‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 4)Chapitre 32 sur 39 · SUR L ÉDUCATION · texte numérisé non relu

SUR L ÉDUCATION

à faire croire qu'on la souflre par politique, plutôtqu'on ne l'enseigne et qu'on ne la suit par conviction : dès-lors lotit est perdu, l'éducation est manquéejce n'est pas dire assez, elle est li es- funeste :1a jeunesse en rapportera , non le goût et l'amour, mais le dégoût et le mépris de la religion, et elle; ne tardera pas à rejeter Un joug qui ne lui paraîtra qu'odieux et ridicule.

Certes, Messieurs, nous sommes loin d'être les ennemis des sciences et des lettres, de .vouloir ralentir le zèle qu'on met à les cultiver, et de regarder comme perdu le temps qu'on leur consacre; et quelle profession a plus que le sacerdoce donné à la France de grands écrivains, de grands orateurs et des savans du premier ordre? mais enfin tout a ses justes bornes, et chaque chose a son temps. Dans ces jours où vécurent Peteau et Jouvency, Santeui! et Commire, llaeine et Boil >au, Bossuet et Féhélon, Massillon et La Bruyère, on connoissoit assez bien, je crois, la langue d'Homère et de Démosthènes, celle de Cicéron et de Virgile, et l'on savoit tirer de la langue française tout ce quelle a de richesses et de beautés} et

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jfturtant, à cette époque, la religion étoit lame et comme le fond/dè l'c lucalion ; on savoit allier les exercices religieux avec tes études littéraires; même on avoit le i on esprit de comprendre qu'en épurant les sentimens, en remplissent l'a me de nobles et généreuses pensées, la religion ajoutoit à la force du talent naturel. Tout instituteur, soit pmé, soit public, chargé de l'éducation de l'enfance , qui ne met nos la religion avant tout, et trome trop longs les courts momens qu'on lui donne, trompé les espérances des familles, est indigne de l'honorable profession qu'il exerce, et semble ne voir qu'un métier dans ce qui devroit être à ses yeux une espèce de sacerdoce.

11 n'en est pas de l'éducation comme des branches diverses de l'administration publique. Qu'un homme, je suppose, soit chargé du recouvrement des deniers publics, qu'at-on le droit d'exiger de lui? de 1 intelligence, de l'exactitude, de la probité. Si ses mœurs ne sont pas pures , si la religion lui est comme étrangère, on pourra le plaindre et même le blâmer; mais enfin il aura rempli les devoirs de son état. Pour celui à qui

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se trouve confié l'emploi sublima de former 1 esprit et le cœur de la jeunesse, il doit se regarder connue revêtu d'une espèce de sacerdoce, et ne jamais oublier qu'il doit en être à chaque instant le guide et le modèle par la sagesse de ses doctrines et de ses actions. Ainsi toutes les vertus sont pour lui des devoirs d'état. Je sais qu'il peut être difficile de trouver tant de qualités réunies ; mais j'ai dû montrer le Lut, pour qu'on s'efforçât d'y atteindre; y arriver, voilà la perfection; y viser, voilà le devoir. Disons-le donc, sans craindre de nous tromper: si, dans l'éducation, on n'estime que l'instruction scientifique et littéraire; si l'on ne s'attache qu'à répandre des lumières dont il est si facile d'abuser, en négligeant le moven le plus puissant d'en prévenir les abus; si l'on ne travaille à nourrir l'âme de la jeunesse de ces doctrines religieuses qui sont le soutien le plus ferme des mœurs, des vertus domestiques et civiles, alors les générations nouvelles ne feront qu'ajouter à la corruption des générations passées; alors la France, loin d'être régénérée par ses malheurs , sera plus que jamais travaillée du levain de l'im-

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piété et de tous les vices qu'elle enfante. Quelques brillans dehors pourront faire naître quelques flatteuses espérances 5 mais on ne tardera pas à s'apercevoir qu'une langueur mortelle s'est introduite dans le corps social par l'endroit même d'où il devoit attendre la vie et la santé.

