leur est assuré : ce n'est pas une opinion, c'est un article de la foi catholique.
Ces enfans ont-ils atteint l'âge de raison, alors si , professant les points principaux que leur secte a conservés, et qu'elle a de communs avec nous , ils sont de bonne foi sur
tout le reste, ils n'ont pas cessé d'appartenir à l'Eglise. Considérez tous ces enfans, depuis l'âge, je suppose, de six ans jusqu'à douze, instruits, dominés par leurs parens, leurs maîtres , leurs pasteurs , par les exemples de tout ce qui les entoure; peuvent- ils avoir la pensée qu'ils sont élevés dans une fausse religion, qu'ils sont trompés par les personnes que la nature leur apprend le plus à respecter et à aimer? Qui seroit assez téméraire pour avancer qu'à cet âge si tendre ils professent de mauvaise foi les erreurs de leurs pères? Laissons ici le discernement à celui qui seul voit les consciences. Prenez maintenant des hommes plus avancés en âge dans les classes surtout les moins éclairées. Jusqu'où va l'empire de l'éducation , des premières impressions reçues comme avec la vie? jusqu'à quel point les causes particulières peuvent- elles contribuer à cette bonne foi qui excuse devant Dieu? il n'est pas donné aux hommes de le savoir; et voilà pourquoi, en condamnant les sectes en général, il faut laisser à Dieu le jugement des particuliers.
Un des plus habiles controversistes qui
28 TA IXIMES DE l'ëGLISE CATHOLIQUE
;•! ni co i h.itu les réformés, et qui aient déj loyé contre eux une logique plus serrée el plus lumineuse, c'est Nicole: nous avons de lui un traité sur Y Unité de l'Eglise. Or,
il dit (i) en propres termes : « 11 est vrai )) que, selon tous les théologiens catholiques, » il y a grand nombre de membres \ivans » et de véritables enfans de l'Eglise dans les » communions séparées d'elle, puisqu'il y » a tant d'enfans qui en font toujours une y> partie considérable; et il pourroit y en )) avoir aussi parmi les adultes, quoiqu'elle » n'y ait point d'égard, parce qu'elle ne les » cônnoit pas. )) 11 dit encore (2) : « On ne » prétend nullement que tous ceux qui sont » hors de la communion extérieure de l'Eglise » romaine soient exclus du salut. On pré- » tend au contraire qu'elle a des membres qui » lui appartiennent réellement dans toutes » les communions; car tous les enfans bapti- » ses qui en font toujours une partie si con- » sidérablc sont les enfans de la vraie Eglise , » parce que c'est elle qui les a régénérés, » quoique par le ministère des pasteurs hé-
(1) Liv. Ier., ebap. m.
{■1.) Liv. II , ebap. ni.
» rétiques ou schismàtïques : tous ceux qui >) n'ont point participé par leur volonté et » avec connoissance au schisme et à 1 héré- » sic font partie de la véritable Eglise.... L'E- )) glise romaine ne les excuse qu'autant de » temps que leur bonne foi et leur igno- » rance les excusent devant Dieu , sans dé- » terminer jusqu'où cela s'étend, et, comme )) ils ne sauroient le savoir eux-mêmes, elle » ne les distingué pas des coupables dans )) la pratique. »
Ici encore, Messieurs, ce n'est pas certes une mince autorité que celle de la Sorbonne dans la censure de l'Emile : or, après avoir parlé des enfans baptisés dans les communions séparées, et de ces hommes simples dont Dieu seul connoît le nombre, qui se trouvent dans l'impossibilité de connoître la véritable Eglise (i), elle ajoute : « Tous ces )) enfans et ces simples ne participent ni au » schisme ni a l'hérésie; ils en sont excusés » par leur ignorance invincible de l'état des )) choses, et l'on ne doit pas les regarder » comme n'appartenant pas à l'Eglise hors » de laquelle il n'y a point de salut. »
(i) Censure ck' la proposition x.\.\ue.
