‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 4)Chapitre 3 sur 39 · RELATIVES AUX MATIERES QUI TIENNENT D'ETRE DISCUTÉES · texte numérisé non relu

RELATIVES AUX MATIERES QUI TIENNENT D'ETRE DISCUTÉES

Ces questions m'ont été proposées en 1820 par une personne d'un esprit fort distingué de l'église protestante. Les réponses sont de la même date.

Première question. — Quelle est positivement la doctrine de l'Eglise catholique sur le salut des protestans?

Piêponse. — L'Eglise catholique se croit seule la véritable société établie par Jésus- Christ, et seide en possession de toute la doctrine révélée par lui.

SUR LV, SALUT Ul'.S &0MMES. 4;1

A ses veux, toutes les autres communions sont plus ou moins dans l'erreur; mais les eiïfans baptisés dans leur sein sont membres de lE^iise catholique par le baptême qui lui appartient en propre} et nul doute que ces enfans, s'ils meurent avant l'âge de raison, ne soient sauves.

Même parmi les adultes de tout âge, tous ceux qui seroient dans Y ignorance invincible de la vraie foi ne seroient pas coupables de leurs erreurs. La bonne foi les excuseroit devant Dieu.

Les catholiques présentent l'Eglise comme étant composée d'un corps et d'une amc.

« Les liens extérieurs de la profession de » la foi, de la participation aux sacremens, » de la soumission aux pasteurs, constituent » le corps de l'Eglise; les dons intérieurs du » Saint-Esprit, la foi, l'espérance, la cha- » rite et les autres vertus en forment l'aine.

y> On est du corps de l' Eglise par la pro- » fession publique et de son ame par sa vie y) privée (1). »

Les hérétiques sont bien séparés du corps

(i) Explication des Evangiles, par M. de Li Luzerne, éveque dé i tigres, tome V, p:ige i'>y.

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de l'Eglise, mais les petits en fans, par le haptême, mais les adultes, par la croyance des

points principaux (s'ils se trompent de bonne foi sur le reste), et quand ils sont ûdèles à la loi évangélique, appartiennent à lame de l'Eglise, et par là même ne sont pas hors de la voie du salut.

L'application de ces principes à la première question se présente d'elle-même.

11 est très-positif que chez les protestans les petits enfans et les adultes, tels que nous venons de les supposer, sont assurés de leur salut.

Seconde question. — Y a-t-il un décret d'un concile qui se rapporte à cette question ?

Repo7i.se. — C'est la doctrine des conciles, et en particulier du premier concile général de Constantinople , au quatrième siècle, que l'Eglise est une. Ceux qui ne professent pas sa doctrine et vivent séparés d'elle sont bien hors de son unité extérieure, mais ils peuvent néanmoins lui appartenir dans le sens des éclaircissemens donnés sur la première question.

Troisième question. — Y a-t-il eu dos

Pères,.

Pères de l'Eglise qui aient parlé du salut eu de la perte des hérétiques?

Réponse. — Les saints Pères ont mi dans les hérétiques des enfans rebelles, et c'est à l'un d'eux qu'est due cette maxime, que celui-là ne sauroit avoir Dieu pour père qui ne reconnoît pas l'Eglise pour mère. Mais en même temps il est certain qu'an cinquième siècle saint Augustin en divers endroits, et Sahien de Marseille, dans son traité de la Providence , ont parlé de l'excuse de la bonne foi et de Y ignorance invincible , en parlant de certains hérétiques, et ils autorisent manifestement notre première réponse.

Quatrième question. — Que peut-on opposer à cette doctrine de la damnation des protestais généralement répandue partout, et prêchée par presque tous les prêtres?

Réponse. — C'est bien l'enseignement de tous les prêtres qu'il n'y a point de salut hors de l'Eglise véritable, et qu'on est hors de l'Eglise pai d'hérésie; mais en même temps ils reconnoissent que, devant Dieu, ce qui fait le crime de l'hérésie, c'est moins l'erreur que V attachement opiniâtre li l'er-

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rcur, et que ce dernier seul rend coupable et digne <le la damnation.

Toutefois, comme, l'Eglise ne connoît pas les dispositions intérieures, elle condamne en masse les sociétés dissidentes on laissant à Dieu le jugement des individus.

