SUR LA NÉCESSITÉ DE LA HELIGIOM
clans l'âme du monarque que le ciel tenoit comme en réserve pour sonder et guérir tous nos maux, et qui compteroit en quelque sorte pour rien d'être le fils de saint Louis, s'il n'en retraçoit dans sa personne les royales vertus. Qu'il vive autant que le désire notre amour, qu'il mérite de plus en plus la gloire d'être appelé dans la postérité la plus reculée le restaurateur de la religion, des mœurs, et avec elles de la monarchie. Ainsi soit-il.
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SUR
Scvmo eorûm sêrpit ui cancer.
Les discours impies sont une gangrène qui répand insensiblement sa corruption. //. Tim. u, 17.
Il est un mal qui, après avoir désolé les générations présentes, peut amener la ruine entière des générations à venir; un mal qui, s'étant répandu de la capitale dans les provinces comme une contagion, a fini par infecter les campagnes, non moins que les cités, les conditions obscures non moins que les plus élevées; qui, par son étendue et sa profondeur, paroît incurable, et dont il faut pourtant chercher le remède, soit pour l'extirper, soit du moins pour en affaiblir les ravages, si l'on ne veut pas que tout périsse, les mœurs, les lois, les institutions, la monarchie; je veux parler de la circulation toujours croissante d'une multitude de livres contre la religion. Déjà cet effroyable désordre a excité le zèle d'un éloquent pontife qui,
dans sa carrière oratoire de cinquante années, a livré tant de glorieux combats à l'impiété de son siècle, et peut-être cette seule, considération auroit-elle dû nous engager à garder ici le silence ; mais nous avons pensé qu'on ne devoit pas se lasser de combattre un mal qui ne cessoit de se reproduire sous mille formes différentes, que tout ministre de la religion étoit appelé à la défendre suivant sa mesure de forces et de talent; etfalloit-il donc que la chaire restât muette après qu'elle eut été tant illustrée par les Bossuet et les Massillon?
C est pour la première fois, Messieurs, que, dans un discours particulier, j'attaque directement les productions littéraires de l'impiété moderne. J'ai cru le devoir, et a la religion dont par vocation et par choix je me suis constitué plus spécialement le défenseur au milieu de vous, et à mon pays, persuadé que ce qui est la ruine du christianisme l'est aussi de notre patrie, et à cet auditoire qui a peut-être le droit d'attendre de moi que, dans la situation nouvelle où la Providence m'a placé, je combatte plus que jamais avec force les ennemis du troue et de l'autel.
Aujourd'hui telle est la licence des esprits, telle est l'habitude de penser, de parler et d'agir sans règle et sans frein, de composer, lire, débiter, garder les productions les plus criminelles, que mon zèle paraîtra peutêtre avoir quelque chose d'étrange ou du moins de bien éloigné de la tolérance illimitée dont se glorifie le siècle présent. Que d illusions n'ai-je pas à dissiper, et dans ceux qui prostituent leur talent et leurs veilles à ces œuvres d iniquité, et dans ceux qui les propagent avec le succès le plus déplorable, et dans ceux qui en font la pâture de leur esprit avec une insatiable avidité! Je l'avoue; en m'élevant contre les KSres irréligieux, j'ai la triste certitude que ma voix ne sera qu'une barrière bien impuissante contre le torrent dévastateur; et que peuvent tous mes eiforts pour briser les plumes impies ou les pressesqui deviennent leurs complices? n importe; il ne faut pas que la religion se taise devant l'audacieuse impiété, et que 1 orateur évangelique recule devant le sophiste bel esprit. Du moins nous aurons éveillé le zèle des pères de familles , des instituteurs publics et particuliers ? averti la jeunesse im-
SUR LES LIVRES IRRELIGIEUX. 201 prudente. Non , nos paroles n'auront pas retenti en vain dans cette enceinte; non, tous les cœurs ne seront pas fermés à la vérité.
Sans doute, Messieurs, vous me pardonnerez de porter dans ce discours toute la liberté de mon ministère; mais je ne me pardonnerois pas d'y porter la licence d'un déclamateur : mes paroles n'auront point d'amertume. Mais, si la religion outragée ne demande pas qu'on la venge par des insultes et des personnalités , elle n'avoue pas pour ses défenseurs ces esprits timides qui tremblent devant ses ennemis, et dont les ménagemens pusillanimes ressemblent à de la complicité.
Que faut-il penser des auteurs , que fautil penser des propagateurs, que faut-il penser des lecteurs des livres contre la reliirion ? telles sont les trois questions qui \ont faire le partage de cette conférence.
Si je mettois au même rang tous les écrivains ennemis de la religion chrétienne, si je les déclarois tous également coupables, pour les envelopper tous dans le même anatlièmc, on pouiroit m'accuser d'exagération
et d'injustice. Je conçois en effeï qu'on ne doit pas confondre ceux qui respectent quelques vérités sacrées avec ceux qui n'en respectent aucune, ceux qui ébranlent. quelques colonnes de l'édifice avec ceux qui en sapent les fondemens; je vais donc les diviser en deux classes. 11 est des écrivains qui ne connoîssent d'autre Dieu que la nature, ne voient dans l'homme que ses organes, dans la vie future qu'une chimère, dans le bien et le mal qu'une invention humaine ; ceux-là, par leurs principes, bannissent, détruisent tout sentiment pieux envers la Divinité : je les appelle du nom général d'impies. Il est des écrivains qui, en voyant peut-être dans le christianisme une institution utile, n'y voient pas l'ouvrage de la Divinité; ils ne croient pas à la mission-divine de Jésus-Christ; ils rejettent la révélation : je les appelle simplement incrédules. Examinons jusqu'à quel point les uns et les autres sont coupables.
Paroissez d'abord, écrivains impies, je viens vous citer au tribunal du genre humain. Ici vous êtes dépouilles d( la pompe de vos sophismes et de l'éclat de vos phrases brillan-
SI II LES LIVRES IRRÉLIGIEUX. 200 tes, loin du cortège bruyant de vos disciples séduits ou corrompus; mais vous demeurez chargés du poids de M)S doctrines, et je veux en découvrir toute la noirceur. Je n'interrogerai pas votre vie privée , je ne veux pas savoir si le libertinage effréné de votre esprit n'a pas eu sa source clans celui de votre cœur; je ne veux même pas vous demander compte de vos sentimens impies, tant qu'ils ont été renfermés dans votre cœur, mais seulement de leur manifestation publique; et à ce sujet je vous accuse très-sérieusement d'avoir commis le plus grand des crimes.
"Vous en serez convaincus avec moi, Messieurs, si vous voulez un moment le comparer avec celui de ces hommes que poursuit et frappe la justice humaine. Sans doute il est coupable devant la loi celui qui a dérobé le bien d'autrui , toutefois peut - être il v a été forcé par la faim et la misère, par les cris d'une femme et d'en fan s aux abois qui lui demandaient du pain; et l'écrivain impie, que fait-il? sans nécessité, sans utilité, sans aucune excuse apparente, il prêche, il publie, il se réjouiroit de voir devenir populaires des doctrines, qui, en bridant le frein
20 k SLtl LES LIVRES l'Mii.lACli.. \.
religieux, émoussenl les pointes du remords, allniblissenl 1 horreur du crime, et tendent ainsi à rendre plus communs et même à justifier tous les vols et toutes lies injustices, il est plus coupable encore celui qui ose attenter à la vie de son semblable j toutefois peut-être a-t-il commis cet homicide dans les fureurs d'une vengeance provoquée par l'outrage, ou bien le crime a été individuel, el n'a frappé qu'une seule victime : niais l'écrivain impie que fait il? durant des années entières, dans le silence de l'étude et de la réflexion, il médite froidement un ouvrage contre ces premières vérités qui furent sacrées chez tous les peuples; il emploie tout ce qu'il a de science et d'esprit pour embellir , s'il étoit possible , Fallrcux athéisme ; par des systèmes qui aii'ranchissent toutes les passions, et les rendent plus hardies, plus audacieuses pour le mal, il dépose sciemment dans le sein du corps social des germes de ruine et de mort, et tue ainsi, autant qu'il est en lui, non pas un seul membre de la société, mais la société même. Surtout il seroit coupable d'un crime bien plus atroce qu'un simple homicide celui qui > mêlant du
poison aux alimens d'une famille entière , précipitèrent en un jour dans le même tombeau le père, la mère, les enfans, les ser- \iteurs: toutefois ce forfait exécrable auroit du moins quelques bornes; mais l'écrivain impie répand dans des cités, dans des provinces entières, des poisons corrupteurs des âmes, qui vont dessécher la vertu jusque dans sa racine. S'agit -il des malfaiteurs ordinaires? leurs délits sont passagers et meurent avec eux; mais l'écrivain impie n'est plus, que son impiété est encore vivante, qu'après lui elle se propage, se perpétue, que, traduite peut-être en diverses langues, elle ira infecter les nations étrangères comme la postérité. Oui, universelle, immortelle en quelque sorte, son impiété sera sans terme dans ses ravages comme dans sa durée; tous les excès, tous les crimes que fera commettre un livre irréligieux, retombent sur son auteur. Ecrivains impies, voilà quels sont les trophées de votre tombeau.
Direz-vous, pour vous justifier, que vous n'avez fait qu'émettre votre opinion? mais de bonne foi aviez - vous la conviction intime et profonde que Dieu n'exibtoit pas?
