‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 4)Chapitre 7 sur 39 · l'inciuîdi f,iTÉ · texte numérisé non relu

l'inciuîdi f,iTÉ

■sieurs, que la conviction intime, inébranlable des véritable» chrétiens. Dans les uns, « II. se manifeste par la conduite, par les actions comme parles discours, par les vérins qu'elle commande, et même par la perfection qu'elle conseille et qu'elle fait pratiquer; dans les autres, elle se conserve jusqu'au milieu des passions qui cherchent à l'étouffer, et des égaremens qui devroient, ce semble, l'anéantir. Croyans d'esprit, mais foiblcs de cceur,ils ne pratiquent pas ce qu'ils crcnmt; ils sont inconséquens , ils ne sont pas incrédules. Quel est le chrétien qui, arrivé au terme de la vie, se repente d'avoir été chrétien, qui craigne de s'être trompé clans sa croyance, qui soit tenté dé se faire incrédule par conscience, et d'abjurer le christianisme pour plaire à la Divinité? ou plutôt quel est celui qui ne se réjouisse d'a\oir été fidèle à la religion et aux devoirs qu'elle impose? Mais voit- on rien de semblable dans l'incrédulité? non sans doute.

A ainement lés jeunes incrédules aCeefent une grande sécurité dans leur opinion, prennent le ton le plus affirmatif, et traitent avec un dédain superbe tout ce qui est

croyance et pratique religieuse ; je suis peu frappé de tous ces dehors d'une conviction apparente; j'y vois plutôt le masque de la persuasion que la persuasion même : j'en appelle à l'expérience, elle nous aprendra que bien souvent ils paroissent incrédules sans l'être en réalité. Et en effet combien de fois n'arrive -t-il pas que, dominé par le respect humain, un jeune homme sourit au blasphème qu'intérieurement son cœur désavoue! combien de fois la manie du bel esprit, l'envie de lancer un trait piquant cFimpiété, ne l'entranie-t-elle pas plus loin que sa pensée, et combien de circonstances ont décelé, comme malgré lui, le fond de ses véritables sentimens! Dans un de ces momens où les passions sont plus calmes, où, rendu à lui-même, il sent mieux la vérité, vient il à se rappeler ces jours où, croyant et pratiquant tout ensemble, il vivoit tranqeilie dans la paix d'une Conscience pure? malgré son incrédulité prétendue, il donnera des regrets à ce temps qui n'est plus. \ oit- il sous ses yeux un des compagnons de son âge dont les œuvres attestent la foi, modeste, laborieux, irréprochable,

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1 ! le .« t'iis les devoirs do la religion? il enyiera son sort en secret, il regrettera de ne pas lui ressembler, lors même que, par foiblesse, il raillera sa piété. Arrive-t-il qu'on lui fasse quelques observations sur son incrédulité, sur les appuis fragiles de ce qu'il appelle ses opinions; qu'on lui demande compte dos motifs qui l'ont déterminé? il sera dans le trouble et l'agitation. Quel est celui qui ait un système d'incrédulité Lien lié dans toutes ses parties, fondé sur des principes bien lumineux? après avoir franchi les barrières sacrées, où s'est-il arrêté? S'il ne professe pas le symbole des chrétiens, qu'il nous dise quel est son symbole; qu'at-il retenu de la religion révélée, qu'admetil de la religion qu'on appelle naturelle? franchement il ne sait trop ce qu'il croit et ce qu'il ne croit pas , il flotte à tout vent de doctrine. Quel est celui qui, dans son incrédulité, soit pénétré de cette conviction forte qu'éprouvent dans la religion tant de chrétiens qui la professent et qui en remplissent courageusement les devoirs? Combien qui, ramenés par la réflexion ou le malheur à la religion, ont confessé ingénument qu'ils

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n'avoient de l'incrédulité que les dehors et les apparences!

Que vovons-nous encore dans le cours ordinaire de la \ie? Trop souvent la prospérité enivre , les passions emportent, l'orgueil aveugle; alors, dans je ne sais quelle ivresse, on oublie Dieu, sa religion et ses lois; on les blasphème, on se dit, on se croit incrédule. Mais que le malheur vienne frapper quelque rude coup, on est tout étonné de voir s'évanouir cette incrédulité qui paroissoit si résolue; qu'un époux perde une épouse chérie, une mère son fds, un ami son ami, leur irréligion jusque là si décidée, ce semble, est poussée à bout; ils sont révoltés de l'idée que l'être qui étoit l'objet de leur tendresse n'a plus dévie, n'est qu'un pur néant, ou tout au plus n'est qu'une poussière vile, insensible. Cette pensée a quelque chose qui les désole; malgré eux, ils aiment à croire que tout n'est pas mort avec lui, que quelque partie de lui-même lui a survécu; malgré eux, ils se plongent dans une rêverie profonde, dans la pensée d'un Dieu, d'une providence, d'une vie immortelle;. pensée qui se réveille surtout

