‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 4)Chapitre 29 sur 39 · O SUR L'UNION ETL,'APPUI RÉCIPROQUES · texte numérisé non relu

O SUR L'UNION ETL,'APPUI RÉCIPROQUES

<|nc dans les divers dépositaires de l'autorité, quel que soit leur rang dans l'ordre soeial ; que dans les gouverncmens en un mol , quelles que soient leur forme et leur dénomination. Qui oseroit iei dédaigner ce qu'ont pensé, pratiqué tous les magistrats, tous les sages, tous les grands hommes, tous les chefs des nations, se mettroit par cela même en révolte contre le genre humain , et se constituent t dans un état de folie.

Or, je vous le demande, où trouverez-vous un gouvernement qui n'ait professé une religion qu'on pouvoit appeler nationale, qui n'ait fait gloire de l'honorer, de la protéger, de la défendre, et dans sa doctrine, et dans son culte, et dans son sacerdoce? La superstition a bien pu, en cette matière, altérer les vérités sacrées ; mais, à travers les nuages de l'erreur, le rayon de lumière perçoit toujours, et du milieu du choc des opinions et de la diversité des cultes sortoit une pensée unique, celle de mettre avant tout le Dieu de l'univers et de lui rendre des hommages solennels.

Interrogez l'histoire sur ce qui est dû à la religion en général ; elle vous dira que les

DE LA RELIGION ET DE LA SOCIÉTÉ. J23 peuples les plus vantes de l'antiquité, ceuxlà mêmes chez qui les étrangers alloient étudier la sagesse, tels que les Egyptiens, les Grecs, les Romains, mettaient la religion à la tète de toutes leurs institutions et de leurs lois; que chez eux les magistrats et les guerriers, dans leurs entreprises et leurs résolutions, cherchoient à connoitre la volonté des cieux, tra\ ailloient à les apaiser ou à se les rendre propices, persuadés qu'ils dévoient révérer hautement dans la Divinité l'arbitre des destinées humaines; et, pour ce qui regarde l'Europe moderne, je me contente de faire observer que les souverains des Etats respectifs qu'elle renferme ont été et sont encore dans l'usa s; e de consacrer leurs traités les plus solennels par le nom du Dieu saint et véritable. Jusqu'ici les gouvernemens oui . compris qu'ils dévoient tout faire pour le maintien et fa gloire de la religion qui faisoit tout pour eux; qu'ils dévoient se i garder comme les lieutenans de la Providence pour faire fleurir son culte au milieu des peuples qu'elle leur confie; qu'auteur de la société civile aussi bien que de la so: : domestique, Dieu étoit jaloux <h recevoir de

5i'2 SUR lA)NION ET LAI rUL FïkCllMlOQUES

L'une etdé l'autre des hommages d'adoration et de dépendance ; que les Etats formant un corps dont tons les membres sont unis par des intérêts communs, et pouvant passer par des jours de prospérité et de malheur*, se trouvoient naturellement conduits à lui payer un tribut commun d'expiation ou de rcconnoissance.

Interprètes en cela de la nature, inspirés par elle , « Dracon , Lycurgue , Solon , en » formant les premières et les plus fîoris- )) santés républiques de la Grèce, donnèrent )) les principaux soins aux affaires de la rey> ligion ; llomulus suivit cette règle, lorsqu'il )) donna ses lois à son Etat naissant- Platon » et Aristote, quelque opposés qu'ils soieni )) d'ailleurs, sont d'accord en ce point, que y) la cité n'est excellente et heureuse qu'au- » tant qu'elle se propose le souverain bien , )) et ils ajoutent qu'elle ne peut jamais y » parvenir que par la religion (1). » Pour parler plus particulièrement du plus grand des peuples de l'antiquité, il est reconnu que le respect pour la Divinité, que Kuraa avoit

(i) Lamarre, Traité de la police, tome I.

imprimé dans l'ame des Romains, fut le principe le plus constant de leur prospérité et de leurs succès. Persuadés de la puissance et de la justice céleste, ils ne craignoient pas tant de désobéir aux lois que d'être infidèles à leurs sermens ; voilà ce qu'ont observé de très-célèbres écrivains, tels que Polybe chez les anciens, et Machiavel chez les modernes, et ce dernier, après avoir fait cette observation , ajoute ces paroles bien remarquables : Si l'attachement au culte divin est le garantie plus assuré de la grandeur d'un Etat , le mépris de la religion est la cause la plus certaine de sa décadence (1).