Lorsque les prêtres traitent publiquement ces sortes de matières, ils ont coutume djétahhr les vérités générales, sans aller audevant de toutes les difficultés souvent inconnues du peuple, et des conséquences exagérées qu'on pourroit en tirer; aussi bien les ministres protestans eux-mêmes, en prêchant la nécessité de la foi en Jésus- Christ, ne vont pas au-devant de ce que peut faire objecter le sort des païens, des sauvages, etc.

Au reste les catholiques sont bien loin de dissimuler les adoucissemens qu'ils mettent à la sainte sévérité de la foi; on les trouve dans leurs apologistes, et notamment dans un acte bien authentique fait pour servir comme de manuel sur cette matière délicate à toutes les écoles catholiques de France, la censure de l'Emile par la Sorbonne.

Cinquième question. — La doctrine qui

SUS LH SALUT DES HOMMES. 5l

ne condamne pas les protestais n'est-elle pas une doctrine nouvelle? n'est-clle pas en opposition avec lès écrits des anciens auteurs? n'est -elle pas formellement contredite dans Bossuet, dans Fénélon?

Répojise. — Les explications données ont leur fondement dans l'antiquité, dans saint Augustin etSalvicn en particulier (ainsi que je l'ai dit). On peut les voir exposées dans le Traité de V Unité de Nicole, et bien certainement ce n'est pas lui qui les avoit inventées

Bossuet et Fénélon ont établi les principes généraux comme tous les controversistcs catholiques, sans parler des exceptions, telles que nous les avons exposées dans la première réponse.

Sixième question. — Quels auteurs, quels passages, quelles décisions, peut-on citer à l'appui de la doctrine qui ne condamne pas les protestans?

Réponse. — Tous les catholiques condamnent l'église protestante comme une fausse église; mais, outre les autorités citées en faveur des exceptions individuelles dont Dieu seul cormoit le nombre, je puis nom-

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nier ici Bergier^ Dictionnaire théologique t article hérééie; M. Duvoisin, é> êque de Nantes, dans sa Démonstration évangèlique j ML le cardinal de La Luzerne, dans ses ©«h sertations sur les Eglises catholiques et protestantes.

Septième question. — Peut-on faire dire dos messes pour l'aine d'un protestant?

liêponse. — L'Eglise catholique ne feroit pas célébrer de serviee public et solennel pour un protestant- mais rien n'empêche qu'un prêtre ne puisse à l'autel prier pour lame d'un protestant, et ces prières pourraient lui être utiles, si, mort dans l'erreur, il y étoit engagé de bonne foi.

Huitième question. — Les catholiques ne citent-ils pas comme une preuve de la vérité de leur religion cette intolérance pour les autres? et ne raconte-t-on pas que Henri IV n'a jamais pu trouver un prêtre qui lui dît qu'on peut être sauvé dans le protestantisme?

Réponse. — Rien de plus intolérant que la vérité en un certain sens; elle ne peut Rallier avec aucune erreur.

Toute église indifférente aux opinions qui

combattent sa doctrine porte par cela seul sur le front le cachet du mensonge.

Le caractère de la véritable Eglise est de condamner tout ce qui n'est pas elle; elle est opposée à toute mauvaise doctrine; tous ce rapport, on peut, si Ion veut, l'appeler intolérante) comme le protestant qA mlolérant pour le déiste , et le déiste pour l'athée. Cette sorte d'intolérance dans la doctrine peut en effet être • présentée comme une preuve de sa vérité; il ne faut que s'entendre.

Tout prêtre catholique devoit dire à Henri IV qu'il ne pouvoit indifféremment ou rester protestant ou embrasseï - l'ancienne' foi. La vérité est une. Henri 1\ n'auroit pu se sauver dans l'église protestante qu'autant qu'd en auroit professé les erreurs avec ÇGtte bonne foi qui excuse devant Dieu; certes ce n'étoit pas le cas, et ce n'étoit pas de cette exception-là qu il s'agissoit.

Dans la réalité, tout se réduit à savoir si l'Eglise catholique est la véritable; car, si elle lest, il est impossible qu'elle enseigne et qu'elle se conduise autrement qu'elle ne le fait; alors il faut bien qu'elle dise haule-

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