JDÔ SVR E EDI CATION
beau nom par Lequel i!s se font et font aux autres une déplorable illusion. Mais OÙ placerons-nous la source véritable de la i\ 'licite publique;? Est-ce dans une agriculture perfectionnée qui rend les fruits de la terre plus variés et plus abondans,et met davantage les peuples à couvert des ravages de la famine? est-ce dans un commerce florissant qui multiplie les richesses, et rend communes à une contrée les productions de toutes les autres? est-ce dans une population toujours croissante, et des années bien disciplinées qui rendent un peuplé redoutable à ses voisins? est-ce dans l'éclat des sciences et des arts, dans tout ce qui semble donner à une nation la prééminence de l'esprit et du talent? est-ce enfin dans ces ingénieuses combinaisons politiques qui balancent les intérêts et les passions, paroissent tenir un Etat comme suspendu entre la licence et la tyrannie, et font voir l'alliance si difficile de la liberté et de la tranquillité de tous? Certes ce sont là des choses précieuses, -faites pour exciter la sollicitude des gouvernemens, et qui en effet ont fixé l'attention des sages et des législateurs dans tous les
sir l'éducation. 33c)
siècles. Je le sais, Messieurs, quand on voit un peuple riche, éclairé, puissant, on est tenté de le croire, par cela seul, au comble de la prospérité , et l'on conçoit à peine comment il pourroit en déchoir. Je me rappelle à ce sujet ce que disoit autrefois le Prophète -Roi, en parlant des Philistins: <x Leurs enfans se multiplient et croissent » comme des plantes pleines de sève et de » ^gueur; leurs filles sont parées et ornées y> comme des temples; leurs celliers sont » remplis jusqu'à regorger les uns dans les )) autres; leurs troupeaux sont nombreux » et féconds; leurs murailles ne présentent » aucune brèche; on les croit, on les dit » heureux : » Beatum dixerunl populum cui hœc sunt. Ce langage que le monde tenoit, il y a trois mille ans, il le tient encore; mais ne nous laissons pas éblouir, et pénétrons le fond même des choses; il ne s'agit pas de chercher pour un peuple un éclat passager, mais un bien solide et durable. C'est peu de s'arrêter au dehors de l'édifice; il faut descendre jusqu'aux fondemens, pour en examiner la solidité.
Messieurs, ce qui, dans la famille, ga-
.) to .si B I- un ( \ ; ION.
rantit l'autorité paternelle, la pi<'lé liliale, l'union des époux, la fidélité des serviteurs, toutes les vertus domestiques; ce rjiii, dans la société civile, garantit la stabilité des institutions, le respect des lois, la soumission au magistrat; ce qui, dans les conditions diverses, garantit la probité, la bonne foi, l'amour du travail, la paix, voilà ce qui, aux veux de tout homme raisonnable, constitue la prospérité des Etais. Or le principe créateur et conservateur de l'ordre et de la justice, cet esprit de vie sociale qui anime le corps politique, en prévient les maladies funestes, ou peut en amener une plus prompte et plus efficace guérison , à quoi le devra-t-on? c'est principalement à la bonne éducation des enfans.
Ici, Messieurs, prenons garde de trop exalter la nature humaine; n'allons pas la regarder comme une terre qui donne tout sans culture, mais plutôt comme une terre dont il faut déchirer le sein avec effort, si l'on veut la rendre fertile. 11 est vrai, l'homme, en sortant des mains de son auteur, porte avec lui des facultés et des penchans analogues à sa destinée future, qui
sur l, éducation: j-il
doivent faire de lui un être raisonnable, moral, propre à la vie domestique et civile; mais qui ne \oit pas que ces dispositions naturelles ont besoin d'être réglées avec sagesse 3 les unes pour être perfectionnées, les autres pour être réprimées, et toutes pour qu'elles ne prennent pas un dangereux essor? Ainsi l'homme est né pour le travail, mais la paresse a pour lui bien des charmes. Sa ibiblesse et ses besoins, en le tenant d'abord sous la dépendance de tout ce qui l'entoure, tendent à le plier de bonne heure au joug de la subordination et du devoir, mais en même temps son orgueil secret aspire à le briser. Si l'homme, être intelligent, est fait pour la vérité, souvent il détourne les yeux pour ne pas voir sa lumière qui l'importune, et se livrer au mensonge qui le flatte. Un sentiment naturel de bienveillance l'incline vers ses semblables, mais aussi D est-il pas plein d'un amour de lui-même qui peut aisément dégénérer en égoïsme?
