MO'iiîJ: CO>SIDÉJlÉ CO^SOIE HISTORIEN
ta?^ey quanti jria^ls dlcerc (i). Si vous faisiez observer que, dans cette opinion c[ui fait des six jovus autant d'époques indéfinies, le monde pourroit être plus ancien qu'on ne le suppose communément , je répondrois que la chronologie de Moïse date moins de 1 instant de la création de la matière, que de l'instant de la création de l'homme, laquelle n'eut lieu que le sixième jour. L'écrivain sacré suppaitc le nombre d'années du premier homme et de ses descendans, et c'est de la supputation des années des patriarches successifs que se forme la chronologie des livres saints, en sorte qu'elle remonte moins à l'origine même du globe , qu'à l'origine de l'espèce humaine. Dès-lors Tious sommes en droit de dire aux géologues : (( Fouillez tant que ^ ous voudrez dans » les entrailles de la terre; si vos observations y> ne demandent pas que les jours de la créa- )) lion soient plus longs que nos jours ordi- :»naires, nous continuerons de suivre le )) sentiment commun sur la durée de ces )) jours; si au contraire vous découvrez d'une )) manière évidente que le globe terrestre
(i; De Civit. D€i, lil. Il, dup. vi.
» avec SCS plantes et ses animaux doit être » de beaucoup plus ancien que le genre hu- )) main , la Genèse n'aura rien de contraire )) à cette découverte; car il vous est permis )) de voir dans chacun des six jours autant )) de périodes de ttnips indéterminées, et >) alors vos décoiu crtes seroient le commen- )) taire explicatif d'un passai^e dont le sens )) n'est pas entièrement fixé. »
Poursui\ons. Dans son récit, Moïse passe légèrement sur la création des astres qui brillent dans les cieux : (( Dieu, est -il dit, )) lit aussi \' s étoiles, )) el stellaSy mot bien sim[)le, mais bien sublime dans sa simplicité, qui fait comprendre que rien n'est pénible au Créateur, et qu'il ne lui en a pas plus coûté de semer les étoiles dans le firmament, que les grains de sable sur les rivages de la mer. Mais tous ces globes lumineux qui roulent sur nos têtes sont-ils babités, ou ne le sont -ils pas? c'est sin- quoi Moïse n a pas satisfait notre curiosité. Dans cette matière , les opinions sont libres * nous ne disons pas que les astres sont peuplés d'iiommes comme nous, nous n'en savons rien 3 mais enfin vous paroît-il étrange que la
20^ MOÏSE CONSIDÉRÉ COMME mSTORIEN terre qui n'est qu'un point dans l'immensité soit seule habitée, et cinc le reste clc l'univers ne sort qu'une vaste solitude? aimezvous à placer dans le soleil, dans la lune, da:ns les planètes et les mondes étoiles, des créatures intelligentes, capables de connoître et de glorifier le Créateur? la religion ne vous défend pas d'embrasser cette opinion- La Fluralité des Mondes de Fontenelle peut bien n'être qu'un ingénieux roman , mais vous êtes libres d'y voir une réalité. ->ous avons cru devoir faire toutes ces remarques, parce que, faute de bien connoître ce que la religion enseigne j)Ositivement , et ce qu'elle abandonne aux disputes des hommes, on lui attribue une doctrine qui n'est pas la si<3nne;on se remplit de préjugés contre elle; d'où il arrive que plus d'une fois on croit l'attaquer avec succès , lorsqu'on ne fait que se débattre contre des chimères.
Je viens à ce qui fut le chef-d'œuvre de la création , et couronna l'œuvre des six jours , la création de l'honnue. Pour ne pas m^écarter de la manière dont j'envisage aujourd'hui mon sujet, je me borne à deux circonstances principales- la première j c'est
Drs TEMrs riuMiTirs. 20.)
que, selon Moïse, Adam et Eve soi:^'^ la tig~^ unique de tout le genre hiUDain ; idée qui devroit nous être chère, piiis([uVlle fait de tous les peuples de la terre une seule famille. Ici l(^s incrédules,! oltaire à leur tète, ont fait une oJjjection Lion frivole et bien irréfléchie; ils ont voulu combattre cette unité d'origine du genre liumain par la diversité de ses couleurs; ils ont prétendu que les blancs et les noirs, les lïottenlots et les Européens, dévoient appartenir à des espèces essentiellement diliérentes, comme si l'esj^èce humaine, originairement la même, n'avoit pas pu, ainsi que Ta établi Bufron(i), subir di\ers changemens par FinHuence du chmat, par la dillerence de la nounitiu'c, par celle de la manière de \i\re, j=ar les maladies épidémiques et autres causes purement accidentelles. On conçoit encore que les mêmes causes ])hysi(pics, ])ar leur action contiiuiellement répétée sur les habitans des dis erses parties du globe, ont du produire des ^ariétés caractérisliques et diuables; voilà pourquoi certains natura-
(i) lliiioirvj na'urcKc, Lomc Y, in-ii , p-i^Co 112 cl suiv.
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listes oiii p\i (lisliuj^uer, non j)as des espèces j d'hommes essentiellement diilerenteSj mais diverses races marc[uces à une conformation et à des traits particuliers (i).
En second lieu, Moïse nous représente Ihomme comme établi de Dieu même roi de la terre et des animaux qui Fliabitent^ idée bien noble, sentie et célébrée par les païens eux-mêmes. Gardons-nous, Messieurs, d'abjurer cette liante destinée. Comment se fait- il cpie de i>rands penseurs , après avoir vanté la majesté de l'iiomme, pour l'affranchir du jou«^ des devoirs, cherchent à le dépouiller de sa royauté , en l'abaissant au rang do ses sujets? iN'est- ce donc point assez que nous soyons dégénérés de l'intégrité et de la beauté primitive de notre nature , comme ne l'attestent que trop le dérèglement de nos penchans et nos malheurs? faut-il encore que, par une nouvelle dégradation, nous nous ravalions nous-mêmes au-dessous de ce que nous avons conservé de grandeur après notre chute ? fautil que nous prêtions l'oreille à ces docteurs
(i) Locépèdc, Discours d'ouïe'. ture û» cour? c3e zoologie de l'an 9,
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hlzarros, qui, faisant la i^éiicalogiedcs êtres, nous font l'honneur de nous faire descendre de la race des singes; doctrine dégoûtante qu'on a, voulu fonder sur des ressemblances de l'organisation physique. Mais ce parallèle qui ne jMOuveroit rien, fi\t-il fondé, n'a pas même le triste mérite de l'e^sactitude. L'auteur de YAnatomie cojnparêe{\) a dit quelque part qu'on avoit ridiculement exagéré la ressemhlance de 1 homme des bois avee noiis. Laissons doric cette abjecte philosophie aux matérialistes qui peuvent s'y complaire : pour nous, restons hommes, tels que Dieu nous a faits, raisonnables, libres, immortels comme lui, et par tous ces dons, image réelle, quoique imparfaite sans doute, de celui même qui est notre créateur.
Je ne finirai pas cette partie de mon discoius, sans vous faire remarquer, Messieurs, cpic toutes les traditions immémoriales de toutes les contrees de la terre a iennent à l'appui de la narration de Moïse sur les tem^is ])rimilifs. Ainsi toutes les traditions nous parlent de ce qu'on appelle le cliaos, état do choses encore informe et ténébreux, d'où fut
(1} P-M^imc des trois Rî-gne^, toinç il, dernière nolo.