‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 4)Chapitre 4 sur 39 · IV · texte numérisé non relu

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54 MAXIMES l)i: c/eGIJSE CATHOLIQUE rnenï qu'elle seule possède la vraie foi, les vrais sacremens , le vrai ministère pastoral, cl qu'à ses yeux il n'y a d'excusable, parmi ceux qui sont hors de son sein, que celui qui se trompe de bonne fol.

Le protestant est bien obligé de reconfioftre que c'est un devoir pour tous d'aimer la vérité, de la chercher, de l'embrasser, de tout sacrifier pour elle; que, s'il est des erreurs innocentes, il est aussi des erreurs criminelles, et que les illusions de la légèreté, de l'insouciance, des passions, ne sont pas de la bonne loi.

Le catholique parle des protestans (mais seulement sons quelques rapports), comme les protestaos parlent eux-mêmes des infidèles.

Si nous disons : Hors de l'Eglise point de salut, le protestant ne dit-il pas : Hors de la foi en Jésus-Christ point de salut?

S'il nous demande ce que nous pensons du salut des hérétiques, nous lui demanderons à notre tour ce qu'il pense du salut des mahométans.

Dans le xixc. de ses xxxix articles , l'église anglicane n'exclut-elle pas du bonheur

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éternel ceux qui ne croient pas en Jésus- Christ? Ch< z elle, on fait aux grandes fêt< s la leclurc du symbole de saint Athauase qui porte sur la Trinité et l'Incarnation , et se terinine ainsi : a Telle est la foi catholique, » celui qui n'y croira pas ne pourra cire o sauvé. ))

Les considérations que le protestant peut présenter à ce sujet pour tout concilier avec h bonté diwne, nous les ferons valoir envers lui avec plus d'avantage encore pour concilier les maximes générales de la loi avec les condescendances de la charité.

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SUR

ItlEN de plus commun dans les écrits de l'incrédulité moderne que le mot tolérance; c'étoit là, dans le dernier siècle, comme le cri de ralliement des ennemis du christianisme. A ce nom si doux et si conciliant, tous les esprits, au dire des novateurs, alloient, ce semble, se rapprocher, toutes les haines s'apaiser, toutes les rivalités nationales s'éteindre; et, semblable au soleil qui fait jouir les deux hémisphères du bienfait de sa lumière, une nouvelle philosophie devoit faire le tour du globe, portant chez tous les peuples la paix et le bonheur avec la tolérance. Cependant plus on espéroit de voir sortir de cette source la félicité publique , et plus la religion chrétienne , qu'on accusoit à? intolérance , devenoit odieuse. Si on rappeloit à sa gloire que là où elle avoit pénétré, elle avoit aboli le culte souvent licencieux et cruel des fausses divinités, fait cesser l'immolation des victimes humaines,

SUR LA TOLÉRANCE, 5y

le divorce, la polygamie, le meurtre légal de l'enfance , les rigueurs excessives de 1 esclavage , ce droit atroce de guerre qui mettoit le vaincu tout entier à la disposition du vainqueur , tous ces bienfaits de la religion sembloient être comptés pour rien , parce qu'elle étoit, disoit-on, intolérante. Si l'on faisoit observer avec ses apologistes que l'époque de la civilisation des barbares a été celle de leur conversion au christianisme; que l'Evangile fut la source commune où les Francs, les Golhs , les Y andales , les Lombards, les Saxons, les Bourguignons, puisèrent ces premières instructions, qui, en se développant, ont policé, constitué les peuples modernes; que des prêtres et des évêques furent leurs premiers maîtres ; que dans les siècles de barbarie l'ordre ecclésiastique étoit dépositaire de ce qui restoit de lumières et de savoir; que c'est à lui qu'est due la conservation des langues et des monumens dont l'étude a créé le goût et le génie au mi lieu des nations de l'Europe : tout cela ne faisoit aucune impression sur des esprits prévenus, et l'on croyoit se sauver du reproche d'ingratitude envers le sacerdoce en criant

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. i m tolérance. Enfin, si les esprits sages cl écl tirés s'alaîtnoîent de cette multitude d ouvrages qui ènseignoieïit le mépris <!e la Bi-

