‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 5)Chapitre 25 sur 38 · COMME LÉGISLATEUR · texte numérisé non relu

COMME LÉGISLATEUR

1 AEMi les spectacles extraordinaires que nous offre de temps en temps l'histoire de l'esprit Inimain , 1 un des plus étonnans sans doute , c'est celui qu'elle nous présente dans Moïse , brisant les fers des Hébreux captifs en Egypte, conduisant et faisant subsister quarante ans dans le désert une mviltitude immense, triomphant à la fois et des révoltes fréquentes du peuple intraitable dont il est le chef, et des attaques des peuples belliqueux qui l'entourent- lui donnant un culte saint et pur, une morale sévère qui réprime tous les vices et commande toutes les vertus , des lois sages et fortes qui gênent tous les pcnchans, si durables que le temps ni l'infortune ne pourront les détruire, et qui toujours chères à leurs sectateurs, dans le temps même que l'observance n'en sera plus possible , régneront du moins dans leur cœur, et sembleront ainsi porter le sceau

d'une éternelle cliirëc. Quel contraste entre ce peuple sinj^ulier et les autres peuples de la terre , au temps de Moïse , il y a plus de trois mille ans! Les nations étoient plongées dans les superstitions les plus honteuses; pour elles, le polythéisme avoit rempli la terre et les cieux d une foule de divinités bizarres, ou impures, ou ciTielles; et voici qu'un peuple nouveau, éclaiié par son léj^islateur, fait hautement profession de n'adorer qu'un seid Dieu, créatevu' et maître de l'univers. Partout la licence et des pratiques infâmes étoient autorisées par l'exenqde des sages ou même des dieux; et voici que Moïse appelle un peuple entier à des mœvus pures, ne lui inspire que ce qui est honnête, et lui défend sous des pcîines euiayant -s ce qui ne l'est pas. Ou\rage des hommes, susccptibicsde perfection ou périssables connue CLix, les systèmes divei^ de législation se perfectionnent ou se détériorent par le temps; et voici cfue Moïse établit une loi qui a toute sa perfection dès son orii^ine, /? la qu lie d sera défentlu de lien ajouter, comme il sjra défendu d'en ri^n surprim^'r : tant elle renferme pom^ le peujde qui doit la sui>rc l'en-

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Semble des préceptes par lesquels se veillera sa conduite morale, domestique et civile!

Certes, Messieurs, si l'on examine avec tant de soin les anciennes lois de la Grèce <'t de Home , si Ton aime à rechercher quels furent les avantaues et les inconvéniens de la législation des peuples divers, à connoître ses rapports avec le climat, les mcoius, le ^énie de ces mêmes ]:>eu{)les, quelle att(nition ne mérite pas la loi de Moïse , la plus antique de toutes, la plus étonnante par f-a durée et par ses effets, la plus complète dans toutes ses parties, et parvenue jusqu'à nous tlans sa primitive iiitégrité, telle qu'elle est sortie des mains de son auteur, il y a trentetrois siècles? Oui , c'est dans cette haute aîitiquité, dans ces temps recidés où des nueurs ^^rossières, des superstitions insensées, régnolcnt de toutes parts, qu'on \it ])?.roître le grand personnage qui donna aux Hébreux une religion, un gouvernement et des lois. Que si après l'examen le plus imparûal nous Irouvons que Moïse sut s'élever au-dessus des préjugés des nations, dégager la vérité des ténèbres dcl'erreiu' et du >ice, pour la faire briller dans toute sa beauté,

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donner à son peuple une religion sainte , une morale pure, une législation juste et sage, j)Ourrons-nous nous défendre de quelques mouvemens d'admiration , et ne pas rendre hommage à celui à qui est dii ce merveilleux ouvrage? ou plutôt ne serons-nous pas forcés d'y reconnoître quelque chose qui ne ^ient pas de l'homme, et d^a vouer que tant de sagesse est descendue du Père des lumières, et que Moïse en a été non l'inventeur, mais l'organe docile et lidcle? Tel sera, nous osons le croire, la conclusion de ce discours. Pour rendre cette vérité plus sensible et pour éviter toute confusion , nous allons présenter Moïse comme législateur, d'abord dans Tordre rehgieux et moral, ensuite dans Tordre politique et ci^ il. Tel est le plan de cette conférence sur Moïse, considéré comme législateur.

