MOÏSE C0^S1D1:KÉ
sous les efforts des Romaius, ce ne fut du moins qu'après avoir opposé le plus effroyable courage à ces conquéraiis destinés à vaincre les peuples et à biiser les trônes des rois de la terre.
Je viens. Messieurs, au reproche le plus sérieux qu'on ait fait à Moïse. On l'accuse d'avoir établi des lois et des usages pleins de cruauté et de barljarie contre certains délits, et d'avoir consacré l'extermination de certains peuples. 11 est vrai que ses lois sont très -sévères contre le crime de l'idolâtrie; mais ne voyez-vous pas que , d'après la constitution mosaïque , le peuple hébreux avoit pour roi temporel le Seigneur liû-méme, qu'ainsi tout acte idolàtrique étoit non-seulement une apostasie, mais une révolte contre le souverain , un crime de lèse - majesté qui tendoit à bouleverser la société tout entière? et qui ne sait pas d'ailleurs tout ce que lidolàtrie entraîne après elle de cruautés et d'infamies? 11 est vrai encore que ses lois étoient pleines de rigueur contre certains désordres; mais comment reprocher à Moïse d'avoir armé le magistrat contre des excès qui outragent la nature j blessent la sainteté
COMME LÉGISLATr.rR. 2 5g
des mœurs, et portent dans les familles la lionte avec la discorde? Sm^tout, je le sais, on ne pardonne pas à Moïse ses lois militaires et ses mesures d'extermination contre cjuelques peuples, tels cpic les Cliananéens. Ici, iMessieurs, que l'esprit de déclamation ne nous égare pas et ne nous fasse pas confondre des choses qu'il faut Lien démêler. Les Cliananéens étoient des peuples infâmes, depuis long-temps livrés à la plus criminelle idolâtrie et à des superstitions barbares^ plongés dans des débauches honteuses et plus abominables que celles de Sodome et de Gomorre; la mesure de leurs inicpiités étoit comblée, comme parle l'Ecriture; le Dievi juste a résolu de les punir: or qui osera contester à l'Arbitre suprême des destinées humaines, au Maître de la \ie et de la mort, le droit de cliatier une nation coupable par l'épée, comme elle pourroit la châtier par la peste ou par la famine? Si des sujets appelés par leiu prince maixhent avec justice contre l'ennemi, si le magistrat pent innocemment condamner un criminel à perdre la vie, pourquoi le ciel, fatigué des crimes des Chananéens, n'auroit-il pas j>u les condamner à
mort, et clioisirlcs Israclitcs pour iuslrumeiit de ses jugemens redoutables?
Je veux que dans leurs guerres les Juifs aient plus d'une fois violé les droits de Fhumanitë et déplové envers leurs ennemis un caractère féroce; mais, pour juger sainement dans cette matière, il faut se transporter a ces temps anciens où le christianisme^ par ses maximes plus pures, n'avoit pas encore adouci ce que les usages de la guerre avoient de j)lus barbare. Dans ces temps antiques, comme aujourd hui parmi les sauvages, 1 on ne prenoit, ce semble, les armes que pour ravager, détruire, exterminer. Hercule, Tiiésée et les héros de la Grèce, chantés par Homère, étoient-iîs moins implacaljles que les chefs des Israélites? Sans remonter aux premiers brigandages des Romains, Paul-Emile dansFEpire, Scipion l'Africain à Numance et à Cartilage, Titus à Jérusalem, Germanieus dans le pays des Marses , commettent de sang-froid, et après la victoire, les plus grandes cruautés , et voilà cependant ce que l'antiquité nous présente de plus vertueux capitaines. IN allons pas , Messieurs , exiger des Hébreux une douceur de mœurs que leujsiè
COMME l:'gislati:lji. 261
clo lie coniporfcoit pas encore. Que bi vous exceptez certains peuples voués a Fanatlième a cause tle leurs crimes, et cjui auroient à leiutour exterminé les Juifs, s ils avoient été vainqueurs, vous trou^erez que les lois guerrières de Moïse sont j)leines d humanité. \ oyez ce qu'elles prescrivent touchant le passage des armées sur les terres des alliés, et les ravages sur les terres des ennemis, touchant les \illes assiégées et les prisonniers, et tout cela Aous paroîtra bien plus hvmiain que ce que Ton trouve chez le reste des anciens peuples. Admirez, Messieurs, l'esprit d'impartialité qui dirige les détracteurs de Moïse et de sa loi. ( )ue les peuples les plus vantés, tels que les Romains, aient eu au sujet des esclaves, des gladiateurs et des peuples vaincus, non pas quelques momens do l.îarbarie, mais un système suivi de législation cruelle qui faisoit couler un torrent de sang innocent, nos apôtres d'humanité n'en dii^ont presque rien; mais que les Hébreux, par une exception à leurs lois ordinaires, traitent les vaincus avec la plus terrible sévérité, ce seront des lamentations et des re[)roclies éternels : où est ici lr> bonne foi?
