SUR LA NÉCESSITÉ DE LA RELIGION
connoissances acquises pour l'appeler un bien. Dans ces temps heureux où la religion est honorée, on voit le talent contenu, dirigé par sa divine autorité, les esprits même les plus indépendans fout gloire de s'abaisser devant elle, et les insultes de quelques-uns sont à peine aperçues au milieu des hommages du plus grand nombre. Mais , lorsque , par une dégradation d'abord insensible, bientôt plus rapide et plus manifeste, on est arrivé à ces époques déplorables où la religion n'est plus qu'un objet de dérision et de mépris, plusieurs de ceux-là mêmes que la nature destinoit à éclairer leurs semblables seront infectés de la contagion universelle; ils seront enfans de leur siècle. Elevés, nourris au sein des mauvaises doctrines, ils seront égarés par elles, et en deviendront à leur tour les propagateurs ; ils abuseront de leurs talens pour accréditer des erreurs funestes et les embellir de séduisantes couleurs. Alors c'est un mélange d'athéisme et de bel esprit, de science et de barbarie, de politesse dans les mots et de dépravation dans les choses; alors toutes les vérités sont ébranlées et tous les paradoxes érigés en systèmes; les croyan- IV. 10
c^s sont remplacées par des opinions, et de là ce scepticisme, cette ineei litude , cette anarchie des esprits, qui préparenl l<;s \oics à tous les genres de séduction et de tyrannie. Sans aller chercher des exemples dans l'antiquité, ne connoissons-nous pas dans notre propre histoire une époque où ce qu'on Appelle les lumières n'a pas sauvé la France des plus effroyables excès, où le plus liant degré de perfection dans les sciences a concouru avec le dernier degré de la perversité humaine? Prétendre remplacer la religion \)àr le savoir, c'est abandonner le nécessaire pour courir après l'utile: ne séparons pas ce qui doit être uni pour le bien de l'humanité.
Au lieu d'emisager la religion par son coté le plus sublime, je veux dire dans ses rapports avec nos destinées éternelles, je ne l'ai envisagée que par son côté le moins important aux veux du chrétien . dans ses rapports avec les intérêts humains. A Dieu ne plaise que je rougisse de l'Evangile : TSon erubesco Erangelii/m! Mais pourquoi faut -il que l'esprit du siècle nous force d'abaisser ainsi notre ministère? Hélas! il est aujour-