De tous les législateurs qui ont paru sur la terre , qui se sont appliqués à policer les peuples, à régler leurs mœurs, à soumettre au joug des lois leur farouche indépendance , il n'en est pas un seul qui n'ait appelé la religion au secovirs de sa politique , ou plutôt qui n'ait fondé sur la religion même,

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comme sur la base éternelle de tout ce qui est durable, l'édifice de sa législation; nt sans doute une telle conduite de la part de tout ce qu'il y a eu sur la terre de plus puissans génies est une preuve bien frappante de la foiblesse de l'homme abandonné à luimême, et du besoin qu'il a de Fautorilé di- \me , pour donner un appui solide à l'œuvi-e fragile de ses mains. En falloit-il davantage pour confondre ces sophistes dont Fin expérience égaloit la médiocrité, et qui, prenant la fureur de se distinguer pour du génie, croyoient avoir trouvé le secret de se passer de Dieu et de fonder des sociétés sans religion? Mais à la tête de tous les législateurs paroit Moïse, prodige de sagesse et de lumières, aux yeux de' ceux mêmes qui auroient le malheur de ne voir en lui qu'un législateur humain, bien supérieur à tous par la beauté de sa doctrine religieuse et morale. Pour en être convaincus, voyez quels sont les dogmes religieux qu'il enseigne et le culte qu'il établit.

Le premier ou })lutot l'unique objet de toute religion, c'est Dieu : or quelles notions pures et sublimes nous en donne

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Moïse dans ses écrits! comme ici ses pensées s'élèvent au-dessus de celles des esprits les plus vantés de ranti(piité païenne! Sviivant lui, c'est le Dieu rpii a créé l'univers par sa volonté toute -puissan te : Au conimencement, Dieu créa le ciel et la terre; il dit: Que la lumière soit, et la lumière fut. C'est le Dieu éternel , immuable , renfermant en lui toute la plénitude, toutes les perfections de l'être , soiu'cc nécessaire de tout ce qui vit et respire. Tout ce qui nVot pas lui n'a pas toujours été et pourroit cesser d'être, il a dit de lui-même : Je suis celui qui suis. C'est le Dieu unique, immense, dont la providence embrasse l univers entier.

Considérez, est-il dit dans le Deutéronome, quil ny a pas d'autre Dieu que moi; c'est moi qui fais mourir y et cest moi qui fais vivre; c'est jiwi qui blesse, et c'est moi qui guéris, et nul ne peut se dérobera mon empire. (( Non, dit Bossuet, le Dieu cpi'ont touy) jours servi les Hébreux comme les cliré- )) tiens n'a rien de commun avec les divinités )) pleines d'imperfections et même de vices )) que le reste du monde adoroit. INotre Dieu » estun.infmi, parfait, seuldii^ne de venger

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» 1rs crimes et de couronner la vertu , ])arce )) qu'il est la sainteté même. Avant qu'il eût )) donné l'être, rien ne Fa voit que lui seul. )) Moïse nous enseigne que ee puissant arclii- »tecte, à qui les choses coûtent si peu, a )) voulu les faire à plusieurs reprises et créer )) l'univers en six jours, pour montrer qu il )) n'a<^it pas avec une nécessité ou par une )) impétuosité aveugle, comme se le sont ima- )) giné quelques philosophes. I^ soleil jette )) d'un seul coup, sans se retenir, tout ce qu il )) a de rayons; mais Dieu qui agit par intelli- » gence et avec une souveraine lil^erté appli- )) que sa vertu où il lui plaît, et tant qu'il lui )) plaît. Le récit de la création , tel qu'il est )) fait par Moïse, nous découvre ce grand se- )) cret de la véritable philosophie, qu'en Dieu » seul résident la fécondité et la pidssancc ï) absolue. Heureux, sage, tout-puissant, seul )) suffisant à lui-même, tout dépend immédia- )) tement de lui; et, si selon l'ordre établi dans )> la natiue, une chose dépend de l'autre, par )) exenq^le, la naissance et l'accroissement des )> ])lantesde la chaleur et de la lumière, c'est » à cause que le même Dieu qui a fait toules y^ les parties de cet univers a vovdu les lier

