ET L'APPUI RÉCIPROQUES
Deux erreurs capitales se sont répandues de nos jours, dont la moins redoutable suffirait seule, si elle pouvoit prévaloir, pour bouleverser le monde social tout entier. Les uns ne voient dans la religion qu'une chimère, qu'une superstition, source intarissable de calamités ; les autres y voient un auxiliaire, utile peut-être, mais surtout dangereux, que l'on doit contrarier, fatiguer par la plus inquiète surveillance; ceuxlà voudraient rompre tout pacte avec 1 ciel, pour mieux assurer, suivant eux, le repos de la terre; ceux-ci, sans briser tous les liens qui unissent l'homme à la Divinité, ne sont occupés que de les aflbibhr; les premiers voudraient bannir Dieu de la pensée, les seconds le bannir des lois et des institiv
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tions; d'un côté, c'est un athéisme de conduite cl d<: principes qui tue la société, de l'autre un athéisme politique qui en amène la dissolution; d'un côté, ce sont des aveugles qui blasphèment contre la lumière, de l'autre des imprudens qui ne craignent rien tant que d'en recevoir les salutaires influences.
Heureusement il est dans l'homme un instinct divin qui repousse le néant de ces doctrines mensongères ; heureusement il est encore au milieu de nous de généreux et puissans défenseurs des vérités sacrées , comme il est des ames vertueuses qui par leur conduite font sentir l'utilité, la beauté de la religion; et plût au ciel qu'il ne se trouvât pas d'êtres pervers qui, par l'excès même de leurs crimes, en prouvassent la nécessité ! C'est surtout à nous, ministres de la religion, dépositaires des saines doctrines, qu'il appartient de les défendre contre leurs ennemis, sans nous laisser éblouir par leurs sophismes , ni intimider par leurs clameurs; c'est à nous à prévenir la jeunesse contre des paradoxes dont l'expérience viendroit tôt ou tard les désabuser, et à leur faire bien
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comprendre que bâtir l'édifice social sans Dieu, c'est le bâtir sur le néant, ou que, le bâtir sans une religion hautement honorée, c'est bâtir sur une base fausse et ruineuse.
Ce sera donc obéir tout à la fois à la voix de la religion et à celle de la patrie, que de faire voir ce qu'elles se doivent mutuellement, et combien de leur alliance dépend le bonheur de tous. Je dirai d'abord ce que fait la religion pour la société, je dirai ensuite ce que la société a toujours fait et ce quelle doit faire encore pour la religion.
On ne peut concevoir de société civile sans une autorité suprême qui veille à la sûreté commune, sans des lois qui règlent ce qui concerne les biens et les personnes, sans des obligations imposées aux divers membres du corps social ; or la religion a l'inappréciable avantage d'affermir pour le bien de tous, et l'autorité, et les lois, et les obligations. Elle affermit l'autorité en lui donnant une origine sacrée, les lois en les présentant comme des règles de conscience, les obligations, parce qu'elle leur prête dans le serment une garantie toute divine.
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En prèmierKeu, la religion affermit l'autorité en lui donnant une origine sacré .
Ici nous devons reprendre les choses de plus haut. Une maxime dielée par la saine raison et consacrée par la religion , c'est que Dieu est l'auteur du monde moral comme du monde matériel, qu'il a donné des lois à la nature intelligente comme à la nature corporelle, qu'il préside aux destinées des peupies comme aux ràouveméns des astres; il n'est qu'un seul créateur, qu'un seul législateur, qu'un seul souverain de l'univers, source unique de la vie, intelligence incréée, puissance sans bornes. C'est de lui qu'émane toute vie, toute intelligence, toute puissance dans les créatures; c'est lui qui communique 1 autorité aux pères sur leurs familles, aux maîtres sur leurs serviteurs, aux magistrats sur la cité, aux gouvernemens sur le peuple confié à leurs soins. En destinant l'homme à la société , il l'a fait naître avec des facultés, des besoins et des penchans qui se rapportent à la vie sociale. ]Non, la Providence n'a pas abandonné aux recherches, à l'invention des hommes les premiers liens de la sociabilité: elle les a fait dériver de la nature
même des choses qu'elle a établies ; l'ordre seul dans lequel elle veut que l'espèce humaine se perpétue, se développe, se perfectionne, s'instruise, a mis les uns dans un état de supériorité et les autres dans un état de dépendance inévitable. Les rapports mutuels des pères et des enfans ne sont point arbitraires; si le père a des devoirs à remplir, il a aussi des droits à exercer. Chez tous les peuples, l'autorité paternelle a eu quelque chose de sacré, et la piété fdiale quelque chose d'inviolable. Auteur de la famille , le père a par là même autorité sur elle; même un sentiment de vénération fait remonter et attache tous les descendans à celui qui en est l'auteur; ce lien ne peut être rompu que par la mort; l'enfant honore non-seulement son père, mais son aïeul et son bisaïeul, et, après vingt générations, celui qui en a été la tige auroit des droits à leur respect et à leur amour, s il vivoit encore.