Quels motifs pour tenir sincèrement à la religion ! mais, je le dirai avec douleur, aujourd'hui, au lieu de l'appeler de tous ses vœux, on semble se tenir en garde contre elle comme contre une ennemie, on prend ombrage de ses succès, on s'alarme des efforts qu'elle peut faire pour se relever et ressusciter les vertus qu'elle commande pour le bonheur des hommes, on l'épie avec la même inquiétude qu'on suivroit les mouvemens d'une armée étrangère qui menaceroit d'envahir nos frontières; et pourquoi tous ces soupçons injurieux? Serions-nou?. donc au temps d'un clergé puissant, et par son crédit, et par ses richesses, et par son influence politique, menaçant pour l'autorité temporelle? Eh! Messieurs, on sait bien le contraire; mais, sous le voiîe de craintes chimériques à l'égard de notre ministère,

5 ; i ) sur l i : i : V C àti on .

on cache une haine, véritable contre la religion. Il existe an milieu de nous un peuplé de beaux espnls irréligieux, peuple inquiet et jaloux de tout empire qui n'est pas le sien, criant an feu du fanatisme au milieu des glaces de l'indifférence, déclamant avec violence contre le pouvoir religieux, pour mieux assurer sa propre domination; peuple incorrigible <[ue trente ans de calamités n'ont pas désabusé, qui ne connoît la Providence ni à ses chatimens, ni à ses faveurs, et qui creuse de nouveau , avec une affreuse sécurité, un abîme où pourroit s'engloutir encore la société avec la religion ; peuple frivole, incapable de vérités fortes, qui sait moins ce qu'il veut que ce qu'il ne veut pas, qui craint de s'avouer franchement à luimême la nécessité de la religion, qui pourtant quelquefois semble rêver une religion sans sacerdoce ou un sacerdoce sans autorité sur les esprits, c'est-à-dire, complètement inutile; peuple eniîé d'orgueil, adorateur exclusif de ses propres pensées, mettant ses systèmes à la place de l'expérience des siècles, prêt à recommencer les mêmes erreurs pour aboutir aux mêmes désastres, et

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qui, sur les débris de l'autel et du trône abattus, s'écrieroit avec joie : Périsse la monarchie, périsse le christianisme, pourvu que triomphent nos systèmes. Eh bien! je leur dirai, à ces novateurs : Je le suppose poiu un moment, \os vœux sont accomplis; tous nos temples sont déserts, tous les ministres de la religion sans autorité, toutes les croyances chrétiennes anéanties; il ne reste plus en France que des déistes et des athées , et vous pour être ses docteurs et ses maîtres. Le voilà ce peuple français abandonné à votre sagesse, faites sur lui l'expérience de vos systèmes : je ne pense pas que vous tentiez de le laisser sans aucune religion. Connoissez-vous dans l'univers un seul législateur qui ait regardé l'athéisme comme une des bases du monde social? et sans doute vous rougiriez de vous traîner ici sur les pas de quelques écrivains médiocres de ces derniers temps qui n'ont échappé à l'oubli que par l'extravagance de leurs opinions. 11 va donc sortir de votre cerveau une religion toute formée, appropriée à l'état actuel de nos connoissances, pour parier votre langage j vous allez donc appa-

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roîtrc avec un symbole, une morale, 1111 culte de votre composition. Mais croyezvous que votre symbole ÏÏ opinions captivera mieux les esprits que ce symbole de foi qui nous fait croire en un Dieu créateur et à la vie future? Pensez -vous que vos préceptes philosophiques auront plus d'empire sur les cœurs que ces cominandemens de Dieu qui, .en son nom, nous ordonnent d'aimer nos semblables, de respecter leur ■\ie, leurs droits, leur réputation, et renferment ainsi tous nos devoirs domestiques et civils? pensez- vous que votre système religieux sera plus réprimant, plus consolant, plus encourageant que le christianisme avec la gravité de ses doctrines, la sainteté de son culte et l'immortalité de ses espérances? et qui êtes -vous d'ailleurs pour donner une religion aux hommes? au nom de qui nous parlez-vous? Après avoir traité toute révélation d'imposture, vous n'oseriez pas sans doute vous donner pour des hommes inspirés, pour des envoyés du ciel, et nous parler au nom de Dieu. Vous parlerez donc au nom de la raison ? mais si l'on vous disoit qu'une raison qui, depuis trente ans,

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n'a su que bouleverser le monde, ressemble à de la folie, qu'auriez - vous à répondre? mais votre raison est-elle infaillible? non, elle est foible et bornée comme la mienne; où sont donc vos droits pour subjuguer les esprits? Vous êtes des apôtres sans mission et sans autorité; ceux qui ne sont pas chrétiens, comme ceux qui le sont, se riront de votre religion. Si vous connoissiez le cœur humain, vous sauriez que ce n'est pas avec des opinions, mais avec des croyances qu'on forme des sectes religieuses ; et ces crovances, il n'est pas en votre pouvoir de les établir. Où sont vos titres à notre crovance? Allez; avec tous vos systèmes, vous n'aurez jamais qu'un athéisme funeste dans les uns, un déisme très -inutile dans les autres, des superstitions bizarres dans le peuple, partout la confusion, nulle part la véritable liberté. Malheur à la France, malheur à l'Europe! si elle se confie en vos fausses lumières, c'en est fait de la société. Mais je ne veux pas me livrer ici à de noirs pressentimens; la religion a triomphé, elle triomphera encore pour le bonheur de l'humanité; elle a vaincu les persécuteurs et les barbares, il lui reste

