‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 4)Chapitre 22 sur 39 · SUR LA NÉCESSITÉ DE LA RELIGION. KJ · texte numérisé non relu

SUR LA NÉCESSITÉ DE LA RELIGION. KJ

saint Louis. Cette heureuse journée présage le retour de tous les hommes éclairés à ces vérités sacrées que les législateurs et les sa-

s de tous les siècles avoient professées jusqu'à nous, que les peuples ne méconnurent jamais impunément, et qui seules peuvent rajeunir notre antique monarchie, comme elles ont pu seules la former dans sa naissance, et la faire croître dans la suite dos Ages avec tant de gloire et de prospéi i té.

Et de quoi nous serviroit-il de gémir quel* quefois sur les désastres et les calamités qui Ont désolé notre patrie, ti nous n'abjurions les systèmes pervers qui pourroient amener de nouveaux malheurs? C'est par les mauvaises doctrines que tout fut ébranlé 3 c'est par les bonnes doctrines qu'il faut tout raffermir. Pénétré de cette pensée, je viens exposer ici quelques considérations sur l'esprit irréligieux de nos temps modernes, pour faire sentir tout ce qu'il a de menaçant pour le repos et la liberté des peuples, et combien il importe au bonheur public d'en arrêter les funestes progrès. JXous dirons donc aux ennemis de la religion : Tous dé-

sirez sans doute de voir s'établir dans notre pairie des inslilulions durables qui garantissent la tranquillité publique, préparent dans le présent un heureux avenir, pré\i< unent les dissensions, les troubles civils, l'anarchie et les maux qu'elle entraîne; en un mot, vous désirez de voir fonder Tordre publie : eh! bien, sans la religion, l'ordre public est impossible; première réflexion. Vous ne voulez pas de mesures arbitraires; \ou.-> voulez le règne de la loi, et que, sous sou égide , chacun ait la paisible jouissance de sa personne, de ses biens et de ses droits; en un mot, vous voulez voir se fonder la liberté pour tous : eh bien! sans religion, la liberté publique est impossible; deuxième réflexion. Tel est le partage de ce discours sur la nécessité de la religion pour le bonheur social; matière importante que je me plais à traiter devant l'élite des écrivains de la France, devant ceux-là mêmes qui, par leurs ouvrages , peuvent exercer une si heureuse influence sur l'avenir comme sur le présent. L'homme de lettres méeonnoîtroit la dignité de sa vocation , il prolaneroit les dons qu'il a reçus de l'auteur de tout bien.

SUR LA NÉCESSITÉ DE L.V REUGION. IÇJtj

s'il ne les employoit au triomphe de la vérité et de la vertu; il doit toujours se souvenir que le talent comme le pouvoir n'est donné à l'homme que pour le bien de ses semblables, et qu'il n'est pas plus permis d abuser de l'esprit pour corrompre, que de la puissance pour opprimer. Implorons avant tout le Dieu de saint Louis, par l'entremise de celle qui est si particulièrement la patronne de la France et de la race de nos rois. Ave, Maria.

S'il falloit écouter certains novateurs modernes qui ont combattu avec un déplorable succès les croyances établies chez les nations chrétiennes, et trop souvent même ces vérités premières qui furent sacrées chez tous les peuples, eux seuls auraient connu le secret de perfectionner \Q monde social et de fonder la liberté publique. Cependant, si nous voulons nous éclairer du double flambeau de la raison et de l'expérience, que verrons -nous? c'est que l'esprit irréligieux dont ils ont eu le malheur de se faire les apôtres ne pourroit prévaloir chez une nation sans entraîner la ruine d<

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l'ordre public et de La liberté. Cherchons h mettre cette vérité dans un jour qui la rende sensible à tous.