3o MAXIMES DE L'ÉGLISE CATIIOLfQl t.
Maintenant quelqu'un seroit-il tenté dé ttic demander si, dans les sociétés séparées, il existe beaucoup de personnes de bonne foi? je réponds que c'est le secret de Dieu; que le cœur de l'homme est profond comme les abîmes; que les passions, l'orgueil, l'intérêt, la volupté, sont une source d'erreurs; qu'on ne doit pas confondre celte fausse sécurité, par laquelle on se trompe soi-même, avec ectte droiture, cette sincérité qui justifie devant Dieu. L'illusion n'est pas la bonne foi; trop souvent il est une ignorance que l'iiomme ne se reproche pas, et qui n'est pas moins criminelle. Peut-on se rendre le témoignage qu'on aime la vérité, qu'on a pris les moyens de la connoître, qu'on n'a pas mis d'obstacles volontaires à la communication de sa lumière? voilà d'abord ce qu'il importe de savoir. Aussi ne doit-on pas être rassuré sur le sort de ceux qui sont dans l'erreur, et ne pas discontinuer de travailler avec zèle à les ramener à l'unité. Loin de nous cette indifférence qui met au même rang le mensonge et la vérité, et finit par y mettre aussi le vice et la vertu.
Pour me résumer, hors de l'Eglise point
SUB LE SALI ï DES HOMMES. 01
de salut; oelà est vrai, mais les énfaras baptisés de toutes les communions appartiennent à l'Eglise; mais les adultes qui se trompent de bonne foi n'ont pas cessé d'appartenir à l'Eglise, et, s'ils ne sont responsables que de leur mauvaise foi et de leurs mauvaises actions, où est l'injustice? où est la barbarie?
\cnons à la troisième question : que fautil penser du sort de ceux qui meurent sans avoir connu la révélation, et qu'on appelle infidèles?
A Dieu ne plaise, Messieurs, que, pour rendre la doctrine chrétienne plus croyable, nous cherchions à faffoiblir; loin de BOUS les indignes ménagemens que la religion n'a jamais connus; elle ne sait ni dénaturer les mystères pour flatter l'orgueil de l'esprit, ni mitiger sa morale pour plaire aux cœurs foibles et corrompus. L'Eglise n'est pas maîtresse absolue, mais dépositaire de la révélation; si sa discipline varie, sa doctrine ne varie pas; tout pacte avec le mensonge lui est impossible; sa politique, c'est la vérité; et, parce que rien n'est fort comme la vérité, que rien n'est odieux comme elle aux
52 MAXIMES DE I,V:CÏLISE CATHOLIQUE passions, il arrive que la religion est toujours combattue, et que, d'une manière ou d'une autre, elle est, toujours triomphante. Mais il importe d'en bien saisir Ja doctrine, de distinguer avec précision ce qu'elle enseigne de ce qu'elle n'enseigne pas, de présenter ses maximes sous leur véritable jour, et de ne pas y mêler de révoltantes exagérations.