Interrogez encore l'histoire sur le cidte extérieur et public; elle vous dira que, chez tous les peuples civilisés, on a fait des profanations, des sacrilèges, des paroles de blasphème, de la dérision des choses saintes, un corps de délits à part, qui étoient trouvés plus dignes de la surveillance des magistrats et de l'exécration publique. On a senti que les choses consacrées au culte de la Divinité participoient en quelque manière à sa grandeur et à sa sainteté, et que les outrages faits

(i) Réflexions sur Titc-Livc, liv. ltr cKap, n

5j2 \ Mil l- l MON UT I, LPPUI RÉCJLPJIOQI i:.s à la religion rctomboient sur L'Etre souverain qui < n esl L'objet» Ailleurs, la polie, la savante Alhèues, avoit des lois contre L'impiété publique; plusieurs de ses plus illustres citoyens en éprouvèrent la rigueur, et Périodes lui-même, accusé sur cette matière, fut obligé de comparaître devant les tribunaux pour se dérendre. Le même esprit animoit les autres peuples : lorsque Erostrale , par amour dune vainc célébrité, brûla le temple d'Epbèse, une loi spéciale défendit de prononcer son nom, comme si le nom de cet impie eût eu pour son pays quelque chose de funeste. Les anciens ont remarqué que la mort, tragique de Denis le Tyran avoit été le juste châtiment de ses dérisions et de ses spoliations sacrilèges, et à la louange d'Alexandre, que, dans le sac de Thèbes , il avoit épargné les temples avec un respect religieux. On sait avec quelle véhémence l'orateur romain poursuivit les brigandages d'un fameux préteur de Sicile; mais on sait aussi qu'en l'accusant d'avoir pillé les temples et les autels il voit dans ces pillages un caractère particulièrement odieux d'audace et de perversité.

Interrogez enfin l'histoire touchant le sa eerdoce ; elle vous dira que ce qu'il y a eu de nations plus éclairées, plus sages, plus florissantes, ont vu dans les pontifes et les piètres de leur religion une classe d'hommes dignes par la sainteté de leurs fonctions d'une vénération particulière, et dans cette pensée ils n'ont rien négligé pour entourer leur personne d'honneurs et de prérogatives capables de leur attirer la considération et le respect des peuples. On peut s'en convaincre en lisant, dans les Mémoires de celle de nos académies qui est la plus versée dans les antiquités (1), ce qu'étoit le sacerdoce chez les Egyptiens, les Indiens, les Grecs, les Romains, les Gaulois. Ils* voient compris que, si l'on doit honorer les ministres des rois de la terre, on ne doit pas moins honorer les ministres du Roi des ci "iix; que, dans l'esprit de la multitude, la religion se confond bien souvent avec ses ministres, et que celle-là sera d'autant plus élevée dans leur pensée, que ceux-ci y occuperont une place plus émiuente. Rome païenne con-

(i) T.i nie XXI in-J"., page 108.

02(> si n l'union ET l'appui tuViprooit.* scrva dans tous les temps ces .senhiii-.ns d< vénération profonde. Chez elle la puissance

des tribuns avoit quelque eliose de bien redoutable, de bien indépendant et en quelque manière de sacre, n'importe; l'histoire nous apprend que le tribun Tremellnis fut condamné à une amende pour avoir manqué de respect au pontife Metellus. 11 scroit inutile de rappeler ee qu'a été le sacerdoce aux yeux des nations chrétiennes depuis Constantin jusqu'à nous.

Je viens d'invoquer le témoignage des peuples et des siècles en faveur de la prééminence qui est due à la religion, et tous ces frivoles esprits, vains de quelque succès de plume ou de tribune, plus aveugles au n ilieu des lumières de l'Evangile que ne l'étoient les païens au milieu des ténèbres de l'idolâtrie, qui ne cessent d'appeler le mépris sur la religion, son culte et ses ministres, on peut les écraser du poids de l'univers entier. Tout rend hommage à cette vérité, que la religion étant le premier des biens pour les peuples et les gouvernemens, elle doit être l'objet de leurs premiers soins.

