‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 5)Chapitre 11 sur 38 · MOÏSE COIS SIDÉRÉ COMME AUTEUR · texte numérisé non relu

MOÏSE COIS SIDÉRÉ COMME AUTEUR

et des yeux pour être saisis , n'ëtoient que (les fables, et en supposant d'un antre côté que les Hébreux les ont cnis eonune des réalités, il ne faudroit pas licsiter à prononcer qne le peuple liébreu tout entier étoit atteint de la plus con)| îète folie.

Dira-t-on qu'il n'a pas cru à ces miracles , et qu'ainsi on ne peut invoquer son témoignage? Remarquez d'abord que cette nation étoit naturellement indocile , toujours prête à se révolter contre son conducteur 5 de là ses murmures, ses plaintes séditieuses, les regrets qu'elle donne à l'Egypte, aux alimens dont elle y avoit été nourrie. Qui donc a pu la doni[)ter, la soumettre au joug d'une législation austère^ chargée d'observances pénibles? Quels movens emplova Moïse pour se faire écouter? pas d'autres que les miracles qu'il oj)ère; sans cesse il les donne comme le sceau de sa mission divine; c'est sur eux seuls qu'il fonde son autorité. Si ces miracles n'étoient que des fables , il eût été absurde d'y croire , et si, n'y croyant pas, le peuple l'eût pourtant suivi comme l'envoyé de Dieu , c'eût été le comble de l'extravagance. Quoi! ils

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aiii oient regardé Moïse comme un imposteur, ils auroient été persTunlés que ses miracles n'étoient que des cliimèrcs inventées pour les tromper, et néanmoins ils se scroient soumis aveui>lément à ses lois, ils auroient été assez stiqndes pour se laisser maî^ triser par luiî tout cela n'est pas dans la ijature.

Il ne reste plus qu'une ressource à l'incrédidité, c'est de dire que la nation avoit concerté toute cette imposture avec Moïse, qu'elle étoit d'accord avec lui pour compenser cette merveilleuse histoire, et tromper ensemble la postérité. Quelle chimère! et <pi'il faut qu'une cause soit désespérée, quand on ne peut la défendre que par des îiY[)Othèses aussi absurdes! Quoi! pendant quarante ans, deux millions d hommes auroient constamment, unanimement concerté cette grande imposture, et pas un seul n auroit réclamé; et, au milieu du choc plus d'une fois violent des intérêts et des passions qui apitoient les tribus, ]>as une seide voix ne se seroit fait entendre en faveur de la vérité; et, parmi ces séditions qui éclatoicnt si souvent, pas \\n

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seul Hébreu ne se fût détaché de ce complot infernal ; et , après la mort de Moïse , pas un seul homme assez vrai pour faire rougir ses concitoyens d'un tel mensonge! Quoi! la nation entière auroit dit à Moïse (i): (( Nous savons très-bien que vous )) n'êtes pas l'envoyé du ciel; mais n'im- )) porte : composez une fable absurde, et y) nous et nos enfans nous feindrons de )) croire tout ce qui! vous plaira d'ima^i- » ner. INous n'avons fait que côtoyer la mer » îlouge, et nous affirmer on s qu'elle nous y) a ouvert son sein pour nous livrer pas- )) sage; vous nous donnerez une religion » sévère 5 qui ne sera que votre ouvrage; » nous la suivrons comme si elle venoit de » Dieu! )) ?i'est-ce pas insulter à la raison humaine que de supposer un semljlable pacte entre un fourbe et toute une nation? Enfin, pour que tous les genres de preuves soient réunis, vovez comme l'histoire se trouve confirmée par une foule d'institutions qui la rendent sensiJjle à tous les yeux. La fête de Pàque , celle de la Pente--

(i^ Duvciîin , page iGo.