Tel est l'homme aux yeux de qui veut l'étudier. De là cette lutte intestine du bien et du mal qui commence dès l'âge le plus tendre, ces combats, qui ne finissent qu'avec la
342 su il l'ki)uca.tion.
vie, des Luîmes i iuli ;iaf ir>ns coiilic les mauvaises. Or que ne peut pas la lionne éducation pour fortifier les unes, afloitalir les autres, et pour assurer ainsi le triomphe de la vertu sur les penchans qui lui sont opposés! Le Sage nous la dit: « Avez-vous )) des enfans, instruisez- les bien., accoutu- )) mez-les au joug du devoir dès l'âge le plus )) tendre (i) ; de même que le coursier qu'on » n'a pas accoutumé au mords devient în- )) domptable, ainsi l'enfant abandonné à » lui-même ne connoît plus de frein (2). » Mais voulez-vous bien sentir comment les destinées d'un peuple se lient à l'éducation du premier âge? supposons pour un moment que sur la surface de ce vaste royaume, dans nos campagnes comme dans nos cités, les enfans des deux sexes fussent confiés à des mains sages et pures, clignes de former leur esprit et leur cœur; pénétrons par la pensée dans ces écoles qui renferment les espérances de la patrie. Là on apprend à connoîire Dieu et sa loi; là on enseigne tout ce /pi i est juste, tout ce qui
(1) Eccli. vu , 25.
I ■>. lit':!. \X\ , 8.
SUR L'ÉDUCATION. 9 iO
est bon, tout ce qui est louable; et, si l'on v forme avec soin à ces ccnnoissanc.es qui fout l'homme instruit, ou s'y attache davantage euCQÇfi à ce qui fait l'homme vertueux: là on a sous les yeux des exemples dont i'autoi-ité est plus douce, pins efficace que celle des leçons. Que de semences de vertu jetées ainsi dans ces aines encore neuves v pont seront des racines profondes! et comment n'en verreit-on pas éclore les fruits les plus salutaires, plus de respect pour l'autorité paternelle, plus d'union dans les familles, plus de probité dans le commerce de la \ie, plus d'amour de Tordre et de la justice, plus do fidélilé à tous les devoirs? Ainsi, (dans ma supposition , on voit croître des i^énû allons entières au milieu d'heureuses liai, il udes qui les disposent à rendre a la société par leurs services ce qu'elles auront reçu dVJie par le bienfait de 1 éducation. La vain le aura Mon pu se trouver dans Les méthodes, mais Je fond de 1 instruction, des impression religieuses et morales, sera le même; dès-lors, a'\m bout de la France à l'autre, quel concert de doctrines, de vues, de senlimens! Hontes les
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familles, animées d'un mérite esprit , ne formeront qu'une seule famille; la France entière sera, pour ainsi dire, comme mïi seul boni me. La voilà celle éducation nationale dont on a fait tant de bruit, la seule digne de ce nom, parce que seule elle peut faire la prospérité de la nation.
Je sais bien que l'éducation ne sera pas également heureuse pour tous, qu'il se rencontre des caractères foiblcs, des esprits indociles, des cœurs plus dépravés; je sais que des circonstances périlleuses, que les passions d'une jeunesse bouillante pourront faire avorter les espérances du premier âge. Mais en général beaucoup resteront fidèles à toutes les vertus qu'on aura su leur inspirer; beaucoup d'autres le seront au moins à ces sentimens d'honneur et de probité qui font l'honnête homme, et quant à ceux qui pourront s'égarer bien loin dans les routes du vice, il leur restera une ressource, celle du remords et du repentir : ressource que connoît bien peu celui qui, dans ses premières années, n'a pas connu la vertu.