11 est donc facile de concevoir comment les choses se sont passées à l'origine du génie humain, et ce qui a préparé les voies au régime social. Ouvrage immédiat de la main toute-puissante de Dieu , les premiers boni-
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mes donnèrent naissance à <!*• premiers enfuis; ceux-ci devinrent pères à leur tour, et c'est ainsi que se forma une suite de générations sorties lés unes des autres. Chaque père de famille avoit autorité sur ses propres enfans, niais le premier père dominoil. sur tous les autres et sur leurs familles; cette suprématie paternelle étoit une espèce de royauté: on peut dire en un sens que celleci naquit avec le genre humain, et que ]<• premier père fut le premier roi.
Mais qu'arriva-t-il dans ces temps primitifs où toutes les traditions, en cela d'accord avec les livres saints, supposent la longue durée de la \ie humaine? à mesure que les familles se multiplioicnt, les liens de la subordination à l'égard du premier chef se relàchoient; quoique issues de la même tige, les branches diverses devenoient plus étrangères les unes aux autres; la première innocence de mœurs s altéra ; l'orgueil, la cupidité, la jalousie, commencèrent à semer le trouble et la division* on sentit le besoin d'une autorité commune, mais plus forte. Alors, sur tous les peints de la terre habitée, parmi les pères de famille, il s'en rencontra
qui, par leur Age, leur expérience, leur force, ce talent de commander que la nature donne, fixèrent les regards et l'estime de leurs semblables, prirent sur eux de l'ascendant et en furent obéis. L'habitude consacra leur pouvoir, et la société civile commença. Les Etats naissans, trouvant leur modèle dans la famille, furent plutôt de petits royaumes que des républiques, ainsi que l'attestent les plus antiques traditions.
Nous ne dirons pas néanmoins que la royauté est une institution divine; non, aucune forme de gouvernement 11 a été expressément révélée. L'Evangile n'en consacre aucune comme nécessaire ; il fait dériver de Dieu la puissance , et non la manière extérieure dont elle s'exerce. Celle-ci a pu varier suivant les besoins, les circonstances, le génie des peuples , présenter des monarchies ou bien des républiques plus ou moins tempérées, placer le pouvoir suprême dans les mains d'un seul ou de plusieurs, d'un roi, d'un sénat, ou des deux réunis ensemble; mais partout la source et la nature du pouvoir ont été les mêmes. Sans examiner comment il s'est établi, jusqu'à quel point y a
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concouru tàcltemenl la multitude, toujours <st-i! vrai que l'ordre social entroit dans lis vues de la Providence; qu'elle a voulu , pour Ja conservation de la société, qu'il y eût dans son sein des dépositaires du pouvoir ; que ce pouvoir suprême a ses attributs comme le pouvoir paternel a les siens. Ainsi l'autorité est une des règles générales de la Providence pour 1 harmonie sociale, comme la gravitation est une de ses règles générales pour l'harmonie du monde planétaire. Oui, dans la famille, Dieu a voulu l'ordre, et il a revêtu les pères d'une autorité sacrée ; dans la société, Dieu a voulu Tordre, et il a revêtu le magistrat de l'autorité qui lui donne des droits à l'obéissance: et, t-i l'on peut dire que les formes de l'autorité publique viennent des hommes, on est forcé de reconnoître que le fond de l'autorité vient de Dieu; doctrine qui ne s'applique pas seulement au pouvoir royal dans les monarchies , mais à tout pouvoir suprême sous toutes les formes légitimes de gouvernement. Venons aux conséquences.