Je fais observer en premier lieu, d'après nos livres saints, que Dieu demandera beaucoup à celui qui a reçu beaucoup, et moins à celui qui a moins reçu- que le seniteur qui, connoissant la volonté de son maître, ne la fait pas, sera rudemment châtié, et qu'il n'en sera pas ainsi des autres; que Dieu, l'équité même, ne voudra pas recueillir là où il n'aura pas semé; que ceux à qui le ciel a départi avec plus d'abondance ses dons et ses lumières auront à rendre un compte plus rigoureux et plus étendu. Nous, Messieurs, éclairés par l'Evangile, par l'enseignement de l'Eglise, par une raison plus exercée, un esprit plus cultivé, nous avons sur les devoirs des connoissances plus précises qui rendent nos transgressions plus
criminelles : le degré de malice doit se mesurer en grande partie sur celui de l'intelligence. Mais transportons-nous par la pensée au milieu de ces peuples sauvages qui semblent inspirer plus d'intérêt et de pitié, de ces peuplades errantes dans les forêts qui semblent plus tenir de la brute que de l'homme, et sont livrées à la plus stupide ignorance par le vice même de leur naissance et de leur éducation. Sans doufe vous trouverez dans elles quelques rayons de cette lumière divine qui éclaire toutes les âmes* mais combien n'est-elle pas obscurcie ! combien leurs idées sur le bien et le mal sont confuses et vagues ! qu'ils sont peu capables de ces doctrines spirituelles qui s'éloignent des objets sensibles! quelle imprévovance! quelle insensibilité! Lors de la découverte du Nouveau-Monde, quelques-uns des premiers missionnaires furent si frappés de la stupidité des Indiens, qu'ils les crurent incapables de saisir les premiers principes de la religion. Que ces hommes abrutis soient capables de bien et de mal, ce n'est pas là ce que je conteste; mais que de choses criminelles pour nous, et qui peuvent ne pas Vê-
3i maximes de l'église catholique
t. pour eux! que de fautes, graves pour noiis, peuvent dans eux n'être que des fautes légères! Sur bien des [)oints, où l'on n'iié-' sileroit pas, s'il s'agissoit d'un chrétien, que faut-il pour que dans le sauvage une faute soit au nombre de celles que Ja théologie quauiie de mortelles? question souvent trèsembarrassante. Au milieu de nous, là où la transgression matérielle de la loi est la même, la culpabilité peut être néanmoins Lien différente; l'ignorant peut être plus excusable que l'homme instruit, le simple fidèle plus excusable que le ministre des autels; vouloir appliquer indistinctement aux actions des infidèles les règles par lesquelles nous jugeons la moralité des nôtres seroit un rigorisme insensé.
Je fais observer en second lieu, et cette considération est une suite de la première, qu'au jugement de Dieu ceux qui auront été privés des lumières du christianisme seront traités avec bien moins de sévérité, et (jue même ils ne seront pas jugés d'après l'Evangile, si l^angile ne leur a pas été annoncé. Yous connoissez tous le célèbre Bourdaloue, qui, à un esprit très-fécond, à
une simplicité originale, joignoit quelque chose de plus précieux encore dans un ministre de la parole sainte, une connoissauce approfondie de toutes les parties de la religion. Il s'est rencontré des hommes d'un génie plus élevé, d'une imagination plus brillante, d'une plus vaste érudition; mais jamais écrivain n'a parlé sur le dogme et la morale avec plus d'exactitude et de précision ; il n'a rien donné à l'exagération oratoire, en lui tout est substance et vérité. Or écoutons ce qu'il dit dans un de ses sermons sur le jugement dernier : ce II faut, )) chrétiens, et cette pensée n'est pas de >> moi, mais de saint Jérôme, il -faut bien )) établir dans nos esprits une vérité à quoi )) peut-être nous n'avons jamais fait toute » la réflexion nécessaire, que, dans le juge- )) ment *Ie Dieu, il y aura une différence )) infinie entre un païen qui n'aura pas » connu la loi chrétienne, et un chrétien )) qui, l'avant connue, y aura intérieure^ » ment renoncé, et que Dieu, suivant les » ordres même de sa justice, traitera bien » autrement l'un que l'autre : on sait assez » qu'un païen à qui la loi de Jésus-Christ
56 MAXIMES DE t/ÉGLISÈ C \'l IFOLIQUE » n'aura point clé annoncée ne sera pas )) jugé par celle loi, et que Dieu, tout ab- » solu qu'il est, gardera avec lui cette équité » naturelle, de ne pas le condamner pour » une loi qu'il ne lui aura pas fait con- » noître; c'est ce que saint Paul enseigne en » termes formels : Qui sine lege peccave- » runt, sine lege peribunt. » Y oilà donc Bourdaloue s'appuyant sur saint Jérôme et même sur saint Paul, pour nous avertir que celui à qui Dieu n'a pas fait annoncer son Evangile ne sera pas jugé par l'Evangile.