Sans doute, tant que l'irréligion n'est professée que par un petit nombre d'hommes, qu'elle est reléguée dans qui loues ouvrages peu connus, ses images n'ont rien de frappant encore ; c'est un levain funeste qui na pas assez fermenté pour tout gâter et tout corrompre : même il arrive quelquefois que, chez les hommes irréligieux, les main aises opinions sont contenues par d'anciennes habitudes ; qu'ils sont maîtrisés comme à leur insu par des impressions chrétiennes reçues dans le premier âge; en sorte que, par une heureuse inconséquence, ils sont meilleurs que leurs systèmes. Mais supposons que ces doctrines de l'impiété sortent des nuages qui les enveloppoient pour se produire au grand jour; qu'elles soient consignées dans des livres répandus parmi toutes les classes de lecteurs; qu'elles deviennent l'opinion dominante du monde savant et littéraire, des riches et des grands; qu'elles aillent infecter au loin les pères de famille, les instituteurs de la jeunesse, les magistrats, les dépositaires

SUR LA NÉCESSITÉ DE LA RELIGION* 201 du pouvoir- que, par des progrès insensibles, elles passent de la cité dans le hameau, et deviennent ainsi plus ou moins populaires, alors comment ne pas concevoir de vives alarmes et ne pas trembler pour le repos de la société? Avec ses maximes hardies et commodes, l'irréligion va remuer dans le cœur des peuples tout ce qu il y a de passions désordonnées, les rend plus inquiets et plus indociles, les irrite contre le joug des lois et de l'autorité, relâche tous les liens domestiques, et tend ainsi à porter le trouble et le désordre dans les familles comme dans la société. C'est une vérité sentie par les bons esprits de tous les temps, et consacrée par l'autorité de tous les législateurs comme par l'expérience des siècles, et devenue en quelque sorte triviale à force d'être répétée, que la société porte sur la loi, la loi sur la morale, la morale sur la religion ; et comment donc l'édifice social ne menaceroit-il pas de tomber en raine, lorsque le fondement même est ébranlé?

Eh quoi! Messieurs, même chez les peuples où la religion exerce le plus son empire salutaire pour le bien de l'humanité, où, par

son heureux ascendant sur les esprits et sur les cœurs, clic prévient plus d'injustices et de forfaits, apaise pjue de Uaines, assure davantage le respect des lois et de l'autorité, toutefois Les partions humaines ne causent que trop de ravagés : et que seroit-ee donc , si l'on faisoit tomber MéVânl (lies la j>lus forte barrière qu'on puisse leur opposer, celle de la religion? alors à tous les excès que la religion n'empêche pas par la malice des hommes viendroient se joindre les excès bien plus nombreux encore qu'elle empêche par sa dhine etsecrète influence ; les désordres de tous les genres deviendroienl plus communs dans tous les âges et toutes les conditions, et le corps social, travaillé par ce levain de corruption cl d'impiété séditieuse, seroit menacé d'une dissolution universelle. Il est facile d'étaler dans \m livre les maux dont la religion est devenue, par l'ambition et l'orgueil des hommes, l'occasion ouïe prétexte; mais pourquoi jeter un voile sur les biens immenses dont elle seule est la source par ses maximes et ton esprit? La sociétéjouit de ses bienfaits sans presque s'en apercevoir. Tout ce qu'elle met dans les aines de

5 Cil LA NÉCESSITÉ DE LA RELIGION. 2O0 bons sentimens, tout ce qu'elle inspire de compassion et de générosité, tout ce qu'elle verse de consolations , échappe à doï- regards ; mais son action, pour être secrète, n'en est pas moins réelle : c'est comme cette chaleur vivifiante qui anime la nature, qui fait germer les plantes et mûrir les fruits, sans qu'on aperçois e son influence. On dit bien quelquefois ce qu'un peuple est devenu par l'abus qu'on a pu faire de la religion ; mais il faut bien comprendre aussi ce que deviendreit sans elle le monde social. Four emprunter ici les paroles d'un orateur illustre de nos jours : « La religion est la \ie du » corps politique; elle ne lui laisse que le )) choix , ou de se conserver avec elle , ou » de se dissoudre sans elle. "»