Si l'autorité vient de Dieu, dès-lors elle a aux yeux des peuples un caractère au-
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guste et sacré qui lui donne plus d'ascendant sur les esprits, assure mieux le respect et l'obéissance, prévient davantage les dissensions et les révoltes qui trop souvent préparent les voies à la servitude par lanarchie. Si l'autorité vient de Dieu, voyez comme l'obéissance s'ennoblit; en s'arrêtant à l'homme qui commande, et qui peut-être est souvent indigne par lui-même de mes hommages, mon obéissance seroit aussi vile que pénible ; ce seroit celle de l'esclave abruti qui tremble devant son maître , et voilà pourtant celle de ces novateurs qui ne voient dans le pouvoir qu'une chose humaine. La religion porte plus haut mes regards : au-dessus de l'homme, elle me montre le Roi des rois, celui qui préside aux destinées des princes comme des peuples; c est à lui que se rapporte ma soumission ; c'est devant sa majesté que je m'abaisse, en pliant devant linstmment visible de sa justice ou de sa miséricerdé. Par là, mon obéissance, en même temps qu'elle est plus douce, a quelque chose de plus éle\ é; elle semble participer à la grandeur de celui que révère ma pensée. Que les sophistes modernes ne voient que l'homme
3lO SUB.it/c7NIGTS ET I ." \! : l l II iVll-ltoui ES
dans celui qui commande, due leur politique se borne à la terre, que dès-lors leur obéis- Sauce soit rampante comme leur doctrine; pour nous, faisons descendre notre 'politique du ciel, cherchons dans Dieu, législateur suprême, la raison première des droits et des devoirs; et c'est alors que notre raison, loin de se sentir humiliée, pourra se glorifier de son obéissance.
Semblable à ces volcans qui recèlent des flammes dévorantes , et qui éclatent de temps en temps par des éruptions terribles, elle a reparu, après avoir été comme assoupie, cette doctrine qui recèle les tempêtes politiques, la doctrine de la souveraineté du peuple; théorie aussi absurde que séditieuse, qui ne flatte la multitude que pour l'égarer, et ne lui vante ses droits que pour lui faire violer tous ses devoirs. Pour peu qu'on veuille approfondir les choses, on trouve que les mots peuple et souverain ne s'aillent pas vins ensemble que les mots lumière et ténèbres; on ne s'entend pas soiniè;>;e, ou bien d'un côté il faut dire que les mots souveraineté , pouvoir suprême , droit de commander, sont synonymes, et de
l'autre il fa vit dire qu'un peuple est une réunion d'hommes sous un gouvernement commun. Une multitude ne cesse de l'être pour devenir peuple que parla soumission de ses membres à une autorité publique; une nation n'existe pas plus sans gouvernement qu'un corps humain n'existe sans tète. Maintenant, dans quelque moment de son existence que vous preniez un peuple, comment Irouverez-vous qu'il possède l'autorité suprême, qu'il a le droit de commander, en un met, qu il est souverain ? Youlezvous, par la pensée, dissoudre tous les liens qui unissent les membres de ce corps social, et replacer les familles avant l'époque de leur réunion en société? alors vous aurez une multitude de familles éparses qui ne seront liées que par ces sentimens d humanité inspirés par la nature, et qui éprouveront peut-être le besoin de se rapprocher et de former une société sous une autorité commune. Cette multitude, ainsi considérée, est bien indépendante, mais elle n'est pas souveraine: et à qui cette multitude at-elie le droit de commander? à personne. Qui est tenu de lui obéir? personne. C'est
5 12 sur l'union etl? appui réciproques une erreur grossière que de confondre l'indepëndance avee le pouvoir. Le sauvage qui
vit dans lis Lois est indépendant, il n'est pas souverain, ou bien il n'est le souverain que des bétes fauves dont il partage la demeure. Voulez-vous vous figurer cette multitude de familles indépendantes se rapprochant, désirant se réunir, écoutant des proposilions qui lui sont faites et délibérant sur un pacte social? je ne sais si l'histoire présenta jamais rien de semblable, et je crois que cela n'a existé que dans l'imagination des romanciers politiques. Mais je l'admets pour un moment : je vois bien que cette multitude est maîtresse d'adopter une forme de gouvernement plutôt qu'une autre, de refuser ou de donner son assentiment à celle qui est proposée ; mais elle n'a ni le droit de la dicter à celui qui n'en voudroit pas, ni le droit d imposer à qui que ce soit l'obligation de la gouverner : elle est libre, si l'on veut, mais, par là même qu'elle n'a aucune autorité à exercer, je cherche en vain en quoi elle est souveraine.