iâb2 MOÏSE CONSIDIlRi:
C'est ici notre troisième et dernier discours sur Moïse. Maintenant que nous pouvons mieux apprécier l'enscmJjle de ses lois religieuses, morales et civiles, replions-nous un moment sur nous-mêmes pour nous demander où Moïse avoit puisé tant de sublimes connoissances. A l'époque où il a paru, d'épaisses ténèbres couvroient l'esprit des peuples 3 comment de cette profonde obscurité a donc pu jaillir une si vive lumière? comment du sein de la plus honteuse superscition la voix de la plus haute sagesse a -t- elle pu se faire entendre? n'est-ce là qu'un élan extraordiiiaire de l'esprit humain, ou ne faut -il pas aller chercher dans le ciel la source d'une doctrine si pure? Que des législateurs vulgaires profitent liabdement des superstitions établies, qu'ils flattent des erreurs accréditées et même des passions chéries, Moïse ne retiendra pas la vérité captive, il ne s'abaissera pas aux ruses d'une politique mensongère. Au milieu de la multitude des dieux du paganisme, il fondera sa rehgion sur l'unité de Dieu; au milieu des cultes infâmes ou cruels répandus sur la terre, il établii^a un culte pur et sévère. Rien
TJO pourra elrc comparé à la beau lé tic sa morale, à la sagesse de ses lois; je ne m'étonne |)as qu'il se monlrc si jaloux tVen assurer, (l'en perpétuer la cluréo. Lorsqu'il sent approcher son lieiu^c dernière, il assemble autour de lui les principaux d'entre le peuple et les chefs des tribus, et c'est en leur jirésence qu'il prononce l'admirable cantique qui commence par ces mots : ce G cieux, )) écoutez mavoix, que la terre prête l'oreille )) aux paroles de ma bouche!)) Dans ce silence de toute la nature, il parle avec une force inimitable j mais tout à coup il sort de luimême; et, trouvant tout discours humain au-dessous d'un sujet si grave, il fait parler Dieu lui-même avec vme hauteur et une bonté qui remplissent tout à la fois de crainte et d'amoiu\ Le peuple apprend ce cantique qui est l'abréi^é des bienfaits de Dieu, de ses p;i-omesses magnifiques, comme de ses menaces ellrayanlcs : et ce grand homme meurt content de n'a^oir rien oublié de ce qui pou%oit perpétuer la mémoire des faveurs et des préceptes du Dieu d'Israël; il laisse après lui une impression si profonde de SOS ^ertus et de sa di^hle autorité, que,
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trois mille ans après lui, son nom et sa loi éveillent dans son peuple l'amour et le respect. Chose étrange et comme incroyable!
ce peuple juif qui étoit comme le rebut de tous les autres professe sur la religion et la morale les plus hautes et les plus pures maximes; il n'a ni plus d'industrie dans les arts, ni plus de capacité dans les sciences humaines, et toutefois , chez lui, les femmes et les enfans connoissent plus de grandes vérités que tous les philosophes d'Athènes. Qui nous expliquera ce phénomène unique dans les annales du genre humain? Disons qu'il y a ici quelque chose qid est au-dessus de l'homme et véritablement divin. Ainsi Moïse n'est pas moins admirable dans la législation qu'il établit, que dans les prodiges qu'il opère : au temps où il a vécu, sa doctrine étoit un miracle dans FoiTlre nioral, connue son passage triomphant à travers les eaux de la mer Roùge étoit un miracle dans l'ordre de la nature; et c'est ainsi que la beauté de sa religion, de sa morale, de ses lois, se joint à l'éclat de ses œuvres merveilleuses pour attester la divinité de sa mission.