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)) les vmes avix autres, et faire éclater sa sa- (( j^esse par ce merveilleux enchaînement.)) Yous le voyez, Messieurs, Moïse n'est point vm de ces fabricateurs de mondes , tels qu il en parut autrefois chez les Grecs, et tels qu'on en voit encore parmi nous, qui, se croyant assez habiles pour se passer de Dieu , étalent leurs systèmes bizarres de forces, àç. fatalité, de nécessité, {^atomes, de monde animé , de matière vivante ^ et nous donnent ainsi des mots pour des choses, les effets pour la cause, la lé*>islation de ce monde physique pour le législateur. Oh! comme après avoir parcouru tous ces ténébreux systèmes , l'esprit , cherchant la lumière, aime à s'élancer avec Moïse vers l'Etre immortel, puissant, intelligent, bon, parfait en un mot, cause première de tout ce qui est, des lois de la nature et de leurs effets; et comme il est ravi de cette parole d'un prophète, héritier de la doctrine de Moïse, parole sans laq\ielle on n'expliquera jamais rien : (( Dieu dit, et tout fvit fait, )) dixit et fiicta siintl

Mais, dira-t-on, pourquoi exalter ainsi la théologie de Moïse? n'a- 1- il pas partagé

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les idées grossières des païens sur la Di\inilé? Voyez comme il lui prête les formes. Jcs passions et les vices de l'homme ; dans ses livres , il nous la représente comme un être jaloux, qui entre en colère, ouvre les yeux, étend les bras, descend pour voir la tour de Babel. Messieurs , ce n'est là qu'un reproche plein d'irréflexion et de frivolité. A outlroit-on que Moïse eût toujours parlé avec la précision rigoureuse de l'école , et n'eût fait entendre à la midtitude qu'un langage intellîgil>le pour elle? C'étoit pour ]\vi une nécessité de proposer à des hommes cliarnels, sous des images sensibles, des vérités pures et intellectuelles. Les langues étoient nées avant qu'on eût fait une science de ce qu'on appelle la métaphysique- les poètes ont paru avant les idéologues , et voilà pourquoi les langues primitives dévoient manquer plus qvie les nôtres de termes propres à exprimer les choses d'un certain ordre. Même aujoiud'hui que la langue a des expressions pour les idées les plus subtiles et les plus abstraites, oii est l'écrivain qui se croie obligé de n'employer que Je langage rigoureusement exact? Encore que

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le christianisme ait épuré nos pensées , ait répandu sur la Di\inité des notions plus éloignées de tout ce qui est matériel, combien ne scroit pas ridicule et fati<^ant l'orateur clirétlen rpii rcjetteroit le style métaj)Jiorique, et s'al)sticndroit de présenter la vérité au peuple sons des images popi:laircs ! Certes 5 s i]s avoient sui\i cette métliode, Bossuet avec tout son génie ne seroit pas îe plus éloquent des hommes, ni Massillon le premier prosateur de la littérature française. Dans l'impuissance où nous sommes de parler dignement de la Divinité et de ses perfections, nous cherchons des similitudes, nous demandons à la nature entière des sentimens et des images qui agrandissent notre langage. On le sent Lien, toute langue est pauvre, tout discours humain languit, quand il s'agit de TEtre incompréliensible ; pour en parler d'une manière convenable, il faudroit des pensées et des expressions qui ne se trouvent pas dans le monde présent. Au reste , Messieurs , quand il est question des poètes païens, le système connu des erreurs grossières du paganisme, tel qu'il étoit uuiversellement accrédité; nous autorise à

prendre

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prendre littéralement ce qu'ils nous disent des jalousies j des querelles, des comljats de leurs dieux ; au contraire, la doctrine connue de Moïse, les hautes idées cpil nous donne des perfections de la Divinité, de sa puissance, de sa justice, de sa ];onté , de sa sagesse, tout cela nous avertit de chercher le sens spirituel caché sous des njétaphores dont la nature ou la disette de 1 idiome employé, le génie grossier des Hébreux, comniandoient [)his particulièrement l'usage.