Pourquoi donc Jean-Jacques et d'autres déclamateurs après lui semblent-ils supposer que, suivant la doctrine catholique, il y aura des hommes condamnés à des peines éternelles , précisément pour n'avoir pas connu une loi qu'il n'a pas été en leur pouvoir de connoître? Cette suppoOion est chimérique. D'un côté, nul homme ne sera sauvé précisément parce qu'il est ne à Home, qu'il çonubît et professe la foi véritable; la naissance peut être un avantage, elle n'est pas un mérite; si la foi est un don précieux , la foi sans les œuvres seroil un don stérile; le Dieu de vérité est aussi le Dieu de sain-
Icté, et né demande pas moins l'observance de sa loi que la soumission à sa parole» D'un autre côte, nul ne sera condamné au tribunal de Dieu précisément pour être né dans les forets du Nouveau- Mon de, ni précisément pour avoir ignoré les vertus chrétiennes. La naissance peut être un malheur, elle n'est pas un crime , et l'ignorance involontaire de la révélation n'est pas une faute punissable. Que si le ciel fait briller la lumière aux yeux de l'infidèle, celui-ci ne peut la rejeter sans être coupable; mais s'il n'a pas eu , s'il n'a pas pu avoir le moyen de s'éclairer, alors son ignorance est invincible, il est excusable de ne pas connoître. La révélation chrétienne est une loi positive, et il est de la nature d'une loi de n'être obligatoire que lorsqu'elle est publiée et connue. Donc, si l'infidèle se trouve condamné au tribunal du souverain Juge, ce ne sera que pour avoir >iolé ce qu'il pouvoit et de\oit connoître de cette loi intérieure qui se manifeste par la conscience. Que si Dieu ne juge pas cet infidèle d'après la loi chrétienne; s'il ne le punit pas de ce qu'il n'a pas eu la foi; s'il ne le punit que pour des
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fautes qu'il pouvoit éviter; s'il mesure la peine sur le; degré de connoissance e' de malice, où est L'injustice? Je ne placerai pas cet infidèle dans le royaume de la béatitude céleste; mais, suivant sa conduite, il sera plus ou moins rapproché dans sa destinée dos enfans morts sans baptême, dont nous avons déjà parlé- nous poumons nous borner là avec un incrédule, il n'en faut pas davantage pour faire évanouir la difficulté. Mais la théologie chrétienne nous fournit encore de nouvelles lumières. D une part , elle nous dit bien que l'homme, par les seules forces de sa nature, ne peut pas mériter la foij que même la première grâce est entièrement gratuite; et celui qui avanceront que Dieu la doit comme récompense de quelque mérite précédent, acquis par la seule raison, tomberait dans une erreur souvent condamnée, celle des pélagiens. Mais en même temps nous disons que, parmi les infidèles, il n'en est pas un seul qui soit étranger au bienfait de la rédemption, aux grâces surnaturelles, fi-uit du sacrifice offert sur la ( "'!•< i\ poiiT le salut du monde; que, si 1 infidèle étoit docile à ces premières im-
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pressions de grâce toute gratuite, il en recevrait de nouvelles, et que de lumière en lumière il pourroit armer enfin à la connoissance de la vérité j que Dieu pourroit l'y conduire soit par la voie ordinaire de la prédication, soit par une révélation spéciale, comme celle qui a été faite aux prophètes et aux apôtres, soit par des impressions intérieures qu'il meltroit dans son ame avant sa mort, soit par d'autres moyens pris dans les trésors infinis de sa* puissance et de sa sagesse. Connoissons -nous toutes les opérations secrètes de Dieu dans les âmes, toutes les manières dont il peut les éclairer? j'aime à croire qu'au grand jour de la manifestation nous verrons éclater à ce sujet des prodiges de miséricorde qui maintenant nous sont cachés, ci: qui raviront d'admiration les an<jes et les hommes.