INon, ce ne seroit point assez de l'appeler

DE LA RELIGION ET DE LA SOCIÉTÉ. 327 comme auxiliaire, de lui rendre en quelque sorte par grâce ce qu'elle a droit d'exiger comme souveraine, et d'en faire une des colonnes de l'édifice, tandis qu'elle doit en être le fondement. Faite pour régner, toute autre place que la première est au-dessous d'elle. Faudroit-il donc que celui qui est avant tout par sa nature ne fût pas avant tout dans nos hommages? que le Créateur vînt en second dans la pensée de la créature? Malheur aux gouvernemens qui dégraderaient la religion! ils se dégraderaient euxmêmes; ce qu'ils lui enlèveraient de respect, ils 1 enlèveraient à leur autorité; s'ils font descendre la religion au second rang, qu'ils tremblent eux-mêmes de tomber au dernier.

Et pourquoi les princes, les magistrats, les dépositaires du pouvoir, les gouvernerions en un mot, sont-ils établis? Est-ce pour suivre leurs fantaisies et leurs caprices, pour renverser l'ordre éternel des choses , pour laisser la société marcher au hasard et les peuples s'abandonner sans règle et sans frein à toutes les séductions du vice et du mensonge? non, sans doute; c'est pour les rendre bons et heureux, c'est pour faire régner

^8 sua l'union et l'appui réciproques les lois, les mœurs, la paix dans les familL s, la tranquillité dans L'Etat; et, si la religion

est lo plus ferme soutien de toutes choses, leur premier devoir est de la rendre respectable aux peuples, et de les sauver de cette impiété qui en est le fléau Je plus terrible. C'est ainsi (pi ils rempliront les Mies de la Providence, qu'ils se montreront, suivant ses desseins, les pères et les pasteurs des peuples. Les intérieurs élèvent naturellement leurs regards sur ceux qui occupent le premier rang de la hiérarchie politique ; c'est d'en haut qu'ils reçoivent l'impulsion pour le bien comme pour le mal. Que si les gouvernemens et leurs agens n'ont que de 1 indifférence pour la religion; s'ils voient du mémo œil les hommages qui 1 honorent et les blasphèmes qui l'outragent; si 1 impiété triomphe par ceux-là mêmes qui devroient la réprimer, alors les croyances des peuples ne peuvent que s'aiToiblir, et les ressorts des mœurs et des lois que se relâcher.

Je sais bien que la religion, encore qu'elle soit hautement honorée, aura toujours des .ennemis à combattre; mais eniin elle conservera plus de force et plus d'empire sur

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les esprits, et sera ainsi une barrière, sinon insurmontable, du moins plus puissante contre le torrent des vices débordés. Je sais que la religion ne mettra pas les peuples à l'abri de toute dissension et de toute discorde, <[ue même elle peut en devenir 1 instrument dans la main des médians ; mais, tant qu'elle restera vivante dans les cœurs , elle finira par être le remède des maux que les hommes auroient pu faire en son nom : l'arbre auroit été mutilé, mais la sève continueroit de circuler dans le tronc , et pourroit lui rendre sa première beauté. Pour la triste et dégradante philosophie de nos jours qui tend à séparer l'homme de Dieu, et la société de la religion , c'est un poison qui dévore, mais elle ne porte point son antidote avec elle; elle blesse et ne guérit pas 5 elle tue et ne ressuscite pas. La religion seule possède les trésors de la vie. Parcourez les annales de la France; dans tovis les âges, que de troubles! que de désordres! que de guerres intestines! Toutefois elle s'est avancée noblement à travers les écueils et les tempêtes; elle s'est élevée jusqu'au faîte de la puissance, de la gloire, de la ciùlisation;

55o SUR L'UNION ET L'APPUI P.lVlPttOQUT.'> dominant l'Europe, au point de lui donner sa propre tangue : c'est qu'elle poiioit dans son sein un principe de vie. La religion est forte d'elle-même et forte aussi de son alliance avec IFlat. Lorsqne des mains impies ont brise ce pacte sacré, la France a été ébranlée jusque dans ses fondemens, et ce n'est que lorsque des mains plus habiles ont commencé à le rétablir, que la France a commencé de sortir du milieu des ruines; tant il est \rai que la religion doit présider à tout, si l'on ne veut que tout dégénère, et que, si tout peut se conserver par elle, sans elle tout doit périr!