Mais je passe à une difRculté plus sérieuse qui ne tend à rien moins qu'à faire des Hébreux et de leur législateur une nation de matérialistes. Aoltaire, que tourmentoit quelquefois la crainte de ^a^ enir, s'est plu à redire dans ses écrits rpie Moïse ne [)arle pas de 1 immortalité de Famé, que les Juifs ont ignore cette doctiine pendant plusieurs siècles, et qu ils ne l'ont connue que depuis la captivité de Babvlone. Messieurs, nous allons éclaircir cette difficulté avec quelque étendue, parce qu'elle a été proposée avec beaucoup de confiance par le patriarche des beaux esprits incrédules, et répétée sur sa parole par ses nombreux disciples. Je ferai remarquer H. 11

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d'abord que le domine de Fimmortalité de nos amcs fait partie du symbole des Juiis actuels, que cette foi étoit en général celle de leurs pères au temps de Jésus-Christ, cpi'en remontant plus haut on la trouve si profondément enracinée dans les cœurs que les Juifs ofFroient des sacrifices pour les morts, et qu'ils se faisoient un devoir de mourir pour leur loi, dans l'espoir d'une \ie meilleure 5 c'est dans cette sublime espérance que la mère des Macliabées puisoit le courage qu'elle inspiroit à ses enfans. D'après tous ces faits qu'on ne peut contester, je commence à soupçonner que cette croyance d'un point si capital, cliez une nation si invarialde dans sa religion, doit avoir une bien plus haute origine encore, et remonter d'âge en âge jusqu'à son berceau.

On voudroit qvie mille ans après Moïse les Juifs eussent emprunté des peuples dont ils étoient les captifs le dogme de la vie future : cp.el pax^adoxcî Consultons leurs monumens les plus authentiques. Daniel a vécu au commencement de cette captivité même: il faisoit gloire de n'avoir que du mépris pour les croyances païennes, d'être tldèle ù

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la rclii,^ion de ses pères, et c'est à elle qu'il a cln le courage de braver la mort: or c'est lui qui a dit ces paroles : (( De cette foule df; )) morts qui dorment dans la poussière de )) la terre, les uns se réveilleront pour une )) joie éternelle, et les autres pour un éter- )) nel opprobre. )) L'auteur du livre de l'Ecclésiaste vivoit avant la captivité, et c'est de lui que sont ces paroles si graves : (( J'ai vu )) l'impiété assise à la place de la justice, et )) j'ai dit dauF mon coevu : Dieu jugera le )) juste et 1 injuste, et alors ce sera le temps )) de toutes choses. » îsaïe a vécu avant la captivité; eh bien! après avok décrit la mort du superbe roi de Babylone, il le représente descendant au séjour des morts et il dit : «A. )) cette nouvelle, les morts, autrefois puis- )) sans sur la terre, princes, rois, conqué- )) rans, se lèvent de leur siège, ils vont à sa )) renconti-e, et le recevant dans le sombre » séjour : Te voilà, disent-ils d'un ton mo- )) queur, astre brillant, fds du matin, qui )) disois dans ton cccur : Je monterai au ciel )) je placerai mon trijne au-dessus des étoiy) les, je serai semblable au Très -Haut! )) te voilà aussi descendu ])armi nous!))

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îinagc sublime, mais qui, aprcs tout, n'eut été pour les Juifs qu'un langage ridicule, s i-s n'avoicnt pas été imbus de la croyance d'nnc autre >ie. Si je voulois multiplier les citalions, j'en trouverois de bien décisives dans Tobie, dans David, dans le livre de Jol), qu'on peut bien appeler en témoignage de la foi des Hébreux, puisqu'ils l'ont mm dans le catalogue de leurs livres sacrés. Tels sont donc les monumcns irréfragables de Tantique foi d'îsrael.