Oui, Messieurs, n'en doutez pas, sans la religion , on verroit plus que jamais les familles troublées par la discorde et le libertinage , des époux sans union , des enfans sans respect, des serviteurs sans fidélité; on verroit plus que jamais des êtres contre nature qui, n'étant plus retenus par le frein d'une éducation religieuse , connoîtroient dès leur plus tendre jeunesse les ruses et l'auiv. 9*

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dace du crime, cl pn'senteroicnt devant les tribunaux épouvantes le plus hideux de tous les spectacles , celui des foi faits dans l'âge même de la candeur et de 1 innocence- on verroit des malfaiteurs qui , débarrassés de la crainte de la justice divine, ealeuleroient froidement qu'après tout le temps dw supplice sera court, marcheroient ensuile à l'cchafaud porlant sur le front non la pâleur et la Honte du crime, mais presque le calme de la vertu, et donneraient ainsi au peuple l'élira va nt exemple d'un coupable qui meurt sans crainte et sans remords 5 on verroit des hommes qui formeroient les projets les plus iniques, les plus insensés, les plus désastreux peut-être pour leur patrie, dans la pensée que tout finit au tombeau, et que, s il le falloît, ils sauroient bien échapper parle suicide au châtiment et à l'opprobre. Sans la religion enfin , on verroit plus que jamais de toutes parts des égoïstes , qui , détournant leurs regards des biens de la vie future , ne seroient que plus ardens pour les biens de la vie présente, plus dévorés de désirs ambitieux , moins touchés des maux d'autrui, moins capables de sacrifices généreux,

s un l\ néc£S3ITj& ul la religion. 20 5 •>las enclins à tous les désordres qui sont le fléau des Etats comme des familles. Plût au ciel que je n'eusse fait que tracer ici une peinture imaginaire, et qu'on 11 eût vue se réaliser en aucune manière parmi nous! Mais ne puis-je pas en appeler à l'observateur, à l'homme public, au magistrat, à ceux qui sont armes du glaive de la loi contre les malfaiteurs, et leur demander s il n'est pas vrai que Fafibiblissèmerit des sentiai* ns religieux a rendu plus communs et plus précoces les désordres et lés délits de tous les genres- et, pour appeler les choses par leur nom, n'estil pas vrai qu'on a vu croître d'une manière eUrayante le scandaje du suicide, de l'infanticide, du concubinage, des enfans illégitimes, et de ce crime tellement repoussé par la nature, que, dans ses lois, un législateur de l'antiquité crut devoir le supposer impossible?

O vous qui, vers le milieu du dernier siècle, avez élevé la voix avec l'éclat de la trompette pour prêcher la haine et le mépris de la religion, vous avez revendiqué pour vou;» seuls la gloire d'avoir guéri le corps social dune maladie violente, des excès du faux

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/(le, du fanatisme en un mot, et vous n'avez pas vu que vous déposiez dans son sein des germes de ruine et de mort! Avec vos systèmes, on n'auroit plus de fanatisme r< 11gieux, j'y consens; mais on auroit les lavages profonds des vices les plus ignobles et 1rs plus vils, de l'égoïsme le plus dévorant, de la dépravation la pins raffinée, jusqu'à ce qu'enfin , tous les li. ns sociaux étant dissous, on vît éclater le fanatisme de toutes les passions déchaînées. Le fanât'; me religieux trouble la société, l'impiété la tue : le premier est cette tempête qui agite, mutile, arrache les rameaux de l'arbre le plus vigoureux; la seconde est cette plaie secrète qui le ronge jusque dans sa racine, et l'on peut Lien dire, avec un écrivain fameux, que l'indifférence philosophique est la tranquillité de la mort plus destructive que la guerre même. Et ne croyons pas d'ailleurs, pour l'observer en passant, que l'athéisme ne se manifeste "jamais que par 1 indifférence, par roubu, par le dédain de la religion : il a aussi ses persécutions et sus fureurs. Jean- Jacques, à qui les paradoxes les plus irréfléchis ne coùtoient rien, a cru pouvoir dire