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cote et des Tabcniacies, l'usage clc raclicter les premiers nés, les cantiques saerës, tels que celui où IMoïi^e, dans une poésie toute divine, célèbre le passage de la mer Rouge, 11; vase plein de manne et la verge (l'Aaron déposés dans le tabernacle, les deux tables de la loi mises par ordre de !Moïse daiîs l'arclie d'alliance, les lames d'airain altacliées à l'autel, comme nn mémorial du crime et de la niort funesle de Coré , Dathan et Abiron , ces sacrilèges usurpateurs du sacerdoce, bien des rites et des cérémonies du cvdtc public (i), tout cela retraçoit et rendoic comme toiijours présens les prodiges qui a\ oient signalé la sortie d'ligv[)te, la pu])lication de la loi, le séjour dans le désert. (( 11 y a en quelque )) sorte deux Iiisloires de Moïse, l'une qui )) est écrite dans le ll\rc qui porte son nom, )) l'autre qui est comme gravée dans les )) cérémonies et daris les lois observées par )) les JiùH,, dont la pratique étoit une )) j)reuve \ivante du livre qui les oidon- )) noit, et même de ce fju'il conticiii: de

(j; Du voisin, page 171,

xj6 moïdE considéré comme auteur ); plus mer\eillcux (i). » Sans cloute une fétCj un ]iymne sacré, un njonunient quelconque, ^iis sont de beaucoup postérieurs aux évènemens, n'en sont pas toujours une preuve décisive- mais, lorsque dans une nation eon histoire, ses tiaditions orales, ses fêtes rcli^^icuscs et civiles, ses rites et ses cantiques sacrés, ses institutions, \iennent de la même online, remontent à la même époque, comment n'être pas frappé de cet accord, et ne pas convenir qu alors l'histoire écrite est appuyée par Ls u!^ages et les monumens sensibles , que ces riioiiumens sont à Ijur tour expbqués par l'îiiittoire écrite, et que cet erisemble paiTa-t a sur tout esprit raisonnable une force invinciljle?

Ainsi, Messieurs, deux choses sont éta- }>lics, la première, que Moïse, qui ^ivoit, il y a plus de trois mille ans, est réellement auteur des livres qu'on lui attribue, et que nous ap])elons le Pentateuque; la seconde 5 que Moïse est un auteur très-^ éridique dans les faits qu'il novis raconte. De là nous tire-

(i) Dircours à la suite des Pens;'cs de PaJcaL

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Yons deux conséquences principales qui en renfermeront plusieurs autres accessoires.

La première conséquence, c'est que le Pentateuque est un des livres les plus anciens qu'il y ait sur la terre , pour ne pas dire le plus ancien des livres connus. Qui le tient peut dire sans crainte :\olei le pins précieux et le plus antique monument de l'esprit humain. Clicz quel peuple en trouver un semblable? où sont les ouvrages qui aient, comm.e celui de Moïse, trente-trois siècles d'antiquité? Sanchoniaton avoit écrit, dit -on, les annales des Phéniciens 5 mais que nous en reste- 1- il? un fragment que Porphyre a cité le premier. 11 est des savans qui ne le font pas remonter au-delà de la guerre de Troie , et tous le font bien certainement posléricur à Moïse. Bcrose avoit écrit les annales des Egyptiens, Manéthon celles des Chaldéens (1)5 or l'un et l'autre sont postérieius de mille ans à l'historien sacré. Chez les Perses , vous trouvez Zoroastre, avec les livres dont il passe pour être l'auteur j mais les érudits les plus

(1) Hook , tome II, page 108.

178 MOÏSE CONSIDÉRÉ COMME AUTEUR versés dans ces matières ne le font contemporain qne de Daiiiis, fils d'Hystaspe (1). ^ Le premier compilateur de l'iiistoire cLinoise, Coniiiciiis (2), yivoit cinq cent cinquante ans avant l'ère chrétienne.

Que si le PenLateuquo est si ancien , ne soyons plus étonnes qn'il donne sur l'ori- ■ glne des peuples, sur les évcnemens primitifs, des connoissances qu'on clierclieroit vainement ailieiu^s, et que ce soit ici le livre oriî.'inal dont beaucoup d'autres et I)ien

des tradi lions n'ont été que des copies informes. Dès-lors' il est injuste de vouloir le coRibaltre sur certains points, par le silence des écrivains, postérieurs de plusieurs siècles; et par cela seul il est raisonnable d'expliquer les traditions des autres peuples par celle des Hébreux.

Que si le Pentateuque est si ancien , ne soyons plus étonnés cpie sur les dates, sur les usages, sur les noms des peuples et des villes, sur les détails géographiques, il présente des obscurités. INouSj Français, non s

(1) 49^ ans avant Jt'-u 5- Christ ; voyez le Père Lamberl,^ Vérité et sainteté du Christianisme, page loy. (?.) Lettres <ic quclq-acs Juifs, ■

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