Que si, au contraire, l'éducation étoit universellement \icieuse, si de mauvaises
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doctrines y corrompoient la raison, si de funestes exemples v invitaient au désordre, si l'on y apprenoit à honorer ce qui est méprisable , et à mépriser ce qui est honorable, quel renversement dans les idées, dans les aifections, dans la conduite! quelle confusion dans les opinions et par suite dans les familles et la société! partout que de germes d'insubordination, de discorde, de révolte jetés dans les âmes! que d'instrumens seroient ainsi tout préparés d'avance pour le crime et les desseins des factieux! A peine quelques-uns devroient à des circonstances ou à des inclinations plus heureuses d'avoir échappé à la contagion universelle; le corps politique seroit frappé au cœur d'une plaie funeste qui le feroit tomber en dissolution. Tels sont donc les effets de la bonne ou de la mauvaise éducation, que, sous l'influence de la première, l'homme n'est méchant que par inconséquence, et que, sous l'inllueiice de la seconde, il n'est en quelque sorte bon que par hasard.
Je sens qu'on pourroit me faire ici un reproche assez légitime, celui d'insister sur une chose que personne ne conteste; et qui
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n'avoue en effet que c'est par la bonne édueation des générations naissantes qu'on peut former ou régénérer les peuples? Messieurs*, sans vouloir nie disculper entièrement, ne puis-je pas faire observer à mon tour que les choses les plus communes sont souvent l<\s plus utiles, et qu'il faut les rappeler sans cesse, puisque sans cesse on les oublie? Si la vérité est bien ancienne dans le monde, elle est aussi bien nouvelle pour nous, depuis que nous en avons comme perdu le goût, à force de nous abreuver dans la coup-' du mensonge* même, parmi les pères de famille, combien qui, emportés par le tourbillon des affaires et des plaisirs, croient que la prospérité de l'Etat est assurée, inébranlable, s'ils se trouvent contens de leur situation présente, et qui sont peu touchés de ce qui devroit les toucher davantage, de la bonne éducation de leurs enfans! Puissent-ils comprendre que les premières impressions sont les plus fortes et les plus décisives; qu'ils ne peuvent naturellement espérer de recueillir plus tard que ce qu'ils sèment aujourd'hui; que c'est pour eux un devoir sacré de préparer l'avenir dans le présent, <Ie
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n ofirir à l'enfance que des exemples dignes à en être imités, d'eearter de ses yeux et de son oreille tout ce qui pourroit laisser en elle des traces funestes, et de se montrer fidèles à l avertissement que leur donne même un poète du paganisme, de porter aux enfans un très- grand respect \\M.aasitrm deletur puero revérentiai Enfin qu'ils sachent que la Providence les leur confie comme un dépôt dont elie leur demandera compte, et que la société, en échange de ses sollicitudes pour le repos des familles, a le droit d attendre délies des sujets vertueux qui fassent son bonheur et sa gloire, et non (les sujets \icieux qui la déshonorent et la troublent par leurs désordres
Je passe à la seconde proposition , qui mettra la première dans un nouveau jour; c'est que l 'éducation , pour être bonne, doit être religieuse.
Le torrent dévastateur qui avoit précipité dans l'abîme le trône et l'autel avoit dû naturellement entraîner dans son cours cis établissemeiis d éducation publique destinés à former, pour! un et pour 1 autre, de zélés
SI 11 l'éducation.