81 ;; LA NÉCESSITE DE LA RELIGION. Ç20J que l'athéisme ne faisoit pas verser le sang; c\'ï>t une assertion que l'expérience a bien hautement démentie sous nos yeux. Jamais le sang humain n'avoit coulé avec autant d'abondance que sous Le règne de l'athéisme ; n'en soyons pas surpris : quand on ne voit guère dans l'espèce humaine qu'une famille de plantes ou qu'une race particulière d'animaux, est-il étonnant qu'on n'ait pour elle que du mépris, et qu'on se fasse un jeu de ses douleurs et de sa mort? En assimilant 1 homme à la brute, on s'habitue à le traiter comme elle; même ici la barbarie est d'autant plus froide, quêtant débarrassée de la crainte de la justice divine elle ne connoît pas le remords; c'est bien surtout aux athées que s'appliquent plus littéralement ces paroles du Sage : « Les entrailles des impies » sont cruelles : » T Lscerct implorum cradelia, Voltaire lui-même l'asoit pressenti, quand il disoit : <x Si le monde étoit gouverné » par des athées, il vaudroît autant être sous ■■> l'empire immédiat de ces êtres infernaui » qu'on nous peint comme acharnés sur » leurs victimes- »

Je sais que le plus grand nombre des in-

crédules reculent d'effroi dévaut les abîmes de I allicisîiie , qu'ils font gloire de reconnoître un Dieu, même d'eu célébrer les grandeurs; ils sont déistes. Soyons de bonne foi, Messieurs; sans être, si l'on veut, aussi funeste que l'athéisme, pensez-vous que le déisme suffise au maintien de 1 ordre publie/ Je nous le demande, quelle idée le déiste se forme-t-il de Dieu et de sa providence, de sa bonté et de sa justice, de ses récompenses et de ses châtimens dans la vie future? sur tout cela, ses idées ne sont-elles pas vagues, incertaines, dépendantes de ses passions et de ses caprices? quelle règle de conduite fait -il dériver de son opinion? quel appui y trouvent la morale et la société? Si vous comparez la conduite habituelle;, quelle différence remarquerez-vous entre l'athée et le déiste? jN'est-il pas vrai que le déisme en théorie ressemble beaucoup trop à l'athéisme dans la pratique ; que des deux côtés c'est presque le même oubli de la Divinité, de toute obligation , de tout hommage envers elle, de tout effort et de tout sacrifice peur lui plaire? et Bossuet n'étoit-il pas fondé à dire que le déisme n'étoit qu'un athéisme de-

SUR LA NECESSITE DE LA RELIGION. 2(X) guisé? Il faut bien le remarquer, Messieurs, toujours une religion quelconque, plus ou moins parfaite, a préside à toutes les sociétés civilisées; c'est une règle invariable qui n'a pas souffert une seule exception depuis que le soleil éclaire le monde, et sans doute il ne nous appartient pas de donner un démenti à la sagesse des siècles : or par religion toujours les peuples ont entendu non pas quelques opinions spéculatives, stériles sur îa Divinité, mais un ensemble de croyances, de devoirs, d'hommages pieux; c'est de cela que se composent les chaînes imLibles, mais puissantes, qui ne lient les hommes à Dieu, leur père- commun, que pour les lier plus étroitement les uns aux autres. Disons donc que le déisme n'est qu'un fondement ruineux pour Tordre social; le déisme est une opinion et non une religion.

Pour faire sentir de plus en plus la nécessité de la religion pour le bonheur public , établissons encore d'une manière plus spéciale que, sans elle, il est impossible de fonder la liberté dans une nation.