2j(i si n LES LITRES rr,ni':ur:iErx.
votre conscience vais rendoi^-clle h' bé-
moignage que nous étiez aussi fi rmes, aussi imperturbables dans votre impiété hue dans toutes ces vérités dont personne ne dont* '.' vous reposiez - vous tranquillement dans la pensée que réellement les peuples seroieiit pins heureux sans religion et sans Dieu? \ous n'étiez pas étrangers à l'histoire du genre humain, à celle de ces génies immortels qui ont brillé sur la terre, et qui semblent avoir été placés de distance en distance comme des fanaux pour éclairer les nations et les siècles. Vous connoissiez mieux que nous et ces hommes prodigieux qui ont policé les cités et les peuples, et ces esprits sublimes qui, de temps en temps, ont écrit sur l'art si difficile de gouverner les hommes, à commencer par Platon et finir par Bossuet, et ces savans extraordinaires qui ont paru dans notre Europe depuis trois siècles, et que nous révérons encore comme les fondateurs des sciences humaines, depuis Galilée jusqu'à jNe^vton, et ces admirables bienfaiteurs de leurs semblables qui ont été, comme les Vincent de Paul, les anges consolateurs de toutes les
SUR LES LIVRES I Pi RELIGIEUX. 2J-J nnsôres et de toutes les infortunes. "Vous sam< z, t tes -Lien qu'ils avoient tous été pénétrés de senlimens religieux plus ou moins purs, que leurs écrits, leurs lois, leurs installions, en présentent sans cesse l'empreinte sacrée, que tous ont pensé ce que 1 un d'entre eux a dit, qu'il étoit aussi impossible Je fonder une société sans religion que de béitir une ville dans les airs; vous saviez tout cela, et vous n'avez pas craint de lutter seuls contre le genre humain et de vous égarer dans les ténèbres en dédaignant de marcher sur les traces lumineuses de cette troupe immortelle d'esprits créateurs. JNe me parlez pas de la force de vos argumens; ces argumens, les grands hommes que je viens de citer les ont connus comme vous, et vous n'avez pas su les résoudre comme eux; vous avez été vaincus par des difficultés dont ils avoient su triompher, et vous avez pris pour de la force ce qui n'étoit de votre part que de la foiblesse. Ah! ne rougissez pas de l'avouer; plus d'une fois vous avez éprouvé des terreurs secrètes à la pensée de ce Dieu que vous blasphémiez et qui existoit; peut-être, en écrivant vos H-
238 SUH LES LIVRES ]!i:it'.i.l(,Ji;UK.
gnes impies, la plume quelquefois a frémi
dans votre main; jamais du moins vous n'avez pu vous élever au-dessus de vagues incertitudes, et même, dans le doute, le bon sens ne vous disoit-il pas de vous abstenu? Mais non, vous avez résisté au cri de la nature humaine, au cri de votre cœur, pour vous jeter follement dans une monstrueuse singularité.
Maintenant je m'adresse aux écrivains qui , respectant quelques vérités sacrées, comme celles d'un Dieu, d'une providence, d'une vie à venir, méconnoissent et combattent dans leurs ouvrages la religion chrétienne, et je leur dis : Si, comme vous le prétendez, toutes les religions sont égales à vos veux et devant la Divinité, pourquoi cet acharnement à détruire celle qui est établie dans votre pays? si la société, comme vous en convenez, ne peut se passer de religion, pourquoi cette manie de vouloir ruiner celle qui, depuis quatorze siècles, étoit celle de votre patrie, et étoit devenue comme le patrimoine de toutes les familles, qui a civilisé nos pères et se trouvoit si intimement liée à toutes leurs institutions? IVavez-vous pas
du craindre d'ébranler l'Etat en ébranlant la religion, et auriez-vous donc pensé que vous pouviez lui en fabriquer une de votre invention qui fut plus réprimante, plus consolante, plus salutaire? Si tous les peuples civilisés ont professé, comme vous en conviendrez, une religion positive avec ses croyances, ses préceptes, son culte, pourquoi vous obstiner à nous prêcher quelques vérités spéculatives sur Dieu et sa providence, en les dépouillant de ce qui les rend sensibles, présentes à l'esprit, et leur donne tant d'empire? Ne voyez -vous pas quelle force ces premières vérités tirent de nos mystères, de nos cérémonies, de nos usages, de nos pratiques religieuses? si bien que, miner le christianisme , c'est presque miner dans la pratique la foi des vérités mêmes que vous voulez conserver? Qu'importe quo vous respectiez la morale évangélique, si vous la détachez de ce qui en est le soutien et en assure davantage la fidèle observance? Comprenez donc que, si le déisme peut être l'opinion de quelques philosophes, il n'a jamais été et ne sera jamais la religion de la multitude, et que votre système de religion
2AO SUB LES LIVRES [RKÉLIGÎEUX. nal nielle , moins révoltant en théorie, est presque aussi stérile en vertus et aussi funeste dans ses conséquences que 1 impiété la j)lus décidée.
Je ne m'étonne pas de cetle parole souvent citée de l>ossuet, que le déisme n'est qu'un athéisme déguisé; j<.' ne m'étonne pas que, dans le dernier siècle, les pou files et les magistrats fussent alarmés des progrès toujours croissans de l'incrédulité, qu'ils aient présagé les maux qui dévoient en sortir et présenté les ennemis du christianisme comme les ennemis du trône. Leurs éloquentes réclamations étoient un hommage rendu à la vérité en présence de ses ennemis déjà trop puissans jolies furent inutiles, leur voix prophétique ne fut pas entendue dans le choc et le tumulte des opinions insensées : c'étoit comme un bruit léger qui va se perdre dans le fracas de la tempête. Toutes les vérités continuant d'être méconnues, tous les mensonges d'être érigés en systèmes, les esprits n'ont [dus de frein; aussi, quand le moment est venu, toutes les passions se soulèvent à la fois, armées de sophismes pour justifier leurs propres excès;
rien
SLR iAZS 1,1 Ml£S IRRELIGIEUX. 241
rien de ce qui existe n'est respecté , tout est bouleversé de fond en comble, la société n'est plus qu'un monceau de ruines 5 et, si l'irréligion n'est pas la seule cause de cette vaste calamité qui s'est appelée la ré\ olution, elle lui a du moins imprimé un caractère de. perversité et de destruction qui en a fait une époque unique dans l^s annales du monde. Ecrivains incrédules, tel est en partie votre ouvrage; vous désavouez les écrivains sans Dieu et sans religion , mais nous avons le droit de vous déclarer leurs complices.
Que faut-il penser des auteurs des livres contre la religion? nous venons de le voir. Que faut -il penser de leurs propagateurs? c'est la seconde question.
De nos jours, une effroyable émulation s'est emparée des ennemis de la religion; ils semblent se disputer à l'envi l'honneur de lui porter les coups les plus perfides et les plus accablans. S'ils ne la poursuivent pas le fer à la main, ils aspirent à l'affreuse gloire de la ruiner dans l'esprit des peuples en combattant sa doctrine, en la nn- IV. 1 i
•212 SUR LES il' RES 1 .'! R l' l.l';; i.r \ . dant odieuse el ridicule, en appelant sur ses ministres une baine et un mépris qui retombent sur elle. Ce n'est donc pas assez fjn'à une certaine époque elle ait été proscrite et chassée de ses temples, qu'on ait égorgé ses disciples comme ses prêtres, et mêlé le sang des pontifes à celui des rois, comme pour en faire une libation devant les autels de la raison; voici que, lassée par le courage et la patience des victimes dans ce combat sanglant, l'irréligion emploie d'autres armes 5 elle appelle à son secours tous les arts et les fait servir d'instrument à ses desseins. La plume des écrivains, et la presse qui en met au jour les productions, sont puissamment secondées par le burin et le pinceau, par les procédés les plus capables de rendre les effets des livres irréligieux plus prompts et plus universels. L'impiété ne se borne pas aux écrits de ses apôtres actuels, elle fait revivre ceux de ses apôtres du siècle dernier, et ne néglige rien de ce qui peut les faire circuler dans la France entière avec plus de rapidité et de succès. Le nombre des volumes eût effrayé; on en fait des abrégés, et l'on
SLR LiS LHilES IilKiXIuIEuX. 2iD
a soin d'en extraire tout ce qu'il y avoit de plus pervers et de plus impie- le prix Irop élevé auroit pu écarter un grand nombre d'acheteurs, on trouve le moyen de l'abaisser à la portée de tous d'après des procédés économiques 5 la grosseur du volume seroit incommode, on donne à l'ouvrage des formes plus légères, plus faedes à manier. Oui, écrite, gravée, peinte, chantée, l'impiété parcourt nos provinces, se montre à l'habitant dos \illages comme à celui des cilés, parle aux veux, à l'oreille de la mal titude ignorante un langage que son cœur entend. Or tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, concourent à publier, débiter, accréditer, répandre les écrits contre la religion, voilà ceux que j'en appelle les propagateurs ; et comment ne pas les accuser tous d'une complicité criminelle, encore quils ne soient pas tous également coupables? On peut leur dire: Tant que les doctrines impies ne sont écrites que sur le papier auquel leur auteur les confie , elles n'ont de danger que pour lui seul ou pour un petit nombre de personnes qui peuvent en prendre connoissance ; elles sont cachées
s ; i si ;; !.:.-> i-i v r. i:s iii i\ î j>k;ii:i \. dans les ténèbres, et leur funeste influence est à peine aperçue; niais c'est vous qui leur donne/, la vie, <|ui les produisez au grand jour, cjui en facdilez, en procurez, en étendez 1rs ravages; d'un feu qui scroit resté caché sous la cendre, ou qui peut-être n'eût dévoré qu'une seule maison , vous en faites un vaste incendie qui va dévorer des cités et des provinces. Quel métier que celui de répandre avec profusion tout ce qui peut gâter les esprits et les. cœurs, et porter daus les familles le vice, la corruption, la discorde avec des doctrines qui ne peuvent servir qu'à les fomenter!
Et de quelle excuse pourroit-on colorer ce que cette conduite a de condamnable? diroit-on que c'est ici l'intérêt des arts et du commerce? mais ne voyons pas la gloire des arts dans ce qui n'.en est que la honte. Retracer la belle nature, l'embellir même, tâcher d'atteindre à ce beau qui est indéfinissable, dont le sentiment confus est dans nos âmes, et qui existe bien plus dans notre intelligence que dans aucun objet créé, telle est la noble destination des beaux arts; toute nuire les dégrade. Le statuaire, le peintre
comme l'auteur et le poète profanent leur talent en s'écartant d'une vocation si pure et si élevée. L'impiété est-elle donc le clîemin de la gloire? non* ce n'est point à des œuvres impies que les Phidias et les hxaphaël ont dû leur immortalité.
C'est ici, dit -on, une brandie utile de commerce. Sans doute je ne dois pas me livrer à de vaines, à d'injustes déclamations coDtre le commerce et l'industrie, et méconnoître les avantages qu'ils procurent; il ne s'agit pas de faire des Français un peuple de cénobites , et d'imposer à ce royaume les lois somptuaires de l'ancienne Lacédémone. Le plus grand comme le plus saint de nos rois sut bien donner au commence et aux arts tout le développement dont ils étoient alors susceptibles, et l'histoire atteste qu'il étoit, quand il le falloit, le prince le plus magnifique de son temps. Mais sachons aussi nous élever au-dessus de la matière; ne voyons pas dans la société ci\i!e une réunion d'animaux dont 1 insiinct se borne à leurs besoins phvsiques; sachons y voir une réunion d'êtres raisonnables qui ne vivent pas seulement d'un pain gros-
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sier, mais du pain spirituel de la >énlé Que lo bœuf trouve uniquement sa patrie ('ans le pâturage qui le nourrit <•! qui lengraisse', je le conçois; ma patrie à moi, elle n'est pas seulement dans le sol que je foule aux pieds, elle est dans ma religion et dans mon roi, dans nos lois, nos institutions, nos moeurs nationales, nos usages, nos ancêtres et leurs honorai des souvenirs; et > oilà pourquoi, s'il faut tenir à ce qui fait en quelque sorte la vie animale du corps social, il faut tenir davantage encore à ce qui en fait la vie morale et intellectuelle, et dès-lors se mettre en garde contre les doctrines qui en sont la ruine et la désolation. J'irai plus loin, et je ne craindrai pas de dire que le grand intérêt du commerce, c'est la religion; et en effet le commerce prospère par cette probité qui écarte les profits illicites, les fraudes, la violation de ses engagemens; il prospère par cette modération qui empêche de courir à la fortune par ces chemins scabreux, marqués trop souvent par des chutes si désastreuses, nonseulement pour le. spéculateur téméraire, mais encore pour tant de familles dont les.