Dlia-t-on que sur l'immortalité de Tame on ne lit rien de positif dans les cinq livres de Moïse? Et qu'importe après tout, si, en remontant de siècle en siècle, on rencontre chez les Hébreux des traces manifestes de cette croyance; s'il est impossible d'assigner une époque postérieure à Moïse où cette doctrine ait commencé d'être connue; s'il est contre le bon sens de vouloir supposer que son peuple a été privé d'une eonnoissance qui a été commune à tous les peuples anciens et modernes, policés ou -sauvages, sans qu'on puisse en excepter un seul? Mais je vais plus loin. Il est vrai cpie YO^is ne trouverez pas dans Moïse les pro-

COMME LLIGLSL ITEI [î . 2 1J

messes et les menaces de la >ie fuluic au^si licttemeïit exprimées, au.s^i développées, qu'elles le sont dans les livres de la loi évangélique; le temps de cette lumière plus abondante n'étoit pas encore anivé; mais les récils de Moïse, mais son la]igage, mais SCS lois, tout en lui suppose cette doctrine. D'abord il nous enseigne que Fliomme a élé fait à l'image de Dieu, dès-lors appelé, quoique dans un degré bien inférieur sans douto^ à être intelligent, libre, lieureux, immortel comme son auteiu\ Dans le Deutéronome, Moïse console les Hébreux de la mort de leurs proches et de leurs amis , en Iciu" disant : J oiis êtes les enfans de Dieu, et c'est le cas de dire avec un écrivain : «Les enfans de:S )) hommes sont mortels comme leurs })ères5 )) les enfans de Dieu participent à sa divine )) nature et sont immortels comme lui. » Que signitlent le soin des morts et de leurs tombeaux, les sépulcres célèbres d'Abraham et de Jacob, dont Moïse nous entretient? ]N'est-il pas manifeste que le respect pour la cendre des morts tient à l'idée de l'immortalité de famé? D'où vient que, suivant l'expression de Moïbe, les palriaixhes se disent

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étrangers, voyageurs sur la terre? Les jonrù de mon pèlerinage, disoit Jacob à Pliaraon , ont été courts et mauvais ; la terre u'éloit donc pas sa véritable pairie. Pourquoi encore cette façon de ])arler que Moïse met dans la bouche des vieillards, qu'ils iront retrouver leurs pères, se réunir à leurs aïeux? tout cela n'est-il pas lie à une seconde vie? Enfin pourquoi cette défense si expresse et bien remarquable que fait Moïse dans ses lois, d'évoquer et d'interroger les morts? Fréretafait observer que cette loi raéritoit beaucoup d'attention , parce qu'elle prouve , ditil, (( contre les Saducéens modernes, qu'au » temps de Moïse les Hébreux croyoient » communément les âmes immortelles ; sans » cela , ils ne se seroient point avisés de les 3) consulter : on n'interroge point ce que )) l'on ne croit point exister. )) Que si Moïse insiste moins sur cette vérité, n'en soyons point étonnés* c'est cpi'elle étoit familière aux Hébreux, qu'elle étoit répandue chez eux comme chez tous les peuples de la terre sans exception, qu'elle se perpétuoit par la tradition orale, par l'enseignement des pères aux eiifans, par le respect des tombeaux.

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Oui, le peu clc soin que prend Moïse de riiiculquer nous démontre combien elle étoit commune. Son dessein ctoit surtout de prcnninir les esprits contre les erreurs doniinantes, contre ce qui pouvoit altérer, anéantir l'alliance solennelle dont il étoit 1 instrument; voilà pourquoi il ne cesse de rappeler l'unité de Dieu et ses perfections adorables j il étoit bien moins occupé de sauver son j)eiq^le d'un matérialisme inconnu que de Fidolàtiie qui étoit alors la grande, la déplorable, l'universelle plaie du genre humain. Je viens au cvdte puidic établi par Moïse en riionnevu' de la Divinité. Avant qvie Jésus-Christ \hit former sur la terre entière un peuple d'adorateurs en esprit et en vérité, fut-il jamais un culte plus pur, plus saint dans ses pratiques, plus propre à inspirer la crainte et l'amour de la Divinité , et par là même plus favorable aux mœurs et à la vertu que le culte mosaïque? L'appareil de la rehgion annonçoit la grandeur du Dieu qu'on adoroit; on immoloit des victimes sur son autel comme au souverain arbitre de la vie et de la mort, et ces victimes dévoient être saines et sans défauts, parce que lui-