Dli
DE JyAUTORÎTE
DES ÉYAÎNGILES.
i/i:JA, Messieurs, dans trois de nos discoi!i-s, ncjiis vous avons ])résenté .Moïse comme le plus ancien des historiens, le plus sidjllme des philosophes et le plus sage des législaterirs; nous avons reconnu dans lui lenvoyc du ciel, le fondateur d un peuple destine par la Providence à conserver le dépot des vérités sacrées au milieu des ténèbres et de la cornjption universelle du genre liumain. Que si nous avions été dans le cas de vous dévelop[)er le sens des figures, du culte et des oracles de 1 ancienne loi, ^ous auiiez vu plus que jamais qu elle n'étoit que remhléme et le préhidc de la loi plus parfaite qui gouverne le monde clu-etien , et dont nous nous proposons mainlenant de vous entretenir. Jusqu'ici nous sommes restés dans le vcsliljule du temple; il est tennis d'en franchir les liortes et de nous avancer vers le sanctuaire. jNous venons donc auu 32
2(56 Di: l'autotiitl:
joiinriiui, Messieurs, appeler votre attention snv tout ce qu'il y a de ])liis vcncra- Lle, de plus sacré pour le chrétien, et nous pouvons dire même de plus digne des Jiomniagcs de tout homme (\r'iy sans avoir le bonheur de professer le ch.ristianisme , n'est point insensible aux beautés d\ine morale pure, à l'héroïsme de la ^ertu; nous venons vous entretenir Je Jésus-Christ, et de nos Evangiles qui ne sont autre CiîOie que le récit de ses actions, de ses discours, en un mot, rhistoire de sa vie mortelle. Aux veux d\i clîrétien , Jésus-Christ est la lumière du monde par sa doctrine, comme il en est le modèle par ses vertus, et les Evangiles sont le code sacré, la règle inviola];îe de sa foi, de sa morale et de son culte. Mais ce que le chi-étien adore et révère n'est trop souvent pour l'incrédule qu'un objet de déiision et de mépris , peut-être de haine profonde • et c'est depuis l'origine du christianisme que Jésus-Christ avec sa croix et ses mystères, que l'Evangile avec ses préceptes, ont révolté l'orgueil de l'esprit et la corruption du cœur, soulevé tous les préjugés et toutes les passions du genre humain. Dans les premiers
DES KVANGILl'S. 2B7
âges de FEi^dise ciirëtiennc, roLslliialioii du Juif charnel et grossier, l'amour de l'idolàire pour lui cnlte commode et voluptueux, l'orgueil dédaigneux des sophistes, la politique omljrageuse et sanguinaire des Césars, la superstition alarmée des prêtres des faux dieux , \oih\ les ennemis rpie la religion eut à combattre. Dans les âges suivans, lorsqu'elle eut triomphé avec Constantin, Forgueil et la volupté lui suscitèrent des ennemis jusque parmi ses cnfans. Le novateur dénatura sa doctrine, Tindillerent la bannit de sa pensée, l'incréihde en fit l'objet de ses railkries, le libertin (pii hsoit sa condamnation dans i]0s livres sacrés eut vouba dans son dépit en déchirer les pages. Toutefois, dejuiis dixsept siècles, le nom de Jésus -Christ étoit révéré sur la terre de ceux mêmes qui n'étoient pas ses disciples; du moins on voyoit dans lui un personnage extraordinaire, digne des hommages des peuples par ses vertus, et dans son Evangde on voyoit un livre admirable par la simplicité, la lumière, la perfection de ses maximes; et il n'y a pas jus([uà Mahomet qui ii'en ait parlé dans les sentimens et les termes de la vénération
2(18 DE l'autorité
la plus profonde. H étoit réservé aux joius mauvais du dernier siècle de produire des cliréliciis apostats qui ont indignement travesti nos livres saints, contesté leur antiquité, ^OMii contre la personne même de Jésus- Christ les insultes les plus l)iutales et les j)lus abjectes, et dont le sens a été tellement renversé, qu'ils ont fini par mettre en problème jr.sqii'à son existence. C'est à ranimer sur tout cela notre crovance, à la venger des attaques de ses ennemis, que nous allons consacrer [îlusieurs discours. INous commencerons par discuter, touchant l'autorité de nos Evangiles, les trois questions suivantes : Jésus -Christ a-t-d paru dans la Judée à l'époque où le supposent nos Evangiles? première question. INos K\angiles ont -ils été véritablement écrits pajles auteu.rs contemporains dont ils portent le nom, par saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean? seconde question. Ces Evangiles sont-ils parvenus jusqu'à nous sans auci'.ne altération notable dans le fond même des choses? troisième question. Tel est le plan et le partage de ce premier discours sur l'autorité des Evangiles.