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;i remporter une Nietoire nouvelle cl bien plus difficile; il lui reste à vaincre <l<s sophistes. Puisse le Dieu des Clolilde et des saint Louis, des Louis martyr et des Elisabeth, lui accorder mm nouveau triomphe, et, en sauvant la religion parmi nous, sauver a\ec elle la monarchie!

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SUR

INous venons aujourd'hui, Messieurs, exécuter un dessein qui intéresse vivement la religion , et nous pouvons dire aussi la société tout entière, s'il est vrai qu'il existe des liaisons intimes et nécessaires entre la religion et la société; et certes c'étoit Lien là la pensée du publiciste qui a dit ces paroles si souvent répétées : « Chose admira- )) Lie! la religion chrétienne, qui ne semble )) a\oir d'objet que la félicité de l'autre \ie, )) fait encore notre bonheur dans celle-ci. » Nous venons plaider devant vous la cause du sacerdoce, le venger des calomnies et des invectives de ses ennemis, le présenter tel qu'il est à ceux qui, sans le haïr, n'en ont pas d'idées assez justes, et faire voir à tous que l'état le plus saint aux veux de la religion est aussi le plus utile aux yeux de Ja raison. Au moment où nous avons conçu le projet de prendre hautement de-

5jG SUR LE SACERDOCE CHRETIEN, vaut vous la défense du sacerdoce chrétien, nous a>ons <lù prévoir que notre zèle sur cette matière pourroit paroître suspect et intéressé, et que nous pourrions être accusés de nous laisser conduire ici par des préjugés d'état et d'éducation. Mais celte crainte devoit-elle nous arrêter? non sans doute; si la vérité est pour nous, si nous avons l'espoir de la rendre sensible à tous les bons esprits, qu'importent les discours des hommes irréfléchis? Le préjugé passe et la vérité reste. Dans les différentes professions qui partagent la vie humaine, il e;>t convenable que chacun parle de celle qu'il remplit, puisque c'est celle qu'il doit le mieux connoître. Il appartenoit à Turenne d'écrire sur lart militaire, à d'Aguesseau sur la magistrature, à Massillon sur le sacerdoce. Qui mieux que le ministre de la religion connoît l'excellence de ses fonctions, et toute leur influence sur les cœurs, sur la paix des familles, sur la tranquillité publique?

Sans doute son apologie la plus victorieuse doit se trouver dans sa conduite; c'est à lui, par une vie sans reproche 7 à

SUR LE SACERDOCC CHRÉTIEN. O77 former la Louche à ses ennemis. Mais si un philosophisme mensonger a trop souvent affecté de méconnoître les vertus des uns , d'exagérer les défauts des autres , de se prévaloir contre le sacerdoce des vices déslionorans de plusieurs de ceux qui en ont été revêtus; si trop souvent les prêtres ont été présentés comme des corrupteurs des consciences, comme des fourbes qui abusoient pour leur intérêt de la crédulité publique; si toutes ces accusations, consignées dans les écrits de la baute classe de nos penseurs, ont été répétées par tous les échos de la littérature, et sont ainsi arrivées de toutes parts jusqu'aux oreilles du peuple, que de germes de haine, que de préventions, ont dû se répandre contre l'ordre sacerdotal! et, sans vouloir revendiquer pour lui des prérogatives temporelles qui ne lui appartenoient pas par l'institution divine, ne faut -il pas le faire remonter à ce degré d'estime et de considération qu'il ne perdra jamais qu'au détriment de la religion, et dès-lors pour le malheur des peuples?

Aujourd'hui que les longues et cruelles infortunes de l'église gallicane devroient, ce IV. 16*"

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semble, inspirer pour elle un intérêt plus tondre , celui qui refuseroit d'écouter clans le calme d'une attention bienveillante un prêtre défenseur du sacerdoce , seroit - il exempt de toute passion? Dans une telle aversion , je verrois bien peu de justice et de philosophie. Eh! Messieurs, sommes -nous donc au milieu de vous comme des barbares? les prêtres forment-ils une colonie d'étrangers qui, par violence ou par ruse, se soient établis au sein de la France? ne sontils pas les enfans , les frères , les parens , les amis du reste des Français? n'est-ce pas à eux qu'un très-grand nombre d'entre vous ont dû leur première éducation ? Dans ce vaste auditoire , combien sont liés par le sang et la nature, par la reconnoissance et l'amitié , avec des membres du clergé qui , par leurs dignités , ou leurs talens , ou leurs vertus, ou leurs services, ont été le soutien, la gloire , la consolation de leurs familles ! Messieurs, en venant faire l'éloge du sacerdoce, en célébrant les vertus de ceux qui en ont été l'ornement, je ne tairai pas les vices de ceux qui en ont été la honte ; je dirai la vérité sans exagération et sans foi-