Comment se fait-il, Messieurs, que ccr-

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lains esprits de nos jours voient d'un ceil tranquille Pûffoiblissement du christianisme en Europe, et semblent même en prophéti*

ser, avec autant do joie que d'assurance, la ruine entière et prochaine? Je crois voir des enfans qui se réjouiraient dos progrès d'un incendie dont les flammes toujours croissantes vont réduire en cendres la maison paternelle. Quel doit être le sort de la religion en Europe? c'est le secret de Dieu, et il ne nous est pas donné de le pénétrer. Certes ce n'est pas pour elle qu'il faut s alarmer, c'est pour nous-mêmes : la vengeance la plus redoutable qu'elle pût tirer de nos insultes et de nos mépris, ce seroit de fuir loin de nos contrées, emportant avec elle les gages les plus certains de la paix et de la prospérité publiques, ne laissant au milieu de nous que les ténèbres et les vices de la barbarie, ces désordres et ces excès qui, en avilissant les âmes, les façonnent à l'esclavage, cette anarchie qui engendre le despotisme. En effet, Messieurs, je suppose que le cluislianisme vienne à s'éteindre parmi nous; qu'au lieu de cette religion positive qui fixe et réunit les esprits dans des croyances communes,

SI IL LA NECESSITE DE LA RELIGION. 211 qui trace à tous des règles précises de conduite, qui s'empare de l'homme tout entier par les dehors de son culte, il ne reste qu'un spiritualisme vague, incertain, sans presque aucune influence sur les sentimens et les actions, quarriveroit-il? par cela même, les gouvernemens seroient privés du moyen le plus puissant de contenir les peuples dans la soumission et le devoir- alors aux maux les plus extrêmes on opposeroit forcément les plus extrêmes remèdes. Moins la religion est réprimante, a dit le plus célèbre publiciste du dernier siècle, plus les lois doivent réprimer. Oui, que la religion disparoisse, el 11; déchaînement le plus furieux de toutes 1"S passions rendra nécessaires les moyens de répression les plus violens, parce quils seront seids eilicaces ; la justice ne sera guère (pie dans la force, la tranquillité ne se trouvera que dans la senitude, et les nations irréligieuses finiront par expier dans les fers leur révolte audacieuse contre la Divinité.

Pour développer davantage notre pensée, comparons un moment les heureux effets du christianisme avec les résultats iné\ ita- Lles qu'auroit le triomphe de i il. quêté. Avant.

(jur la lumière do L'Evangile eût dissipé J<s ténèbres du paganisme, quel spectacle présentent le monde uième le plus civilisé? n'estil pas reconnu que la servitude éloit la condition commune de l'espèce humaine, el que la liberté n'étoit le partage que de quelquesuns? On ne voit pas que la pensée d'allier la liberté de tous avec le hou heur de tous ait occupe les anciens législateurs: a Sparte, à Athènes, a Rome, on ^>oit la servitude, et quelquefois la plus «frayante, à côté de la liberté. Je ne sache pas que les philosophes anciens aient réclamé contre ce désordre en quelque sorte légal, et néanmoins si révoltant 5 il étoit réserVé au christianisme de l'adoucir, et enfin de le faire disparoître et de montrer l'alliance de deiix choses qui paroissoient inconciliables, la tranquillité publique unie à la liberté universelle.

Jésus-Chrisl, il est vrai, n'est pas venu donner aux hommes des leçons directes de politique, ni tracer aux peuples une forme déterminée de gouvernement. L'Evangile a éclairé, sanctifié les républiques comme les monarchies; mais, par ses maximes et son esprit, il rapproche les conditions les plus in-

mi; la nécessité deea beligion. 210

gales, inspire des sentimens plus tendres et plus généreux, console le malheur, réprime , fortement tous les vices, consacre toutes les obligations domestiques et civiles. Far cela seul, la religion deyint dans les mains des gouvememens un moyen nouveau, également efficace et doux, de maintenir les peuples dans l'obéissance ; la persuasion rem plaça la terreur; les douces insinuations du christianisme firent sans violence au milieu des peuples ce que la force ne faisoit que très-imparfaitement. Parla religion, la morale eut plus d'empire sur les hommes; dèslors les lois purent perdre impunément une partie de leur rigueur, et l'on sentit enfin, grâce à l'Evangile, qu'on pou voit régir les hommes sans les tenir en servitude. Pour le repos des peuples, la religion donne plus de poids à l'autorité, en lui donnant une origine sacrée ; elle affermit le trône des rois, en le plaçant, comme on l'a si bien dit, là où Dieu lui-même a le sien, dans la conscience : mais, également éloignée de la tyrannie et de la licence, elle ne commande pas moins aux souverains la justice qu'aux peuples la soumission. Ainsi au christia-