et fidèles défenseurs. On \it donc disparoître do la France ces corporations enseignantes et ces écoles célèbres consacrées par le temps, et ce que des barbares eussent fait à peine dans leur brutale ignorance, des sophistes ^'exécutèrent par raison et par calcul. Cependant, sur les débris des établissement antiques, il fallut bien lâcher d en élever de nouveaux, et à ce sujet que de violentes déclamations contre ce qui avoit été jusqu'alors! que de fastueuses promesses pour l'avenir! Les novateurs ne craignoient pas de dire hautement que, pendant vingt siècles, le genre humain avoit été -courbé sous le joug de Terreur; que les croyances religieuses dont on remplissent les esprits ne pouvoient que retarder l'essor de la raison, et que la poursuite de je ne sais quels biens invisibles d'une vie future s'étoit opposée au perfectionnement du monde présent. Ils ne manquaient ni d'esprit ni de savoir, tous ces sophistes; mais ils étoient emportés par le délire de l'irréligion. Aussi, dans leurs discours et leurs ouvrages, quel mélange ' hideux de science et de fureur, de bel esprit et d'extravagances! C'est au milieu des
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proscriptions et des échafauds qu'on étaloit les grands mots iVéducation nationale; c'est en égorgeant les pères qu'on méditoit le bonheur des enfans. On ne promettait les lumières que pour répandre les ténèbres de l'athéisme; plus on élevoit de temples à la raison, et plus le bon sens disparoissoit de nos institutions et de nos lois. Un matérialisme grossier régnoit dans tous ces plans nouveaux d'éducation, plans monstrueux qui portaient sur la haine de ce qu'on appeloit préjugés y superstition, c'est-à-dire, sur la haine des traditions, de l'expérience et surtout du christianisme: on ne vouloit pas voir que ces systèmes étoient impraticables, par cela seul qu'ils étoient impies. Oui, l'athéisme tue comme la religion vivifie. Hors de la Divinité il n'y a que néant; il faut qu'elle préside à la famille, à la société, à l'éducation comme à l'univers; sans cela , la famille, la société, l'éducation, tombent en langueur et périssent, de même que l'univers rcntreroit dans la confusion et le chaos, si Dieu retiroit sa main puissante qui en entretient les lois et l 'harmonie. Rien peut êlie ne prouve mieux ici la nécessité
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de la religion que les efforts inipuissans de vingt années pour s!ea passer. l.niin la \érilc fut aperçue : il fut reconnu, il fut décrété que la doctrine chrétienne seroil la hase (ie I éducation publique ; rayon djespétrance qui uni briller aux yeux de l'homme de bien, après de si longues et de si désot lantes téjièbres.
Ce n'est pas que les mots de Tnoralc et de moralité ne fussent d'un fréquent usage dans le discours; mais, on ne sauroit trop le faire remarquer, une erreur capitale de nos temps modernes, c'est devoir voulu séparer la morale de la religion, d'avoir tracé des règles de conduite, sans les lier à ces pieuses croyances qui leur donnent tant de force et d'autorité, d'avoir imposé à l'homme le joug des devoirs, en rejetant ce qui aide davantage la foiblesse à le porter. Oh! que le christianisme a bien mieux connu notre nature, ses infirmités et ses besoins, en même temps que h s droits inviolables du Créateur, lorsqu'il a appuyé ses préceptes sur la yplouté de Dieu , du législateur suprême , de celui qui a seul le droit ue commander à l'homme! La morale humaine est sèche et
sur l'éducation. obi
froide ; elle peut montrer la route, mais elle ne donne pas le courage de la parcourir. La religion descend dans le cœur; elle le pénètre de la peiusée de la Divinité, le rend capable île tous les efforts, de tous les sacrifices que peut demander la vertu , en le remuant avec force par la crainte et les espérances de 1 avenir. Dans les malsons d éducation publique, que fera-t-elle? elle placera les maîtres comme les élèves sous les veux de la Divinité; c'est en son nom qu'elle commandera aux premiers la vigilance., !e zèle. les bons exemples; aux seconds, I obéissance et le travail , et cVst ainsi qu'elle devient le plus sur garant de leurs mœurs, de leur application , de leurs succès. La religion veille là où l'œil du «maître ne peut veiller; c'est une lampe toujours allumée qui éclaire l^s lieux les plus cachés et les plus obscurs, et par la même elle prénrnt une foule d'abus et de désordres- secrets oui énervent la discipline et finissent par la ruiner. Par ses menaces et ses insinuations, "de adoucit les humeurs, corrige 'es défauts, réprime les vices naissans, encourage la foibreese, fait régner la décence, Fordre et la paix, et
o5-2 .st-ii l'jèjoucatiok.