La doctrine que je viens d'exposer étoit bien certainement celle de Bossuet, quand il droit (1): (C En ûtant aux infidèles qui » n'ont jamais ouï parler de l'Evangile la
(i) Justification des Réflexions sur le noir, eau Testament, §• 17.
4o maximes de l'église catholique » grâce immédiatement nécessaire à croire, » rien n'empêche qu'on leur accorde celle » qui mettroit dans leur cœur des prépara- » lions plus éloignées, dont si!s usoient » connue Us doivent, Dieu leur trou\ croit )) dans les trésors de sa science et de sa » bonté des moyens capables de les amener )) de proche en proche à la connoissance » de la vérité. »
Cette même doctrine, je la trouve textuellement consignée dans la censure de l'Emile (] ) , dans saint François de Sales, cet homme d'une piété aussi éclairée qu'elle étoit tendre et persuasive. Dans un de ses ouvrages, il rapporte et approuve une réponse faite aux Japonais par saint François Xavier (2), réponse fondée sur les éclaircissemens que je viens de donner. Je la trouve dans saint Thomas, qui, pour l'étendue et la pénétration d'esprit, peut être placé entre saint Augustin et Bossuet. On a souvent cité de lui cette parole mémorable, que Dieu dans sa bonté enverroit plu-
(lyCcnurcde la proposition xxxi/i*. et x\\ie., à la fin. (2) Traité de l'amour de Dieu, li\re IV, chap. v, à la Ou.
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tôt un ange à celui qui, aidé de sa grâce, le cherche dans la simplicité de son cœur, que de le laisser dans ses ténèbres; et à ce sujet je rencontre encore ici Jean- Jacques se moquant de ce moyen de salut. La belle machine, dit -il, que cet ange ! Son conte ns de nous asservira leiws machines , ils mettent Dieu clans la nécessite de les employer. Messieurs, c'est là une raillerie dans laquelle il entre autant d'ignorance que de malice; les théologiens ne disent pas que Dieu soit obligé d'envoyer un ange , comme s'il n'avoit pas d'autres moyens en sa puissance; cela seroit ridicule. Mais qu'y a-t-il de ridicule à prétendre que Dieu est si bon envers les cœurs droits, qu'il feroit un miracle, se serviroit, s'il le falloit, du ministère d'un ange , pour ne pas laisser périr celui qui, fidèle aux inspirations de sa grâce y chercheroit la vérité dans toute la sincérité de son ame, ainsi qu'il en usa à l'égard du centurion Corneille à qui il fut dit : « Vos » prières et vos aumônes sont montées de- » vant Dieu , et l'ont fait souvenir de vous? » Par cette manière de penser, les théologiens, loin de dégrader la Disinité, ne font que
4'2 •>.! WIMI S Dï: l'jÊGLISE CATHOIOQl i:
donner une excellente idée do la grandeui' de >.i miséricorde.
Je souhaite bien , Messieurs, que ma doctrine ait été saisie telle que j'ai eu 1 intention de l'exposer. Sans cela , je puis cire aisément accusé par les uns de relàcli; ni. ni, et par les autres de rigorisme; pour présenter les choses en abrégé, voici comme il faut les concevoir. Père commun du genre humain , Dieu est bon envers tous, encore qu'il soit meilleur envers quelques-uns : cette inégalité de dons et de faveurs existe partout, dans l'ordre naturel et civil comme dans l'ordre religieux. \ ous voyez la foiblesse à côté de la force, l'indigence à côté de la richesse, le bonheur à côté de l'infortune, le génie à côté de l'incapacité. Si le déiste dcnde pourquoi les lumières de la révélation ne sont pas égales pour tous, on peut lui demander : Pourquoi en est-il ainsi des lumières de la raison et de la loi naturelle? Si nous sommes les enfaus privilégiés, nos plaintes et nos murmures ne font que montrer dans nous l'ingratitude jointe au blasphème. Que penser d'un enfant qui, couvert des bienfaits de son père, lui reproche-
roît de ne pas traiter ses frères avec la même libéralité? que penser d'un savant qui reprochèrent à Dieu de lavoir distingué du reste des hommes par l'esprit et le talent? Un jour, Dieu saura bien se justifier, forcer ses créatures à rendre hommage à son équité, et leur arracher l'aveu qu'elles sont traitées chacune selon ses œuvres. Que s il faut donner, en attendant, quelque chose aux désirs d'une raison foible et curieuse , nous disons : En premier lieu, il est reconnu que la moitié de l'espèce humaine meurt dans la première enfance, avant l'âge de raison; or tous les enfans baptisés de toutes les communions sont mis en mourant en pos^es^ion du bonheur du ciel; la foi nous l'enseigne: les enfans non baptisés sont dans un état tel que 1 existence est pour eus un bien dont ils désirent la conservation; la foi permet de le penser.