SUR LE SACERDOCE CHRÉTIEN. J?G, Liesse ; mais, en opposant à des sophismes le bon sens, aux déclamations de la haine les réflexions de la bonne foi, aux vogues allégations des faits positifs, je ferai voir, et, je l'espère, ^ous en serez convaincus, que l'institution la plus salutaire à 1 humanité qui ait paru sur la terre, c'est le sacerdoce de la religion chrétienne. J en exposerai d'abord les avantages, et j'examinerai ensuite les reproches qu'on lui fait.

Si je voulois envisager le sacerdoce par son côté le plus sublime , je dirois que le sacrificateur de la loi nouvelle, le prêtre, est appelé à offrir cette \ietimc inetlable qui, par sa dignité même, rend à l'infinie Majesté des hommages dignes d'elle, et qui, en apaisant le ciel, en fait descendre la bénédiction sur la terre ; que, dépositaire des grâces divines, il les dispense à tous lejs âgeSj et sanctifie l'enfant au berceau comme le v ieillard sur les bords de la tombe; qu'ambassadeur de Jésus-Christ auprès des hommes, ii est destiné à porter bon Evangile devant les rois et les peuples, à former en tout lieu des adorateurs en esprit et en vérité, et que,

53o sun LE sacep.doci; ci ; ■; k i ir.N. nouveau Moïse, il doit conduire à trsfeni les déserts du monde présent un peuple de vrais Israélites qui commence dans son pèlerinage cette vie d'intelligence et d'amour dont la consommation se trouve dans l'éternité. Telles sont les idées que les livres saints nous donnent du sacerdoce; et certes, pour le dire en passant, on sent bien qu'un ministère qui s'élève si haut, s'il est au pouvoir des hommes de l'appauvrir et de le persécuter, il n'est pas en leur pouvoir de le dégrader et de l'avilir. Mais je consens à l'envisager par un côté plus accessible à notre foible humanité, dans ses rapports avec les intérêts de la vie présente; ainsi envisagé, qu'est-ce donc que le sacerdoce? c'est un ministère de zèle universel, généreux, héroïque, qui embrasse tous les besoins de l'humanité, et qui n'élève les piètres au-dessus de tous par la dignité que pour en faire les serviteurs de tous par la charité. Chrétien pour lui et prêtre pour les autres, le ministre de la religion est par état, par vocation spéciale, l'homme de Dieu sur la terre pour faire le bien de ses semblables 3 sa destinée est de travailler à les

SI R LE SACERDOCE CHRÉTIEN, 58 i rendre plus heureux en les rendant meilleurs; sa double mission est de se dévouer pour les instruire dans la vertu et pour les soulager dans leurs maux, et son triomphe seroit de mourir victime de son zèle.

Je dis d'adord que notre mission c'est d'instruire. Avant le christianisme, quel spectacle présentoit la terre entière? elle étoit remplie d'ignorans qu'il falloit éclairer, d'hommes vicieux et pervers qu'il falloît ramener à la vertu; l'idolâtrie n'étoit pas moins le règne du vice que de l'erreur. Quel remède à ces plaies profondes, à ces maladies invétérées de l'esprit humain? Que pouvoient les philosophes pour le guérir de tant de maux/ Déjà les plus beaux génies aï oient illustré Rome et la Grèce; Socrate éloit mort comme un sage, Platon avoit parlé un langage qui lui a mérité le surnom de divin, Cicéron avoit écrit un beau code de morale, et la nuit de l'idolâtrie avec toutes les superstitions, tous les \ices monstrueux qu'elle enfante, n'en couvroit pas moins l'univers. Que pouvoient les orateurs et les poètes? trop souvent ils chantoient le \ice et la volupté, et, loin de les détruire,