dès-lors 1 autorité des chefs peut sans inconvénient se montrer plus paternelle. Mais le frein religieux est-il tarifé? dès-lors aussi la vigilance et la discipline ordinaires sont insuffisantes; la confusion, 1 indocilité, la révolte, tous les/vices se manifestent de toutes parts : c'est une véritable anarchie. Essaierat-on de la faire cesser? on ne le pourra que par une discipline pleine de rigueur, et ce premier âge, qui est celui de la candeur, de l'abandon et de la confiance, on sera forcé, pour le contenir, de le faire gémir sous un joug de fer. La maison d'instruction publique ne seroit plus qu'un camp militaire, au milieu duquel il faudroit entretenir la subordination par la terreur. Oui, que la religion avec son doux et puissant empire en soit bannie, et il n \ aura plus pour elle de milieu entre 1 extrême licence et l'extrême servitude.
Pour faire sentir de plus en plus la nécessité de la religion , voyez quel est le grand but de la première éducation : c'est de travailler pour l'avenir, de préparer, de former dans l'enfant l'iipmme fait, de le prémunir contre tes dangers qui doivent
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menacer un jour son inexpérience et sa légèreté. Suivez la jeunesse sortant des écoles publiques pour ne plus y rentrer : là commence pour elle une nouvelle éducation ; un monde corrompu s'en empare ; c'est maintenant le règne des séductions, des maximes commodes et perverses, de la liberté de tout dire et de tout faire loin des regards d'une surveillance importune. Au milieu de tant de périls, que pourront, pour en sauver la jeunesse, quelques préceptes de morale humaine? Alors, si, par les croyances réprimantes de la religion, on n'a pas fortifié les jeunes cœurs contre les attaques du vice; si, par de saintes habitudes, on n'a pas préparé l'ancre salutaire pour l'époque des passions orageuses, le naufrage n'cst-il pas inévitable? Sans doute la religion n'est pas une barrière insurmontable à la fougue des passions; mais elle est du moins de toutes la plus puissante. Une fois qu'elle a établi son empire dans le coeur d'un jeune homme, il faut que celui-ci en combatte long -temps les impressions secrètes, avant de s'abandonner au \ice; même, lorsqu'elle paroît étouffée, elle est encore
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\i\antc dans le fond du cœur; elle v pou--< du temps en temps des cris qui éveillent le coupable, «I. Unissent bien souvent par Je ramener à la m tin Mais lancer la jeunesse au milieu du monde sans principes religieux, c'est lancer un «aisseau au milieu des tempêtes sans gouvernail et *sans. pilote. Eclairé par l'expérience, et guéri, du moins en partie, de ses paradoxes, Jean-Jacques a dit quelque part : « J'avois cru qu'on pou- )> -\oit;ètre vertueux sans religion,, mais je » suis. bien déi rompe de, celte erreur. »
JNous faisons grand bruit de nos découvertes, -nous nous glorifions dVvoir tromé ou du nioiiis adopté et propagé le moyen de rendre plus faciles y plus à la portée du peuple, plus communs ,. les premiers élérnens des counoissanees humaines. Je l'ai déjà déclaré, je. ne suis. ici ni pour justifier ni pour combattre des méthodes d'enseignement; le jage essaie tout a\ec lenteur, pour juger ■tout avec maturité; il est fidèle à la\ertissement que nous donne un écrivain sacré, <ie tout éprouvée pour ne gaid er que ce qui est bon : Omnia probate , quod bonum est lenete. Et quelle sera la meilleure école pour
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les enfans du peuple? ce sera toujours celle d'où nous les verrous sortir [dus dociles, plus respectueux, plus honnêtes, puis laborieux, plus appliqués à tous les devoirs de leur profession. Quant au mécanisme de l'instruction, il est étranger à mon discours; je dirai seulement que je n'ai pas la simplicité de croire que le bonheur du gênrie humain doive résulter d une manière ancienne ou nouvelle, plus lente ou plus expédilivc d'apprendre les lettres de l'alphahet. Sans rien contester ni rien admirer, je me borne à< faire observer que nous devons craindre d'être victimes de notre impré\ovanee. Malheur aux générations naissantes, si nous ne sentons pa$ que plus l'instruction sera répandue , populaire , et plus il importe qi ; elle soit profondément religieuse! c'est une pensée sur laquelle je vous imite à réfléchir. Je veux que le succès justifie les espérances dés propagateurs de -ces méthodes si vantées; Voilà donc, pour le dire sans périphrase, que, dans toutes les parties de la France, tous les enfans de toutes les olassefc, même les plus obscures et les plus indigentes, savent enfin lire et écrire. Tous les enlhou-