même est infiniment parfait. C'est ici cpie Moïse liiillc d'un éclat qui lui esl particulier au milievi de tous les législateurs. Combien ne lui est -il pas glorieux d'avoir banni de >on culte ces dissolutions, ces excès de turpitude, ces sacrifices humains qui avoienfe souillé tous les cultes du paganisme, et qui, Giiezles autres nations, sans en excepter les plus polies et les plus savantes, transform oient les temples en écoles de crimes , et les prêtres en bourreaux de leurs semblables! Je ïie dirai j)as tout ce que l'ancien culte avoit de magnificence; je me contenterai de faire observer que le nombre des fêtes , le temps, la manière de les célébrer, étoient fixés par la loi. Chaque année voyoitle même ordre de solennités; le vieillard reconnoissoit les cérémonies rpii avoient frappé ses premiers regards ; cette uniformité constante ajoutoit à la majesté de la religion , et au respect des peuples pour elle. Ce qui change continuellement attache moins les esprits; l'antiquité a je ne sais quoi d'auguste qui commande la vénération. 11 est vrai qvie tout cela ne constitue point l'essence de la religion, de même que la garde qui envi-

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ronne les rois, le sceptre et la couronne, ne constituent pas la souveraineté j mais ce seroit bien peu connoîlre les lionnnes, leurs besoins, leur foiblesse, que de néglij^er ces moyens extérieurs de frapper les esprits: surtout Moïse devoit en faire usage ùFé^^ard des Hébreux. A})rès avoir été témoins des fêtes pompeuses et pleines de spectacles que les païens célébroient en l'Iionneur des dieux ^ ils n'auroient eu que du dégoût et du mépris pour un culte plus simple et moinjchai gé de cérémonies. Ainsi vérité dans les dogmes, sainteté dans le culte, voilà ce que présente la religion mosaïque. C'est assez considérer Moïse dans! ordre relicieux : considérons maintenant ce grand législateur dans Tordre politique et civil.

: Jyx^i: le dessein que je me p'ro])Ose de venger le code mosaï(pie des attaques de ses ennemis, je vais le considérer sous un point de vue plus général, cl pour cela vous entretenir d'abord de la constitution ])oiitique des Hébreux, et ensuite du Jjut universel de toute leur législation , enfin des accusations que lui intentent les incrédules.

Encore que Dieu gouverne par sa providence tous les peuples de la terre, qu'il les châtie de leurs crimes, ou les récompense de leurs vertus, suivant les desseins de sa justice et do sa bonté, et que sous ce rapport il soit le seul monarque suprême des nations; encore que, père commun de tous les liommes, il donne à tous des preuves de son amour, qu'il leur accorde la jouissance de tous les biens dont la nature s'enriclût ou s'embellit pour eux, qu'il n'ait pas cessé de se manifester à leurs veux par la beavité de ses ouvrages, et de parler à leur cœur par ses bienfaits, parlaraison, par la conscience, par les secours dont il est la source inépuisable, toutefois il lui a plu d'accorder à J^braham et à ses descendans une faveur extraordinaire qu'il ne devoit à personne, qui avoit son principe, non dans leurs mérites nalvirels, mais dans sa pvue libéralité. Après les avoir tirés de la servitude de l'Egypte par une suite de prodiges éclatans, les avoir couverts du bouclier de sa puissance contre ses ennemis, il devient luimême leur législatem- et leur monarque, et Moire est Finstrumeut de lalliance solen-