SUR LES LIVRES I II RELIGIEUX. 2.47 intérêts se lioient avec les siens; il prospère par cette sage économie qui ne permet pas de dissiper en un jour, clans les fantaisies d'un luxe ruineux, les travaux de plusieurs années, et prévient ainsi bien des catastrophes ; il prospère enfin par cette sécurité publique qui invite même les plus sages à faire des spéculations pour l'avenir, en inspirant la confiance; or cette probité, cette modération, cette économie, celte sécurité, ont leur plus ferme garantie dans fa religion. Et que penser d'un boni me qui, pour se conserver dans un état de vigueur et de santé, cîiargeroit son corps d'habits magnifiques et sa tète de diamans, et ne Craindroit pas d'avaler un breuvage empoisonné qui doit, tôt ou tard, le faire expirer au milieu des plus horribles convulsions? image d'un peuple qui, ébloui de l'éclat des arLs et des produits de l'industrie, seroit indifférent à la circulation des doctrines impics qui minent insensiblement les mœurs et les lois, et finissent par amener un bouleversement universel.
Me diroit-on que je suis plus sévère que la loi, et que ce qu'elle tolère } je puis bien
B4fi sur i;rs livres irri'licii;ux.
le tolérer? je réponds que sans doute il ne m appartient pas de tracer aux gouvernemens la roule qu'ils ont à suivre pour arrêter le progrès de doctrines dont Je triomphe seroit inévitablement la ruine de leur autorité; mais, défenseur de la morale chrétienne, il m'appartient de dire ce qu'elle permet et ce qu'elle défend. Or j'ai appris de saint Paul que le ciel condamne nons< îtlement ceux qui font le mal, mais encore ceux qui l'approuvent ; et quelle approbation éclatante donnée au mal que le soin même de le propager! Et ne sait- on pas d'ailleurs que, chez tous les peuples, il a existé des désordres et des vices qui, pour être tolérés par les lois, n'en étoient pas moins réprouvés par la saine raison? L'ingratitude et l'avarice ont -elles perdu ce qu'elles ont de honteux et de condamnable, parce que la loi n'a point de peines contre elles? la débauche est-elle innocente, parce qu'elle n'est pas citée devant nos tribunaux , ou faudroit-il approuver dans les jeux scéniques les obscénités qui peuvent les souiller, sous prétexte que la loi tolère les théâtres? On s'étonne, on s'indigne presque du
SUR LUS LIVRES UlRilLIGU.l V. 2iQ zèle des moralistes contre les mauvais livres; vovez combien en cela nous sommes inconséquens et légers. Une maladie contagieuse mcnace-t-clle nos provinces, que de précautions pour les en garantir! quelle effrayante sévérité dans les mesures adoptées ! on voudroit, s'il étoit possible, opposer des barrières insurmontables : tout cela est dicté par un amour éclairé de l'bumanité, et fait partie de la sollicitude d'un gouvernement paternel. On fait tout pour les corps; que faisons-nous pour les âmes? Cette peste morale qui ravage les esprits, altère ou détruit les principes de la vie sociale; cette circulation de feuilles empestées, de livres impies, loin de nous épouvanter, nous trouve presque indifférens, et nous ne craignons pas qu'imprégné de tous ces poisons, \q corps social, après avoir épuisé en moii\tmens convulsifs ce qui peut lui pester de ligueur, ne se consume lentement., et ne tombe en pourriture.
Pères- et mères, instituteurs de 1 enfance, \ous tous à qui le ciel a confié le soin du premier Age, tremblez sur votre insouciance, tremblez de devenir ici les complices de fini-
. »0 31 LES LIVRES IllHÛ.H;rr;L*!C.
piété; vous arracheriez des mains de la jeun «se la coupe empoisonnée qui pourroit lui donner la mort, et vous laissez sous ses \rux des livres qui! peuvent corrompre sa raison et son cœur, préparer des en fans dénaturés pour le malheur de là famille, et de mauvais citoyens pour le malheur de l'Etat; vous gardez soigneusement ces ouvrages empestés, poisons héréditaires qui passeront de génération en génération, et vous vous placez ainsi au rang des coupa- Ides propagateurs de l'impiété.
Je passe à la troisième question : que faut-il penser des lecteurs des livres contre
la religion?
Ils ne sont plus ces jours où la foi étoit très-commune et l'impiété très-rare, où le Français s'eirVayoit d'un blasphème comme d'une parole sinistre, où les écrits irréligieux circuloient clandestinement et dans l'ombre, où, dociles à la voix de leurs pasteurs, les chrétiens respectoient ler.rs défenses; cette docilité a disparu pour faire place à une curiosité superbe, et Ja jeunesse surtout s'indigne ici du frein . même le [dus
légitime, qu'on voudrqit mettre à l'intempérance de ses désirs. Quels sont I^s prétextes que font valoir les lecteurs? Les uns ne sont pas impies, ^Ç.ij^qhe^client pas à le devenir,; mais ils préteu^e^que, leur foi est assez ferme pour qu'elle ne reçoive aucune atteinte dune semblable lecture; excuse pleine de témérité. 11 en est qui, se dissimulant à eux-mêmes les dispositions secrètes de leur cœur, prétendent n'avoir d'autre dessein que celui de s'éclairer, de s'instruire, afin de prononcer avec connoissance de cause entre le christianisme et l'incrédulité; excuse pleine d'illusion. Enfin il en est qui prétendent ne chercher que les agrémens du style, et ne croient pas devoir rester étrangers à des productions qui ont fait ou font encore tant de bruit; excuse pleine de frivolité. Oui, ce sont des imprudens et des téméraires ceux qui, sans nécessité, se permettent de lire des ouvrages contre la foi, sous prétexte que la leur est assez affermie. En effet, Messieurs, notre esprit se révolte contre la hauteur des mystères du christianisme ; notre mollesse est bien tentée de repousser le joug de ses pré-
202 SUR iXh u\nns ntKÎi,H;n:ux.
ceptes; il nous est pcijiJ>le de nous assujettir à ses pratiques cl à ses obseivanccs; enfin nos livres saints sont pleins de choses qui, par défaut de lumières suffisantes pour les expliquer, peuvent aisément nous déconcerter. Foibles et superbes1, indolens et curieux tout ensemble, nous sommes obligés de nous tenir en garde contre ces dispositions secrètes de notre coeur; et vous, que faites-vous? au lieu de vous nourrir de lectures qui fortifient votre foi, et \ous mettent en main des armes pour la défendre, vous cherchez ce qui tend à l'afloiblir dans votre amc, et à refroidir votre ?èle pour ses intérêts. Quoi ! vous lirez contre nos mvstères des sophismes que peut-être vous êtes incapable de bien démêler, et vous ne craignez pas que cet argument subtil, qui vous aura ébloui de sa fausse lumière, ne poursuive votre esprit, ne le fatigue, et ne vienne peut-être attiédir votre cœur dans le moment même où il devroit s'anéantir davantage devant la majesté du Dieu trois fois saint! vous lirez un livre plein de maximes épicuriennes, d'après lesquelles, sur certains points, la morale chrétienne doit paroîlre
intolérable à notre foiblesse, et vous, qui portez déjà avec tant de peine le joug de la simple loi naturelle, ne serez-vous pas tenté de vous soustraire à celui de la morale plus pure et plus parfaite de l'Evangile? Cet ou- \ rage répand le ridicule et le mépris sur les pratiques les plus révérées de la piété chrétienne , et se joue de la simplicité de ceux des hommes plus instruits qui s'y soumettent comme le vulgaire; n'est-il pas à craindre qu'il ne vous inspire le dégoût de ces pieuses observances, et que vous ne finissiez par y voir des dévotions populaires indignes de vous? Dans un livre mêlé d'érudition et de bel esprit, de sentimens quelquefois respectueux, mais aussi de railleries piquantes, on vous présentera les saintes Ecritures sous un jour faux et odieux; pensez-vous que votre respect pour elles n'en sera point altéré? Craignez même qu'en touchant au fruit défendu, vous ne soyez encore plus sévèrement puni de votre curiosité, et qu'après avoir commencé par l'imprudence vous ne finissiez par 1 apostasie. Toutefois, j'v consens, voire foi n'en sera pas éteinte; mais elle ne sera plus qu'une lumière pâle et sans cha-
20 k SUR LES LIVflES IRRELIGIEUX.