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siasfcesVen réjouiront comme d'uii triomphe remporté sur l'ignorance; ils féliciteront le peuple de le voir initié aux connoissances
humaines, et moi je crains qu'en devenant plus Instruit il n'en devienne plus vain, plus inquiet,, plus avide de nouveautés1 funestes, plus mécontent de son état, plus envieux des conditions supérieures, plus ennemi des travaux pénibles, plus animé de l'esprit de censure et d'indocilité ; je tremble de voir plus répandu ce demi- savoir, qui est pire que l'ignorance. Sans doute , si le peuple étoit religieux, je pourrois être sans alarmes; alors la religion présideroit à ses lectures , écarteroit de ses mains les productions impics et licencieuses , et ne lui permettroit que celles qui pourroknt lui donner un amour plus éclairé, plus m! de tous &es devoirs. Mais, si le peuple est sans religion, tremblons que ce qui poirsoit être un instrument de vertu ne devienne un instrument de corruption et de \ice ; attendez-vous à le voir faire sa pâture de ces productions qui, ne respirant que l'impiété et le libertinage, flatteront ses penchans les plus gi'ossiers, remueront dans son cœur tout ce qu'il
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v a de volupté, d'orgueil, de jalousie, d'amour secret de l'indépendance, le rendront plusindisciplhiable, et prépareront ainsi pour les gouvernemens des embarras, des inquiétudes, des difficultés inouïs. Aujourd'hui les doctrines impies et séditieuses viennent comme s'offrir d'elles-mêmes sous les formes les plus légères, les plus Commodes, les plus universellement répandues. Pensez-vous que le peuple n'ira pas puiser à ces sources empoisonnées? "V oyez ce qui a lieu dans cette capitale. Lorsqu'au sein d'une oisiveté coupable ou d'un repos légitime les personnes des derniers rangs de la société consacrent quelques heures à la lecture, quel ouvrage se trouve dans leurs mains? chacun peut en faire l'expérience- bien souvent c'est un livre infâme oH impie, qui, en irritant toutes les passions, prépare l'enfant indocile, le serviteur infidèle, l'époux criminel, le sujet rebelle. Or ce qui se pratique dans la capitale trouvera des imitateurs dans les provinces , et déjà on ne s'en aperçoit que trop; l'esprit d'impiété, de moquerie sacrilège, infeétè partout les dernières classes comme les moyennes et les plus élevées. Je connois des
hSB SUR i>'i':dl CATION,
villages où ce qufil y a de j tins rustique laisse reposer quelquefois la bêche et la charrue pour lire Voltaire, et en oppose ensuite les sareasmes impies aux instructions de son pasteur. Il ne s'agit pas de se prévaloir de ce qui se passe en d'autres contrées, dans les montagnes de l'Ecosse, ou sur les bords de FElbe : il n'est" de bonne théorie pour nous que celle qui nous est applicable; il s'agit de nous voir tels que nous sommes , avec la mollesse de nos mœurs, le dérèglement de nos opinions, notre pente vers la licence, la multitude de nos productions littéraires ennemies de la religion et de toute vertu, la facilité donnée à tous de les lire et de s'en nourrir. C'est pour un tel peuple que je crois l'instruction redoutable, si elle n'est pas très-religieuse; penser autrement, c'est, j'ose le dire, n'avoir aucune connoissance du cœur humain. La religion est bien loin d'être l'ennemie de Pmstruction du peuple: c'est elle qui a donné naissance et à ces modestes instituteurs connus sous le nom de Frères des écoles chrétiennes, et à ces sociétés de filles de la Charité qui, sous diverses dénominations, se