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quand on rend les derniers devoirs à ce qu'on a aimé. Jamais peut-être l'homme n'est £ ) ] 1 1 s assailli <lc sentimens religieux qu'au milieu du séjour des morts. Non, jamais l'homme ne dit sur un tombeau: Il riy a point de Dieu. C'est sur les débris et les ruines de ses semblables que l'homme, humilié de sa dégradation corporelle, aime à se consoler par les destinées de son aine immortelle; il cherche à se sauver des ravages du temps dans le port de l'éternité. Or, quand on veut réfléchir, qu'aisément ces grandes et premières idées d'un Dieu et d'une vie future conduisent à la religion, qui nous apprend à adorer l'un et à trouver dans l'autre le bonheur !

Yoilà donc comme de bien des manières la croyance se décèle dans ceux-là mêmes qui semblent ne plus en avoir. Oui, jeune incrédule, vous croyez encore plus que \ous ne voudriez croire; lors même que vos discours outragent la religion , un reste de foi vit dans la partie la plus intime de votre cœur; vous sentez en vous quelque chose qui réclame contre votre langage; c'est un feu caché, mais qui n'est pas éteint; par in-

tervalle, il i • jaillit quelque étincelle qui, en vous éclairant, nous alarme; to vit au plus vous êtes dans une sorle de doute et de perplexité, et si, malgré tous vos efforts pour ne pas croire, vous ne pouvez étouffer entièrement toute croyance, cette impuissance seule atteste hautement combien le sentiment religieux est inséparable de vousmême. 11 vous arme peut-être souvent d'argumenter contre la religion, mais ces argumens mêmes ne font que déceler l'envie (pie \ous avez de vous tranquilliser dans votre irréligion; vous voudriez enfin trouver ce calme, cette lumière, cette adhésion imperturbable de l'esprit qui fait la conviction, et que vous n'avez pas. On a dit d'un poète voluptueux qui mêle aux peintures du plaisir les souvenirs de la mort : 11 en parleroit moins, s'il ne la craîgnoit pas s et ne peut-on pas dire de vous que vous argumenteriez moins contre le christianisme, si vous étiez plus rassuré contre les craintes qu'il inspire? "V oudriez-vous être surpris par la mort dans cet état d'incrédulité, ou plutôt ne cherchez-vous pas à vous rassurer par le vague espoir d'examiner un jour la religion

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et d'y revenir enfin ; dispositions secrètes, quoique souvent inaperçues, qui sont, pour parler avec Tertulhcn, le témoignage d'une ame naturellement chrétienne. Votre incrédulité n'est donc pas ferme et sincère.

Je dis en troisième lieu que l'incrédulité des jeunes gens n'est pas pure dans ses motifs, qu'elle n'est pas désintéressée.

Qu'un incrédule, après avoir long-temps erré dans les voies de 1 irréligion et du vice, revienne enfin au christianisme , qu'il le professe publiquement, qu'il le pratique et fasse plier ses habitudes sous le joug de l'Evangile, j'avoue que ce retour m'étonne et me frappe vivement, lorsque tout me porte à croire qu'il est sincère; et quel intérêt ayoifcil à quitter des opinions commodes pour une religion pure, il est vrai, mais gênante pour ses penchans? Comment cet esprit indocile a-t-il été subjugué? J'admire ici l'empire de cette religion qui maîtrise l'esprit et le cœur, et c'est parce que les passions ne sont pas intéressées à ce changement merveilleux, que je le crois pur dans ses motifs; il n'en est pas ainsi de l'homme qui passe de la religion

à l'indifférence ou à l'incrédulité décidée. En effet si les jeunes incrédules pouvoient se rendre le témoignage que c'est le seul amour de la vérité et de la vertu qui les a engagés dans le parti de la philosophie irréligieuse du siècle; si, depuis qu'ils ont ahaudonné le christianisme , ils étoient plus réservés dans leurs discours, plus appliqués à leurs devoirs , plus sévères dans leurs mœurs , plus irréprochables dans toute leur conduite , alors je pourrois croire qu'ils n'ont eu aucun intérêt humain à se déclarer pour l'incrédulité. Mais de bonne foi où sont les jeunes gens qui ne deviennent incrédules que pour devenir meilleurs, qui n'abjurent le christianisme que pour sortir de quelque habitude criminelle, et ne brisent la chaîne de la religion que pour briser celle de quelque passion invétérée? ou plutôt, je parle ici en général, l'époque de leur irréligion n'a-t-elle pas été celle d'une conduite désordonnée? Avant que l'amour du plaisir se fut entièrement emparé de son amc, il aimoit, il goùtoit la religion; mais on a voulu secouer le joug du devoir, il a bien fallu secouer celui d'une religion importune, cher-

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cher dans des maximes pins commodes les moyens de tranquilliser sa conscience, et d'en calmer les alarmes 5 il y a toujours dans tin cœur égaré |>ar les passions des raison* secrètes de trouver faux ce qui est vraij il s'vlève du fond de la nature corrompue des nuages qui obscurcissent l'intelligence 5 on se persuade aisément ce qu'on aime, et, quand le cœur se livre au plaisir qui séduit, l'esprit s'abandonne volontiers à l'erreur qui justifie. Oui, trop souvent les raisons de l'incrédule sont dans ses passions.

