‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 4)Chapitre 25 sur 39 · ST R LA NÉCESSITE DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

ST R LA NÉCESSITE DE LA RELIGION

amont agrandi le domaine des connoissances humaines, jeté une lumière plus vive sur les diverses brandies des sciences naturelles, et fait évanouir d'anciennes théories pour en fonder de nouvelles, n'allons pas nous roidir contre l'expérience, ni contester à nos contemporains la gloire qui leur appartient; marchons avec le siècle. Ainsi lorsque les progrès des arts, de l'industrie, du commerce, auront amené de nouveaux usages, de nouveaux besoins, de nouvelles relations de famille à famille, de peuple à peuple, et comme donné au monde une face auparavant inconnue; lorsque, sous 1 empire du temps qui use et détruit tout ce qui est humain , les lois et les institutions auront subi des variations plus ou moins grandes; alors gardons-nous d'insulter à la mémoire de nos pères, qui pourroient bien avoir été aussi sages que nous; mais en lin ri allons pas demander au moyen Age ses coutumes et sa législation : ici encore marchons avec le siècle. Mais que des doctrines perverses, se cachant sous un beau nom, continuent de corrompre les générations naissantes; qu'on affecte de pailer de

morale pour mieux outrager la religion qui en est le plus ferme appui; qu'on se croie philosophe précisément parce qu'on n'est pas chrétien, qu'on appelle lumières ce qui n'est que ténèbres, et qu'on voie les progrès de la raison dans ce qui en est le délire, aior-s, marcher avec le siècle , ce n'est pas sagesse, mais faiblesse d'esprit ou de caractère. C'est ici que le ministre des autels, que le magistrat, que le père de famille, que l'instituteur de la jeunesse, que l'homme de lettres, que le savant, don eut former une sainte ligue contre les sophistes, Àh! Messieurs,^ pente au mal est si rapide, 1 homme est si impatient de tout joug, que, si ceux qui, par leur caractère, leurs dignités, leur âge, leurs lumières, sont comme naturellement préposés à la garde des bonnes doctrines et des bonnes mœurs, ne les défendoient avec courage , bientôt la société tout eut' ère tomberait dans le trouble et la confusion.

Rappelez-vous , je ne dis pas ces hommes célèbres qui, épris d'une fausse gloire, ont rempli l'univers du bruit de leur nom, en le remplissant de désastres et de calamités,

SUR LA NÉCESSITÉ DE LA RELIGION. 220 mais ces hommes véritablement grands qui ont le plus honoré l'espèce humaine par leurs vertus ou leur génie, et vous verrez qu'au lieu de marcher en tout et aveuglément a"\ec leurs contemporains, ils ont presque toujours fait tous leurs efforts pour les arrêter dans leur course insensée. Que faisoient autrefois Phocion à la tribune, Sociale par ses leçons, Caton au milieu du sénat , Cicéron dans ses œuvres philosophiques? ils luttoient contre les flatteurs du peuple, contre les corrupteurs de la morale , contre les contempteurs des anciennes maximes, contre les ennemis des doctrines religieuses. Que faisoient encore, dans l'antiquité, les Lvcurgue et les Numa; dans le moyen âge, les Charlemagne et les saint Louis; dans des temps plus modernes, les Ximenès et les Sully? ils luttoient contre les vices et la férocité de la multitude, pour la soumettre au joug des lois; contre les abus et les main aises coutumes, pour les déraciner; contre la licence et la révolte, pour les comprimer. Et les saints, les illustres personnages dont s'honore l'Eglise chrétienne, depuis les Benoît jusqu'aux

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A incenl de Paul, depuis les Augustin jus qu'aux Fénélon, qu'ont-ils fait? u'out-ils connu les erreurs de leur temps que pour les professer, la corruption publique que pour la daller, l'ignorance que pour en respecter les ténèbres, le relâchement des mœurs et de la discipline que pour s'y laisser entraîner? non, sans doute; mais, par leurs écrits, par de salutaires réformes, par de sages institutions, ils se sont opposés au torrent des mauvaises doctrines comme des mauvaises mœurs, et l'histoire alteste le succès comme les efforts de leur noble courage. Ainsi, Messieurs, donnons au siècle ce qu'il a le droit de réclamer; mais sachons lui refuser ce qu'il ne pourroit obtenir que pour sa ruine et celle des âges suivans. Si les esprits, même d'un ordre supérieur, sont, obligés, en certaines choses, de plier devant leur siècle, il leur appartient aussi, sur beaucoup d'autres, de le dominer, de le maîtriser, de l'arrêter dans ses écarts, et de le faire marcher dans les voies de la sagesse et de la vérité. C'est aux classes élevées, éclairées de la société à faire triompher les bonnes doctrines : telle est leur destinée, telle est la

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