Dira-t-on qu'après avoir adopté, du moins tacitement, un régime politique, elle est
souveraine ,
DE LA RELIGION ET DE LA SOCIÉTÉ. OU souveraine , en ce sens qu'elle puisse le changer à son gré? mais ce droit, qui l'exercera? est-ce le peuple tout entier? cela est impossible. Excluerez-vous ici le sexe, Fadolesccnce, la jeunesse? voilà donc plus de la moitié de la population dépouillée de toute participation à la souveraineté ; voila la majorité soumise à la minorité; ce qui, au lieu du peuple souverain, constitue une aristocratie véritable. Et d'ailleurs ne voiton pas que la presque totalité d'une nation quelconque est trop ignorante pour émettre raisonnablement une opinion politique? et qu'est-ce donc qu'un droit dont l'exercice est déraisonnable et impossible?
Qu'il existe des voies légales, régulières;, pour opérer des réformes politiques, je le conçois; mais qu'on cherche dans l'insurrection le remède aux maux de l'Etat, quel délire! qui pourra la commencer légitimement? est-ce une province? pourquoi pas une cité? pourquoi pas un village? pourquoi pas une famille, un individu? et ne voyez -vous pas que c'est mettre dans le corps social un principe de destruction? Certes c'est bien moins pour l'intérêt de TV. i4
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ceux qui gouvernent que jour i ir,ni. t de ceux qui sont gouvernés, qu'il iaul combattre ces dé.-astnuse.s maximes. Il itni ortc que la société, qui n'est laite que pour servir de barrière aux passions, ne soit pas livrée à la merci de ces mêmes passions; que la société, qui n'existe que pour être le remède de l'anarchie, ne soit pas exposée à retomber dans l'anarchie. Appeler la révolte pour corriger les abus, c'est appeler l'incendie pour réparer la maison endommagée.
Je ne connois pas de doctrine plus ennemie des peuples que celle de la souveraineté du peuple. Ali! dans ces siècles que nous appelons barbares, une opinion fausse et dangereuse plaçoit dans les mains du pontife romain le droit de déposer quelquefois les souverains; et nous, avec toutes nos lumières, où l'avons-nous placé, ce droit terrible? dans les mains du plus ignorant, du plus féroce, du plus capricieux de tous les tyrans, dans les mains de la multitude; et par là s'est ouvert, au sein du monde civilisé, un abîme dans lequel on a vu et l'on pourroit voir encore s'engloutir les peuples et les rois.
DE LA RELIGION ET DE LA SOCIÉTÉ. 01 0 lin second lion, la religion affermit les lois, en les présentant comme des règles do conscience. Chez tons les peuples, il est des lois fondamentales qui constituent l'Etat, et déterminent la forme du gouvernement, fixent et distribuent les pouvoirs; on les appelle constitutives ou bien encore politiques: mais, outre ces lois, il en est qui règlent ce qui concerne les familles et les individus, les biens et les personnes; on les appelle ci\iles. 11 faut que les premières surtout aient un caractère particulier de stabilité, parce qu'étant la base de l'édifice social, elles ne peuvent être ébranlées sans qu'il menace de tombor en ruine; il faut que les secondes dirigent les particuliers dans leurs conventions, même les magistrats dans leurs jugemens : c'est par les unes et les autres que l'Etat prospère, que la justice préside au sort des familles, que l'arbitraire et la tyrannie sont bannis. En vain les lois seroient rédigées, recueillies, écrites dans un code public et reconnu, si elles étoient méprisées, si la fraude les élude, si le pouvoir les viole, si le magistrat les plie au gré de ses passions. 11 importe donc
3l6sUH l/l MON Mïl'aI'I l I I l'( H'ROQl l'S
(\\i\ I! s ne soient pas seulement des Éègles de convenance auxquelles il est bon de se soumettre, et qu'elles soient révérées comme dès1 Règles de conscience qui lient devant Dieu, ainsi que devant les hommes. Dépouillées de ce caractère sacré, elles perdent la plus grande partie de leur empire: voilà ce qui a été senti par tous les peuples. On sait qu'autrefois les Lycurgue, les Numa, pour rendre leurs lois plus in\iolables, les présentèrent comme autorisées par cette divine puissance à laquelle tout est soumis, le magistrat comme le peuple. D'ailleurs qu'arrive-t-il sur la terre? souvent l'observateur fidèle des lois reste sans récompense, peutêtre même est -il la victime de sa fidélité; souvent aussi celui qui en est le violateur audacieux n'est pas puni, peut-être même recueiile-t-il des avantages de sa désobéissance. Que fait ici la religion? elle remet tout dans l'ordre : elle soutient, console le premier par l'espoir de la récompense future; elle menace, intimide le second par la crainte du châtiment à venir : sanction divine qui donne aux lois une force immense. Et quelle inconséquence dans nos sophistes de prêcher le rè-
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gne des lois, et d'en détruire le plus ferme appui par leurs doctrines d'impiété!