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ils accreditoient par leurs ouvrages les erreurs populaires. Que pouvaient enfin les prêtres du paganisme? Ils pouvôienl bien préSsider ;'i la pomj)e des fêtes, décorer les temples des faux dieux, immoler dés victimes; ruais trop souvent iis se prêtaient à des choses licencieuses et barbares', et, loin de désabuser les esprits de leurs superstitions, ils les en nourrjissoient, et ils n'avoient aucun empire sur les âmes pour en déraciner les \iccs et y faire germer les vertus. Jésus-Christ vient, qui, en fondant une loi nouvelle, fonde un sacerdoce pour le perpétuer; l'apostolat de ses premiers disciples passe à leurs successeurs, et là commence cette chaîne de pontifes et de prêtres qui, de génération en génération, de siècle en siècle, est descendue jusqu'à nous. Oui, c'est aux apôtres, aux héritiers de leur mission répandus d'âge en âge au milieu des nations, qu'appartient la gloire de les avoir éclairées 5 si le monde romain , si les peuples policés ou barbares placés hors de sa domination , si notre Europe en particulier, sont enfin sortis des ténèbres du paganisme, ce n'est ni à des philosophes, ni à des orateurs, ni à des législateurs, mais

h deséyêques et à (1rs prêtres qu'ils ont dû la lumière ; et les peuples anciens comme ceux du Nouveau -Monde n'ont été suecessive-r ment éclairés qu'à mesure que l'Evangile y a pénétré. Pour parler de ce qui nous touche davantage, des Gaules, de ces pavs dont se compose notre France, ils virent fuir 1 idolâtrie devant l'Evangile, comme la nuit devant les clartés du jour 5 mais cet Kvangile de qui l'ont-ils reçu, sinon de ces ministres de Jésus-Cliiist qui leur apparurent, 1! y a seize siècles? 11 faut nommer ici les Pothin et les Ircnée de Lvon , les Trophime d'Arles, les Denis de Paris, les Saturnin de Toulouse, les Austremoine de Clermont, les Martin de Tours, sans parler de tant d'autres qui, à leur exemple,, évangélisèrent ces contrées infidèles, et qui, pour les fertiliser, les arrosèrent de leurs sueurs et même de leur san^".

Ce que ces hommes apostoliques ont commencé, d'autres l'ont continué et perpétué jusqu'à nos jours. L'histoire à la main, on peut les sui\re dans leurs conquêtes successives sur l'idolâtrie, et, sans remonter aux temps passés, voyez, pour apprécier le sacer-

58 a sur le sacerdoce chrétien.

docc, ce qui se passe encore dans l'univers chrétien. Au sein des cités et des campagnes se trouvent des pasteurs éclairés et charitables, charges d'apprendre aux hommes les vérités les plus importantes, les seules même dont il est impossible de se passer. La classe la plus indigente, la plus délaissée, celle que le savant et le riche dédaignent davantage, celle qui forme l'immense majorité de la popidation , dont il est si nécessaire d'adoucir les mœurs sauvages et de contenir les passions brutales, voilà celle qui fixe plus spécialement les regards et les soins du pasteur. Sans lui, privées de toute éducation religieuse, que deviendroient ces âmes grossières? quelles idées se formeroient- elles de Dieu, de la providence, de la vie future, de toutes ces maximes fondamentales qui font la règle des devoirs , de la probité , de la bonne foi, et la meilleure sauvegarde des vertus domestiques et civiles? La véritable éducation du peuple c'est la religion ; ses vrais instituteurs sont ceux qui, par état, sont chargés de la lui enseigner, et qui ont grâce pour la lui faire goûter et pratiquer. A peine les enfans sont éclairés des rayons

dune

SUR LE SACERDOCE CHRÉTIEN. 385 d'une raison naissante, qu'ils sont conduits dans nos temples; la sainteté du lieu, l'appareil des cérémonies sacrées, le chant des cantiques divins, le maintien respectueux des assiïtans, l'ont sur eux d heureuses impressions; mais cette pompe seroit muelte, et, en frappant les yeux de l'enfance, ne diroit rien à son cœur, si elle n'étoit éclairée. Le prêtre fait entrer dans son ame encore neuve les premières notions d'un Dieu père commun de tous les hommes, de sa providence pleine de bonté, de cette vie à venir où sont entrés nos pères. De là découle l'obligation d'adorer Dieu et d'en suivre la loi, et d'être fidèle à tous ses devoirs; de là ces premières impressions de piété, cette délicatesse de conscience qui repousse le mal, ces remords qui suivent la faute, cet amour secret de la vertu qui se fait senlir lors même qu'on l'abandonne. Oh ! combien est vénérable le pasteur entouré do ces petits enfans, lorsqu'il les accueille avec tendresse à l'exemple de Jésus-Christ, qu'il s'abaisse jusqu'à eux pour leur donner le lait de la saine doctrine, en attendant qu'il leur distribue une nourriture plus solide! Ce*

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