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nelle et toute particulière qu'il daiL^nc faire avec les Hébreux. C'est par son ministère rpie le Seigneur leur fait entendre ces paroles : « Tous avez vu ce que j'ai fait en votre fa- )) vcur contre les Egyptiens, de quelle may) nière je vous ai portés, comme l'aigle porto )) ses aiglons sur ses ailes, et je vous ai choisis » pour être à moi. Toute la tciTC m'appar- )) tient; si vous écoutez ma voix, si vous gar- )) dcz mon alliance, j'établirai au milieu de » vous mon rovaume et mon sacerdoce )). Ici, Messieurs, qu'ariive-t-il? c'est que d'un côté les Hébreux voient dans Dieu même l'auteur de leurs lois civiles comme de leurs lois religieuses, qu'ils s'engagent à le reconnoître comme leiu- monarque temporel, et a se montrer fidèles à ses commandemens, tandis que d'un autre coté le Seigneur leur fait des promesses et des menaces que lui seul peut exécuter. La paix, l'abondance, la liberté, tel doit être le prix de leur fidélité; la disette, la guerre, la ser\itude, tels doiven.t être les chàtimens de leur révolte, et de la violation de leurs lois. Ce n'est pas cpie la reli.,ion ne proposât les biens beaucoup jdus précieux de la ^icfvîtlu'e à l'adorateur fidèle,

à l'observateur delà loi : mais il faut ]ji(3ii remarquer que l'alliance mosaïque étoit contractée, non avec chaque individu, mais avec le corps de la nation • or une nation considérée comme telle n'a d'autres Ijiens à espérer, ni d'autres maux à craindre que ceux de la vie présente. A oilà donc les Hébreux profondément pénétrés de l'idée que leur loi tout entière est di\ine, qu'ils sont le peuple choisi, le peuple de Dieu; et c'est ce que célébroit le Prophète cinq cents ans aj)rès Moïse, quand il disoit : « le Seigneur annonça )) sa parole à Jacob, ses justices et ses juge- )) mens à Israël; il n'a pas fait de même à l'é- )) gard des autres nations. )) Oui, culte public, cérémonies sacrées, forme du tabernacle, vétemens des prêtres et des lévites, lois, police, règlemens domestiques, tout avoit pour l'Israélite un caractère sacré, tout étoit îi ses yeux l'ouvrage de la Divinité même. Ce n'étoit pas seulement Moïse ministre de Dieu, mais Dieu même comme auteur de toute la loi, qui se présentoit aux Hébreux avec toute la grandeur de ses promesses et toute la terreur de ses menaces, les animant ou les contenant par les deux grands mo-

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Lilcs qui font marclier le genre liumain , la crainte et Fespcrance. Cette persuasion intime et profonde , les j^assions et les exemples des nations ]iaïenncs, ponvoient l)ien l'affoil)lii'5 mais elle restoit ^i^ante dans le cor])S de la nation ; le maliieur qui étoit la suite et le clialiment de ses écarts la ranimoit Lien^ tôt : et quelle force, quelle autorité ne donnoit point cette cra\'an ce aux institutions de ?Jojse! ][ ne s'agit pas de ne voir là qri'une imposture et qu'une ridicule superstihon ; je ne rappellerai pas les preuves éclatant s fpie ^îoïse a données de sa mission di'\ine, et qui ont été exposées dans un autre discours: je consens pour le moment à ne voir en lui qu'un homme abandonné aux seules impressions de son génie. Or, ne falkit-il pas voir dans Moïse un législateur inspiré, il faudroit encore le regarder comme le jdus grand des mortels; car ennn, si la première gloire d'un législateur est de faire aimer ses institutions et ses lois, d'en assurer l'empire et la durée, quelle idée faudra-t-il donc se former de ce Moïse auteur d'une loi qui, pendant quii]7X siècles, régla les destinées des Juifs dans la Palesline, et qui dix ln.iil

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siècles après leur dispersion est encore si chère aux restes ëpars de ce peuple infortuné, et domin(5 toujours dans son cœur par les regrets et les désirs qu'elle lui inspire sans cesse?

Mais pour mieux sentir toute l'excellence de la législation mosaïque, voyez quel en étoit le bvit principal. Si l'objet commun de tous les gouvernemens est de se maintenir et de se perpétuer; si tous doivent se rapporter à la conservation , au bonheur des citoyens , chaque gouvernement semble avoir aussi son génie et son caractère , et se proposer une fin particulière. Ainsi Sparte formoit des guerriers, Rome des conquérans, Carthage des commerçans et des navigateurs. En général, lorsque les législateurs de l'antiquité parven oient à former un peuple puissant et florissant, leur tâche étoit remphe. Moïse porte plus haut ses pensées; son but est le plus noble et le plus sublime que l'homme puisse concevoir. Ce qui roccupe avant tout , c'est de former un peuple qui, fidèle adorateur du vrai Dieu , donne à tons les autres peuples lexemple d'un culte raisonnable et pur.

