HISTORIEN DES TEMPS PRBIITIFS
Lne (Î('S clioscs les ]}liis capables dïntérosscr riiomme et de liiistniire en charmant ses loisirs, c'est bien sans doiile. Messieurs, la lectin^e des ouvrages bisloriqucs. En liant le présent au passé, en développant la chaîne des nations et des siècles, l'histoire fait passer en fpieîque sorte sous nos yeux les peuples divers avec leiu's mœurs et leurs lois , leurs époques de gloire et leurs époques de décadence. INous aimons a remonter à leur origine, à connoître leurs fondateurs, à les sidvrc dans leurs progrès, à rechercher les causes de leur élévation comme celles de leur chute, à comparer les rôles qu'ils sont venus jouer chacun à leur tour sur le théâtre du monde; et, lorsqu'il est témoin de tort tes ces scènes si variées, si rapides et souvent si tragiques j le lecteur réfléchi, le chrétien sur-
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tout, s'élève riaturelicnjcnt vers celui qui, cUi troue immobile de son éteruité, lient clans ses mains les rênes cUi monde, marque à cliaquc nation sa place comme à cliaque individu, fait mourir les empires les plus anciens pour en créer de nouveaux, et seul est immua- Lie au milieu de ces perpétuelles agitations. Mais, si parmi les monumens liisloriques il en est un qui doive exciter l'intérêt et la curiosité de tous, qui ne soit étranger à aucun peuple, qui soit pour tous les hommes comme un monument de famille, c'est, Mes- j sieurs, l'histoire que Moïse nous a laissée des premiers âges, dans ce livre où chacun peut lire son origine et sa destinée, ses malheurs et ses espérances, et que nous trouvons à la tête de nos livres saints sous le nom de Genèse. Je ne dirai point ici tout ce qu'il renferme de sublime dans sa simplicité, de pur et de beau dans sa doctrine, d'attachant par la description des mœurs patriarcliales, telles qu'on les retrouve dans la vie d'Abraham, de Jacob, de Joseph et de ses frères; mon dessein aujourd'hui est de considérer uniquement Moïse comme historien des temps primitifs , et de venger la
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fidélité de ses lécils coiitre les altarpics de 1 iiicréJidité.
11 csl des é ru dits qui se sont eiifoiicés dans 1 'S IcnèJjrts de 1 aiiti(|i!ilé pjofane pour y cliCTclier des ar^aimens eonlre 1 lii^rtoire niosaïqiîc, et qui \olon tiers adoptcroit^nt toutes L s rêveries des âges fabuleux , pouMi qvi on les dispensât de croire à nos livres saints; il est auiigi des écrivains très -versée dans les sciences natnreilrs, cccvipes de rccLerclies sur la fornjalion et la stmcture du gloLc, connus sous le nom de géologues, qui ont en quelque sorte remué la terre cnlière pour y découviir quekpie chose de contraire au relit de Moïse, i,oil sur la cjn-alion, soit sur le déluge, et qui, composant un monde à leur manière , se sont permis de bafouer sans ménagement léeri\ain sacré, parce que sa liarration ne s'accordoit ]>as avec leurs systèmes. Je ne viens contester, ni à ces érudits, ni à ces géologues, leur science et leur talent, encore moins blâmer les cfibrts de l'homme y^our éclaircir les antiquités ou pénétrer dans les secrets de la nature; il est beau de ^oir l'esprit hiunain se livrer à des recherches qui, eans coxduire
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à des résultats toujours heureux, ne sont jamais entièrement perdues, et promener ainsi ses pensées dans toutes les parties de ce vaste univers; c'est un roi qui vovage dans toute l'étendue de son empire poiu' mieux le counoître. Mais, en respectant la science, en rendant hommage à ses efforts et à ses découvertes, soyons en garde contre ses écarts et ses paradoxes : que ne peuvent pas le goût de la nouveauté, Famour de la gloire, le désir ardent d une rapide célébrité, pour égarer les esprits même les plus suLlimcs! Ce n'est pas faute de génie que Dcscartcs imagina ses tourbillons , et Buffon son monde de verre : plus d'une fois le génie invente les svstcmes et le bon sens les réfute. Pour en revenir à notre sujet, on peut d'abord être intimidé d'un certain appareil de science déployé contre Fhistoire mosaïque; mais, avec de la réîlexion et lui peu de logique, on fait bientôt disparoître ce qui sembloit si effravant. Nous allons donc examiner le récit de Moïse sur les deux faits principaux que contient la Genèse, je veux dire, la création ^ et le déluge, et faire voir qu il n'est contredit • en cette matière ni par aucun fait démontre
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cic îa saine physique, ni par ks traclilioiis certaines des peuples. Tel est le plan de celle conférence sur Moïse considéré comme auteur de la Genèse.
Qu'il ne faille pas clierclier dans Moïse le pL ysieien profondément versé dans les détails des sciences naturelles, dans la connoissance des causes particulières qui produisent les pjiénomènes de ce monde visible, c'est ce que nous avouerons sans peine. L'écrivain sacré n'a pas eu pour but de faire de nous des pbysiciens et des savans; une pensée plus honoraJjle à sa mémoire, plus digne de celui qiii Fenvoyoit, plus utile à riiumanité, occupoit son ame tout entière : c'étoit d'éclairer les liommes sur Dieu et la providence ^ sur leurs devoirs et leur destinée, de conserver et de propager ces vérités premières et sacrées sans lesquelles il n'y aura jamais ni religion , ni morale, ni société. Sa science toute populaire é'oit faite pour l'universalité du genre humain ; ne soyons donc pas étonnés qu'en parlant de la terre et du soleil, du spectacle de la nature et des phénomènes quil présente, il se soit servi d'ex-
l88 MOÏSE CONSIDÉRÉ COMME ÎÏISTORIEN pressions consacrées par i'usa^e. Le langage de iliislorien, du poêle, du législatciu', n'est pas celui du pliysioicn qui disserte d'vme manière rigoureusement exacte : même aujourd imi parmi nous, quel est le savant qui ne parle dn cours du soleil, de son lever et de son coucher, encore que dans son opinion tout cela ne soit qu'apparent? et, s'il dédaiguoit ce langage sons prétexle qu'il n'est pas physiqviement \rai, ne passeroit-il pas pour un personnage très-ridicvde? Une s'agit donc pas de reproclier à Moïse des expressions populaires qui étoient conformes aux apparciices ou à des opinions imiversellenu'nt répandues sur le système de ce monde visible 5 et par là même les seules qu il clevoit employer. Mais aussi, quand il nous raconte des faits et des évènemcns, et qu il les décrit, non en poète, mais en historien, loin de nous alors la folle témérité de contredire ses récits, de les combattre par des conjectures et des systèmes qui peuvent n'être que des chimères.
Il faut le dire, Messieurs, on a vu s'élever de nos jours une midtitvule de fabricateurs de mondes, qni, arrangeant et dérangeant