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consacrent dans les citée cl it s campagnes à l'éducation des eufans des classes les pins indigentes et les plus délaissées. Déjà, dajis le douzième siècle, le troisième concile de Latran aVoit statué que, pour ne pas priver les enfans des pauvres de l'avantage de savoir lire, il y auroit dans chaque cathédrale un maître chargé de les instruire. Ainsi, que le peuple soit instruit tant qu'on voudra, mais qu'il le soit avant tout de sa religion. Travailler à le rendre plus éclairé, sans travailler à le rendre plus religieux, c'est tomber dans une des plus grandes fautes que l'on puisse commettre pour le malheur de la société ; alors, au lieu de placer avec précaution des flambeaux de distance en distance oour éclairer dans les ténèbres, on allume au hasard des torches qui peuvent causer un vaste incendie. "Vien dra-t-on me dire que je parle ici en prêtre ennemi des idées libérales? mais que signifie ce langage? Oui, j'en conviens, ces doctrines prêchées depuis cent ans, qui ont été si libérales en blasphèmes, en scandales, en révoltes, en divorces, en suicides, en fléaux destructeurs de l'ordre social ; ces doctrines, la religion en est l'ennemie , et fait
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gloire de l'être. Mais aussi ces doctrines libérales en sentimcns de respect et d'amour pour la Divinité, en piété filiale, en dévoûment pour le Lien de ses semblables, en soumission à l'ordre établi, en principes conservateurs de la tranquillité, de la liberté, du bonheur de tous; ces doctrines, la religion en est l'amie et le soutien , ou plutôt ces doctrines sont la religion elle-même. La philosophie sans religion ne scia jamais qu une calamité pour les peuples; ce n'est que de nos jours que la première a levé retendait! de la révolte contre la seconde, ralliant autour d'elle toutes les passions haineuses et violentes , et l'on sait quels ravages elle a faits dans le monde moral et politique. Parcourez l'histoire, et vous verrez que tous les législateurs, tous les grands bienfaiteurs de l'humanité, ont été des philosophes religieux. Certes ils ont été amis et de la philosophie et de la religion tout ensemble, ces beaux génies qui, dans ces derniers âges, ont donné le branle à toutes les connoissances humaines, et devant lesquels il faut bien que notre orgueil s'abaisse, les Bacon, les Descaries, les Pascal, les Galilée, les Copernic,
les
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les Leibnitz, les Newton; et, quand on sait que les plus sublimes découvertes de l'esprit humain sont dues à des hommes profondément religieux, comment ose-t-on nous dire que la religion nuit aux progrès tle la raison? Je passe à la troisième proposition , savoir, que l'éducation, pour être religieuse, doit être confiée à des hommes religieux.
Tel est l'aveuglement de notre siècle , qu il a compté l'instruction pour tout et l'éducation pour rien, qu'on a cherché à éclairer l'esprit sans former le cœur, et semblé croire que tout étoit fait pour l'homme , pour la famille, pour la société, dès qu'on avoit initié le premier âge au calcul, aux arts, aux langues anciennes et modernes, aux sciences naturelles. On n'a pas compris qu'au milieu des connoissancesles plus étendues et les plus variées le cœur pouvoit rester avec toutes ses foiblesses, que ce n'est pas assez de cultiver l'intelligence, si l'on ne fortifie la volonté, si l'on ne prémunit la jeunesse contre les attaques du vice, et que la force principale, il faut la chercher là où elle est, dans la religion.
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Je do prétends pas pour cela que l'iéduH cation publique doive se trouver exclusive^ment (l;\!:s les mains, des ministres de la religion : ce projet, lut- ï> salutaire, pourroit être inexécutable Seulement je ferai observer, que pendant les trois derniers siècles, qui sont les plus éclairés de l'Europe moderne, l'éducation a clé universellement dirigée par des membres de l'ordre ecclésiastique; que, s il faut en juger par le nombre des grands hommes qu ils ont su former poulies sciences et pour les lettres, pour la magistrature , pour la profession des armes, pour le gouvernement des Etats, ils se sont montrés très-habiles à manier les esprits, à développer les qualités naturelles de leurs élèves, et que l'expérience répond victorieusement sur cette matière aux discours de leurs vains détracteurs.