leur. Les vérités saintes amoindries à vos yeux auront beaucoup perdu de leur emj)ire sur voire cœur. C'est la eonviclion qui fait la force de l'aine; plus elle est vive et profonde, plus elle inspire «le résolutions généreuses. L'homme qui doute n'est bon à rien ; dès qu'il hésite, il est à demi-vaincu, et sa conduite est foible comme ses opinions. Les œuvres languiront comme la foi, et c'est ainsi que, si l'arbre n'est pas desséché dans sa racine, il sera du moins frappé de stérilité. Mais n'est -il pas permis d'examiner, d'écouter les adversaires de la religion > pour savoir ce qu'ils ont à lui opposer? seconde excuse qu'il faut discuter. Sans doute le christianisme n'est pas une religion de. ténèbres; elle aime les clartés dit grand jour; elle n'a à rougir ni de son origine, ni de ses propagateurs, ni de sa doctrine, ni de ses conquêtes; les \ices de plusieurs de ses sectateurs ne souillent pas plus la pureté de ses maximes que les vapeurs de la terre ne souillent les ravons du soleil; même ses disciples cessent de l'être, du moment qu'ils commencent à être vicieux. Ce qui la fait gémir, ce qui fait le sujet de ses
SUR LES LIVRES IRRÉLIGIEUX. 255 plaintes, c'est l'insouciance de ceux qui trouvent plus commode de la condamner sans l'avoir entendue. Notre soumission est colle de l'être intelligent qui ne cède qu'à la vérité connue, et, pour parler avec le plus grave de nos orateurs chrétiens, notre foi doit être raisonnable; et comment le seroit-elle, si la raison n'y entroit pour rien? Mais prenons garde; examinons, je le veux, mais n'appelons pas du nom d'examen ce qui n'en seroit qu'un vain simulacre. 11 est un examen plein de partialité et d'injustice: ainsi on fait ses délices des livres contre la r.ligion; on en fait le sujet de ses entretiens; on aime à fortifier les impressions qu'on en a rapportées par les impressions qu'en ont éprouvées ceux qui peuvent aussi les avoir lus; mais les écrits des apologistes, on les effleure à peine; mais les réfutations victorieuses des difficultés qui arrêtent, on ne les eonnoît même pas, et dès-lors on est semblable au juge inique qui auroit toujours l'oreille ouverte aux clameurs bruyantes de l'accusateur, et toujours fermée à la voix modeste de l'accusé. \\ est un examen plein d'orgueil : dans une présomptueuse con-
2,r)6 SUR LES ÎJYREB I!! RJÉL M.ll.i
fiance, on dédaigné les lumières d'autn.i; on croiroit rabaisser son intelligence en
consultant les docteurs <l< la loi; on s'érige sur toutes les matières en arbitre suprême, et quelquefois même on est d'autant plus dédaigneux qu'on devroit être plus modeste. Il est un examen plein de foiblcsse: on craint de trouver véritable une religion qui est pure dans ses préceptes; on l'étudié avec le désir secret de trouver plein de force ce qui la combat, et foible ce qui est consacré à la défendre; on voudroit se dérober à la lumière de la vérité, pour échapper aux devoirs qu'elle impose, et, comme le disent nos livres saints, on ne veut pas comprendre, pour être dispensé de bien faire : Noluib iîitelligëre., ut benè ageret. Si c'est à ces traits qu&St marqué votre examen, quelle confiance, peut- il vous inspirer? Le secret de connoître la vérité, c'est de la désirer: qui l'aime la trouve ; elle se montre aux coeurs purs, se cache au superbe, et le punit de ses dédains injurieux, en le laissant dans les ténèbres du mensonge.
Yous voulez, dites -vous, examiner: j'y consens\:-mais discutez clone les preuves de
Sur les livres irréligieux. 25j
la religion , pour en sentir la force ; pesez les témoignages pour les évaluer, faites taire les passions qui vous offusquent, consultez clans vos doutes, éclaircissez vos difficultés : vous voulez examiner la religion 3 mais non , vous ne le voulez pas. Tous faites précisément ce qu'il faut pour rester incrédule, si vous l'êtes déjà, ou pour le devenir, si vous ne l'êtes pas encore. j\os livres saints, notre doctrine, nos traditions, notre culte, l'histoire du christianisme, vous en cherchez la connoissance dans des écrits pleins de fiel et d'amertume, d'obscénités comme de blasphèmes, peut-être dans les commentaires libertins et facétieux, de Voltaire; et c'est après y avoir puisé le dégoût et le mépris de la religion, qu'il vous vient en» pensée de donner quelques momens à la lectitije de ses apologistes; ce qui est grave, solide, approfondi, ne vous cause que de l'ennui. Je vais vous faire sentir, par quelques comparaisons, ce que votre conduite a d'étrange.
Ce jeune homme, après avoir terminé dans quelqu'une de nos provinces ses études littéraires, arrive dans cette capitale pour y étudier oet art si compliqué, si difficile, si
précieux et si redoutable à la fois, I ail d< gùéiir. Que fait— il pour cela? il commence par lire toutes l< s satires anciennes et modernes contre les médcrius, tout ce qui peut lui persuader que c'est ici un art frivole, conjectural, fondé sur l'ignorance et la crédulité, exercé par des charlatans sur des dupes qui trop souvent en sont les victimes 5 plein de ces idées, imbu de tous ces préjugés, il parcourt quelques livres scientifiques, s'en entretient avec quelques compagnons de son Age, moins pour s'en rendre mutuellement un compte sérieux que pour s'en moquer. C'est à cela qu'il borne ses études, et le voila médecin : ce n'est qu'une fable, si vous voulez ; mais c'est l'image fidèle de ces jeunes gens qui, pour connoître la religion, la cherchent dans les livres de ses ennemis, écrivains souvent aussi licencieux qu'ils sont impies.
Encore une autre comparaison : vous êtes constitué par état le défenseur de l'orphelin et de l'opprimé; une veuve délaissée vous confie ses intérêts et ceux de ses enfans; elle vous remet entre les mains les titres qui doivent faire triompher sa cause et se repose
SI R LUS LI\ RES IRRÉLIGIEUX. i23l)
sur votre zèle • et vous, que faites-vous? Au lieu de les étudier avec soin, de bien vous en pénétrer, vous daignez à peine les parcourir rapidement- mais vous vous livrez à un examen approfondi de tout ce cpii est contre celle cjue vous clos appelé à défendre, sans vous occuper des moyens de repousser les attaques. Cependant le jour fixé pour les débats est arrivé, vous' voilà devant votre adversaire comme un soldat désarmé devant l'ennemi; comment pourriez-vous soutenir le choc avec avantage, et, si le bon droit succombe, qui faudra-t-il en accuser ? Ce n'est qu'un portrait imaginaire, mais dont l'original existe peut-être dans cet auditoire.
Enfin vous ne cherchez, dites -vous, que les agrémerts du atvle; ainsi vous êtes plus attiré par quelques ornemens frivoles que vous n'êtes repoussé par le blasphème ; et les ennemis de Dieu cessent de l'être pour vous, du moment qu'ils ont l'art de vous amuser. A ous savez bien qu'il n'y a pas loin de l'autour qui plaît à l'auteur qui séduit, et qu'aisément le plaisir fait la persuasion : n'importe, le désir de lire quelques traits d'esprit, quelques phrases brillantes, balance,
2Go SUR LES LIVRES IRRÉUf; [1 T W
ciïacc même à vos y< vix les graves intérêts <!cs mœurs et <Ie ta religion»; il Tant qu'une curiosité funeste unis entraîne à ronnoîlre par vous-même Ce que \o!ts ne pouniez connoîtro sans danger. Je vous le demande, si la renonnriée porîoit jusqu'à nous la connoissanec des ravages d'une peste cruelle , ne vous contenteriez- vous pas d'applaudir au dévoûment de ceux qui, par état ou par zèle, iroient porter des secours aux malheureux atteints de la contagion? iriez-vous par curiosité, sur les lieux mêmes, respirer l'air empesté pour en faire 1 épreuve personnelle? Vous cherchez les agrémens de la diction : mais quoi! les siècles de Périclès, d'Auguste et de Louis XIV, les sciences et les lettres, la poésie et l'éloquence , les relations des voyageurs, 1 histoire des hommes, celle de la nature, les livres saints avec leurs beautés originales et leur majestueuse simplicité, tout cela ne présente-t-il pas un choix de choses belles et pures, faites pour satisfaire l'esprit, l'imagination , le cœur, pour plaire à tous les goûts et charmer tous les loisirs? celles ils sont bien avides ceux à qui ces trésors ne suffisent pas.
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Je vi^ns. Messieurs, de vous dévoiler tout ce que je trouve de condamnable dans les auteurs, dans les propagateurs, dans les lecteurs des livres contre la religion 5 vous ave? reconnu quels étoient les funestes etïets de ces productions impies, et qu'il falloit y voir les ennemis les plus dangereux de la société.
Oui, la conspiration permanente contre le troue et l'autel se trouve dans cette permanente émission d'écrits et de libelles pervers qui prêchent tous les jours la révolte avec l'impiété j voilà ce qui feroit désespérer du salut de la patrie, si le ciel ne s'étoit pas expliqué par tant de miracles en faveur de la France. 11 est vrai, à aucune époque il n'y eut une portion de la jeunesse plus égarée que de nos jours; mais jamais aussi il n'y eut une portion de la jeunesse plus loyalement, plus courageusement chrétienne. Depuis long-temps un combat terrible est engagé entre la vérité et le mensonge, entre le christianisme et l'incrédulité , entre la rébellion et L'autorité; le bien et le mal sont toujours en présence, le mal avec ce qu'il a de plus extrême, le bien avec ce qu il a de pb s héroïque. A qui donc restera la vie te; ?
-yÔ2 SI R LES LIVRES 1RS i':j,k;i i;i \. n'en douiez pas, à Jésus-Christ et à ses Pidèles adorateurs, au trône légitime et à ses fidèles serviteurs. Ce que nous disions, il y a quelque temps, au milieu de présages sinistres, nous le dii-ons aujourd'hui avec plus de confiance encore après tant de prodiges de miséricorde dont nous avons été et sommes tous les jours les témoins.
Non, il ne périra point ce trône que tant de rois sages, vaillans et pieux, ont rendu vénérable au monde entier, ce trône chéri de Dieu et des hommes, et qui, après avoir, [tendant quatorze siècles, résisté à tous les coups de la fortune et du temps, n'avoit été abattu que pour faire , ce semble, éclater davantage la préddection de la Providence à son égard.
Non , elle ne s'éteindra point cette race auguste , nécessaire au repos de l'Europe autant qu'à notre bonheur, à laquelle le ciel a donné un rejeton miraculeux comme vin nouveau gage de son éternelle alliance avec elle.
Non , elle ne mourra point cette église gallicane, illustre entre toutes les églises, belle aux jours de sa prospérité, plus belle
SUR LES LIVRES IRRÉLIGIEUX. 2b5
encore aux jours de ses malheurs; elle triomphera des insultes présentes comme des fureurs passées de ses ennemis, de la plume des sophistes, comme du fer des bourreaux. Puisse le sang de ses pontifes et de ses prêtres versé pour la foi être comme la semence de pontifes et de prêtres nouveaux* puisset-elle, joignant l'éclat de la science à celui des vertus, sauver les bonnes mœurs et assurer le triomphe des bonnes doctrines pour le bonheur du temps et de l'éternité !
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luih-fiiir <i vobis regnumDei, et dabiiur genli Jàcièriti
Initias ij'us.
Le royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné j un peuple «jui en pro luira les fruits. Mallh. il', i , 2, 3.