\ i 1 1 i te , la haine de la religion et de l'autorité, et par là même pouvoient ébranler la société dans ses londoniens, on réclam oit la liberté de penser, la tolérance. Ainsi de nouvelles doctrines se répandoient de toutes parts, et les anciennes n'étoient pins que des préjugés; ainsi on insultoit au passé en se glorifiant du présent, et l'on s'élançoit avec joie vers l'avenir, lorsque l'expérience vint jeter une effrayante lumière sur les théories des novateurs. 11 a bien fallu comprendre enfin que la tolérance devoit a\oir ses bornes , que la liberté n'est pas la licence , que les mau\ aises doctrines entraînent les mauvaises actions, que la saine raison doit régler la langue comme la conduite , les écrits comme les oeuvres, et que le Créateur n'a pas plus donné «à l'homme le droit de tout dire que le droit de tout faire. Cette tolérance tant invoquée, on ne cesse de l'invoquer encore , pour n'y voir que le droit d'outrager ce qu'il y a de plus sacré, et de conspirer impunément contre le trône et l'autel.

SUR LA TOLÉRANCE. 5q

Toutefois il me semble que la jeunesse mûrie par l'expérience devroit avoir plus de celte sagesse qui n'est ordinairement que le fruit des années, qu'on pourroit espérer aujourd'hui de fixer plus aisément ses idées sur la tolérance et l'intolérance, et de rapprocher les esprits en faisant cesser les équivoques de langage. Dans ce dessein , nous allons examiner combien d'espèces de tolérance il faut distinguer, et ce qu'il faut penser de chacune d'elles : c'est tout le sujet de ce discours.

Pour éviter toute confusion dans le langage et les idées, nous allons distinguer trois sortes de tolérance, la tolérance civile, la tolérance chrétienne et la tolérance philosophique. Nous osons espérer qu'après que nous aurons développé nos pensées sur cette matière, bien des préjugés se trouveront entièrement dissipés.

îl est une tolérance que j'appelle civile; je ne vais en parler et la caractériser, en passant, que pour déclarer qu'elle est étrangère à nos discussions, et pour qu'on ne la confonde pas avec celle que j'aurai à combattre dans la suite de ce discours.

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La toli'iaiicc tnilc consiste à permettre le libre exercice <!<• tontes les religions, non parce qu'on les regarde toutes comme égales aux yeux de la Divinité, mais parce qu'on ne croit pas devoir gêner les partisans des divers cultes dans la manifestation publique de leur croyance particulière. Jusqu'où doit s'étendre cette tolérance? quelles sont les mesures de sagesse à prendre pour tout contenir dans les justes bornes, et pour empêcher que la liberté des cidtes ne dégénère en excès funestes? ce sont là des questions qui sont du ressort de la politique, des problèmes laits pour embarrasser les meilleurs esprits, et dont il seroit difficile, je pense r de donner une solution complète pour tous les temps et pour tous les lieux. Les habitudes, le génie des peuples, les conjonctures, peuvent amener dans la conduite des gouvernemens des mesures différentes, mais toutes également sages. Dans les pays où la religion catholique est seule en possession du culte public, on sent combien l'autorité peut se montrer jalouse de maintenir cette unité religieuse qui peut intéresser de si près la tranquillité publique. Dans les Etats, au

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Contraire, où l'on voit différons cultes déjà établis, professés publiquement par diverses portions de la société sous la surveillance commune du gouvernement, la politique' peut conseiller une tout autre conduite. S'il existe des sectes plus soumises, plus amies de la subordination , d'après les principes mêmes et la hiérarchie de leur système religieux, on a vu aussi quelquefois des sectes naturellement factieuses, prêchant je ne sais quel affranchissement évangélique, et je ne sais quelle égalité qui tendoit à tout bouleverser ; or qui ne voit pas que tout cela doit être pesé avec maturité? S il est des temps où il peut être sage de dire, comme ce fameux connétable, le héros de son siècle et la gloire de son nom , une loi s une foi , n'est-il pas aussi des circonstances on il est sage de dire, comme Fénélon au fils de Jacques 11 : « Accordez à tous la to- » lérance civile, non en approuvant tout y> comme indifférent, mais en soutirant avec » patience tout ce que Dieu souffre, et en » tâchant de ramener les hommes par une )) douce persuasion? )) Laissons ces discussions délicates à la sagesse des gouverne-

6a sur j.a. tolkh \:,cr.