Mais ce que je prétends en ce moment, c'est que, dans quelque rang qu'on veuille chercher des instituteurs et des maîtres, il importe qu'ils soient religieux, si l'on veut que l'éducation soit religieuse. Et en effet , Messieurs, en quoi ferons-nous consister la religion dont il s'agit de pénétrer l'enfance?
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Est - ce dans quelques dehors, quelques cunnoissances stériles et vagues? non sans doute, mais dans des crovanees arrêtées, dans des habitudes contractées, dans des pratiques salutaires fidèlement obsenées, dans le respect des lois saintes de lE^^angile, (ians la soumission à l'autorité de ceux qui sont préposés à son divin enseignement. Sans crovanees, on retombe dans des opinions incertaines qui n'ont presque aucun empire sur les sentimens et la conduite; sans habitudes, la religion n'aura fait qu'effleurer l'âme, et ne tardera pas à s'évanouir ; sans pratiques, elle se perd dans quelques idées vagues de spiritualité • sans l'observance des préceptes évangéliques, ce seroit une piété fausse; sans la soumission à l'autorité, elle fléchiroit aisément au gré des passions et des caprices de chacun. Or cet ensemble de choses qui fait sur l'enfance des impressions \ives et durables, qui rend l'éducation vraiment religieuse, ne l'attendez que des soins, des leçons et des exemples de maîtres sincèrement religieux.
. Non , ce n'est pas assez d'enseigner vaguement la religion aux enfansj le point capi-
0«!l SUR l/i:i)l CATION.
tal, c'est de la leur faire goûter, aimer, pratiquer; or comment auroit-il quelque ;<'■!<■ pour la faire pénétrer dans lame des enfant, celui qui n'en est pas pénétré lui-même', quel intérêt meltra-t-il à la persuader aux autres, celui qui, pour son compte, n'y \oit que des fables, met au même rang les mystères chrétiens et la mythologie des Grecs ou des Indiens? On ne parle avec conviction que de ce que l'on croit, avec amour que de ce que l'on aime, avec chaleur que de ce que l'on sent bien. Que peut dire en faveur de la religion celui qui n'y croit pas? et, si la bienséance met à ce sujet quelques paroles sur ses lèvres, ces paroles ne seront -elles pas froides et inanimées? heureux encore, s il ne trahit pas son irréligion par quelque endroit. Croit-on même qu'un homme qui est constamment placé sous les yeux d'une troupe d'enfans attentifs et malins puisse longtemps leur cacher ses mauvaises opinions? On sait avec quelle merveilleuse sagacité les enfans saisissent les ridicules, les défauts, les vices de ceux qui sont préposés à leur éducation. On peut dire sans exagération qu'ils en sont les espions les plus clairvoyans ; il
sur l'éducation. 565
suffît quelquefois d'une réflexion, d'une parole, d'un sourire, d'un geste, d'une réticence pour déceler le fond d'une ame incrédule. Tout ce qui pourra faire soupçonner que le maître est irréligieux sera saisi pa? les élèves, et quels ravages ne fera pas parmi eux cette fatale découverte !
Les enfans remarquent-ils que, dans le cours de leur éducation , la religion préside habituellement à tout; que ses mystères, ses préceptes, ses autels, ses cérémonies, ses pratiques, sont traités avec ce respect. ce recueillement qui vient du coeur? ils en seront touches. A leur âge, le cceur s'ouvre aisément aux impressions douces et tendres, et l'on se conduit bien plus par autorité et par sentiment que par raisonnement et par rérioxion. Mais aussi que la religion, sans être bannie de la maison qu ils habitent, \ soit plutôt tolérée qu honorée; que les courts momens qu'on lui donne, on semble les dérober à regret à des occupations jugées bien plus utiles; que les exercices n'en soient remarquables que par l'ennui et la dissipation qui les accompagnent; en un mot, que ce qui la concerne y soit traité de manière