1 elle est la menace que faisoit autrefois le Sauveur du monde à ces Juifs obstinés qui opposoierit l'orgueil de leur esprit à la vérité de sa doctrine, et la corruption de leur cœur à la sainteté de sa morale ; il leur annonçoit que, par leur résistance à la divine lumière, ils méritoient d'en être privés, qu'elle iroit éclairer des peuples plus dociles, qui, ensevelis jusque-là dans les ombres delà mort, sortiroient enfin du milieu des ténèbres de leurs erreurs et de leurs vices : Auferetur à vobis regnum Dei , etc. Cette parole eut bientôt un triste et fatal accomplissement. Le moment arrive où le peuple de Dieu cesse de l'être, où les enfans de la promesse sont remplacés par ceux de l'étranger. Paul et
Barnabe
T)E LA RELIGIOIST. 265
Barnabe reçoivent l'ordre de prêcher l'Evangile aux gentils; ils sortent de la Judée en prononçant contre elle cette espèce de malédiction : « Puisque vous résistez à la narole » du salut, et que vous vous jugez, indignes » de la vie éternelle , nous nous tournons )) vers les nations; car le Seigneur nous l'a » ordonné. » Voilà donc que les peuples, enveloppés dans les plus épaisses ténèbres du paganisme, voient se lever sur eux le soleil de vérité et de justice, tandis que le peuple jusque-là chéri de Dieu tombe dans le plus profond aveuglement , frappé d'un auathème qui pèse encore sur lui.
Ces jours de réprobation seroient-ils arrivés pour notre France? A force d'impiétés contre Dieu et contre son Christ, de mépris de sa religion sainte, d'ingratitude pour tant de bienfaits miraculeux, aurions-nous lassé la patience drsine, mérité d'être rejetés pour toujours, et de voir la foi si indignement outragée fuir loin de nos contrées, pour nous laisser en proie aux dissensions, aux incertitudes, aux opinions vaines et trop souvent insensées d'une foible et orgueilleuse raison? ou bien faut -il tout attendre de la divine IV. 12
266 Cfl \î\ ■ ES El ; S] .' B wrr.s
toiséricorde , espérer que î ;s insultes el les impiétés sorit effacées aux j ux Ile
justice par le dëvo i
vrais fidèles, et qu I b à'ik cle'îà roi, trop
long temps obscurci, re^aVortra | |;>.>- ru -.iirux, comme l'astre du jour a'^rès fa noire1 tempête? La France doit- elle re&fcer lé royaume très-chrétien , doit-elle cesser de fetre? queslion quil n'est pas donné à l'homme dé résoudre complètement, mais sur laquelle nous croyons devoir faire des réflexions qui nous paraissent utiles. Qu'avons-nous à craindre pour la religion, qu'ayons - nous à espérer pour elle dans ce royaume ? Telle sera la matière et la dnision de ce discours. En connoissant ce qu'il y a à craindre, nous sentirons le besoin de sortir de notre assoupissement, de prendre de sages mesures contre les dangers qui nous menacent, et des moyens plus efficaces pour é\iter \e naufrage; en voyant ce que nous avons à espérer, nous serons soutenus, animés dans le bien, par la confiance dans les diunes miséricordes, et nous serons plus disposés à y répondre pour en mériter de nouvelles.
de LA religion. 267
Sans doute il n'est pas ('miné à un être borné comme l'homme de connoîtrc et de développer dans toute leur étendue et dans leur dernière perfection les desseins de celui qui \it et règne dans l'éternité. Les pensées de Dieu ne sont pas les noires; nous devons les adorer sans les comprendre, et nous apprenons du Sage (pie celui qui endroit sonder témérairement la majesté de Dieu seroit accablé sous le poids de sa gloire : Oui scrutateur est ntajestatis , opprimetur à gloriâ. ?dais , ô mon Dieu , vous qui nous avez révélé dans nos livres saints tant de liantes vérités, qui avez daigné nous manifester \ousméine aux en fan s des hommes , converser familièrement avec eux, leur dévoiler une partie de vos secrets divins, vous ne vous offenserez pas, si, recueillant ici les lumières de la foi et celles de l'expérience, nous cherchons, avec leur aide, à connoîtr-e (pu Ique chose de vos desseins sur la France, non dans un esprit de curiosité vaine, mais dans la pensée de nous humilier, de nous abaisser toujours davantage sous votre ujain puissante, soit qu'elle nous frappe dans sa justice, soit qu'elle nous épargne dans sa miséricorde.
Non, Messieurs, nous ne devons p;»s cire sans crainte sur le sort de la religion clans notre patrie ; si l'on ne doit pas se livrer à de \aines terreurs, il ne faut pas non plus se laisser emporter à de présomptueuses pensées : connoissons le mal pour en chercher le remède, et que la crainte de voir la foi se perdre clans nos contrées ranime notre zèle pour l'y conserver.
Mes motifs de crainte sont, l'antiquité même de la foi parmi nous, l'état actuel du sacerdoce, l'esprit d'impiété et d'indiirérence de nos jours.
La religion chrétienne avoit précédé dans les Gaules la fondation delà monarchie française; déjà elle régnoit dans les provinces et dans un grand nombre des villes florissantes dont se compose aujourd'hui ce beau royaume, lorsque Clovis la fit monter avec lui sur le trône des Francs; époque mémorable où Clovis se trouvoit être le seul prince catholique de l'univers, et depuis laquelle notre nation n'a jamais été gouvernée, durant quatorze siècles, que par des rois catholiques, ce qui forme un exemple unique dans les annales du monde. Oh! qu'elle est vénérable
par son antiquité même, celte église gallicane, qui déjà, dès le second siècle, fut arrosée du sang de tant de martyrs dans les villes de Lvon et de \ienne, s'étendit insensiblement de toutes parts avec tant de gloire , s'illustra successivement d'âge en âge par tant de saints et grands personnages, et qui, par des services inappréciables rendus non-seulement aux mœurs, mais à l'administration publique, à l'agriculture, à l'éducation, aux lettres, aux sciences, a payé avec usure la protection qu'elle recevoit de l'Etat. Mais son antiquité, qui fait sa gloire, fait aussi ma crainte : c'est précisément l'histoire de sa gloire passée, de ses anciennes vertus, de sa longue durée, qui me fait craindre pour l'avenir. Tout s'use dans le monde présent, et la chute de ce qu'il renferme de plus solide en apparence nous avertit sans cesse de la caducité des choses humaines. Que d'églises particulières, après avoir brillé sur la terre, en ont disparu pour toujouis! Chez elles , la ferveur primitive s'éloit ralentie, la sainte sévérité de l'Evangile avoit fait place à la mollesse des mœurs, des hérésies sont venues les troubler, leur foi en a été
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déconcertée, eïfce s'y es! al'biblie cl a fini par s-yéteÎÈdffejqiii nous dira fci, après de si longs et de si beaux jours pour noire église, ne sont pas arrives pour elle lès jouis de léi.èbres et d'interminable désolation? Qne sout devenues ces églises de l'Asie, de la Grèce, de l'i g\pte, de l'Afrique, autrefois rayonnantes aux \cux du monde entier de l'éclat de leur foi et de leurs lumières? où tout maintenant ces églises illustrées par les Athanase^ les Grégoire «le JNazianze, les Basile, les Chry'ottôme , les Cyprien , les Augustin? il n'en reste que de glorieux, mais tristes souvenirs ; et les églises de l'empire grec, après bien des troubles et des hésitations, n'ontelles pas, dans le onzième siècle, consommé un schisme déplorable qui dure encore? et ce^ grandes églises du nord de notre Europe n'ont-elles pas aussi, dans des siècles plus récens, au milieu d'horribles calamités, abjuré l'ancienne foi et rompu avec cette Lglisemère dont jusque-là elles avoient révélé la divine prérogative? Or, je le demande, les chrétiens de toutes ces églises que je viens de rappeler étoient-ils plus coupables que nous? avoient-ils mérité [dus que nous d'être
DE LA lïELIGIGN. 27I
délaissés et abandonnés à l'esprit d'erreur? la mesure de leurs prévarications etoit-elle plus comble que la notre? y avoit-il parmi eux un plus grand nombre caché d'ames indociles, foi blés, corrompu-, s, ''^posées à la défection? c'est le secret de la Providence, ne cherchons pas à le pénétrer.
Prenons garde de nous abuser parles promesses divines en leur donnant une étendue qu'elles n'ont pas. Ainsi, que les vents orageux soufflent avec impétuosité, que les tempêtes se déchaînent, je ne craindrai rien pour l'Eglise universelle, parce que je crois à la parole de celui qui a dit : « Enseignez toutes » les nations , et voici que je suis avec vous » tous les jours jusqu'à la fin des siècles. » Ainsi encore, que l'Eglise romaine en particulier soit violemment attaquée, que ses pontifes en soient arrachés, jetés dans les fers, immolés, je serai également sans crainte pour elle ; je pourrai bien m affliger de ces orages, mais je me rassurerai par la parole de celui qui a dit à Pierre et à ses successeurs dans sa principauté spirituelle : « Je » bâtirai sur toi mon Eglise comme sur une » pierre inébranlable, et les portes de 1 enfer
» ne prévaudront jamais contre elle; » paroi s qui se sont -vérifiées pendant dix-huit cents ans par une suite de \ictoires remportées sur les hérésiarques, les barbares, les persécuteurs. Mais l'église gallicane n'a pas de promesses qui lui garantissent une immortelle durée; elle n'est qu'une portion de l'héritage de Jésus-Christ; plus elle a jeté d'éelat, plus je crains qu'elle ne subisse le sort des choses d'ici -bas, que pour elle la foihîesse ne succède à la force , le dépérissement à la santé, la mort à la vie.
Encore si tout se bornoit à ce motif général de crainte, si l'église de France, quoique si ancienne, ne présentoit pas des signes particuliers de vétusté et de décadence; mais considérez dans quel état se trouve le sacerdoce, et vous y verrez un motif trop fondé de craindre pour la religion. En effet la religion ne se répand, ne se conserve dans un pays que par le zèle et l'enseignement de ses ministres; c'est par eux qu'elle règne dans les campagnes et les cités, qu'elle parle à l'oreille et au cœur des peuples, qu'elle devient la règle commune de la croyance et de la conduite;
c'est par eux que l'enfance est catéchisée , la jeunesse dirigée au milieu des périls qui lVmironnont, l'âge plus avancé ramené à la pensée des destinées éternelles, la vieillesse consolée , fortifiée dans ses derniers momens. Mais si la moisson est grande et le nombre des ouvriers très-petit, si leurs travaux n'ont aucune proportion avec les besoins des peuples, si à ce sujet l'on doit s'alarmer pour l'avenir, comme l'on est effravé du présent, comment la religion pourra-t-ellc fleurir et se perpétuer au milieu de nous? Dans cette supposition qui n'est pas chimérique d'une grande disette de ministres des autels, qu'arriveroit-il? les exercices du culte, ou cesseroient, ou seroient plus rares; l'ignorance seroit plus commune, et les choses saintes plus négligées; l'oubli, 1 indifférence, le mépris, le dégoût, la haine pour la vérité, finiraient par prévaloir; ce qu'il y a de plus sacré tomberait en désuétude, il n'en resterait qu'un vague souvenir : de là un mélange bizarre de pieuses croyances et d'opinions superstitieuses, de pratiques louables et d'observances ridicules; l'auguste face de la religion seroit avilie,
•2~ i CRAINTES ET ESPERANCES
la sainle majesté de nos m \ stères auroit dis- |aru, cl la foi laninïiroil, périroil a>ec le : acerdoce.