DES ÉvANCir.rs. -262
Qu'il ait [vàm dans la Judée, il y a dixîiuit siècles, 1111 personna^^e extraordinaire, îioiîimé Jésus de iSazaretli, remarquaLlc par la sainteté de sa doctrine, plus rcinarr[ualjle encore par celle de sa vie, et que la haine des Juifs fit mourir sur une croix, sons lo rè:;nc de rempereiu' Tibère, c'est un fait attesté par la croyance la i)lus antique, la plus constante et la jdus universelle, par une suile non-inlerronipue de témoignages éeri(s qui se succèdent et se soutiennent mutuellement depuis Torigine, par l'autorité même des ennemis les plus acharnés du nom chrétien, je veux dire les Juifs et hs païens. Aussi l'exii-tence réelle de Jésiis il l'époque où la [îlacc l'histoire évangélique est-elle mieux prouvée que l'existence d'aucun des plus fameux personnages de l'antiquité, tels que Socrate, Alexandre ou César, dont personne ne doute; et ne voir dans Jésus qu'un être fabult ux ne seroit pas seulement le comble de l'impiété aux yeux du chrétien, mais le comble de la démence aux yeux d'un homme sensé.
Que si poiutant, par une audace plus (pi launaine , des esprits follement témé-
DE l'auTOBITÉ
raires osoienfc élever ici les nuages de leur scepticisme, nous entrerons dans quelques détails pour mieux les confondre; nous ferons voir, en invoquant les témoignages les plus irrécusables, combien ils sont accablés de la foi publique de ^uni^ ers entier. Oui , nations cbrétiennes, nation juive, nations païennes, tout est d'accord ])oiu' attester unanimement l'existence de Jésus, au commencement de l'ère vidgaire.
Je dis nations chrétiennes. On sait bien que dans tous les âges les peuples chré liens ont fait profession de révérer Jésus comme leur fondateur. 11 y a dix-huit siècles cpie la religion chrétienne est professée sur la terre; avant cette époque, elle n'existoitpas; le nom même de chrétien n'étoit pas connu; cette religion a eu ses commencemens et son auteur : or, en remontant de siècle en siècle jusqu'à son berceau, il est impossible de ne p>as aboutir à Jésus-Chnst. La dénomination seule de chrétien atteste notre origine, car chrétien veut dire sectateur du Christ. A commence^ par le premier siècle de notre ère, n'avons-nous pas une suite d'ou^ rages dont l'antiquité est généralement avouée, qui sans
DES EVANGILFS. 27 1
cesse lions ramènent à Jésns-CLiiht? et toutes les parties dont la religion se compose, nos mystères, notre culte, nos ietes, tout ne va-t-il pas retentir à Jèsiis-Cijriht, con:me à la pierre fondamentale de l'édifice? iNoiis avons en main les quatre Evanj^iLs, le livre des Actes^ les Epîtres de saint Faid, et plusieurs autres écrits dont le recueil compose le nouveau Teslament. Je n'examine pas encore si tous ces oinra'^es sont réellement de ceux à rpù on les attijljue ; mais toujours est-on forcé d'a^Oller qu'ils datent de l'origine du cliristianisme, qu'ils ont été composés par quelques-uns des premiers sectateurs du Christ: or tous ces écrits nous parlent de Jésus- Christ, de sa vie, de ses actiors, de ses discours, de sa mort, d'une manière si positive, si circonstanciée, qu'il suffit de les lire pour voir combien il scroit extrava<^ant de penser : que tout cela étoit purement allégorique. jNous avons aussi en main jdusieurs écrits du premier siècle de l'Eglise clirétienne, des lettres de saint Clément de Rome, de saint Ignace, évéque d'Antioclie, de saint Polycarpe, créque de Smvrne et discl])le de i'apotre saint Jean. Je n'examine pas ce
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qu'il faut penser du fond de la doctrine enseignée et des faits particuliers racontes dans ces lettres; mais toujours est -il vrai qu'elles sont sorties des mains des plus anciens sectateurs du Christ, et que toutes nous le présentent comme le fondateur même de notre religion, il seroit facile de faire voir que cette suite de témoignages se continue dans le second siècle, par saint Juslin , Tertullien , Clément d'Alexandrie, ces hommes émincns en talent et en savoir, qui du sein du paganisme ou ils ctoient nés étoient passés dans celui du cln-ietlanisme. Faites disparoître Jésus - Christ , et tout s'écroule dans la religion chrétienne: avec lui, tout s'explique et s'enchaîne. Oui, je le répète, toutes les histoires , tous les monumens, toutes les traditions, toutes les crovances, toutes les solennités religieuses des peuples ciu'étiens, remontent à Jésus-Christ; et, ne pas reconnoitre Jésus-Christ poiu' auteur de notre rdigion sainte, seroit mille fois plus ahsurde cpie de ne pas reconnoitre Mahomet pour auteur de la superstition qui porte son nom.
Jç sais que par des rapprochemens hizar-