Celui-ci esl emporté par l'orgueil, par je ne sais quel amour effréné d'indépendance; toute sujétion le révolte, il n'aspire qu'à être libre de tout joug, même de celui de la Divinité; il se sentiroit presque humilié de reconnoître pour maître le roi du ciel et de la terre; il semble se joindre à la troupe de ces insensés dont parle le prophète , et dire avec eux : «Je ne dépends que de moi seul; y> libre dans mes sentimens, qui m'empê- » chera de les manifester? mes lèvres sont à » moi, tout frein m'est odieux, et je saurai )) bien le briser : Labia nostra à nobis sunt. y> Et qui donc a le droit de m'imposer si-

» len Ce et de régler mes actions? je ne con- » nois point de maître : Quis noster Domiy> nus est? » Je vous le demande, comment un tel homme peut-il goûter une religion qui ne respire que soumission et simplicité, qui veut nous apprendre à être doux et humbles de cœur? il est incrédule par orgueil. Celui-là se livre à tous les excès d'une nature corrompue; d'abord il s'est élevé dans son cœur comme une guerre intestine, c'étoit le combat de la vertu contre le vice; fatigué de cette lutte, il a voulu être en paix, il s'est jeté dans l'incrédulité comme dans un asile contre le remords; vivant à peine comme un homme, comment penseroit-il en chrétien? il est incrédule par corruption. Un troisième ne se livre pas ainsi à ce que la débauche a de plus honteux et de plus brutal; mais il est ennemi de toute contrainte, il veut donner un libre cours à son esprit et à son imagination , il n'a pour règle que ses goûts et ses caprices; il lui faut une volupté douce, une vie sans gène, une suite de plaisirs délicats, d'autant plus attachais peut-être, qu'ils sont moins grossiers; et comment se soumettre à une religion qui

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Commande tant de sacrifices? il est incrédule par mollesse. Oui, Messieurs, on peut dire en général de tous les ennemis du christianisme ce que La Bruyère a dit plus particulièrement des athées : « Je voudrois voir )) un homme sobre, chaste, modéré, équi- » table, prononcer qu'il n'y a point de Dieu; » il parleroit du moins sans intérêt : mais » cet homme ne se trouve point.»

Maintenant, Messieurs, je consens à vous prendre pour juges. S'il est vrai que la plupart des jeunes incrédules ont puisé dans leurs passions mêmes les motifs de le devenir; s'ils ont plutôt le langage de la conviction sur les lèvres qu'ils n'en ont le sentiment dans le cœur; s'ils sont assez irréfléchis pour être devenus incrédules sans réflexion; en un mot, si leur incrédulité n'est ni éclairée, ni sincère, ni désintéressée, comment peuvent-ils se rassurer dans leurs écarts, et, s'ils veulent être raisonnables, peuvent-ils se dispenser de soumettre leur incrédulité à un nouvel examen? Tel est le fruit que nous attentions de ce discours.

Sortez donc, Messieurs, sortez de votre apathie; écoutez la voix qui vous appelle à

vous rendre compte à vous-mêmes de vos opinions trop précipitées. Est-ce trop exiger que de vous demander de vous montrer enfin raisonnables? soyez en garde contre ces novateurs impies du dernier siècle qui nous ont laissé pour tout héritage des systèmes monstrueux. Jeunesse imprudente, irez-vous donc toujours puiser à ces sources empoisonnées, et qu'attendez- vous pour repousser loin de vous toutes ces théories funestes qui, après avoir été si hautement confondues par l'expérience, ne doivent plus paroître que des rêves épouvantables? Je ne viens pas contester à leurs auteurs l'esprit et le savoir; je sais qu'on en vil briller quelques-uns à qui la nature avoit prodigué tous ses dons : mais aux yeux de l'honnête homme le talent n'est rien, si l'on n'en fait pas un bon usage. Je veux des flambeaux qui éclairent, et non des feux qui ravagent. Sans doute les écrivains du siècle de Louis XIV ne furent pas à l'abri des foiblesses de l'humanité; les préjugés de la naissance, l'esprit de secte et de parti purent bien les égarer sur quelques points de doctrine; la plume de tons ne fut pas toujours assez

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