En troisième lieu, la religion affermit les obligations réciproques, en leur prêtant dans le serment une garantie toute divine. Une chose qu'on ne remarque pas assez, c'est que, dans les conditions diverses qui partagent la société, les hommes se lient à leurs obligations respectives par le serment, et que le serment tire toute sa force de la religion. Oui, le prince à son avènement au trône, les dépositaires des pouvoirs subordonnés avant de les exercer, le pontife avant de monter sur son siège, le guerrier avant de prendre en main le commandement des armées, le magistrat avant de s'asseoir sur son tribunal, l'administrateur à qui l'on confie le sort des familles et la fortune de l'Etat, tous s'engagent, sous la foi du serment, à l'accomplissement de leurs devoirs, et à peine, parmi les hommes privés, en est-il un seul qui, dans le cours de sa vie, ne soit tenu à quelque serment. El qu'est-ce donc que jurer? c'est prendre Dieu lui-même à témoin de sa sincérité dans les faits qu'on énonce, ou dans les promesses
3l8 SUR l/cJNrON ET }/APrUT RÎ.CITÏWQVTS que l'on fait; c'est donner pour garant de sa véracité Ja vérité même de Dfeii; c'est appeler sur soi les rigueurs de sa justice, si l'on ment devant les hommes, ou si l'on viole la foi jurée. Fut-il jamais une garantie plus imposante et plus redoutable? Mais, on le voit bien , pour qui Dieu n'est rien , le serment n'est rpi'une Vaine formule; l'impie qui le prêle ou qui l'exige se moque des hommes et de Dieu. Quel spectacle pour le ciel qu'une nation de parjures! Un peuple qui se feroit un jeu du serment, en même temps qu'il appelleroit sur sa tête les foudres vengeurs, auroit brisé le plus ferme soutien des engagemens réciproques, et seroit tombév au dernier degré possible de la dépravation.
Il est donc vrai que la religion, en faisant tout dériver de Dieu, en attachant à son trône le premier anneau de la chaîne des droits et des devoirs, affermit l'autorité, les lois , les obligations, et rend ainsi à la société d'inappréciables services. Piendons ici hommage à nos livres saints, admirons comment, dans quelques paroles lumineuses, ils nous ont révélé ce que notre esprit ne peut dé-
DE LA RELIGION ET DE LA SOCIÉTÉ. 01 9 couvrir que j>ar de grands efforts et de longs raisonnemens. Ecoulez l'apôtre des nations parlant au peuple -roi qui a donné des lois au monde. Saint Paul éVrivoit aux Romains: « Qvie tous soient soumis aux puissances )) supérieures; car il n'y a point de puis- » sance qui ne vienne de Dieu, et c'est lui y> qui a établi toutes celles qui sont sur la
» terre 11 est donc nécessaire de vous y
» soumettre, non-seulement par la crainte » du châtiment, mais aussi par devoir de )) conscience. Rendez donc à chacun ce qui » lui est dû, le tribut à qui 'sous devez le tri- )) but, la crainte à qui vous devez la crainte, )) l'honneur à qui vous devez l'honneur. »
C'est assez sur ce que la religion fait pour la société; voyons ce que la société a toujours fait et doit faire encore pour la religion.
En recherchant ce que la société a toujours fait et doit faire pour la religion, je considère la société bien moins dans cette immense multitude d'hommes qui, par défaut d'éducation, de lumières, de capacité? sont faits pour être conduits, que dans ceux" là m cm es qui sont appelés à les conduire ;