ai4 ■ discours

ni.sme appartient la gloire d'avoir donne tout à la fois et plus de stabilité aux gwwernemeus, et plus de Liberté aux périples .voilà ce que n'ont pas voulu voir ses détracteurs irréfléchis, mais ce qui n'avoit pas échappé à Fauteur de VEsprit des Lois.

Maintenant veut-on que, par tin triomphe à jamais exécrable, l'impiété vienne à bout de détruire la foi des peuples, que la religion perde son empire, qu'elle ne soit plus qu'une arme usée et sans force contre les passions désordonnées? dès -lors qu'on s'attende à voir renaître les maux dont le christianisme a été le remède. D'un côté, les vices seroieut plus audacieux et les excès de tout genre plus multipliés; de l'autre, les seuls moyens répressifs et conservateurs ne se trouveroient que dans les lois humaines : or il faudroit des lois de fer pour enchaîner des peuples sans religion. A la place des autels des cachots , au lieu de pasteurs des soldats, au lieu de l'Evangile un code de supplices effravans, au lieu d'un régime paternel un régime de terreur, voilà ce que demanderoit impérieusement le maintien de Tordre public, et voilà comment, avec

SUR LA. NÉCESSITÉ DE LA RELIGION, leurs systèmes d irréligion , certains novateurs faisoient rétrograder le monde social •sers la barbarie, comment ces apôtres fougueux de la liberté en étoient les plus grands ennemis. Lu peuple sans religion seroit indisciplinable ; il ne sauioit exister pour lui de véritable liberté; pour vouloir s'affrancliir de Dieu, il de\iendroit esclave de l'homme, et c'est précisément pour les peuples impies que sont faits les tvrans.

Mais peut-être que les peuples modernes voudraient se rassurer contre les dangers qui les menacent par la culture aujourd'hui plus universelle des lettres, des sciences et des arts, et quils croiroient pouvoir remplacer par leur influence celle de la religion ellemême; vaine espérance ! je suis loin de partager le paradoxe duiromanesque Jean-Jacques sur les sciences et les lettres, et volontiers je dirai que ceux qui les cultivent avec succès sont un des plus beaux oniemens du monde, pour me ser\ir des termes mêmes de Bossuet dans un de ses discours. Mais sachons nous défendre d'un enthousiasme oui pourroit être aussi funeste que déraisonnable. Le sage pourra bien voir dans les scieiï-

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Ces, les lettres et les arts, les décorations ou bien encore quelques colonnes de L'édifice; niais ce n'est pas-là qu'il en placera le fondement. Ce qui donne à la morale son appui le plus ferme, et assure davantage la stabilité des institutions humaines} ce qui consolé et soulage le plus efficacement lf s classes si nombreus< s de tonte société, celles des malheureux et des indigens; ce qui éclaire les ignorans sans les corrompre, et, sans ôter au talent son essor, le contient dans de justes bornes, c'est là ce qui fonde l'ordre et la justice sur la terre, ce que réclament avant tout la félicité et la liberté publiques, et c'est bien là aussi ce que l'on trouve dans la religion. Oue peuvent les leçons de nos écoles savantes pour la multitude qui ne doit pas les entendre? et croife-on d'ailleurs que les lumières soient la vertu? Si l'ignorance a ses \ices, le savoir a aussi les siens; L'esprit a son intempérance comme le cœur.

Toutes ces choses si vantées peuvent devenir un nouvel instrument de corruption, contribuer à fomenter les passions au lieu d'en prévenir les écarts, et rendre le mal d'autant plus incurable, qu'on abusera des

connoissances

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