En second lieu, s'agit -il des chrétiens adultes des communions distinctes de la notre? de deux choses lune, ou ils se trompent de mauvaise foi, et ils en seront punis , mais aussi quoi de plus juste ! ou ils se trompent de bonne foi, et alors leurs erreurs ne
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leur seront pas imputées. Que faut-il davantage pour absoudre la justice divine?
Eu troisième lieu, s'agit-il des infidèles? s'ils n'ont pas pu connoîlrc l'Evangile, ils ne seront jugés que d'après la loi de la conscience, et ne seront punis que des fautes qu'ils pouvbient éviter; dans tout cela,qu'ya-t-ildonc de si révoltant? même si, lklèles à ces grâces que Dieu dans sa miséricorde donne à tous, ils pratiquoient avec leur aide tous leurs devoirs, Dieu les conduiroit de proche en proche à la connoissance de la vérité.
Sans doute, Messieurs, nous n'attendiez pas de moi que je dissipasse devant vous toutes les ténèbres mystérieuses qui enveloppent les voies de la Providence touchant le salut des hommes; nos pensées sont trop courtes pour mesurer celles de Dieu. Vouloir tout voir sans nuages, tout pénétrer et tout comprendre, ce seroit vouloir, au lieu d'une raison humaine, foible et bornée, avoir une raison infinie, une raison divine. Les jugemens du Très -Haut sont des abîmes, disent nos livres saints; il est bien donné à l'homme d'y jeter quelques clartés, mais
non d'en éclairer tontes les profondeurs; et <[iioi! les opérations du Créateur dans la partie la plus grossière de ses ouvrages, dans la nature matérielle, sont couvertes d'un voile d'airain que tous les efforts des hommes ne peuvent soulever, et l'on voudroit que dans la partie la plus haute, la plus sublime de ses œuvres, dans le monde intellectuel, tout fût lumière, sans ombre et sans obscurités ! cela n'est pas raisonnable. Au lieu de nous livrer à de vaines recherches sur la destinée future des peuples non catholiques, nous ferions bien plus sagement de nous occuper de la notre. JN 'ayons pas la pensée d'assujettir les desseins de l'Etre infini aux calculs de notre courte sagesse; je vous l'ai dit quelquefois, la religion a son côté lumineux, pour que notre foi soit raisonnable; elle a aussi son côté obscur, pour que notre foi soit méritoire : c'est le soleil caché derrière un nuage. Marchons a la lumière que le ciel nous donne, en attendant qu'un jour il la fasse éclater dans toute sa plénitude; celui qui jouit des douces clartés de l'aurore a-t-il le droit de blasphémer contre la Proùdence, parce que le soleil
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ii est pas arrive à 1 éclat de son midi? Comme le peuple cl Israël, abaissons- nous au pied de la montagne sainte; adorons avec respect le Dieu qui se cache sur le sommet dans les profondeurs de sa majesté, et, si nous essayons de monter jusqu'à lui, craignons qu'un éclair de sa colère, en nous foudroyant, ne vienne nous punir de notre folle témérité.