Je dirai encore au sujet du culte divin, des objets de la pieuse et profonde vénération des peuples, des temples, des autels, des vases et des vêtemens sacrés; je dirai que ce n'est point assez pour les gouvernemens de leur assurer ce respect que l'on porte aux choses de la vie civile, qu'ils doivent en inspirer de plus hautes idées, attacher au mépris, à l'irrévérence, au vol des choses saintes, une idée de sacrilège , de profanation , de crime de lèse- majesté divine : ici le silence des lois seroit une impiété. Quoi ! vous voulez

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que le peuple révère la religion , et vous ne faites rien de ee qu'il faut pour en rehausser à ses yeux le prix et la dignité! vous voulez la religion dans les familles, et vous mettez l'athéisme dans les lois! Si à vos yeux la mafison de Dieu n'est pas plus que la maison de l'homme; si dans les plus saintes cérémonies on ne voit qu'une parade ordinaire; si les vases du sanctuaire sont comme la coupe de nos tables, et les décorations de l'autel comme un simple ameublement, alors la loi semble abaisser la religion au niveau des choses communes, confondre la Divinité avec l'homme lui-même; et si, par cette indifférence, la piété s'affoiblit dans les cœurs, c'est un mal dont la loi devient ellemême complice; et quelle calamité pour une nation, lorsque le dérèglement se trouve dans ce qui devroit être la règle des mœurs publiques!

Je dirai enfin, au sujet du sacerdoce, que ce n'est pas assez de le tolérer, d y voir une profession utile; mais que les gouvernemens doivent chercher à le rendre vénérable aux yeux des peuples pour donner plus d'empire à ses enseignemens. Que s'il est abreuvé d'à-

07)2 SURLUNïONiETL APPUI lU.CIï'nOQl T.S Euerturae et de dégoûts, en proie aux horreurs de l'indigence, en butte à lu haine et au mépris, joué sur Je théâtre, insulté dans les libelles, entraxe dans les moyens les plus efhcaces de se perpétuer; si , d'après le texte ou l'esprit de la législation, on n'y* voit qu'un fardeau onéreux ou qu'une profession méprisable, alors tout est perdu. A culoir une société sans religion, ou une religion sans sacerdoce, ou un sacerdoce sans autorité, ce sont trois inconséquences également absurdes, aussi outrageantes pour la Drsinité que destructives de tout ordre public.

Que si quelqu'un étoit tenté de me prêter ici des vues d'intérêt ou d'ambition , de croire que je menlaisse égarer par des préjugés d'état et de profession, il connoîtroit mal le fond de mon cœur : la crainte de cette inculpation n'a pas dû retenir chez moi la vérité captive. 11 ne m'appartient pas de donner des leçons de politique, ni de tracer aux gouvernemens de l'Europe, d'une manière précise, les mesures qu'ils doivent prendre pour amener le triomphe du christianisme 3 mais, dans un temps où ,

Ton ose présenter la religion comme dangereuse j on du moins comme inutile, il est permis, il est commandé de rappeler ce que les gouvernemens et les peuples lui doivent de services et de bienfaits, et ce qu'elle a h droit d'exiger de ceux qui sont à la tète des alTaires publiques.

Reconnoissons donc, en finissant, que, si le devoir comme le besoin des gouvernemens est de donner de la stabilité aux institutions et aux lois, par là même leur premier devoir comme leur premier intérêt est d honorer et de faire honorer la religion qui en est le fondement. Oui, tout est précaire chez un peuple qui ne met pas la religion à la tête de tout. Sans elle l'esprit est sans règle, le cœur sans frein, le vice sans crainte, la vertu sans espérance, le malheur sans consolation, l'autorité sans appui, la fidélité sans garantie. Si quelqu'un, en avouant les maux qu'à faits la philosophie moderne, disoit que c'est à elle à les réparer, il diroit vine parole pleine d'orgueil et d'ignorance, La philosophie sans religion est une terre sans eau et sans chaleur; elle ne peut rien conduire à maturité. Les combinaisons de l'esprit humain

534 sur l'union et l'appui, etc.

sont impuissantes pour former et conserver Jes sociétés; il faut ici quelque chose de cet esprit créateur et conservateur qui a fait et qui gouverne l'univers. Les œuvres de la puissance humaine sont d'autant plus durables, qu'elles ont emprunté davantage à la puissance divine. La religion a une force infinie comme Dieu même; elle seule peut donner la vie à un peuple barbare qui la cherche, et la redonner au peuple ci\ilit>é qui l'a perdue; et c'est en particulier des divins enscignemens de la religion chrétienne que l'on doit dire qu'ils sont esprit et vie : Verba quœ ego loculus su m vobis splritus et cita sunt.

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