Et qui ne seroit consterné, Messieurs, à la vue de eette eifravante multitude d'églises qui demeurent sans pasteurs, de ee grand nombre de piètres qui succombent, sans être remplacés, sous le poids des années, ou qui, traînant leur vie dans de cruelles infirmUés, ne sont plus (pie d'une foible ressource, et de ces jeunes ministres des autels qui, portant, chacun en particulier, des fardeaux autrefois répartis sur plusieurs, tomberont à la fleur de l'âge, consumés de fatigues? Quoi! il est donc vrai qu'au sein du royaume très-chrétien quinze mille places demeurent vacantes dans la carrière ecclésiastique, faute de sujets pour les remplir? ce vide immense, qui le comblera? La tombe reste toujours ouverte pour engloutir les victimes que la mort ne cesse de frapper dans l'ordre sac rdolaS ; tous les ans la liste qu'on en publie vient attrister nos cœurs, sans que nous ayons la consolation de voir les pertes du sanctuaire complètement réparées. 11 faut le dire, depuis que le saric-
DE LA ltIJ.IGION. 27O
tuaire dépouillé n'offre plus, je ne dirai pas de richesses aux familles, mais d'honorables ressources; que le sort du sacerdoce est si précaire, si incertain, cl qu'il esta la merci des caprices des hommes ou des évènemens; depuis qu'il a été ermronné de soupçons odieux, fatigué d'une inquiète surveillance, poursui\i par la haine, couvert dp ridicule et de mépris, li\ré à la dérision publique, toléré plutôt qu'honoré; depuis qu'on a regardé comme le chef-d'œuvre de la politique de le dépouiller de toute prérogative, qu'on a usé lui reprocher l'esprit d'envahissement, parce qu'il cherche à se perpétuer, et l'esprit de cupidité, parce qu'il demande du pain ; en un mot, au milieu de tant d'outrages et de ce délaissement, qu avons-nous vu V les familles, non -seulement dans les hautes conditions, mais dans les plus médiocres, se sont alarmées de tout ce qui sembloit annoncer, dans leurs enfans, une vocation naissante pour le sanctuaire : loin de la seconder, elles l'ont contrariée, et renvoyée avec dédain à la classe indigente; et, si ces dispositions ennemies n'ont pat un terme, comment le sacerdoce pourra-l-il
se perpétuer avec dignité, et exercer mu l'esprit des peuples une influence capable de conserver au milieu d'eux la religion? Encore quelques années, et ce qui reste des anciens de l'épiscopat et du sacerdoce aura disparu, et avec eux ce qui éloit fait pour lui donner plus d'autorité; il n'en restera que quelques débris épais , tandis qu'en / proie à une famine spirituelle les peuples demanderont vainernënt le pain qui donne la vie, parce qu'il ne se trouvera personne pour le leur distrJmcr : et c'est alors qu'assis sur les ruines de nos temples renversés le génie de l'impiété pourra s'applaudir de ses triomphes.
O église gallicane, quelles mains sacrilèges t'ont ravi ton éclat et ta beauté? dans quel abîme de désolation je te vois plongée! tu portes bien sur ton front de nobles cicatrices qui font ta gloire, mais ces marques de ton courage le sont aussi de tes malheurset qui pourroit ne pas s'attendrir de tes longues et cruelles infortunes? Je ne t'ai pas vue, il est vrai, aussi puisante en doctrine et en vertu qu'au temps des Bossuet et des Fénélon, des Béruile et des \incent de
Paul; mais je t'ai vue, avant l'époque de nos désastres, florissante encore par le grand nombre de pasteurs qui s'appliquoient à l'instruction des peuples, par tes écoles savantes, par tes docteurs pleins de lumières, et par tous les moyens de perpétuer le ministère évangélique avec la science qui doit être son partage. Helas! et aujourd'hui je te vois, comme une veuve désolée, assise sur des tombeaux, pleurant tes ministres qui ne sont plus, et tremblant qu ils n'aient pas de successeurs. O église de France, autrefois si belle entre toutes les églises, serois-tu donc réservée à cet excès d'opprobre et de stérilité ? Ah! Messieurs, que ceux qui forment des vaux jour l'extinction du sacerdoce tremblent d'être exaucés : les aveugles, ils ne voient pas tout ce qu'elle entraîneroit pour eux-mêmes de calamités! c'est bien alors que seroicnt précipités ensemble dans l'abîme la religion avec le sacerdoce, et la société avec la religion.
Mais le mal que le sacerdoce est appelé à guérir est-d elonc si étendu, si profond, qu'il faille le regarder comme incurable? voyons ce qui en est.
27# CRAINTES ET i SERAIS CES
On connoît di s remèdes contre la barbarie : l'Evangile adoucit les Inuncurs iéroces, plie les caractères les plus sauvages au joug du devoir, et il arrive moine que la brutale énergie se convertit en force pour la vertu. Lorsque les Franc.-. Inmlirent sur la Gaule, déjà en partie chrétienne, l'Evangile les poliça, et la religion du peuple vaincu devint celle du peuple vainqueur. On connoît des remèdes contre l'ignorance: elle blasphème ce qu'elle ne connoît pas; la vérité qu'on lui présente a pour ri le Fa tirait de la nouveauté, et sa lumière ne luit pas en vain au milieu des ténèbres. Lorsque saint Charles Borromée fut appelé au siège de Milan, une partie des peuples, et n ème du clergé qu'il devoit gouverner, étoit plongée dans la plus honteuse ignorance 5 son zèle l'éclaira , et, en répandant de tous côtes la véritaHe lumière, il ranima par elle toutes les vertus. On connoît des remèdes contre les vices et les scandales: tant que la foi vit dans les âmes, on peut ^'adresser à elle, l'entraîner par des promesses, et i'e; i;v i ; ar des menaces dont elle est Lies loin de se faire un jeu. Après les crueiits et longues
DE LA RCLIdON. 279
dissensions qui se terminèrent a l'avènement de Louis XIV à la couronne, et qui avoient amené un déplorable relâchement dans les mœurs et la discipline, des hommes suscités de Dieu, parlant au nom d'une religion plutôt oubliée que dédaignée, renouvelèrent l'esprit du sacerdoce, l'esprit du christianisme, et firent du dix-septième siècle un des plus beaux que puissent présenter les annales de l'Eglise. Son histoire est remplie de pareils exemples; elle ne cetse de nous faire voir des païens convertis, des ignorans éelariés, des prévaricateurs ramenés à la vertu. Mais cette apostasie raisonnée de chrétiens qui, avant connu la \érité, la foulent aux pieds ; mais cette incrédulité armée de sophisme^ contre la religion, cet orgueil qui repousse la lumière, qui les guérira? Depuis que l'impiété a rompu, il v a trente ans, toutes ses digues, elle n'a cessé d'inonder la Fiance entière; elle infecte les habitansdes campagnes comme ceux des cites de ses eaux .ni postées. Si du moins aujourd'hui elle r eculoit d'épouvante devant ses propres ravages, si elle laissoit la religion travailler en paix à les réparer:; mais uon, loin de sfe
ï28(> CRAINTES ET ESPÉRANCES
taire, elle a ses tribunes, ses assemblées, s< s apôtres; elle se fait entendre par, des milliers de bouches, de libelles , de feuilles journalières, qui perpétuent ses blasphèmes, ses dérisions, seS calomnies, et qui, pour rendre noire ministère odieux, iuulile, en inspirent, par leurs impostures, la haine et le mépris. Jamais de si grands obstacles ne s'opposèrent à nos efforts.
Quel esprit que celui du siècle présent! ne forme- t-il pas une barrière insurmontable contre le rétablissement de l'église de France et le triomphe du ebristianisme? La religion suppose l'intervention spéciale d'une Providence toute paternelle qui a bien \ouluse manifester aux hommes poulies éclairer dans leur ignorance et les guérir dans leurs vices; et l'esprit du siècle est un esprit d'athéisme qui ne connoît de Dieu que le nom, ou qui n'en proclame l'existence que pour blasphémer contre sa sagesse, en la déclarant étrangère au gouvernement des choses humaines. La religion se glorifie, s'appuie du suffrage de tous ces beaux génies qui, depuis dix-huit siècles, l'ont professée, illustrée par l'éclat du ta-
DE LA RELIGION. 2tti
lent, du savoir et des vertus; et l'esprit du siècle est un esprit de mépris de l'autorité qui ne respecte rien de ce qui a été, et n'honore pas plus la mémoire des générations passées qu'il n'a épargné leurs tombeaux, et qui semble croire que l'ère de l'esprit humain ne remonte pas au-delà de trente ans. La religion demande un esprit sage et docile, et l'esprit du siècle est un esprit de folle indépendance qui se sentiroit presque humilié de fléchir devînt la Divinité même, ou bien qui consentirent à s'abaisser de\ant les maîtres de la terre, pourvu qu'il fût libre de blasphémer contre le maître du eiel. La religion demande la \igilance sur soi-même, l'empire sur ses penchans déréglés; sa loi est une loi de sacrifices; elle apprend à -s ivre pour les autres, et nous fait voir dans un avenir immortel la récompense des efforts et des combats de la vertu; et l'esprit du siècle est un esprit d'égoïsme qui n'a de dieu que l'argent, de morale que l'intérêt, de culte que le plaisir, et d'espoir que le néant. Maintenant, je le demande, les âges passés présentent-ils rien de semblable? quelle époque a offert
282 CRAINTES ET ESPURAÏJCES
au christianisme de fi puissans ennemis à combattre? Quels ennemis en effet a> oient été les siens jusque-là? des idolâtres? mais il est plus facile d'amener à la foi des infidèles que d'y ramener des apostats; des persécuteurs? mais la religion craint moins le glaive et la flamme que l'insulte et lié dédain; des hérésiarques? mais au moins ces novateurs respectoient le fond du christianisme; des hommes licencieux? mais ils ne raisonnoient pas le scandale, et n'érigeoient pas le vice en système; des esprits incrédules? mais l'incrédulité ne dominoit pas dans le monde savant et littéraire, surtout les athées étoient rares, et se cachoient dans l'ombre. Elle est donc unique dans les annales de la religion, l'époque où nous sommes parvenus; or, au milieu de tant de causes nouvelles de ruine, comment la religion pourra-t-elle se conserver? que pouvons-nous espérer pour elle? seconde réflexion.