mens qui régissent le monde; qu'il nous suffise on ce moment de savoir que, partout où le chrétien se trouve placé par la Providence, il doit sans doute rester ferme et pur dans sa religion, ne point participer aux superstitions dont il peut être entouré, et préférer la mort à l'apostasie; mais aussi qu'il doit toujours se faire un devoir de la soumission à la puissance dans les choses civiles, et respecter l'ordre politique qu'il trouve établi; maxime vraie aujourd'hui comme dans tous les temps. Tel est l'exemple que nous ont laissé les chrétiens des trois premiers siècles, nos pères et nos modèles dans la foi. Persécutés sous les empereurs romains, mais toujours soumis, lors même qu'ils étoient redoutables par leur nombre et qu'ils occupoient les postes les plus éminens dans le sénat et l'armée, on ne les vit jamais entrer dans les complots qui se train oient contre les maîtres de l'empire; leur obéissance aux lois humaines n'avoit d'autres bornes que celles qu'y mettoit une loi supérieure, la loi de Dieu; et, quand on vouloit les forcer jusque dans ce divin sanctuaire, ils ne savoient pas se révolter, mais

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ils savoient mourir. L'esprit qui les animoit respire tout entier dans ces paroles du chef d une légion chrétienne à Maximin : ce Sei- » gneur, nous sommes vos soldats, il est vrai, » mais nous sommes aussi les serviteurs du » vrai Dieu* vous nous avez honores de la )) milice, mais nous devons à Dieu le don )) inestimable de l'innocence ; nous recevons » de vous la solde comme une récompense )) due à nos travaux, mais nous tenons de )) Dieu la vie comme un don purement gra- )) tuit, que nous n'avons jamais pu mériter- » il ne nous est donc pas permis d'obéir à )) notre empereur, dès que notre Dieu nous » le défend, oui, notre Dieu et le vôtre, )) Seigneur* entre mourir innocens et vivre » coupables, il n'y a pas à balancer. » "Y oilà , Messieurs , comme un chrétien n'est ni un lâche , ni un perturbateur; indépendant dans sa foi, mais soumis aux lois dans l'ordre politique, il croiroit manquer à la religion, s'il manquoit à ses devoirs de citoven, et partout, comme sous tous lc^ gomernemens, il sait rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César: ceci nous conduit naturellement à la tolérance chrétienne.

En paraissant sur la terre, le christianisme fît hautement profession d'enseigner qu'il possédait seul ta \ éiité* il ne vit dans le judaïsme ({ne des figures qu'il venoit réaliser,

et dans Le paganisme que des superstitions qu'il venoit détruire. Ses disciples furent, animés d'un zèle ardent pour établir son empire, pour combattre, non par les armes, mais par la persuasion , les erreurs et les vices universellement répandus, et former en tous lieux au Dieu véritable un peuple d'adorateurs en esprit et en vérité. Ennemie inflexible de l'erreur, la religion chrétienne ne sauroit s'allier avec aucune autre; sous ce rapport, elle est exclusive, on peut l'appeler intolérante y mais son intolérance ne tombe que sur les mauvaises doctrines : en même temps, son caractère distinctif est l'amour de tous les hommes, même des ennemis; elle enseigne qu'en Jésus-Christ il n'est ni Juif, ni gentil, ni Grec, ni barbare, ni maître, ni esclave; qu'en lui tous les hommes sont frères, et que la charité a fait tomber le mur de division qui pouvoit les tenir séparés; sous ce rapport, la religion chrétienne est de toutes la plus indul-

gente, on peut l'appeler tolérante ; mais sa tolérance ne regarde que les personnes : tel est donc son double esprit. Chez elle, le zèle contre les erreurs et les vices s'allie avec l'amour de tous, et ce n'est qu'en confondant des choses qu'il faut savoir distinguer, qu'en présentant ici le christianisme sous un faux jour, qu'on peut réussir à le rendre odieux. Donnons à ces pensées quelque développement, et tachons de faire hi en comprendre ce que c'est que la tolérance chrétienne.

Fille du ciel, la religion chrétienne a dû produire, en se montrant aux hommes, les titres de sa céleste origine, avant d'exiger leur soumission et leurs hommages. Tout se réduit à savoir si elle est divine, et c'est sur les preuves de sa divinité, sur les faits extérieurs et publics qui lui servent de fondement, qu'elle provoque l'examen de la raison. Que si elle vient de Dieu, si Jésus-Christ, son auteur, a eu véritablement le droit de dire à la terre : Je suis la vérité, Ego sum Veritas , il faut bien , par une conséquence inévitable, que lEglise chrétienne soit jalouse de se conserver pure dans la doctrine qu'elle a reçue du ciel même ; que,

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