Dans ces temps de dépravation universelle

C0M:ME LÉGiSX^ATEl'R. 2 55

oii les passions s étoient tellcmeut emparées du cœur humain, que, loin de leur commander en maître, il les adoroit en esclave; parmi ces ténèbres épaisses où la lumière de la vérité étoit comme éteinte siu* les perfections divines, sur l'origine et la fin de l'homme, ainsi que sur les devoirs les plus sacrés , Moïse se propose de créer une nation dans laquelle puissent se conserver pures et sans mélange durant nn grand nombre de siècles les doctrines les plus précieuses pour la morale et pour la société. C'est à ce grand but que doit marcher sa législation tout entière, et c'est ce qu'il ne l'aut jamais oublier, si Ton veut juger sainement des choses ; voilà pourquoi l'on trouve dans le code mosaïque toutes ces lois prohibitives qui, en gênant ou bornant les relations des Hébreux avec le reste des peuples , tendent à les préserver des coutumes impies et des dissolutions des païens. Qu'on ne dise pas que les Juifs, par leurs lois et leurs coiitimies particulières, se constituoient les ennemis du genre humain; les Juifs netoient ennemis que des cultes des étrangers, de leurs [)ratiques abominables, de leurs sacri-

fjccs lioiTÎLlcs; et saijs Joule il éloil: bien permis au lë<*islatcur de se montrer jaloux de maintenir an milieu de son pen|)le la pureté de la religion et des mœurs. Dès-lors n'étoit-il pas sage de mvdtiplier autour de lui les barrières qui pouvoient le garantir de l'idolâtrie, pour laquelle il n'avoit qu'une trop violente inclination? Que si donc on se permettoit de ne voir dans la législation civile et domestique de Moïse qu'un amas de choses minutieuses, puériles, inutiles, je rcpondrois avec Bossuet : (( Quant à ce grand )) nombre d'observances dont il a chargé les » lïébreus, encore que maintenant elles )) nous j^aroissent superflues, elles étoient )) alors nécessaires pour séparer le peuple de » Dieu des autres peuples, et serv oient comm e )) de barrière à Fidolatrie, de peur qu'elle » n'entraînât ce peuple choisi avec tous les )) autres.)) Je répondrois encore avec Jean- Jacques : (( La preuve que ces lois étoient )) ce qu'elles dévoient être, c'est que cette » institution a résisté à l'épreuve du temps, )) de la fortune et des conquérans. )) Je répondrois enfin avec Montesquieu: ce Une » religion cliargée de beaucoup de prati-

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)) qvies attache plus qu'une autre qui Fest )) moins; on tient beaucoup aux clioscs dont » on est continuellement occupé.» Quelle irréflexion , Messieurs , que de reprocher à Moïse ces observances qui , par leur rapport avec le but même de la législation , étoient un chef-d'œuvre de sagesse !

JNous sommes accoutumés à une admiralion en quelque sorte exclusive pour les anciens peuples de Rome et de la Grèce: ou ne cesse de vanter leur patriotisme, leur courage et leurs exploits. Mais quel ne fut pas l'attachement de la nation juive pour ses institutions , pour ses lois et pour sa patrie ! Moins elle avoit de commerce et de rapports avec les autres peuples, et plus elle conscrvoit un caractère propre, un esprit vraiment national. jN'a-t-elle pas eu des rois et des guerriers très-valeureux? Ces Grecs luttant contre les armées du grand roi ont-ils donné au monde un spectacle plus étonnant qvic cette famille héroïque des ]Machabées qui ranima le courage abattu de ses concitoyens, et par ses prodiges de valeur résista au plus redoutable des successeurs d'Alexandre? Que si plus tard la nation succomba

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