En exposant les motifs de craindre pour la religion, nous avons rempli la partie la plus pénible de la lâche que nous nous soin-
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mes imposée; il est temps de reposer vos esprits sur dus considérations plus douces et plus consolantes, en vous développant les motifs de nos espérances. Encore que les secrets de Dieu soient impénétrables , il en laisse pourtant échapper quelquefois des traits de lumière qui nous font comme deviner dans ce qu'il nous découvre ce qu'il nous cache; ce sont comme des avertisseûiens salutaires qu'il nous envoie. Or il me semble qu'au milieu de tant d'évenemens inouis dont nous avons été les témoins, et jusque sous les coups de sa justice, nous avons reçu des gages rassurans de miséricorde, en sorte que, si nous ne devons pas être sans crainte, nous devons moins encore être sans espérance. Ces gages de sécurité, je les trouve dans la conduite de Fépiscopat français, dans le retour miraculeux de la famille royale, dans les dispositions actuelles des esprits. Reprenons. Le puissant architecte de cet édifice spirituel qu'on appelle l'Eglise l'a bâti sur le fondement des apôtres et de leurs successeurs dans leur saint ministère; c'est à ses premiers disciples et aux héritiers de leur di- \inc mission, c'est aux èvêques qu'il a confié IV. 12*
principalement le .soin d'enseigner les peuples, <îe les conduire dans les voies de la vérité, et de gârdéf le dépôt do la doctrine contre les attaques de l'erreur. Savent ils la défendre a\cc une courageuse fidélité? tout est à espérer; ont-ils la foiblosse de l'abandonner? tout est à craindre : tellement que, d'après les desseins ordinaires de la Providence, le sort de la foi dans un pays dépend du courage ou de la défection de ceux qui en sont les premiers gardiens. Or rappelezvous quelle fut leur conduite, il y a trente ans. Un projet est formé de renverser à la fois le trône et l'autel. Pour détruire, il faut diviser. Dans cette pensée, on imagine pour l'ordre ecclésiastique une réforme qui viole ses droits les plus sacrés dans les choses de son ressort, et, par une conduite non moins hypocrite que nouvelle, les impies eux-mêmes vantent les jours de l'Eglise primitive , et prétendent les faire revivre par des mesures qui ne dévoient en ramener que les sanglantes persécutions. Que feront ici nos pontifes? vont-ils écouter la voix de la chair et du sang, prendre conseil d'une politique mondaine? léelat de la dignité, les habi-
tisJes d'une vie douce et commode, l'amour si naturel du repos, la crainte de se jeter dans des périls et des malheurs sans tin, tout cela ne va-t-il pas amollir les courages et faire sacrifier h des intérêts privés la cause de la foi? Voilà ce qu'on pouvoit craindre pour plusieurs; mais cela ne sera pas. Les anciens del'épiscopat comme les plus jeunes forment une sainte phalange contre 1 ennemi commun. Le moment du combat arrive; au sein de la première de nos assemblées politiques, un de nos pontifes, qui vit encore, est interpellé; on lui propose un serment que sa foi repousse; il le refuse. D'autres sont appelés après lui qui suivent son exemple ; alors leurs ennemis font cesser un appel qui les couvre de confusion; on sent qu'on peut les persécuter et non les vaincre. Jour immortel! vous vivrez, à jamais dans les fastes de notre église pour la gloire de la religion et la honte de l'impiété. Certes c'est un beau spectacle que celui de cent trente évèques que la foi élève au-dessus de tous les dangers, qui sacrifient leur repos à leur conscience, préfèrent l'exil à l'apostasie, meurent victimes de leur devoir, ou apparoissent
2&6 CHAINTES ET ESPÉRANCES
aux nations étrangères avec ! intégrité d'une foi que rien n'a pu entamer. Depuis la naissance du clll l.-.li:ililS!U('., VOUS liOU\<Tl !Z |)CU
(le grandes églises qui aient tonneau monde \i\i spectacle si beau. Liles sont donc nastécs fermes au milieu des orages $ les colonnes de la religion; il n'a donc pics failli, cet épineopat français chargé de la défendre; elle devoit donc se rele\er et triompher enfin.
Cependant au milieu des ruines et des échafauds, un simulacre d'église gallicane s'étoit élevé. Fille de la teneur, appuyée par un pouvoir redoutable, durera-t-elle? non, la terre de saint Louis repousse le schisme et l'hérésie. 'Dieu, qui fait senir les hommes à d'autres desseins que les leurs, donne parmi nous à un mortel une puissance immense; son bras s'appesantit sur l'édifice de l'erreur, et l'édifice tombe d'un bout de la France à l'autre. Quelques disputes théologiques pourront bien encore agiter les esprits; mais le schisme cesse, la foi est en sûreté, et enfin il n'y aura plus qu'un troupeau et un pasteur: magnifique récompense du zèle de nos pontifes à défendre l'unité du ministère pastoral
comme de la foi. Ce n'est pas ainsi que les choses se sont passées dans les pays de l'Europe où la foi s'est perdue au seizième siècle. Dans la Suède , le Danemarck et les principautés d'Allemagne, les nouveautés profanes trouvèrent Lien de la résistance dans l'épiscopat ; mais elle ne fut pas aussi universelle, aussi ferme, aussi constante qu'elle l'a été parmi nous. Voyez l'Angleterre en particulier. Ses évèques cèdent à la crainte, il est vrai, plus qu'à la persuasion; mais enfin ils reconnoissent dans Henri V11I une suprématie spirituelle que le ciel n'a point donnée aux princes de la terre: funeste foi- Liesse de laquelle ils ne purent jamais se relever; à peine quelqucs-xins se montrèrent fidèles jusqu'à la mort, et de ce nombre fut le eaNttnt et pieux évèque de Rocliester, un des plus grands hommes qu'eût alors l'Angleterre. La France, au contraire, \'il la presque lotahlé de ses pontifes opposer une magnanime résistance, que le ciel de\ oit enfin ]>(';: ir et couronner. Lorsque les décrets de pîTséculion furent rendus contre eux, et que l'orage eommençoit à gronder sur leurs tèles, un orateur, du haut de la tribune po-
288 m UNI! s ET ESPÉRANCES
litique, fit entendre ces mémorables paroles: « Vous l<'.s chasserez de Leurs palais, ils » iront se réfugier dans les chaumières; vous » Leur arracherez leur croix d'or j ils- en pren- » dront une de Lois, et souvenez -vous » que c'est une croix de bois qui a sauvé le » monde. )) JNos pontifes ne i'avoient pas oublié; ils quittent tout pour la suivre, ils se conduisent connue de vrais disciples de la croix du Sauveur des hommes, et la croix, partout abattue, partout se relève; elle a triomphé du schisme, des persécutions, des assauts de l'impiété pour triompher encore du dédain et de lin diffère n ce.
Et quel espoir ne donne pas à ce sujet le retour miraculeux des Bourbons! Sans doute il ne peut entrer dans la pensée d'un chrétien que le sort de la religion dépende uniquement de ceux qui gouvernent, et qu il soit en leur pouvoir de la conserver ou de 3a détruire à leur gré; elle ne s'appuie pas sur un bras de chair, comme parlent nos livres saints; elle se réjouit de la protection des puissances de la terre , mais elle peut s'en passer ; elle s'afflige de leurs persécutions , mais elle sait en sortir victorieuse. Durant les
trois
trois premiers siècles, elle fut privée de l'appui des maîtres du monde; elle survécut à la chute de l'empire romain ; les rois et les royaumes passent, elle demeure, et ce seroit méeonnoître la main divine qui la soutient, comme elle l'a établie, que d'en croire la destinée inséparable de celle d'une famille, quelque auguste qu'elle puisse être. Mais aussi, quand je considère que la famille régnante a toujours porté à la foi l'attachement le plus profond, et qu'elle a été rétablie par une suite d'evènemens prodigieux 7 je me persuade que Dieu a des desseins de miséricorde sur l'église de France, comme sur cette illustre race qui a toujours fait gloire d'en être le soutien.
Vous le savez, Messieurs, au milieu des plus terribles secousses qui jamais aient agité le monde social , la monarchie française s'écroula sur ses antiques londoniens; notre nation passa par ce que la licence et la tyrannie ont de plus extrême; tantôt elle fut dévorée par l'anarchie, et tantôt gémissante sous un sceptre de fer : la plus auguste des victimes tombe sous le fer des bourreaux; ce qui reste de la famille royale est errant JT. i5
•2[)0 CJB LMfTES BT ESl'£jELAN< .' i
sur «ne ! irre étranger ■■, vingt-cinq ans ctfexil r' d infortuné oui ; assé mu-. sa tête j les cœurs français peuvent bien lui donner des regrets, et, dans ! eur amertume, comparer son ancienne gloire à son humiliation présente, féliciter nos pères d'avoir vécu sons ses lois; niais on ose à peine former des vœux pour , tant on est sans espérance. Tout ce qu'on a tenté pour elle a été vain; les plus héroïques efforts n'ont abouti qu'à des calamités; toutes les ressources humaines semblent épuisées désormais. Seul, sans armée, sans appui, que 'peut l'héritier de soixante rois pour remonter sur le trône de ses pères? que peuvent tous ses titres- sans la force et contre la force? il peut Lien se montrer plus grand que lo malheur, étonner l'Europe par sa magnanimité comme par ses lumières ; mais enfin tous les chemins vers le trône de France paraissent lui être fermés pour toujours. Cependant les choses prennent tout à coup une face inopinée : l'Europe entière s'ébranle et marche sur la France : vin 14 1 peuples dhers franchissent nos frontières; au milieu de tant de combats et de désastres cnic deviendra notre patrie? que deviendra
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celte capitale? Dieu tient clans ses mains le cœur des peuples et des rois ; c'est par eux qu'il va manifester ses desseins long-temps cachés sur les enfans de saint Louis. Ces torrens de haine et de vengeance qui, partis du fond du Nord et grossis dans leur marche, ont inondé nos provinces et menacé d'engloutir cette capitale, viennent expirer aux pieds de ses foihles murailles, comme la fureur des mers expire sur les sables du rivage. La France rentrera bien dans ses anciennes limites; mais, telle qu'elle est, elle ollre encore, sous l'influence dû même ciel, des mêmes mœurs, des mêmes lois, de la même religion, de la même langue, la plus belle réunion d hommes civilisés que le soleil ait jamais éclairée. Et qui devra désormais régner sur elle? ce sera celui que réclame la France par ses vœux comme par la loi fondamentale de l'Etat. Les haines, les rivalités se taisent; l'ambition cède à la justice; les rois et leurs peuples sont tous Français; c'est le cri de l'Europe, c'est la voix de la Providence qui rappelle les Bourbons, ils âptoarbissent au milieu de nous avec les douces et ma<manincs vertus de leurs ancêtj
il }2 CRAINTES ET ESPÉRANCES
( Lfe maturité que donnent L'expérience et le malheur, avec je ne sais quoi de plus auguste que les grandes infortunes donnent aux grandes maisons. Qui de nous alors ne contempla dans les sentimens d'une tendre et profonde vénération la fille héroïque des Césars que le ciel rendoit miraculeusement à notre amour, que la grandeur ne sauroit éblouir, que le malheur a^it trouvée si magnanime? et qui de nous ne s'éeria dans un doux transport: Oh! vraiment ceci \ient de Dieu? De nouvelles secousses les éloignent, i\u nouveau miracle les rappelle. La révolte et l'impiété frémiront autour du trône, et le trône s'affermira; des complots seront tramés, ils échoueront. Au milieu d\\. tumulte et du choc des opinions, les esprits seront incertains , et le vaisseau de l'Etat j'iottera sur des abîmes; le ciel le samera du naufrage. Cependant \oiei qu'un scélérat obscur médite dans l'ombre le plus noir des forfaits, il le consomme; mais voyez comme le ciel se joue, quand il lui plaît, des projets des médians. Une main parricide aypit voulu tarir dans sa source le sang de Henri IV; il n'étoit plus temps : une goutte
DE LA RELIGION, 2Cj.)
avoit échappé au fer homicide ; il croyoit laisser une veuve sans consolation et sans espoir, et déjà elle portoit dans son sem la fortune de la France. Tout à coup une jeune princesse, foiblc et limide en appa ronce, devient une héroïne de courage ; rieii ne la trouble, rien ne la déconcerte; elle sent opi'elle est dépositaire des espérances de la patrie, elle se montre digne de ses hautes destinées. Le ciel avoit mis dans les cœurs français je ne sais quelle espèce de cerl i tude qu'il naîtroit un prince qui seroit sauveur de son pays. 11 est né l'enfant de la France , donné de Dieu à ses gémissement et à ses prières. Dans le fils comme dans la mère, dans sa conservation comme dans sa naissance, tout est prodige ; et quelles ne seront pas les destinées de cet enfant miraculeux! 11 sera le roi de son siècle; il s< :.i un héros, le fils de cette jeune héroïne : comme le Béarnais, il a goûté en naissan! les symboles de la santé et de la force j il sera digne du père de sa race, celui dont la mère a surpassé Jeanne d'Albret en cou rage; il sera le père de ses sujets par la bonté: surtout il en sera le roi par la justice: sou-
2i)i CRAINTES, ET ESPÉRANCES
mis lui-même aux lois, il abattra tout ce qui voudroit s élever au-dessus d'elles ; ce n'est pas en vain qu'il portera le glaive. Il se p< ut <|ii il ail à es6uyer bien des traverses, mais, il est fils dune mère dont le malheur elles contradictions n'ont fait qu'élever l'aine et enflammer le couragej il descend de saint Louis et de Henri 1\ ; il sauroit , comme le premier, défendre son trône contre les rebelles, ou le conquérir comme le second. L'impiété se taira devant lui, non qu'il interroge les consciences qui n'appartiennent qu'à Dieu; mais il interrogera les œuvres q, i appartiennent à la loi; il fera respecter ce que doit respecter tout honnête homme; il sentira que poiir régner lui-même il doit, autant qu'il est en lui, faire régner celui par qui régnent les rois. Je ne suis pas destine à voir les prospérités et la gloire de son règne, je n'en verrai pas même l'aurore; mais je puis du moins le saluer de loin ce nouveau saint Louis; je puis me réjouir à sa naissance, qui est comme le gage de la réconciliation du ciel avec la terre, de son alliance nouvelle avec le peuple fiançais et la race de nos rois; ceux que l'impie et le factieux
DE LA RELTGION. 2;;.)
vouloicnt rejeter seront encore la pierre angulaire de Fédifice. Dans les siècles à venir, ils continueront de régner, ces Bonrl >ons , les pères de la France , pour faire régner la religion avec eux; Dieu le veut, et, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous : Si Deus pro nobis, guis contra nos ?
Je n'ai point dissimulé ce que les ravages de l'impiété, ce que l'esprit du siècle avoient d'alarmant ; mais il faut voir les choses avec impartialité, sans aucune exagération, eî. bien comprendre ce que le ciel, d'un autre cùté, a mis dans un grand nombre d'ames de dispositions rassurantes. Sans doute si les classes élevées de la société, d'où 1 irréligion étoit descendue aux plus obscures, n'a voient été éclairées, corrigées par le malheur; si tout ce qu'il y a d'hommes remarquables par le talent, loin de le consacrer à la défense des bonnes doctrines, en abusaient pour les combattre; si, clans les provinces comme dans la capitale, les peuples, semblables à des frénétiques en délire, repoussoient universellement la main qui voudroit les guérir, alors les plaies de la France ser oient désespérées, comme parlent les livres
2C)6 CRAINT! S ET l'M'l':H.\ M I .s
saints j et l'on pcmrroil regarder comme incurable le mal qui la travaille depuis un siècle; mais il n'en est pas ainsi.
Sans demie tout ce qui est placé au premier rang dans la société par la naissance ou les dignités n'est pas sincèrement chrétien; mais on y compte aujourd'hui, plus qu'autrefois, fies hommes et des femmes d'une émincnle vertu; on y sent davantage le besoin de la religion ; on y honore ce qu'on avoit le malheur de mépriser, et le respect extérieur y a du moins remplacé la dérision et le blasphème.
Sans doute, dans le monde savant et littéraire, on n'abuse que trop de la science et de l'esprit, et on n'y compte que trop de plumes licencieuses et impies; mais on est aussi forcé de reconnoître que ce qu'il y a encore parmi nous d'écrivains plus éloquens, plus distingués par la force du talent, par l'élévation des vues et des sentimens, révère et défend la religion.
Sans doute entsn , dans toutes les classes de la société, les campagnes comme les cités présentent des indhTércns, des ennemis de la religion, des impies déclarés, et
quelquefois même très - furieux 5 mais en même temps les peuples sont en générai fatigués d'impiété et de licence. Oui, la lassitude des troul>|es anarchiques, le dégoût de ces maximes trompeuses qui promet toient le bonheur, et n'ont donné que des calamités, un amour profond, immense de ivpos, voilà ce qui se fait universellement sentir: précieuses dispositions pour goûter ces doctrines morales et religieuses qui sont le vrai soutien de l'ordre et de la tranquillité publique. Aussi qu'a-t-on vu depuis quelques années ? d'un bout de la France ù l'autre, on a vu des cités et des province s'éveiller au bruit de la trompette évàngé lique, se montrer non pas ennemies, mais affamées de la parole sainte, combler de bénédictions ceux qui la leur annonçoient* et. sur tant de villes de toute grandeur qui ont été évangélisées, on n'en connoît qu'une seule d'où les frénétiques clameurs d'une poignée de factieux aient forcé les ouvriers évangéliques de s éloigner. Partout les modestes instituteurs connus sous le nom de Frères de la doctrine chrétienne ont été au pelés, désirés, reçus avec enthousiasme pour
l'éducation dos enfans du peuple; partout on a favorisé la propagation de ces sociétés anciennes et nouvelles de filles die chai ité qui se dévouent à l'instruction des enfans de leur sexe; partout se sont formées de saintes associations pour le soulagement des pauvres, des prisonniers, des orphelins délaissés; partout la charité des fidèles a contribué à élever des écoles préparatoires pour le sacerdoce; parfont des aumônes abondantes ont adouci les maux causés par l'intempérie des saisons ou par d'autres fléaux. Or dans tout cela faut il voir les symptômes inquiétans d'une religion qui s'éteint, ou plutôt ne faut-il pas y \oir les marques consolantes d une foi qui se ranime? 11 est donc un esprit de vie qui circule encore dans les veines de la France; elle y brûle encore, cette flamme divine de la charité qui est le caractère distinclif du ehiistianisme. Si elle prend de nouveaux accroissemens, elle fera de la France une terre de bénédiction. J'ignore par quelles voies la Providence achèvera son ouvrage; qui auroit prévu, il y a six mois, que nous en serions au point où nous sommes placés? mais les miracles
appellent des miracles. La main qui a imprimé à la société ce mouvement vers le bien le maintiendra malgré tous les obstacles; je ne dirai pas quels instrumens elle emploiera pour Faccom plissement de ses desseins; je dis seulement qu'elle s'est assez expliquée en faveur de la religion, pour que nous devions en espérer le triomphe. Je compte pour rien les projets, les menaces, les conjectures de ses ennemis; ils ont été confondus, ils le seront encore: souvent la foi donne sur l'avenir des lumières que n'a pas la sagesse bumaine. Je puis en citer des exemples. Lorsque Pic VI-, ce pontife d'immortelle mémoire, fut arraché de ses Etats, et traîné en captivité jusqu'au sein de la France où il devoit finir sa vie, l'impiété tressaillit de joie; elle félicita hautement le genre humain de ce que le sceptre de la superstition étoit brisé pour toujours; eh bien! le catholique le plus ignorant en savoit ici plus que les prétendus sages, et se moquoit de leurs vaines prédictions. Dieu appelle du fond du iNord des guerriers qui" délivrent l'Italie, et c'est au milieu d'un calme profond qu'on donne à
5oo CBAINTES et espérances, etc.
Pie A I un successeur. Par un complot médité, ce semble, avec plus de profondeur et de prévoyance, devient-il à son tour le captif d'un impitoyable conquérant? mêmes cris de joie dans le camp des impies, mêmes espérances de la part des fidèles. Dieu tire des trésors de sa sagesse des moyens impré- \us; et, après cinq ans d'exil et de souffrances, Pie VII est rendu à la capitale du monde chrétien. Naguère nos ennemis prophélisoient contre le trône et l'autel; nous leur disions que la France ne vouloit pas plus renier son Dieu que ses rois, que nous verrions des miracles, et nous en avons vu, et nous en verrons encore. Oui, par la naissance d'un prince si désiré et. si nécessaire , la Pvo\ idence s'est expliquée : la France entre dans une nouvelle carrière de gloire et de prospérité; elle y marchera sous la double bannière de la croix et des lis, et, tant qu'elle méritera d'être appelée le royaume très -chrétien, elle ne cessera pas d'être une des plus florissantes monarchies de l'univers.
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